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Full text of "Guide aux ruines d'Angkor; ouvrage illustré de cent cinquante-quatre gravures et de trois plans"

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Wff, 

J 


THE  LIBRARY 

OF 

THE  UNIVERSITY 
OF  CALIFORNIA 

LOS  ANGELES 


GUIDE 
AUX    RUINES   D'ANGKOR 


GROUPS    D'ANGKOR-THOM  :   BAYON,  PROFIL  D'UNE  TETE  DECORATIVE. 


GUIDF.  AUX   RUINES  D'ANGKOR. 


FRONT1SPICE. 


J.   COMMAILLE 


GUIDE 

AUX    RUINES 

D'ANGKOR 

OUVRAGE    1LLUSTRE 

DE  CENT  CINQUANTE-QUATRE  GRAVURES 
ET  DE  TROIS  PLANS 


LIBRAIRIE   HACHETTE   ET  C'e 
79,  Boulevard  Saint- Germain,  Paris,  1912 


PLAN  CAVALIER  DU  GROUPE  Df ANGKOR 
situant  la  principaux  monuments 

Les    deux    lacs    artificiels    designes    sous    les    noms    de    Baray   occidental 
et  Baray  oriental  sont  a  sec  de  Janvier  a  Juillet. 


GUIDE 


AUX 


RUINES     D'ANGKOR 


DE  SAIGON   AUX  RUINES  D'ANGKOR 

MODES  DE  TRANSPORT  DE  SAIGON  A  ANGKOR.  ||  VOYAGEURS  LIBRES.  || 
EXCURSIONS  ORGANISEES  PAR  LES  MESSAGERIES  FLUVIALES  DE 
COCHINCHINE.  ||  ESCALES.  ||  OBJETS  A  EMPORTER. 

ITINERAIRE,  MODES  DE  TRANSPORT, 
HOTELS,  CURIOSITES. 

AVANT  de  commencer  la  description  des  monuments  du 
groupe  d' Angkor,  il  nous  semble  utile  de  donner  aux 
visiteurs  quelques  renseignements  sommaires  sur  ce  qu'ils 
sont  appeles  a  voir  en  cours  de  route  et  sur  le  confort  qu'ils  trou- 
veront  pendant  le  voyage  et  a  destination. 

Si  la  plupart  des  monuments  cambodgiens,  a  1'exception  de  Vat- 
Nokor,  dont  1'acces  est  extremement  facile  en  toute  saison,  ne 
peuvent  etre  visites  que  par  des  archeologues  en  mission  d'etude  ou 
par  des  touristes  peu  presses,  il  n'en  est  pas  de  meme  des  mines 
d' Angkor,  qui  pendant  sept  mois  de  1'annee,  de  juillet  a  fevrier,  sont 
en  communication  rapide  avec  Saigon  par  I'intermediaire  d'une 
compagnie  de  navigation,  les  '  Messageries  fluviales  de  Cochin- 
chine  ". 

Le  voyage  de  Saigon  aux  grands  lacs  du  Cambodge  a  lieu  une 
fois  par  semaine,  avec  depart  officiel  de  Saigon  le  jeudi.  Un  second 
voyage  est  accidentellement  effectue  lorsque  1'abondance  du  fret  pro- 
venant  de  la  region  de  Battambang  necessite  1'envoi  d'un  bateau 
supplementaire. 

Les  visiteurs  d*  Angkor  peuvent,  a  leur  choix,  excursionner  libre- 


1714087 


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


ment  ou  trailer  avec  la  compagnie  des  "  Messageries  fluviales 
moyennant  le  versement  prealable  d'une  somme  globale. 

1°  Voyageurs  libres.  —  Les  touristes  de  cette  categoric  paient 
leur  passage  a  bord  d'un  des  bateaux  des  "  Messageries  fluviales  ", 
au  tarif  de  cette  compagnie  (1 ).  Us  ont  egalement  a  remettre  la  somme 
de  0  piastre  50  (2)  au  sampanier  qui  les  transpose  du  point  de 
debarquement  a  Siem-Reap  et  1  piastre  par  jour  aux  proprietaires 
des  charrettes  qui  restent  a  leur  disposition  pendant  leur  sejour  dans 
les  ruines. 

Les  locaux  de  I'h6tel  d' Angkor  sont  mis  gratuitement  a  la  dispo- 
sition des  voyageurs  libres,  et  les  passagers  ont  la  latitude  de  se 
nourrir  eux-memes  en  apportant  leur  materiel  de  table  et  de  cuisine. 
S'ils  ne  sont  pas  pourvus  de  ce  materiel,  les  repas  leur  sont  servis 
par  1'hotel  aux  prix  ci-apres  : 

Piastres. 

Petit  dejeuner 0,50 

Dejeuner 2,50 

Diner 3    » 

Soil 6    »  par  jour. 

2°  Passagers  ay  ant  accepte  les  conditions  des  "  Messageries 
fluviales  ".  —  Les  voyageurs  qui  traitent  avec  la  compagnie  pour 
toute  la  duree  de  1'excursion  ont  a  lui  verser  350  francs  (14  livres 
sterling).  Cette  somme  comprend  tous  les  frais  :  voyages  sur  navires, 
sejour  de  vingt-quatre  heures  a  Phnom-Penh,  transport  sur  la  riviere 
de  Siem-Reap,  voitures  pour  se  rendre  aux  ruines,  sejour  a  1'hotel 
d* Angkor  et  nourriture.  L'excursion  complete  dure  huit  jours,  du 
jeudi  soir  au  vendredi  matin  de  la  semaine  suivante.  Au  cas  ou 
des  excursionnistes  desireraient  prolonger  leur  visite,  ils  auraient  a 
payer  a  1'hotel  8  piastres  pour  chaque  journee  en  plus  du  sejour  regu- 
lier  de  quarante-huit  heures. 

Le  trajet  de  la  capitale  de  la  Cochinchine  a  celle  du  Cambodge 
necessite  trente-six  heures  de  navigation,  mais  il  ne  peut  manquer 
d'interesser  les  voyageurs  qui  voient  passer  sous  leurs  yeux  les  rives 
les  plus  fertiles  du  monde.  De  multiples  escales  rompent  la  monotonie 
du  voyage  et  permettent  une  visite  rapide  de  tous  les  centres  rencon- 
tres sur  Tune  ou  1'autre  berge  du  Mekong.  Du  reste,  les  passagers 
ont  la  latitude  d'abreger  de  douze  heures  la  duree  du  trajet  en  pre- 

(1)  Le  billet  d'aller  et  retour  donne  droit  a  une  reduction  de  30  p.  100. 

(2)  La  valeur  d'une  piastre,  variable  suivant  les  cours,  est  en  moyenne  de  2  fr.  30. 


DE    SAIGON     AUX     RUINES    D'ANGKOR 


nant  a  Saigon  le  train  de  six  heures  du  matin  qui  les  conduit  en  moins 
de  deux  heures  a  Mytho,  point  terminus  de  la  voie  ferree,  oil  les 
attend  le  bateau  de  la  compagnie  des  "  Messageries  fluviales  ". 


FIG.   i.  —  ITINERAIRE  DE  SAIGON  A  ANGKOR. 

Escales  :  Mytho,  Vinh-Long,  Sadec,  Tan-Chau,  Vinh-Xuong, 
Vinh-Loi,  Banam,  Phnom-Penh. 

Le  temps  de  sejour  a  Phnom-Penh  est,  cela  va  de  soi,  au  gre  de 
chacun.  Seuls,  les  visiteurs  qui  ne  voudront  pas  interrompre  leur 

3     


AVX    RV1NES    D'ANGKOR 


voyage  n'auront  que  vingt-quatre  heures  a  passer  dans  la  capitale  du 
Cambodge.  Ce  temps  est  suffisant  pour  voir  la  ville.  Un  h6tel  con- 
fortable  met  a  la  disposition  des  voyageurs  une  table  irreprochable- 
ment  servie  et  des  chambres  spacieuses  pourvues  d'une  salle  de 
bains. 

A  signaler  parmi  les  curiosites  :  le  jardin  botanique  et  la  pagode 
du  Phnom,  le  pont  des  Nagas,  ceuvre  remarquable  due  au  talent  de 
I'archi^ecte  D.  Fabre,  qui  peut  erte  considere  comme  le  createur  du 
centre  europeen  de  Phnom- Penh  ;  le  palais,  la  pagode  royale  pavee 
d* argent,  les  quartiers  indigenes,  le  village  catholique,  1'ecole  profes- 
sionnelle  et  le  Musee  Khmer,  ou  les  visiteurs  trouveront  quelques 
beaux  morceaux  de  sculpture  ancienne  et  une  bibliotheque  choisie 
qui  leur  permettra  de  se  documentor  sur  les  merveilles  qu'ils  auront 
plus  tard  sous  les  yeux. 

Le  parcours  de  Phnom-Penh  a  Angkor  s'accomplit  en  moins 
de  vingt-quatre  heures. 

Escales  :  Kompong-Luong,  Kompong-Chhnang,  Snoc-trou  (1), 
Viam  (embouchure)  de  la  riviere  de  Pursat,  Viam  de  Siem-Reap. 
C'est  la  que  debarquent  les  visiteurs  d' Angkor  pour  continuer  leur 
voyage  jusqu'a  Siem-Reap  sur  des  embarcations  legeres.  Le  trajet 
sur  la  riviere  ne  depasse  jamais  cinq  heures,  meme  par  fort  courant. 
A  Siem-Reap,  les  voyageurs  trouvent  des  charrettes  a  bosufs  qui 
les  conduisent  en  une  heure  a  Angkor.  Devant  Angkor- Vat,  en  face 
de  rimmense  douve  dont  le  temple  est  entoure,  un  spacieux  hotel 
vient  d'etre  construit  qui  offre  aux  visiteurs  un  confort  superieur  a 
celui  qu'ils  auraient  pu  desirer. 

Objets  a  emporter.  —  Linge  et  vetements  de  rechange,  princi- 
palement  des  complets  kaki,  quelques  objets  de  toilette  et  le  peu  de 
medicaments  dont  on  peut  avoir  besoin  dans  les  pays  tropicaux  : 
chlorhydrate  de  quinine  en  cachets  ou  en  pastilles  de  0  gr.  25,  anri- 
pyrine,  un  cordial  quelconque. 

(I)  Les  passes  de  Snoc-trou  constituent  1' entree  des  lacs. 


II 
NOTES  D'HISTOIRE  ET  D'ARCHITECTURE 


IMPORTANCE  DES  MONUMENTS  ANCIENS  DU  CAMBODGE.  ||  HISTOIRE 
ANCIENNE  DU  CAMBODGE  (RESUME)  ;  CHRONOLOGIE  DES  ROIS  CAM- 
BODGIENS  ETABLIE  EN  MAJEURE  PARTIE  PAR  DES  DOCUMENTS  EPIGRA- 
PHIQUES.  ||  CAUSES  DE  LA  RUINE  DES  MONUMENTS  CAMBODGIENS.  || 
ORIGINE  DES  FONDATEURS  DU  ROYAUME  DES  KAMBUJAS.  ||  MATERIAUX 
DONT  LES  TEMPLES  SONT  CONSTRUITS.  |l  PROJETS  DES  MAITRES 
D' ANGKOR.  ||  CARACTERES  PRINCIPAUX  DES  MONUMENTS  D' ANGKOR.  || 
TEMPS  NECESSAIRE  A  LA  CONSTRUCTION  DES  MONUMENTS  DU  GROUPE. 


IMPORTANCE  DES  MONUMENTS  ANCIENS 
DU  CAMBODGE. 

DE  tous  les  pays  d' Extreme-Orient,  le  Cambodge  est  certaine- 
ment  le  mieux  dote  sous  le  rapport  des  monuments  anciens. 
Une  multitude  de  mines,  dont  la  splendeur  depasse  tout  ce 
que  les  Indes  Anglaises  et  Neerlandaises  peuvent  offrira  la  curiosite 
des  visiteurs,  sont  disseminees  sur  tout  ce  vaste  territoire  que  fertilise 
un  des  plus  beaux  fleuves  du  monde  et  jalonnent,  lies  de  pierre  dans 
un  ocean  de  verdure,  les  etapes  successives  du  peuple  artiste  et  guer- 
rier  qui  fonda,  vers  le  V  siecle  de  notre  ere,  leroyaume  des  Kambujas. 
On  ne  peut  parcourir  le  Cambodge  dans  une  direction  quelconque, 
du  nord  au  sud  et  de  Test  a  1'ouest,  sans  rencontrer  presque  jour- 
nellement  une  magnifique  preuve  de  la  puissance  des  civihsateurs 
hindous  qui  ont  tenu  le  pays  sous  leur  domination  pendant  huit 
siecles  (1).  Partout  d'immenses  temples  s'elevent  a  1'abri  de  remparts 
robustes  et  de  fosses  profonds  destines  autant  a  la  protection  des 
princes,  des  pretres  et  des  tresors  qu'a  augmenter  le  mystere  des 

( I )  II  est  a  peu  pres  certain  que  les  temples  anciens  du  Cambodge  sont  1'oeuvre  de  bra^a  mnes 
mais  comme  cette  question  n'est  pas  encore  tranchee,  1'auteur  de  ce  guide  emploie  pour  Designer 
les  fondateurt  d'Angkor  des  termes  vagues  tels  que  "  ^••••'•'•-»'"—  U:-J™.  "  "  ^«-^. — 


AUX    RU1NES    D'ANGKOR 


asiles  divins.  Partout  des  digues,  des  routes,  des  lacs  creuses  de  main 
d'homme,  des  ponts  de  pierre  nous  indiquent  quels  projets  grandioses 
les  maitres  d*  Angkor  avaient  su  concevoir  et  executer. 

Les  monuments  les  plus  importants  du  Cambodge  sont  ceux  de 
Vat-Nokor,  a  quelques  minutes  de  la  residence  de  Kompong-Cham, 
situee  sur  le  grand  fleuve  ;  Bati  (province  du  meme  nom,  residence 
de  Takeo)  ;  Phnom-Chisor  (province  de  Bali,  residence  de  Takeo), 
sorte  de  citadelle  haul  perchee  qui  rappelle  nos  forteresses  du 
Moyen  Age ;  Prah-Khan  (province  de  Kompong-Svai,  residence  de 
Kompong-Thom),  dont  1'enceinte  n'a  pas  moins  de  8  kilometres  de 
tour  ;  Beng-Mealea  (province  de  Chikreng,  residence  de  Kompong- 
Thom),  veritable  merveille  a  peu  pres  inconnue  parce  que  situee 
dans  une  region  aujourd'hui  deserte  dont  aucune  route  ne  facilite 
1'acces ;  Koh-Ker  (province  de  Prom-Tep,  residence  de  Kompong- 
Thom),  a  peu  pres  inaccessible  pour  les  memes  raisons  ;  enfin  le 
magmfique  groupe  d*Angk9r,  situe  dans  la  province  de  Siem-Reap, 
qui  fut  retrocedee  par  le  Siam  a  la  France,  en  meme  temps  que  tout 
le  territoire  de  Battambang,  par  le  traite  du  23  Mars  1907. 

II  est  inutile  de  nommer  ici  les  monuments  secondaires  dont  la 
liste  demanderait  plusieurs  pages  et  dont  on  trouve  une  description 
detaillee  dans  la  plupart  des  ouvrages  que  cite  la  bibliographic  qui 
termine  ce  guide. 

HISTOIRE  ANC1ENNE  DU  CAMBODGE. 

A  proprement  parler,  1'histoire  de  1'ancien  royaume  des  Kambujas 
est  encore  masquee  sous  une  ombre  epaisse  dont  elle  ne  se  degage 
que  bien  lentement,  au  fur  et  a  mesure  de  la  decouverte  et  de  la 
traduction  des  inscriptions.  Les  annales  de  la  cour  de  Phnom-Penh 
ne  donnent,  pour  les  temps  anterieurs  a  la  dynastic  actuelle,  que  des 
relations  ou  la  fantaisie  tient  une  si  large  place  qu'il  est  malaise  de 
discerner  la  verite  de  la  simple  legende.  Nous  ne  trouvons  de  donnees 
precises  que  dans  les  inscriptions  traduites  par  les  sanscntistes,  et  ces 
documents,  du  moins  ceux  qui  se  rapportent  nettement  a  1'histoire  du 
pays,  ne  sont  guere  nombreux  (1).  Si  bien  que,  s'il  est  assez  facile 
aujourd'hui  d'eludier  1'art  architectural  qui  etmcela  sur  le  temtoire 
cambodgien  du  VI*  au  Xlle  siecle,  on  ne  peut  rattacher  cette  etude 
qu'a  des  apergus  historiques  trop  brefs  et  souvent  legendaires. 

(I)  La  plupart  des  inscriptions  decouvertes  jusqu'a  ce  jour  n'ont  trait  qu'a  del  donations 
pieuses  ct  ne  preseatent,  par  consequent,  qu'un  interet  de  second  plan. 


NOTES    D'HISTOIRE    ET    D' ARCHITECTURE 


Voici,  cependant,  quelques  renseignements  precises  en  majeure 
partie  par  des  documents  epigraphiques  (1). 

Dans  les  premiers  siecles  de  1'ere  chretienne,  des  immigrants 
hindous  fondent  sur  le  bas  Mekong  le  royaume  de  Founan,  dont  le 
premier  roi  est,  selon  la  legende,  le  brahmane  Kaundinya. 

Un  autre  brahmane,  non  moins  legendaire,  Kambu,  fonde  plus 
au  nord  le  royaume  des  Kambujas  (  "fils  de  Kambu  "),  que  nous 
appelons  Cambodge. 

Les  premiers  rois  cites  sont  (^rutavarman  et  £reshthavarman. 
Apres  avoir  subi  pendant  un  certain  temps  la  suzerainete  du  Fou- 
nan, le  Cambodge  conquiert  et  remplace  cet  Etat  sous  le  regne  de 
Bhavavarman  (vers  550-590  ?). 

Derniere  decade  du  Vie  siecle.  —  Citrasena  Mahendravarman 
succede  a  Bhavavarman,  son  frere  aine.  C'est  a  ce  regne  que  se 
rattache  1'inscription  la  plus  ancienne  trouvee  jusqu'a  present  au 
Cambodge  :  604  A.  D. 

Vers  620  A.  D.,  Ifanavarman  succede  a  son  pere  Mahendra- 
varman ;  plusieurs  fondations  pieuses. 

En  639  regne  Bhavavarman  II,  connu  par  une  seule  inscription. 

Entre  640  et  650,  Jayavarman  Ier  succede  a  Icanavarman, 
qui  etait  peut-etre  son  pere.  D'apres  les  relations  chinoises,  le 
royaume  avait,  a  1'epoque  des  regnes  cites  precedemment  :  "  mon- 
tagnes  et  vallees  au  nord,  inondation,  grand  lac  et  vastes  mare- 
cages  au  sud.  On  y  comptait  jusqu'a  trente  villes,  dont  la  plupart 
possedaient  des  edifices  magmfiques.  Chaque  ville  etait  peuplee  de 
rmlliers  de  families  ". 

Pendant  tout  le  VII  Ie  siecle,  periode  troublee   et   de  decadence. 

802  A.  D.,  Jayavarman  II  monte  sur  le  troneet  restaurela  puis- 
sance cambodgienne.  D'apres  M.  Barth,  1'avenement  de  Jayavar- 
man semble  avoir  eu  lieu  a  la  suite  d'une  revolution  inteneure  ou 
d'une  extinction  parmi  les  hgnes  directes  des  anciennes  maisons 
royales  du  Cambodge.  Ce  prince  meurt  en  869  apres  un  regne  de 
de  soixante-sept  ans.  II  semble  avoir  reside  a  Prah-Khan  (a  1  kilo- 
metre au  nord  d' Angkor-Thorn)  et  avoir  edifie  Banteai-Chhmar,  au 
nord  de  la  province  de  Battambang. 

869,  Jayavarman  III,  fils  du  precedent,  monte  sur  le  trone.  II 
meurt  en  877,  apres  huit  ans  de  regne.  Aucun  fait  saillant. 

877,  Indravarman,   fils  du  seigneur  Prithivindravarman,  grand 

(1 )  Inscriptions  sanscrites  traduites  par  MM.  Bergaigne  et  Barth,  Notices  et  extraits  Jet  manu- 
tcritsde  la  Bibliotheque  Nationalt.  — V.-E.  Aymonier.  le  Cambodge,  t.  Ill,  E.  Leroux,  1904 


AVX    RUINES    D'ANGKOR 


dignitaire  de  la  cour,  succede  a  Jayavarman  III.  II  regne  de  877 
a  889.  A  partir  de  ce  moment,  la  descendance  directe  de  Jayavar- 
man Ier  est  completement  ecartee  du  pouvoir.  Indravarman  erigea  le 
temple  de  Bakou  et,  sans  doute,  celui  de  Bakong,  voisin  du  prece- 
dent. II  semble  avoir  creuse  le  vaste  bassin  qui  entoure  le  temple  de 
Loley.  On  suppose  qu'il  commenga  la  construction  du  Bayon,  ter- 
mine  par  son  successeur. 

889,  Yac,ovarman,  fils  du  precedent,  prend  le  pouvoir  et  regne 
une  vingtaine  d'annees.  A  son  regne  remonte  probablement  1'ache- 
vement  d' Angkor-Thorn  ou  Yagodharapura,  qu'il  habile  vers  900. 

Xe  siecle.  —  Une  periode  de  detente  politique  suit,  pendant  dix-huit 
ans,  le  regne  de  Yagovarman.  Les  deux  fils  de  ce  prince  regnent 
successivement  a  Angkor-Thorn:  Harshavarman  Ier,  1'aine,  et  Igana- 
varman  II,  le  cadet,  qui  reste  sur  le  trone  jusqu'en  928.  C'est  sous 
le  regne  de  Harshavarman  que  hit  inaugure  le  Phimeanakas. 

928,  Jayavarman  IV,  beau-frere  du  roi  Yagovarman,  monte  sur 
le  tr6ne,  abandonne  Angkor-Thorn  et  se  fixe  en  un  lieu  sauvage,  ou 
il  eleve  les  constructions  connues  sous  le  nom  de  Koh-Ker. 

942,  Harshavarman  II,  fils  cadet  de  Jayavarman  IV,  lui  succede. 
II  ne  reste  que  deux  annees  sur  le  trone. 

944,  le  frere  aine  du  precedent  regne  jusqu'en  968  sous  le  nom 
de  Rajendravarman.  II  replace  la  residence  royale  a  Angkor-Thorn, 
abandonne  depuis  seize  ans.  Plusieurs  donations  religieuses,  notam- 
ment  celle  d'une  statue  en  or  de  (^iva.  Sous  ce  regne,  le  Bouddhisme 
prend  un  developpement  qu'il  n'avait  pu  avoir  jusqu'a  ce  jour,  mais 
le  Brahmanisme  n'en  est  pas  moins  la  religion  la  plus  florissante.  Les 
grands  temples  de  Ta-Prohm  et  de  Banteai-Kedei  ont  etc  con- 
struits  probablement  par  Rajendravarman. 

968,  Jayavarman  V,  fils  du  precedent,  lui  succede.  Le  Bouddhisme 
jouit  des  faveurs  royales  presque  a  1'egal  du  Brahmanisme.  Le 
temple  de  Baphuon  a  peut-etre  etc  eleve  sous  ce  regne. 

XI«  siecle.  —  On  peut  croire  que  Jayavarman  V  cut  pour  succes- 
seur immediat  Suryavarman  Ier,  qui  regne  d'abord  pendant  cinq  ans 
sous  le  nom  de  Jayaviravarman.  Ce  roi  fit  preter  en  101 1,  a  tous 
les  gouverneurs  el  digmtaires  de  1* Empire,  un  serment  de  fidelite  qui 
se  trouve  grave  sur  les  piliers  de  la  porte  orientale  du  Phimeanakas 
(Angkor-Thorn).  Le  Bouddhisme  est  de  plus  en  plus  florissant,  a 
1'egal  du  Brahmanisme  officiel,  mais  cependant  les  ceuvres  brahma- 
niques  sont  plus  nombreuses  sous  le  regne  de  Suryavarman  I  "que 
celles  dues  a  1'influence  bouddhique.  Une  dizaine  de  temples,  au 


NOTES    D'HISTOIRE    ET    D' ARCHITECTURE 


moins,  datent  de  cette  epoque,  notamment  ceux  du  Phnom-Chisor, 
de  Prah-Vihear  et  de  Prah-Khan  (ce  dernier  dans  la  province  de 
Kompong-Svai) . 

1050,  Udayadityavarman,  fils  ou  petit-fils  du  precedent,  prend 
le  pouvoir.  II  semble  avoir  favorise  le  Brahmanisme,  quoique  le 
Bouddhisme  ne  cesse  de  progresser.  Quelques  donations.  Le  grand 
monument  de  Phimay  (province  de  Korat)  peut  dater  de  cette 
epoque.  Regne  trouble  pendant  quinze  ans  par  des  revokes. 

1070  (?)  (date  supposee).  Harshavarman  III,  frere  cadet  du 
precedent,  lui  succede.  Une  inscription  indique  que  ce  prince  regnait 
en  1089,  mais  on  ne  connait  ni  la  date  de  son  avenement,  ni  celle 
de  la  fin  de  son  regne. 

xiie  siecle.  —  Harshavarman  III  cut  pour  successeur  immediat 
Jayavarman  VI.  Peu  de  renseignements.  Les  dates  exactes  de 
I'avenement  et  de  la  mort  de  ce  roi  sont  inconnues.  On  est  en  droit 
de  supposer  qu'il  fonda  une  dynastic  nouvelle.  II  semble  que  le 
temple  de  Vat-Phou  (a  Bassak,  Laos)  fut  commence  sous  ce  regne. 
Jayavarman  VI  meurt  vers  1 1 08. 

Vers  1109,  regne  de  Dharanindravarman  I",  qui  succede  au 
precedent,  son  frere  cadet,  et  meurt  vers  1112. 

1112,  Suryavarman  II  monte  sur  le  trone  en  prenant  un  nom 
qu'avait  porte  un  souverain  du  siecle  precedent.  Doit  etre  le  petit- 
neveu  de  ses  deux  predecesseurs.  Guerre  entre  le  royaume  du  Cam- 
bodge  et  le  Champa  (1).  C'est  sous  le  regne  de  Suryavarman  II  que 
vivait  le  pandit  Divakara,  que  Ton  suppose  avoir  etc  1'architecte 
d' Angkor- Vat.  Le  Brahmanisme  domine,  mais  le  Bouddhisme 
continue  a  prosperer.  Suryavarman  II  meurt  vers  1 152. 

1 152  a  1 182  (?),  dates  approximatives ;  regne  de  Dharamndra- 
varman  II.  Continuation  des  guerres  entre  le  Cambodge  et  le 
Champa.  De  1 1 53  a  11 56,  les  Cambodgiens  soumettent  une  partie 
du  Champa,  mais  cette  premiere  conquete  ne  dure  pas  longtemps. 
En  1 159,  leroide  Champa  repousse  les  envahisseurs. 

1182,  Jayavarman  VII  (2)  succede  a  son  pere  Dharamndra- 
varman  II.  Abandon  sous  ce  regne  des  grands  travaux  de  construc- 
tion. Le  Cambodge  est  envahi  par  les  Chams  (3).  Les  temples  sont 
pilles,  mais  1'ennemi  se  retire  aussitot,  en  emportant  un  riche  butm. 
En  1190,  apres  plusieurs  annees  de  preparatifs  secrets,  Jayavar- 

( 1 )  Prononcez  :  tiampa. 

(2)  Ce  roi  etait  bouddhiste.  —  G.  Coedes,  la  Stele  de  Ta  Prohm  (Bulletin  de   I'Ecole 
franfaise  J'Extreme-O,ient,  janvier-juin  1906). 

(3)  Prononcez  :  tiami,  bref,  tans  appuyer  sur  1'i. 


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


man  VII  tire  de  son  ennemi  une  eclatante  vengeance.  Le  Champa 
est  conquis,  et  la  couronne  de  ce  royaume  passe  a  un  general  cam- 
bodgien.  Jayavarman  VII  meurt  en  1201  (date  probable).  II  laissait 
1'empire  fort  etendu  mais  atteint,  semble-t-il, ,  aux  sources  de  sa 
puissance.  On  peut  dire  que  Jayavarman  VII  futle  dernier  des  grands 
rois  du  Cambodge.  Apres  lui,  la  decadence  (1). 

Les  donnees  histonques  que  nous  venons  de  resumer  ne  nous 
renseignent  pas  sur  les  populations  autochtones  qui  habitaient  le 
pays  au  moment  de  1'invasion  cambodgienne  ni  sur  les  difficultes  de 
la  conquete.  Par  contre,  les  inscriptions  du  Cambodge  nous  ont 
appris  la  rivalite  constante  de  deux  peuples  voisins,  les  Chams  et 
les  Cambodgiens,  qui  avaient  pourtant  meme  culture  et  meme  religion. 
Nous  pouvons  ajouter  a  ces  renseignements  ceux  que  fournissent  les 
inscriptions  sanscntes  du  Champa.  Nous  verrons  qu'elles  prouvent 
egalement,  de  leur  cote,  que  1'histoire  des  deux  royaumes  est  intime- 
ment  liee  (2). 

D'abord,  nous  apprenons  qu'un  roi  cham,  appele  Prakacaditya 
Vikrantavarman,  avait  epouse  la  princesse  Carvani,  fille  du  roi  du 
Cambodge  Iganavarman.  L'inscription  est  de  658  A.  D. ;  elle  ne 
commemore  pas  ce  manage,  elle  rappelle  seulement  le  fait. 

Une  inscription  chame  de  817  A.  D.  fait  allusion  aux  succes 
qu'un  general  cham,  le  Senapati  Par  (nom  mcomplet),  aurait  rem- 
portes  sur  les  Cambodgiens. 

Erection  en  965,  par  le  roi  cham  Jaya  Indravarman,  d'une  statue 
de  Bhagavati  en  pierrepour  remplacer  la  statue  d'or  qu'avait  engee 
Indravarman  II  et  qui  avait  etc  enlevee  par  les  Cambodgiens.  Le 
texte  ajoute  que  les  ravisseurs  en  sont  morts,  donnant  a  entendre, 
peut-etre,  qu'ils  ont  ete  chaties  par  les  Chams.  Mais  en  tout  cas  le 
fait  d'un  premier  succes  subsiste.  D'un  autre  cote,  nous  savons  que 
de  944  a  968  regnait  au  Cambodge  un  prince  nomme  Rajendra- 
varman,  qui,  sur  1'une  de  ses  inscriptions  trouvee  a  Prasat-Batchum, 
est  compare  '  au  feu  de  la  destruction  universelle  qui  brulait  les 
royaumes  ennemis,  a  commencer  par  celui  de  Champa  ".  Allusion 
possible  au  pillage  de  P6-Nagar  (temple  cham  ou  se  trouvait  la  statue 

(1)  Dans  son  tableau  chronologique  des  rois  du  Cambodge,  M.  Maspero  ajoute  a  la  liste  que 
nous  avons  donnee  :  Indravarman  II   (1201),  Crindravarman   (1221)  et  Jayavarmadiparameq- 
vara  (    ?    ).  —  Georges  Maspero,  I 'Empire  Khmer,  Phnom-Penh,  Imprimerie  du    Protecto- 
rat,  1904. 

(2)  Tous  ces  renseignements  sont  pris  dans  les  traductions  d'Abel  Bergaigne   (.Inscriptions 
sanscrites   du  Champa ;  Notices  el   extrails   del   manuscrits  de    la   Bibliotheque  Nationals, 
t.  XXVII.  2e  fa«c.,  Paris,   Imprimerie  Natipnale,   1893)  et  dam  celles  de  M.  L.   Finot   (le 
Cirque  de  Mi-Son;  les  Inscriptions,  Hanoi,  imprimerie  Schneider,  1904). 


NOTES    D'HISTOIRE    ET    D' ARCHITECTURE    

d'or  d'lndravarman  II),  ou  a  quelque  autre  fait  du  meme  genre. 

Dans  une  inscription  chame  de  1 044,  gravee  sous  le  regne  de 
Rudravarman,  il  est  fait  mention  d'une  cruche  en  argent  "  du  Cam- 
bodge  ",  offerte  a  un  temple.  On  peut  voir  la  la  trace  d'une  incursion 
des  Chams  en  pays  cambodgien  et  du  pillage  qui  s'en  serait  suivi. 

Harivarman  II,  qui  regnait  sur  les  Chams  en  1080,  battit  a 
Somecvara  1'armee  cambodgienne  commandee  par  Qri  Nandana- 
varmadeva. 

Paramabodhisatva,  pnnce  Pan  (1081-1084),  s'lllustre  par  une 
expedition  victorieuse  a  Qambhupura  (Sambor,  province  de  Kratie, 
Cambodge). 

Le  roi  Jaya  Harivarman,  qui  regnait  a  Rajapura,  capitale  du 
Panduranga  (Phanrang),  fut  attaque  par  le  general  cambodgien 
C^ankara  (1145).  Vaincus  une  premiere  fois,  les  Cambodgiens  ne 
furent  pas  plus  heureux  treize  ans  plus  tard,  dans  une  seconde 
guerre.  I  Is  furent  battus  a  Virapura,  dans  la  plaine  de  Phanrang, 
en  1 1 58.  Par  contre,  ils  occupaient  la  capitale  du  Champa,  Vijaya 
(Binh-Dinh).  Le  roi  du  Cambodge  confera  la  dignite  royale  a  son 
beau-frere  (frere  cadet  de  la  premiere  reine),  Harideva,  et  1'envoya 
regner  a  Vijaya.  Jaya  Harivarman  1'attaqua  et  le  battit  dans  la  plaine 
de  Mahica,  en  1159. 

Apres  le  regne  de  Jaya  Harivarman  (1145-1170),  le  Champa 
semble  avoir  subi  de  grands  bouleversements.  Les  Cambodgiens 
etablirent  leur  domination  sur  une  partie  du  pays  et  des  pretendants 
se  partagerent  les  provinces  du  royaume.  L'invasion  cambodgienne 
cut  lieu  en  1 190.  Elle  fut  provoquee  par  le  roi  Jaya  Indravarman, 
ou  Vatuv,  qui  etait  un  usurpateur.  Ce  prince  devait  regner  a  Vijaya, 
capitale  du  Champa,  puisque  c'est  contre  cette  ville  que  marcha 
1'armee  cambodgienne.  A  la  tete  de  cette  armee  etait  un  refugie  que 
le  roi  du  Cambodge  avait  eleve  a  la  dignite  de  yuvaraja  et  qui  se 
nommait  Qri  Vidyanandana.  II  s'empara  de  Vijaya,  fit  le  roi  pri- 
sonnier,  1'envoya  au  Cambodge  et  proclama  roi  a  sa  place  Surya 
Jayavarman,  pnnce  In,  beau-frere  du  roi  du  Cambodge.  En  1 192, 
Indravarman  Vatuv,  qui  vivait  captif  au  Cambodge  depuis  sa  defaite 
et  avait  sans  doute  gagne  les  bonnes  graces  du  roi  de  ce  pays, 
reparut  avec  une  armee  cambodgienne  pour  reconquerir  son  tr6ne. 
Apres  divers  avatars,  il  fut  battu  et  tue  par  Suryavarman  Vidyanan- 
dana. Celui-ci  cut  a  subir  en  1 1 94  une  nouvelle  attaque  des  Cambod- 
giens, qu'il  repoussa  victorieusement. 

Nous  avons  dit  precedemment  que  1'histoire  de  la  grande  e*poque 

ii     


AUX    RUINES    D' ANGKOR 


d' Angkor  n'apparalt  que  lentement  a  la  lumiere,  parce  que  les  inscrip- 
tions decouvertes  sont  peu  nombreuses,  mais  il  n'en  faudrait  pas 
conclure  que  1'histoire  ancienne  complete  du  Cambodge  nous  restera 
pour  toujours  scellee.  On  doitmeme  esperer  le  contraire,  car,  dans  de 
nombreux  temples,  dans  la  presque  totalite  meme,  aucune  fouille 
serieuse  n'a  encore  ete  entreprise.  Cela  viendra  en  temps  voulu, 
suivant  la  marche  des  travaux  scientifiques  de  1'Ecole  fran^aise 
d' Extreme-Orient,  et  il  est  probable  que  les  vastes  espaces  inexplores 
d' Angkor-Thorn,  de  Ta-Prohm  ou  de  Prah-Khan,  livreront  enfin 
de  nombreuses  inscriptions.  II  n'y  a  pas  de  raisons  pour  que  le  succes 
obtenu  en  Annam  par  M.  H.  Parmentier,  le  savant  et  distingue 
chef  du  service  archeologique  de  1'Ecole  fran9aise,  qui,  en  peu  de 
temps,  a  double  le  nombre  des  mscnptions  chames  decouvertes  aupa- 
ravant,  ne  se  repete  pas  au  Cambodge.  Seulement,  c'est  une  affaire 
de  chance.  On  trouve  ou  on  ne  trouve  pas  descriptions  >  et  dans 
Angkor-Thorn,  dont  1'enceinte  n'a  pas  moins  de  1 2  kilometres  de 
developpement,  il  faudrait  une  chance  exceptionnelle  pour  que  les 
premiers  coups  de  pioche  inleressassent  precisement  un  endroit  recelant 
des  pierres  inscrites.  Pour  1'instant,  nous  ne  possedons  que  les 
traductions  dont  les  elements  principaux  ont  ete  resumes  plus  haut. 

Restent  les  hypotheses,  moms  rares  evidemment  que  les  inscrip- 
tions. L'ouvrage  de  Moura  en  est  farci,  celui  de  Delaporte  egale- 
ment.  M.  Aymonier  les  accepte  avec  prudence  et  toujours  sous  la 
forme  dubitative  qui  leur  convient.  Nous  n'en  retiendrons  qu'une 
seule  presentee  par  ce  dernier  auteur  et  qui  a  trait  a  la  chute  des 
constructeurs  d* Angkor  :  les  rois  cambodgiens  affaiblis  par  leurs 
luttes  contre  le  Champa  n'auraient  pu  resister  aux  coups  que  leur 
portaient  subitement  a  1'ouest  les  Siamois  et  auraient  fui  devant  les 
armees  thai  victorieuses  (1).  C'est  une  hypothese  tres  vraisemblable 
qui  cadre  assez  bien  avec  les  annales  des  peuples  voisins  et  que 
confirme  le  temoignage  du  Chinois  Tcheou  Ta-Kouan,  qui  visita  le 
Cambodge  en  1296  :  "  Den;  la  recente  guerre  avec  les  Siamois, 
dit-il,  le  pays  a  ete  entierement  devaste.  " 

Maintenant,  —  et  ce  qui  va  suivre  nous  parait  devoir  etre  rattache  a 
ce  chapitre  d'histoire,  —  a  qui  attribuer  la  destruction  des  monuments 
cambodgiens  ?  Car,  en  bien  des  endroits,  il  y  a  eu  destruction 
systematique  ou  tentative  de  destruction.  La  chose  ne  peut  faire 
aucun  doute,  et  voici  ce  qui  nous  fait  emettre  cette  affirmation  :  on 

(I)  Les  Siamois  font  partie  de  la  grande  race  Thai  qui  comprend  en  outre  les  Laotietu  lei 
Shans,  lei  Tho,  etc. 

12 


NOTES    D'HISTOIRE    ET    D' ARC H ITECTURE 


rencontre  partout  des  constructions  ruinees  dont  1'etat  ne  peut  etre 
du  qu'a  1'effort  de  centaines  d'hommes  reums  dans  1'esprit  de  detruire. 
A  Prah-Khan,  a  Angkor-Thorn  et  ailleurs,  des  tours,  des  galeries, 
des  edifices  entiers  se  sont  ecroules  du  faite  a  la  base,  sous  une 
poussee  vigoureuse  dont  la  vegetation  ne  saurait  etre  rendue  respon- 
sable.  Nous  distmguons,  en  effet,  sur  le  sol  ou  dans  les  eboulis,  des 
pierres  intactes  correspondant  a  d'autres  pierres  en  parfait  etat 
restees  en  place.  Nous  apercevons  les  parties  massives  d'une  con- 
struction ne  formant  plus  qu'un  prodigieux  amas  de  blocs,  alors  que, 
tout  a  cote,  se  dresse  encore  un  mur  leger  qu'un  moindre  effort 
aurait  abattu.  D'autre  part,  nous  savons  qu'un  phenomene  sismique 
ne  peut  etre  en  cause,  puisque  les  tremblements  de  terre  sont  inconnus 
dans  la  region.  II  convient  done  de  rechercher  a  qui  peut  e- re  attribue 
ce  bouleversement.  —  Deux  hypotheses  se  presentent  :  1°  les 
esclaves  des  conquerants,  apres  les  revers  de  leurs  maltres 
(xille  siecle),  se  seraient  revokes  et  auraient  tourne  leur  rage  contre 
les  asiles  des  divinites  qui  leur  etaient  defavorables,  contre  les  temples 
dont  la  construction  avail  coute  tant  de  peine  et  cause  tant  de  morts. 
Car  on  peut  croire  que  les  travaux  prodigieux  que  les  maitres 
d' Angkor  exigeaient  de  leurs  esclaves,  au  moms  pour  1'exploita- 
tion  des  carneres  et  le  gros  ceuvre,  au  milieu  de  forets  hantees  par 
la  fievre,  sous  un  soleil  de  feu  ou  des  pluies  torrentielles,  n'allaient 
pas  sans  d'innombrables  accidents  ; 

2°  Les  armees  thai  victoneuses  ont  porte  le  comble  a  1'humi- 
hation  du  vaincu  en  delruisant  la  preuve  de  son  genie  et  de  son 
ancienne  puissance. 

Quoi  qu'il  en  soil,  nous  avons  a  deplorer  aujourd'hui  un  acte  de 
vandalisme  qui  n'alaisse,  sur  certaines  places,  que  des  squelettes  de 
monument. 

Si  les  faits  qui  se  sont  produits  dans  le  royaume  du  Cambodge,  a 
1'epoque  de  la  domination  hindoue,  nous  sont  a  peu  pres  inconnus, 
deux  autres  points,  pourtant  d'une  importance  capitale,  sont  restes 
jusqu'a  ce  jour  le  secret  du  passe  :  1'ongme  exacte  des  fondateurs 
du  royaume,  le  trajet  qu'ont  suivi  les  conquerants  pour  aboutir  au 
bassin  du  Mekong. 

Sur  ces  questions,  voici  comment  s'expnme  le  general  de 
Beyhedans  son  livre,  I' Architecture  hindoue  en  Extreme-Orient  (I )  : 

(I)  Leroux,  editeur. 

,3     


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


Les  Birmans,  les  Khmers  (1)  et  les  Chams  etant  de  civilisation 
indienne,  on  serait  porte  a  croire  que  la  penetration  hindoue  s'est 
faite  par  terre  au  moyen  de  vagues  successives  venues  du  bassin  du 
Gange,  vagues  humaines  qui  se  seraient  plus  ou  moins  fondues 
dans  les  populations  conquises  en  constituant  chaque  fois  une  classe 
dirigeante  nouvelle,  mais  de  meme  origine,  se  greffant  sur  1'ancienne. 
Cette  theorie  n'est  guere  admissible.  On  croit  plus  generalement, 
conformement  a  certaines  indications  des  annales  chinoises  et  aussi 
d'apres  1'etude  du  systeme  orographique  du  pays,  que  la  civilisation 
a  etc  apportee  aux  peuplades  aborigenes  de  1'Indo-Chine,  non  par 
terre  et  par  larges  poussees  de  peuples,  mais  surtout  par  des  aven- 
turiers,  des  exiles,  des  pretres,  des  commer9ants  venus  par  mer.  Ces 
emigrants  auraient  etc  originaires  non  seulement  du  Dekkan  et  de 
1'Inde  meridionale,  amsi  que  tendent  a  le  prouver  le  style  des 
monuments  et  les  alphabets  khmers  et  chams  derives  plus  ou  moins 
de  1'alphabet  vatteluttu,  qui  a  precede  1'alphabet  tamoul  moderne, 
mais  encore  de  la  cote  d'Onssa  et  de  la  vallee  du  Gange,  speciale- 
ment  en  ce  qui  concerne  les  cotes  de  Birmanie.  Leur  point  de  depart 
aurait  etc  la  region  de  Madras,  avec  escale  aux  differents  ports  de  la 
cote  Est  de  la  presqu'ile  de  Malacca  et  transbordement  frequent  a 
I'isthme  de  Kra,  —  pour  eviter  les  facheuses  pannes  du  doublement 
des  caps  par  des  navires  a  voiles,  —  puis  les  deltas  du  Menam  et  du 
Mekong.  "  Le  general  de  Beylie  doit  avoir  raison,  si  on  admet 
que  les  propagateurs  de  I'hindouisme  au  Cambodge  furent  des 
aventuners  ou  des  marchands  ;  si  au  contraire  on  prefere,  suivant 
les  vues  exprimees  en  1 908  par  M.  Foucher  dans  une  conference 
au  Comite  de  1'Asie  franfaise,  attribuer  cette  hindouisation  a  des 
religieux  9ivaites,  on  jugera  egalement  possible,  ou  meme  plus  pro- 
bable, que  leur  entree  ait  eu  lieu  par  la  voie  de  terre. 

Mais  que  les  envahisseurs  soient  venus  par  terre  ou  par  mer,  ils 
apportaient  avec  eux  un  art  tout  fait,  d'une  conception  geniale,  qu'ils 
ont  prodigue  pour  le  plaisir  des  yeux.  Ils  ont  edifie  des  temples 
gigantesques,  fouilles,  decores,  ciseles  du  sol  a  la  cime  comme  une 
piece  d'orfevrene.  Et  voila  qu'une  interrogation  se  pose  :  ou  les 
constructeurs  d' Angkor  ont-ils  trouve  les  milliers  d'artisans  neces- 
saires  a  la  realisation  de  leur  projet  ?  —  Pour  1'extraction  de  la 
pierre,  sa  preparation  et  le  transport  des  materiaux  a  pied  d'oeuvre, 
il  est  probable  que  les  peuplades  vaincues  ont  etc  mises  a  contribu- 

(1)   Khmers  II  Cambodgieni. 

14       


NOTES    D'HISTOIRE    ET    D' ARCHITECTURE 


tion.  Mais  pour  les  travaux  d'art,  pour  1'execution  des  bas-reliefs 
et  des  motifs  decoratifs  qui  couvrent  la  pierre  et  temoignent  d'une 
maitrise  absolue,  on  ne  peut  supposer  que  les  artistes  et  les  ouvriers 
qui  ont  execute  cette  besogne  delicate  aient  etc  trouves  sur  les  lieux. 
Us  venaient  done  de  1'Inde,  a  la  suite  des  armees,  et  peut-etre 
avaient-ils,  en  cours  de  route,  troque  le  maillet  et  le  ciseau  contre  la 
lance  et  le  bouclier. 

Une  deuxieme  question  se  presente  :  pourquoi  les  maitres 
d'Angkor  ont-ils  installe  leur  capitale  et  les  plus  beaux  de  leurs 
temples  dans  la  region  des  grands  lacs  plut6t  que  sur  les  montagnes 
voisines,  abondamment  pourvues  de  sources  et  ou  leurs  citadelles 
auraient  etc  mieux  assises  ?  —  La  reponse  est  dictee  par  une  simple 
inspection  des  lieux,  et  nous  croyons  que  le  choix  de  1'endroit 
s'imposait  par  le  voisinage  d'un  vivier  inepuisable  permettant  de 
nourrir  non  seulement  les  guerriers  mais  aussi  les  innombrables 
ouvriers,  les  esclaves  et  toutes  les  populations  vaincues  que  les  con- 
quer ants  gardaient  aupres  d'eux  en  vue  de  coloniser  le  pays.  A  cette 
raison  Ton  peut  ajouter  que  le  lac,  qui  etait  autrefois  beaucoup  plus 
profond  qu'aujourd'hui,  permettait  la  navigation  en  toute  saison,  ce 
qui  facilitait  le  commerce  et  1'ecoulement  des  produits  d'echange 
fournis  par  les  regions  voisines  d'Angkor. 

MATERIAUX;  EMPLACEMENT  DES  CARRIERES; 
MODES  DE  TRANSPORT  DE  LA  PIERRE. 

Trois  sortes  de  materiaux  ont  etc  generalement  employes  dans  la 
construction  des  temples  :  la  limonite,  habituellement  designee  en 
Indo-Chine  sous  le  nom  de  "  pierre  de  Bien-Hoa  ",  le  gres  et  le  bois. 
On  verra  dans  le  cours  de  notre  description  comment  ces  materiaux 
ont  etc  utilises.  Sur  certains  points  peu  frequents,  au  Phnom-Chisor, 
a  Loley  et  sur  le  Phnom  Bak-Keng,  par  exemple,  nous  rencontrons 
la  brique,  mais  son  emploi  ne  s'est  pas  generalise. 

La  limonite  et  le  gres  entrant  dans  la  composition  des  edifices  des 
deux  Angkor  et  des  temples  voisins  proviennent  des  montagnes  de 
Koulen,  situe'es  a  plus  de  30  kilometres,  dans  la  direction  est-nord- 
est.  On  retrouve,  au  sommet  et  sur  le  flanc  de  ces  montagnes,  les 
puits  d'extraction  aux  trois  quarts  pleins  d'eau,  surtout  pendant 
la  saison  des  pluies,  et  formant  de  veritables  citernes.  La  pierre 
etait  transported,  sans  doute  sur  des  rouleaux,  pendant  une  dizaine 
de  kilometres.  Le  trace  de  la  route  existe  encore  dans  la  foret,  et 
on  le  reconnalt  d'autant  plus  aisement  que  ses  bords  sont  couverts 


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


de  dechets  innombrables.  Ensuite,  des  que  les  convois  atteignaient  le 
point  navigable  de  la  riviere,  ils  empruntaient  la  voie  d'eau  et 
gagnaient  sur  des  radeaux  Angkor- Vat,  Angkor-Thorn  ou  Tun 
quelconque  des  emplacements  choisis.  Angkor- Vat  est  a  800  metres 
de  la  riviere,  Angkor-Thorn  a  700.  Le  transport  sur  ces  courtes 
distances  se  faisait  assurement,  comme  dans  la  premiere  partie  du 
trajet,  au  moyen  de  rouleaux.  Nous  supposons  que,  pour  rendre 
le  cours  d'eau  navigable  pendant  les  mois  de  saison  seche,  les  Cam- 
bodgiens  installaient  un  barrage,  en  aval,  sur  un  point  determine. 

Quant  au  bois,  dont  il  fallait  d'enormes  quantites  pour  les  echa- 
faudages,  les  fermetures  des  baies  et  les  plafonds,  car  toutes  les 
galeries  etaient  plafonnees,  il  etait  pns  dans  la  foret  d'alentour  et 
choisi  parmi  les  especes  les  plus  imputrescibles.  C'est  ce  qui  explique 
que  les  environs  d' Angkor  soient  aujourd'hui  completement  depourvus 
de  bonnes  essences. 

PROJETS  CO/VCt/S  PAR  LES  FONDATEURS 
DU  ROYAUME. 

Malgre  leur  rage  de  construire,  les  rois  Kambujas  n'ont  pas  disse- 
mine  au  petit  bonheur  leurs  temples  et  leurs  residences  pnncieres.  II 
apparait  clairement,  au  contraire,  qu'apres  avoir  reconnu  la  region  qu'ils 
desiraient  occuper  et  en  avoir  dresse  la  carle  (1),  ils  ont  elabore  un 
projet  situant  chaque  monument  a  1'endroit  quiluiconvenaitlemieux, 
soit  pour  des  raisons  militaires,  soit  pour  des  raisons  d'approvisionne- 
ments.  Ils  ont  aussi  songe  a  defendre  leur  temtoire,  et  nous  en  voyons  la 
preuve  dans  les  innombrables  prasdt  (2)  dont  la  ligne  part  d*  Angkor 
pour  gagner  Beng-Mealea,  Koh-Ker,  et  s'etendre  ensuite  sur  toute 
la  frontiere  nord  de  la  province  de  Prom-Tep,  en  constituant  une 
veritable  zone  de  protection  du  pays  conquis. 

Les  temples  et  les  villes  etaient  relies  par  des  chaussees  surelevees  a 
la  commande  de  1'inondation  et,  parfois,  de  fortes  digues  mettaient  a 
1'abri  des  crues  la  campagne  et  les  villages.  Des  ponts  de  pierre  aux 
arches  etroites  franchissaient  les  cours  d'eau.  On  en  voit  encore  de 

(1)  Les  constructeurj  d' Angkor  possedaient  des  connaissances  astronomiques  fort   etendues 
et  se  servaient  d'instruments  assez  precis  pour  pouvoir  faire  des  observations  sur  le  soleil  et.  par 
consequent,  dresser  une  carte.  Cela  saute  aux  yeux  lorsque  Ton  etudie  les  monuments  cambod- 
giens  et  les  anciennes  voies  de  communication. 

Les  Horas,  astronomes  entretenus  par  la  cour  de  Phnom-Penh,  ont  conserve  pendant  long- 
temps  une  instruction  astronomique  tres  complete  qui  leur  venait  certainement  des  brahmanes. 
Ils  ne  se  servent  plus  aujourd  hui  que  de  formules  empiriques,  mais  toutes  leurs  f  rmules  ont  une 
base  mathematique  que  M.  Faraut,  mathematicien  distingue,  a  pu  retrouver  grace  a  sa  connais- 
sance  parfaite  de  la  langue  cambodgienne. 

(2)  Prasat  —  tour. 


ROL'TK    DC     VILLAGE    DK    Si  K.M-R  KAl1. 


RIVIERE  DE  SIE.M-REAP. 


iK    Al'X    Kl'INKS    H'AN(iKOk. 


l'L.  i,  PAOI-:  16. 


>    -UJ 


GUIDE  AUX  RUINF.S  IVANGKOR. 


PL.  2.    PACK   17, 


NOTES    D'HISTOIRE    ET   D' ARCHITECTURE 


nombreux  vestiges,  dont  un  a  700  metres  a  Test  de  la  porte  de  la 
Victoire  (Angkor-Thorn).  Quelques-uns  ont  meme  resiste  a  travers  les 
siecles,  et  nous  en  trouvons  un  magniKque  exemple  dans  la  province 
de  Chikreng,  le  spean  (1)  Ta-Ong. 

Entre  Angkor  et  Beng-Mealea,  puis  de  ce  temple  a  la  ville  de 
Prah-Khan,  enfinde  Prah-Khan  a  Vat-Nokor  (rive  droite  du  grand 
fleuve),  les  rois  avaient  projete  la  construction  d'une  route  large  et 
elevee  qui  aurait  reuni  tous  ces  points.  Leur  projet  n'a  pu  etre  realise 
en  entier,  mais  une  grande  partie  en  a  etc  faite,  et  Ton  peut  encore 
aujourd'hui  aller  de  Beng-Mealea  a  Prah-Khan  sans  quitter  la 
chaussee.  Malheureusement,  cette  ancienne  voie  est  tombee  dans 
1'abandon,  surtout  depuis  le  depeuplement  par  les  dernieres  incursions 
siamoises  de  toute  la  region  qu'elle  traverse,  et  la  plus  folle  vegeta- 
tion y  pousse  a  1'envi.  Les  routes  de  ce  genre  sont  innombrables  dans 
1'ancien  Cambodge,  et  les  environs  immediats  d' Angkor  en  sont 
sillonnes. 

Cependant  ces  levees  de  terre  s'etendant  sur  plusieurs  centaines 
de  kilometres  represented  un  travail  a  peine  comparable  a  celui  qu'ont 
necessite  les  deux  lacs  qui  portent  les  noms  de  Baray  oriental  et  de 
Baray  occidental  et  qui  sont  entierement  creuses  de  mam  d'homme. 
Le  Baray  occidental  se  trouve  a  quelques  centaines  de  metres  de  la 
porte  ouest  d*  Angkor-Thorn.  II  ne  mesure  pas  moins  de  8  kilometres 
de  longueur  sur  2  kilometres  de  largeur  et  se  presente  done  sous 
la  forme  d'un  rectangle  tres  allonge  dont  la  superficie  est  de  1 6  kilo- 
metres carres.  Sa  profondeur  actuelle  est  de  7  a  8  metres  dans  la 
partie  occidentale,  mais  elle  atteignait  autrefois  10  metres.  Au  centre 
du  rectangle  s'eleve,  emergeant  de  1'eau,  un  petit  edicule.  Les 
dimensions  du  Baray  oriental  (completement  a  sec  aujourd'hui)  sont 
un  peu  moindres ;  elles  atteignent  7  500  metres  de  longueur  pour  une 
largeur  de  1  600  metres.  Un  troisieme  lac  beaucoup  plus  petit  a  etc 
creuse  pres  de  Prah-Khan  (a  1  kilometre  au  nord  d' Angkor-Thorn). 

A  quoi  servaient  ces  immenses  reservoirs  ?  Certainement  pas  aux 
approvisionnements  d'eau,  puisque  les  temples  etles  villesse  trouvaient 
toujours  a  proximite  de  la  riviere  et  que,  de  plus,  de  tres  nombreux 
etangs  etaient  creuses  dans  les  enceintes  memes  pour  les  besoins  des 
habitants.  Nous  estimons  done  que  les  baray  etaient  des  bassms  ou 
Ton  conservait  pendant  la  saison  des  pluies  le  poisson  destine  a  la 
nourriture  de  la  population.  Les  pecheries  s'installaient  dans  le  grand 

(I)  Spean  II  pent.  Prononcez  :  ipien. 
17      


AUX  RUINES  D-ANCKOR 


lac,  comme  aujourd'hui,  pendant  la  saison  des  basses  eaux,  c'est-a- 
dire  a  Kepoque  ou  la  peche  etait  facile,  et  Ton  prenait  en  trois  ou 
quatre  mois,  exactement  comme  cela  se  passe  encore  maintenant,  des 
milliers  de  tonnes  de  poisson.  Chaque  jour  la  quantite  necessaire 
etait  consommee,  et  le  reste  (1)  etait  porte  vivant  dans  les  bassins. 
On  pouvait  ainsi  capturer  aisement  le  poisson,  au  fur  et  a 
mesure  des  besoms,  tandis  que,  s'll  etait  reste  dans  les  eaux  du 
lac,  les  resultats  journaliers  de  la  peche,  a  1'epoque  des  hautes 
eaux,  auraient  etc  msuffisants  pour  1'innombrable  population  de  la 
capitale  et  des  environs.  II  ne  faut  pas  oublier  que  le  grand  lac  s'etend 
sur  plus  de  100  kilometres  pour  une  largeur  moyenne  de  30  kilo- 
metres et  que  sa  crue,  de  Juillet  a  Janvier,  atteint  1'etiage  de  8  metres. 
Dans  une  pareille  masse  d'eau,  le  poisson  devient  difficile  a  prendre, 
quelle  que  soit  son  abondance  ;  d'ou  necessite  de  reserves  propor- 
tionnees  a  la  densite  de  la  population. 

Mais  la  principale  destination  des  baray  etait  sans  doute  de  servir, 
pendant  la  saison  seche,  a  1'irrigation  des  jardins  et  des  champs. 
Peut-etre  encore  le  baray  occidental  etait-il  le  port  de  guerre 
d*  Angkor-Thorn  ;  mais  il  convient,  avant  de  se  prononcer  sur  ce 
point,  d'examiner  la  question  de  tres  pres  et  d'etudier  les  moyens  de 
communication  avec  le  grand  lac.  Etant  donnes  1'etat  de  rume  des 
parois  du  bassin  et  le  colmatage  de  ses  abords  dans  la  partie  occiden- 
tale,  cette  etude  n'ira  pas  sans  quelques  difficultes. 

Enfin,  en  plus  des  chaussees  et  des  lacs  artificiels  que  nous 
venons  de  voir,  les  maitres  du  pays  avaient  etabli,  dans  les  eaux 
memes  du  lac,  trois  digues  en  pierre  de  40  metres  de  largeur,  qui 
commen9aient  a  la  hauteur  de  la  parlie  occidentale  du  grand  baray 
et  s'etendaient  dans  trois  directions.  L'une  d'elles  traversal  le  lac 
completement.  Ces  digues  n'ont  probablement  pas  etc  terminees, 
puisqu'elles  restent  immergees,  mais  on  les  retrouve  au  moment 
du  bas  etiage ;  elles  ne  sont  alors  recouvertes  que  d'une  vingtaine  de 
centimetres  d'eau.  Tous  les  pecheurs  les  connaissent  et  ont  meme 
1'habitude  des'en  servir  comme  chemin  de  halage  poureviterderamer. 

CARACTERISTIQUES  DES  MONUMENTS 
DU  CROUPE  D' ANGKOR. 

Les  Cambodgiens  ont  eleve,  sur  le  sol  conquis,  des  temples  isoles 


-    NOTES    D'HISTOIRE    ET    D' ARCH  1TECTURE 

(Angkor- Vat,  le  monument  du  Phnom  Bak-Keng,  les  sanctuaires  du 
Phnom-Krom,  etc.)  et  des  villes  au  milieu  desquelles  se  dressaient 
des  temples  nombreux,  groupes  ou  dissemmes.  L'anaenne  capitale, 
Angkor-Thorn,  nous  offre  le  type  parfait  d'une  ville  construite  d'apres 
les  conceptions  des  fondateurs  du  royaume.  Temples  et  villes  etaient 
abrites  d'une  haute  muraille  souvent  precedee  d'une  douve  exterieure 
pourtournante. 

Dans  1'enceinte  etaient  pratiques  d'immenses  porches  permettant 
le  passage  des  elephants  bates,  ou  des  porles  plus  modestes  destinees 
aux  gens  a  pied.  En  avant  de  ces  ouvertures  qui,  comme  nous  le 
verrons  dans  la  par  tie  descriptive,  affectent  des  formes  assez  diffe- 
rentes,  se  developpait,  lorsqu'il  y  avail  lieu,  une  chaussee  qui 
traversait  le  fosse.  De  1'autre  cote,  c'est-a-dire  a  1'interieur  du  paral- 
lelogramme  occupe  par  les  villes  ou  les  temples,  des  avenues  recti- 
lignes  conduisaient  au  centre,  vers  les  monuments  les  plus  importants. 
Les  avenues  suivaient  une  direction  nettement  nord-sud  ou  est-ouest. 
Chacune  des  faces  de  1'enceinte  n'etait  ouverte  que  dans  sa  partie 
mediane,  sauf  a  Angkor-Thorn,  ou  la  muraille  orientale  possede  deux 
ouvertures  eloignees  1'une  de  1'autre  de  400  metres. 

Dans  les  villes,  les  constructions  dediees  aux  divinites  etaient 
encore  ou  n'etaient  pas  (les  exemples  sont  nombreux  de  Tun  et 
1'autre  cas)  protegees  par  des  petits  fosses  ou  des  murs  assez  eleves 
qui  les  isolaient.  Un  groupe  de  temples  affectait  le  plus  souvent  une 
disposition  reguliere,  mais  ce  n'etait  pas  une  regie  generale,  et  nous 
verrons  qu'a  Prah-Khan  d' Angkor  ( 1 )  la  symetrie  n'est  observee 
que  pour  un  seul  monument  et  ses  dependances.  D'autres  fois,  a 
Ta-Prohm  notamment,  la  partie  gauche  du  plan  se  repete  syme- 
triquement  a  droite.  Le  grand  axe  des  temples  est  toujours  oriente 
est-ouest,  et  1'entree  principale  occupe  le  cote  oriental,  excepte 
a  Angkor -Vat,  ou  elle  se  trouve  a  1'ouest. 

Voyons  maintenant  les  caracteres  generaux  des  constructions.  La 
plupart  du  temps,  mais  pas  toujours,  les  monuments  du  groupe 
d' Angkor  s'ordonnent  de  la  fa9on  suivante  :  ils  sont  entoures  d'une 
enceinte  particuliere  percee,  sur  la  face  orientale,  d'une  entree  prin- 
cipale surmontee  d'une  tour  et  flanquee,  quand  le  monument  est 
important,  de  deux  entrees  laterales  de  hauteur  moindre  reliees  a 

(1)  Le  nom  de  Prah-Khan  d' Angkor  designe  des  ruir.es  qui  se  situent  a  1  kilometre  au 
nord  d'Angkor-Thom  et  qu'il  ne  taut  pas  confondre  avec  d'autres  ruines  qui  portent  ce  meme 
nom  de  Prah-Khan,  mais  qui  se  trouvent  a  1  50  kilometres  a  Test  des  premieres,  dans  la  pro- 
vince de  Kompong-Svai.  Un  troisieme  Prah-Khan,  dont  il  ne  reste  plus  que  de  vagues  vestiges, 
*x  ste  dans  la  region  de  Pursat,  pres  du  chef-lieu  de  la  circonscription. 


AUX    RU1NES    D'ANGKOR 


celle  du  centre  par  des  galeries.  Chacune  des  autres  faces  de  1'enceinte 
particuliere  s'ouvre  par  un  gopoura  de  meme  style  que  celui  de  la 
face  orientale,  mais  sans  passages  lateraux.  (Le  gopoura  se  compose 
d'une  porterie,  d'un  vestibule  et  d'une  tour  decorative.)  Quelquefois 
1' entree  principale  est  reliee  au  temple  par  une  chaussee  dallee  ou 
une  passerelle  ;  exemples  :  Angkor- Vat  et  Baphuon  (1). 

Quelques  monuments  s'elevent  en  galeries  concentriques  et  eta- 
gees  posees  sur  des  soubassements  dont  la  hauteur  double  d'etage  en 
etage.  Aux  angles  des  galeries  superieures  se  dressent  des  tours  plus 
ou  moins  hautes  dominees  par  une  tour  centrale  dressee  a  1'inter- 
section  des  axes  de  1'etage  superieur  et  sous  laquelle  se  trouve  le 
sanctuaire.  Exemples  :  Angkor- Vat,  Baphuon,  le  Bayon,  etc.  Les 
etaees  sont  separes  par  des  cours  de  proportions  tres  variables. 

D'autres  monuments,  beaucoup  plus  nombreux,  n'ont  pas  le  meme 
relief ;  leurs  galeries  et  les  cours  sont  sur  un  meme  plan  horizontal. 

On  remarquera  que  nous  donnons  le  nom  de  ' '  temple  "  a  tous  les 
edifices  cites  jusqu'a  present  pour  les  besoins  de  notre  expose.  Cela 
est  intentionnel,  bien  que  cette  appellation  contrarie  ce  qu'ont  dit 
plusieurs  auteurs  quicrurent  pouvoir  attribuer  aquelques  constructions, 
qui  ne  ressemblaient  pas  exactement  aux  autres,  une  destination 
qu'elles  ne  meritaient  pas.  Ainsi  Moura  voit,  dans  les  deux  edifices 
qui  se  trouvent  a  Test  de  la  place  centrale  d* Angkor-Thorn,  derriere 
les  tours  de  limonite,  des  palais  reserves  aux  ambassadeurs  etrangers. 
M.  Aymonier  ne  se  prononce  pas  categoriquement,  mais  para!t 
admettre  1'idee  des  indigenes  qui  placent  la  les  anciens  magasins 
royaux.  D'autres  auteurs  ont  fait  du  Phimeanakas  un  palais  royal. 
En  verite,  tous  les  monuments  du  groupe  d' Angkor  ont  un  caractere 
religieux  qu'il  convient  de  leur  conserver.  A  notre  avis,  toutes  ces 
constructions,  sans  aucune  exception,  sont  des  temples. 

Les  habitations  particulieres  etaient  beaucoup  moins  importantes. 
Le  roi,  les  princes,  les  guerriers,  les  hommes  hbres,  en  un  mot  toute 
la  population  des  villes  habitait  dans  des  maisons  plus  ou  moins 
vastes  et  confortables,  construites  vraisemblablement  en  bois  et  cou- 
vertes  certainement  en  tuiles  (2).  Les  innombrables  tessons  de  tuiles 
et  debris  d'argile  cuite  que  Ton  rencontre  le  long  des  avenues 
d' Angkor-Thorn  fournissent,  sur  le  mode  de  couverture  des  habita- 
tions, une  indication  qui  ne  saurait  etre  negligee.  Le  terrain  libre 

1 I )  Prononcez  :  Bap'ouon,  en  faisant  sonner  \'n. 

(2)  Cependant   Tchao  Jou-Koua  dit  en   parlant  du   Cambcdge   :    "   Let  mandarins  et  le 
peuple  construisent  leurs  maisons  en  entrelacant  des  bambout  et  les  couvrent  de  chaume.  Seul 
le  roi  fait  faire  son  habitation  en  pierres  tailleei.  " 


NOTES    D'HISTOIRE    ET    D' ARCHITECTURE 


FlG.    2.     —    EPI    DE    FAtTAGE    ET    TUILE    DE    CHEXEAU 

EN  TERRE  CUITE  TROUVES   DANS   LES    FOUILLES 
D'ANGKOR-VAT. 


d' Angkor- Vat,  c'est-a-dire  toute  la  partie  circonscrite  par  1'enceinte 
et  que  n'occupait  pas  le  temple,  etait  egalement  habite.  Des  tuiles  de 
divers  modeles  et  des  epis  de  faitage  se  rencontrent  partout  en  quan- 
tites  innombrables 
et  prouvent  que 
non  seulement  les 
maisons  particu- 
lieres  etaient  cou- 
vertes  en  tuiles, 
mais  encore,  a  en 
juger  par  la  per- 
fection du  travail, 
que  les  brique tiers 
de  1'epoque  sa- 
vaient  donneraux 
toitures  le  plus 
d' elegance  possi- 
ble. Les  croquis 

ci-contre  reproduisent  une  tuile  de  bordure  et  un  epi  trouves  dans  le 
degagement  de  1'avenue  dallee  d' Angkor- Vat.  On  voit  par  ces  deux 
types  que  le  gout  de  la  decoration  s'etendait  autrefois  aussi  bien  aux 

habitations  des  simples  mortels 
qu'aux  splendides  demeures  des 
divinites. 

EMPLOI  DES  MATE RI AUX. 

La  limonite  est  employee 
dans  les  monuments  anciens 
du  Cambodge  pour  toutes  les 
parties  d'infrastructure,  les  sou- 
bassements  de  certains  edifices  et 
les  murs  d'enceinte.  On  la  trouve 
apparente.nue  ou  decoree  de  mou- 
lures.maisle  plus  souvent  elle  est 
couverte  d'un  revetement  de  gres. 
Pour  des  temples  de  1'importance  d* Angkor- Vat  (1),  du  Baphuon 
et  du  Bayon,  les  constructeurs  ont  dfi  clever,  pour  constituer  une 

(1)  II  n'est  pas  absolument  certain  que  pour  Angkor-Vat  les  cons'ructeurs  n'aient  pas 
utilise  une  petite  colline  naturelle  ;  cependant  c'est  peu  probable  et,  dans  tous  les  cas,  1'assise  de 
limonite  est  importante,  comme  1'ont  prouve  quelques  sondages  executes  dans  les  cours  du  masisf 
central  et  dans  la  cour  du  deuxieme  etage,  avant  reparation  du  dallage. 


FlG.     3.    —    PlERRES     RELIEES 
PAR    UN    DOUBLE    T    EN    FER    PLAT. 


21 


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


assise  assez  forte,  de  veritables  collines  de  limonite.  Tous  les  blocs 
etaient  tallies  sur  leurs  six  faces  aussi  soigneusement  que  possible  et 
superposes  ou  juxtaposes  sans  la  moindre  parcelle  de  mortier.  Les 
quelques  vides  qui  se  presentaient  etaient  hourdes  au  sable.  Sur  ce  pre- 
mier travail,  deja  considerable,  venait  s'appliquer  un  revetement  ou 
un  dallage  de  gres,  puis,  a  chaque  etage,  s'elevaient  les  portiques 
et  les  galeries.  Les  pierres  de  gres  etaient  quelquefois  appareillees 
au  moyen  de  doubles  T  en  fer  plat,  encastres  dans  les  blocs  a  lier 

(rares  exemples) 
ou  par  des  dou- 
bles T  en  pierre 
qui  ne  resistaient 
pas  longtemps. 

Ici,  il  ne  nous 
parait  pas  super- 
flu  de  faire  re- 
mar  quer  que,  si 
les  constructeurs 
d' Angkor  sesont 
montres  architec- 
tes  de  talent  et 
decorateurs  m- 
comparables,  ils 
ont  fait  preuve, 
en  matiere  de 
construction, 

d'un  manque  absolu  de  technique.  D'abord  ils  ignoraient  la  formule 
de  Tare  et  ont  eleve  leurs  toitures,  fort  gracieuses  du  reste,  par  le 
procede  d'encorbellement,  qui  a  pour  moindre  defaut  de  limiter  la 
largeur  des  galeries  (1).  Ensuite  ils  n'ont  pas  su  trouver  un  moyen 
pratique  et  solide  de  fixer  les  petites  toitures  en  demi-voute  des 
verandas.  Mais  cela  ne  serait  rien  s'ils  n'avaient  commis  la 
faute  bien  plus  grave  de  construire  les  tours  et  la  plupart  des  murs 
par  tranches  verticales  (2),  au  lieu  d'adopter  le  systeme  qui 
consiste  a  faire  chevaucher  les  pierres  en  croisant  les  joints.  Cette 


FlG.    4.    —     VoOTE    CAMBODGIENNE    (COUPE). 


(1)  Notons,  a  ce  propos,  que  les  Grecs  n'ont   pas  adopte  la  voute  et  que  les   Egyptians  ne 
1'ont  employee  que  rarement.  Au  contraire  les  Assyrians  ont  construit  des  voutes  et  des  coupples 
et  sont  meme  Its  premiers  a  avoir  applique  ces  formules,  qvi  se  sont  transmises  aux  Lydiens 
puis  aux  Etrusques  et  enfin  a  Rome  (S.  Reinach,  Hisloire  generals  Jes  arts  plasliques). 

(2)  Cette  faute  est  commune  a  tous  les  peuples  d'Extreme-Orie.  I    :   Chinois,  Annamites, 
Khmers,  Chams,  Javanaii  (Indication  de  M.  H.  Parmentier). 

— 22       


NOTES    D'HISTOIRE    El     D' A RCH ITECTURE 


erreur  est  la  cause  principale  de  la  ruine  des  tours  du  Bayon  et  de 

tant  d'autres  parties  qui  seraient  restees  mtactes  si  elles  avaient  etc 

bien    construites.  On  comprend 

aisement  que,  dans  une  tranche 

verticale,  la  simple  poussee  d'une 

racir.e  agissant  sur  un  bloc  jettera 

par  terre  tcutes  les  pierres  qui  se 

trouvent  au-dessus.  Dans  le  sys- 

teme  a  joints    croises,  le  bloc  se 

deplacera  et  meme  pourra  tom- 

ber  sans  entramer  dans  son  depla- 

cement   ou   dans    sa    chute   les 

pierres  qui  le  dominent.  On  est 

done  etonne  de  voir  des  archi- 

tectes    qui    ont  su    dresser  des 

plans    comphques    et    mener   a 

bien  une    des    ceuvres  les   plus 

colossales    qu'un      peuple      ait 

accomplies,  ignorer  les  principes 

elementaires  de  la  construction. 

Ce  que  Ton  vient   de  lire  n'm- 

firme  pas,  bien  entendu,  ce  que 

nous  avons  dit  au  sujet  des  actes  de  vandalisme  qui  restent  la  cause 

dominante  de  la  destruction  de  la  plupart  des  monuments  cambodgiens. 

La  pierre  de  gres,  avant  sa  mise 
en  place,  etait  rodee,  pohe  comme 
une  table  de  marbre  sur  les  lits  et 
les  joints,  c'est-a-dire  sur  toutes  les 
parties  a  mettre  en  contact  avec  les 
pierres  voismes.  Ce  travail  de  po- 
lissage  sur  des  millions  de  blocs 
exigeait  un  nombre  d'ouvriers  que 
Ton  ne  peut  guere  evaluer.  La  face 
tournee  vers  I'lnteneur  etait  simple- 
ment  degauchie,  de  meme  que  le 
parement  externe.  Plus  tard,  les  ou- 
vriers  tracaient  sur  la  face  apparente 

lesgrandes  lignes  des  moulures  et  les  taillaient  dans  levif.  L'ensemble 

etait  ponce  et  les  artistes  venaient  a  leur  tour  dessiner  les  ornements 

des  moulures,  des  chapiteaux,  des  socles,  des  pilastres,  des  domes, 


FlG.    5.  —  DEMI-VOOTE    DE    VERANDA 
(COUPEI. 


FIG.  6.  —  APPAREIL  FREQUEMMENT 

RENCONTRE  DANS  LES  MURS 

D'ANGKOR. 


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


des  linteaux,  des  frontons,  en  un  mot  de  toutes  les  parties  a  de*corer, 
pendant  que  d'autres  dessinateurs  esquissaient  a  la  pointe  de  1'outil 
les  figures  des  bas-reliefs.  En  fin  les  sculpteurs  entreprenaient  leur 
interminable  besogne. 

Le  bois  a  etc  utilise  seulement  pour  les  plafonds,  les  vantaux  des 
portes  et,  plus  rarement,  comme  poitrails.  II  en  reste  encore  des 
fragments  qui  temoignent  que  les  decorateurs  d' Angkor  travaillaient 
le  bois  aussi  adroitement  que  la  pierre. 

En  ce  qui  concerne  la  mise  en  place  des  maleriaux  a  des  hauteurs 
souvent  considerables,  il  n'est  pas  autrement  certain  que  les  construc- 
teurs  aient  installe  des  echafaudages  compliques,  excepte  pour  les 
tours  et  les  galeries.  Quand  on  examine  de  pres  les  soubassements 
de  quelques  monuments,  on  s'aper9oit  que  les  pierres  sont  posees 
par  assists  reglees,  bien  nettes,  et  comme  le  remplissage  en 
limonite  s'elevait  probablement  en  meme  temps  que  le  revetement 
de  gres,  les  ouvriers  avaient  toujours,  pour  manoeuvrer,  une  surface 
plane  sur  laquelle  il  leur  etait  facile  de  rouler  les  matenaux  mis  a 
leur  portee  au  moyen  d'un  simple  plan  incline.  Pour  les  galeries  et 
les  tours,  c'etait  une  autre  affaire,  et  la  1'echafaudage  s'imposait ;  mais 
le  bois  etait  abondant ;  la  foret  voisine  en  fourmssait  tant  qu'on  en 
pouvait  desirer. 

TEMPS  NECESSAIRE  A  LA  CONSTRUCTION 
DES  MONUMENTS  D'ANGKOR. 

Cette  question  se  pose,  mais  ne  se  re'sout  pas.  D'ailleurs,  bien  qu'il 
y  ait  entre  les  monuments  du  groupe  des  differences  d'age  allant 
jusqu'a  plusieurs  siecles,  aucun  n'a  etc  termine.  Les  temples  les  plus 
anciens  comme  ceux  de  Prah-Khan  d' Angkor,  de  Ta-Prohm  et 
d' Angkor-Thorn  sont  restes  aussi  inacheves  qu*  Angkor- Vat,  qui  est 
peut-etre  le  plus  recent  des  monuments  de  la  bonne  epoque  (1). 
Certaines  parties  ne  demandaient  plus  que  quelques  coups  d'outil 
pour  etre  terminees  ;  d'autres  sont  restees  a  1'etat  d'ebauche  (inte- 
rieur  des  entrees  est,  nord  et  sud  d' Angkor- Vat ;  interieur  des  edi- 
cules  voisins  de  la  chaussee  dallee),  et  Ton  sent  que  les  ouvriers  ont 
abandonne  leur  besogne  brusquement  et  partout  a  la  fois.  Les  causes 

(1)  Au  sujet  de  la  date  d' Angkor- Vat, nous  voudrions  etre  plut  affirmatif,  mais  il  nous  manque 
la  preuve  indiscutable  que  seule  une  inscription  peut  apporter.  Nous  nous  contentorons  done  de 
dire  que  notre  opinion,  basee  sur  des  observations  techniques  nombreuses,  est  qu'Angkor-Vat 
do_it  etre  le  dernier  construit  de  tous  les  edifices  d'Angkor  et  peut-etre  de  tout  le  Cambodge. 
D'apres  M.  G.  Coedes,  les  limites  extremes  entre  lesquelles  a  pu  etre  construit  le  temple 
d'Angkor- Vat  sont  1050  et  1 170  A.  D. 


a  a 
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<!  £ 


GL'IUE  At  X  RUINES  D'ANGKOR. 


GUIDE  Aux  KfixEs  D'AXC.KOR. 


PL.   4.   PAGE  25. 


NOTES    D'HISTOIRE    ET    D"  ARCHITECTURE 


de  cet  arret  restent  a  determiner.  Nous  e*mettrons  1'hypothese  d'une 
revolte  generate  ou  d'une  panique. 

LES   DEUX    CULTES    EN  HONNEUR 
A  L'EPOQUE  D'ANGKOR. 

Si  les  principaux  monuments  dus  a  1'initiative  des  conquerants 
cambodgiens  s'elevaient  a  la  gloire  des  dieux  de  1'Olympe  brahma- 
nique,  quelques  chapelles  plus  modestes  etaient  nettement,  et  a  la 
meme  epoque,  affectees  au  culte  du  Buddha  (doctrine  du  Nord). 
Nous  en  trouvons  de  nombreux  specimens  contenant  encore  des 
statues  bouddhiques.  Ces  chapelles  se  presentent  toutes  sous  1'aspect 
de  terrasses  non  couvertes,  elevees  sur  un  soubassement  paremente 
de  gres  et  bordees  d'une  corniche  en  encorbellement  qui  supportait 
une  elegante  balustrade. 

Ainsi  nous  constatons  que  les  maitres  du  pays  faisaient  preuve 
d'une  grande  tolerance  religieuse  en  permettant  a  deux  cultes  bien 
differents  de  cohabiter  a  1'abri  des  memes  remparts.  Et  ceci  con- 
firme  ce  que  nous  avons  vu  dans  le  resume  historique,  a  savoir  que 
sous  plusieurs  regnes  le  Bouddhisme  etait  flonssant,  presque  a  1'egal 
du  Brahmanisne.  Du  reste,  les  ruines  de  Prah-Khan  (province  de 
Kompong-Svai)  fournissent  un  exemple  de  1'association  des  deux 
cultes  :  la  balustrade  qui  s'etend  de  chaque  cote  des  ponts  d'acces 
est  du  meme  style  que  celle  que  nous  voyons  a  Angkor- Vat  et 
ailleurs,  mais  sous  le  deploiement  des  tetes  du  Naga  se  trouve, 
sculptee  dans  le  meme  bloc,  une  petite  figure  du  Buddha  accroupi ; 
et  une  inscription  du  XI'  siecle  gravee  sur  la  porte  d'un  sanctuaire  du 
meme  monument  invoque  a  la  fois  (^iva  et  le  Buddha. 

BRAHMANISME. 

Principe  :  "  Toute  action  produit  des  fruits  qu'il  faut  manger.  " 
L'acte  qui  developpe  ses  consequences  est  compare  a  un  fruit  qui 
murit. 

Les  dieux.  —  Les  dieux  sont  des  etres  finis,  des  portions  du 
systeme  existant  d'un  univers  perissable.  Us  ont  un  corps  soumis  a 
la  dissolution,  une  ame  soumise  a  la  meme  necessite  d'absorption 
finale  dans  1'ame  supreme.  Us  mangent  reellement  les  oblations  qui 
leur  sont  faites.  Us  subissent  des  penitences,  ont  des  passions  et  des 
affections. 

Trimurti.  —  La  substance  universelle  voulant  creer  pour  son 

25      


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


divertissement  les  phenomenes  de  1'Univers  prit  la  qualite  d*  Activite 
(Rajas)  et  devint  Brahma,  le  Createur.  Dans  le  deuxieme  stage  de 
cette  evolution,  elle  prit  la  qualite  de  Bonte  (Sattva)  et  devint 
Vishnou,  le  Conservateur.  Dans  le  troisieme,  elle  prit  la  qualite 
d'Obscurite  (Tamas)  et  devint  £iva,  le  Destructeur. 

Ces  trois  manifestations  divines  (Trimurti)  sont  finies  et  obeissent 
a  la  loi  de  dissolution  generate.  Elles  repondent  aux  trois  moyens 
de  salut :  les  Actes  (Kantian),  la  Foiet  1* Amour  (Bhakti),  la  Science 
spirituelle  (Jiiana). 

Brahma.  —  Createur  du  monde.  Rien  de  populaire,  presque 
pas  de  culte.  Dans  1'Inde,  on  ne  rencontre  que  tres  rarement  des 
temples  dedies  a  Brahma. 

Dans  Angkor-Thorn,  on  voit  les  quatre  visages  de  ce  dieu 
(Caturmukha  =  4  faces)  au-dessus  de  toutes  les  portes  de  1'enceinte 
et  sur  toutes  les  tours  duBayon,  mais  ilest  possible  que  lesanctuaire 
de  ce  temple  ait  contenu  la  statue  d'une  autre  divinite  et  que  les 
tetes  de  Brahma  n'aient  ele  aussi  souvent  reproduces  que  parce 
qu'elles  se  pretaient  admirablement  a  la  decoration  des  tours. 

1 cono graphic.  —  Quatre  visages,  quatre  bras  tenant :  le  Veda, 
un  rosaire,  un  vase  sacrificiel  ou  un  pot  a  aumones,  une  cuiller  de 
sacrifice.  II  chevauche  une  oie  doree  (hamsa).  II  siege  souvent  sur 
un  lotus  qui  s'eleve  du  nombril  de  Vishnou  couche  sur  les  eaux. 
Sa  <jakti  est  Sarasvatl  (!)• 

Vishnou.  —  II  a  pour  fonction  speciale  la  conservation  de 
1'umvers. 

I  cono  graphic.  —  Quatre  bras.  Attributs  :  massue,  conque  et 
disque.  II  a  pour  cakti  Lakshmi.  Sa  monture  est  Garouda  (2).  On 
le  represente  aussi  flottant  endormi  dans  1'Ocean  sur  une  feuille  de 
lotus  ;  de  son  nombril  sort  une  longue  tige  de  lotus,  dont  la  fleur  sert 
de  siege  a  Brahma. 

Vishnou  a  dix  incarnations :  le  poisson,  la  tortue,  le  sanglier, 
1  homme-lion,  le  nain,  Rama  a  la  hache,  Rama-Chandra  (le  heros 
de  Ramayana),  Krishna  (le  dieu  noir),  le  Bouddha  ;  la  dixieme 
incarnation  ne  se  produira  qu'a  la  fin  de  1'age  kali.  On  retrouvera 
quelques-uns  de  ces  avatars  dans  la  description  des  bas-reliefs 
d' Angkor-Vat. 

£iva.  —  Dieu  de  la  destruction,  mais  comme  la  mort  mene  a  une 

(1)  Voy.  plus  loin  la  definition  des  £akti. 

(2)  Oiseau  (antastique  :  tele  d'oiseau  ou  quelquefois  de  tigre,  buste  et  bras  d'un  homme,  des 
ailes,  arriere-corps  d'un  tigre,  cuisses  couvertes  d'ecailles. 

26       


NOTES    D'HISTOIRE    ET    D' ARCH ITECTURE 


nouvelle  vie,  c'est  aussi  une  divinite  generatrice  adoreesous  la  forme 
du  phallus  (Linga)  entoure  souvent  de  1'embleme  femelle  (Yoni).  II 
est  aussi  represente  sous  la  forme  humaine  en  compagnie  de  sa 
9akti,  Parvati  ou  Durga.  II  porte,  en  guise  de  cordon  brahmanique, 
un  serpent  et  un  collier  de  tetes  de  mort.  Sa  monture  est  un  taureau 
blanc  (Nandin).  Ses  emblemes :  trident,  peau  de  tigre.  Le  trident 
est  seul  represente  dans  les  bas-reliefs  d'Angkor. 

Sous  le  nom  de  Mahadeva,  il  est  figure  nu,  les  cheveux  nattes, 
vivant  en  ascete  dans  une  foret,  enseignant  aux  hommes,  par  son 
exempie,  la  penitence  et  la  meditation  (1). 

On  le  represente  encore  dansant  le  tandava,  avec  de  multiples 
bras  qui  1'entourent  comme  une  aureole. 

£a£ft.  —  Les  divinites  brahmaniques  ont  une  double  nature  : 
immobile,  active.  Cette  derniere  est  appelee  ?akti.  En  somme,  la 
fakti  est  le  symbole  de  1'energie  active  de  la  divinite. 

Iconographie.  —  Les  9akti  sont  souvent  representees,  sous  une 
forme  de  femme,  a  cote  de  leur  epoux.  Quand  elles  sont  seules,  on 
les  reconnait  aux  attributs  du  dieu  qu'elles  personnifient.  Ainsi  nous 
trouvons  au  Cambodge  de  nombreuses  statues  de  Parvati  sous 
1'aspect  d'une  femme  debout  sur  un  socle  qui  porte  en  relief  des 
cornes  de  taureau  (2),  simplification  de  la  monture  de  Qiva. 

Divinites  secondaires  du  Brahmanisme  et  genres.  —  Indra.  —  II 
trone  dans  son  ciel  avec  sa  fakti,  (^aci.  II  se  transporte  dans  son 
char  conduit  par  Matali,  ou  monte  1'elephant  Airavata.  II  etait 
autrefois  considere  comme  un  des  dieux  de  la  guerre. 

Ganeca  ou  Ganapati.  —  Conducteurdesganas,  chef  de  la  suite  de 
Qiva.  II  est  le  maitre  des  obstacles  parce  qu'il  sail  les  creer  et  les 
ecarter.  Sa  monture  est  un  rat.  Ganeca  est  le  dieu  a  tete  d'ele- 
phant. 

Kama  ou  Kdmadeva.  —  Dieu  de  1 'amour.  Son  epouseest  Rail. 
Sesarmes  :  unarc  de  cannea  sucre,  des  Heches  de  fleurs.  Sa  monture  : 
un  perroquet. 

Skanda  ou  Karttif^eya,  fils  de  Qiva  ;  dieu  de  la  guerre.  Sa  mon- 
ture est  le  paon,  oiseauguerrier.  Ce  dieu  est  d'une  eternelle  jeunesse. 

Kubera.  —  Primitivement  esprit  terrestre  gardant  les  tresors  sou- 
terrains,  puis  dieu  de  la  richesse.  Nain  et  difforme,  il  reside  sur  le 
mont  Kailasa,  dans  1'Himalaya.  II  commande  aux  Yakshas. 

1 I)  La  statue  dite  du  "  roi  lepreux  "  qui  se  trouve  a  Angkor -Thorn  est  sans  doute  une  repre- 
sentation de  Qiva  sous  sa  forme  d'ascete. 

(2)  Quand  le  socle  est  orne  d'une  tete  de  buffle,  ce  n'est  plus  de  Nandin  qu'il  est  question, 
maij  du  demon-buffle,  Mahishasura,  dont  Parvati  fut  victorieuse. 


AUX    RUINES    D'ANCKOR 


Gandharva.  —  Le  Veda  parle  d'un  Gandharva  decouvreur  et 
gardien  du  Soma  celeste.  Les  Gandharvas  sont  en  grand  nombre 
dans  le  ciel  d'Indra.  Ce  sont  des  demi-dieux  habiles  a  lamusique  et 
au  chant  et  s'adonnant  aux  plaisirs  amoureux. 

Apsaras.  —  Demi-deesses  inseparables  des  Gandharvas  (I), 
comme  etaient  inseparables  les  satyres  et  les  nymphes,  les  tritons 
et  les  Nereides.  Elles  etaient  primitivement  les  divinites  des  eaux 
celestes  et  sont  devenues  les  servantes  d'Indra,  qu'elles  rejouissent 
par  la  musique  et  la  danse.  Elles  sejournent  dans  le  Nandana,  jardin 
voisin  de  la  capitale  du  royaume  d'Indra.  Leurs  palais  d'or  sont  au 
bord  de  la  Ganga  celeste.  Elles  representent  les  houris  du  paradis 
indien  et  sont  la  recompense  des  morts  pieux  et  braves  (2). 

On  trouve  une  delicate  frise  d'apsaras  dans  la  partie  haute  de  la 
scene  du  barattement  a  Angkor- Vat. 

Kinnaras.  —  Demi-dieux  a  tete  de  cheval ;  musiciens  du  ciel 
d'Indra,  quelquefois  comptes  parmi  les  Gandharvas. 

Caranas.  —  Sont  aussi  des  musiciens  celestes. 

Siddhas.  —  Demi-dieux  possedant  des  pouvoirs  surnaturels, 
notamment  celui  de  voler  dans  les  airs. 

Vidyadharas.  —  Genies  de  1'air  qui  habitent  1'Himalaya  a  la 
suite  de  Qiva  et  sont  doues  d'un  pouvoir  magique. 

BOUDDHISME. 

Le  Buddha  (3)  naquit  vers  560avant  Jesus-Christ  a  Kapilavastu, 
dans  le  royaume  de  Kocala.  Kapilavastu  appartenait  a  la  famille 
noble  des  £akyas,  vassale  des  rois  de  Kocala.  D'apres  la  coutume 
des  nobles,  cette  famille  ajoutait  a  son  nom  celui  d'une  ancienne 
famille  de  rishis  (grands  saints),  les  Gautamas.  D'ou  le  Buddha,  dont 
le  nom  personnel  est  Siddharta,  est  aussi  appele  Gautama.  II  fut 
eleve  dans  des  exercices  guerriers  et  instruit  dans  les  arts  et  les 
sciences.  II  se  maria  et  cut  un  fils,  Rahula. 

Tandis  que  Qakyamuni  vit  dans  les  plaisirs,  il  rencontre  un  vieil- 
lard,  un  lepreux,  un  cadavre  et  un  moine.  Resolution  de  quitter  le 
monde.  Fuite  nocturne. 

II  visite  d'abord  Rajagrisha,  capitale  du  royaume  de  Magadha,  et 
est  instruit  dans  la  sagesse  brahmanique  par  deux  maitres  :  Arada  et 

(1)  Inseparables  en  pocsie,  mais  dans  la  sculpture  cambodgienne  et  notamment  dans  les  bas- 
reliefs  d'Angkor,  les  Apsaras  sont  toujours  representees  sans  les  Gandharvas. 

(2)  Analogic  avec  les  Walkyries  qui  devenaient  les  epouses  des  Norses  morts  courageusement. 

(3)  Tous  les  u  de»  mots  sanserifs  se  prononcent  ou. 


NOTES    D'HISTOIRE    ET    D' ARCHITECTURE 


Udraka,  mais  n'est  pas  satisfait  de  leur  enseignement.  II  va  dans  les 
forets  d'Uruvilva  accompagne  de  cinq  ascetes.  Ses  compagnons  le 
quittent.  II  se  rend  ensuite  a  Gaya,  nomme  apres  lui  Bodhgaya,  et, 


FIG.  7.  —  CARTE  DU  GROUPE  D'ANGKOR  DRESSEE  EN  1908  PAR  LE 
LIEUTENANT  BUAT,  GEODESIEN,  ET  LE  LIEUTENANT  DuCRET,  TOPOGRAPHE. 

assis  sous  1'arbre  de  la  Bodhi  (Banian),  il  devient  Buddha,  "  illu- 
mine ".  Deux  marchands  lui  rendent  hommage.  (^akyamuni  se  prend 
a  douter  que  1'humanite  comprenne  et  accepte  sa  doctrine ;  il  veut 
renoncer  a  la  precher.  Brahma  descend  du  ciel  et  le  prie  de  repandre 
la  science  du  salut.  II  s'y  resout,  va  a  Benares,  ou  il  retrouve  les 

29    


AUX    RU1NES    D'ANGKOR 


cinq  compagnons  qui  1'avaient  jadis  abandonne  et  preche,  dans  le 
Bois  des  Gazelles,  les  quatre  saintes  verites  :  la  douleur,  la  cause  de 
la  douleur,  la  suppression  de  la  douleur,  le  moyen  de  supprimer  la 
douleur.  Les  cinq  momes  adherent  a  sa  doctrine.  II  relourne  a  Uru- 
vilva  et  convertit  mille  ascetes  brahmanes.  II  se  rend  ensuite  a  son 
point  de  depart,  Rajagnsha,  dont  le  roi  Bimbisara  le  re9oit  avec 
respect  et  se  convertit.  Le  Buddha  preche  a  1'orient  de  la  vallee  du 
Gange,  dans  les  pays  de  Kofala.Kaci,  Magadha.  II  touche  rarement 
la  partie  occidentale.  Jamais  (^akyamuni  ne  pretendit  porter  seul  le 
titre  de  Buddha  ni  ne  reclama  un  culte.  II  enseignait  que  d'autres 
sages  avaient  existe  avant  lui. 

Doctrine.  —  Pessimisme  philosophique.  Point  de  depart  :  la  vie 
est  un  mal.  But:  la  dehvrance.  —  Comme  la  mer  immense  est 
penetree  d'une  seule  saveur,  la  saveur  du  sel,ainsi  cette  doctrine  est 
penetree  d'une  seule  saveur,  celle  de  la  delivrance.  "  La  racine  du 
mal  est  1'ignorance  des  quatre  verites.  Un  des  principaux  preceptes 
est  la  Bonte.  Autre  precepte  :  la  Meditation.  —  "  Quand  au  del 
le  nuage  orageux  fait  resonner  son  gong,  quand  des  torrents  de 
pluie  remplissent  le  chemin  des  airs  et  que  le  moine,  dans  une 
grotte  de  la  montagne,  s'adonne  a  la  meditation,  il  ne  peut  gouter 
une  joie  plus  haute.  Quand  au  bord  des  torrents  pares  de  fleurs, 
couronnes  du  diademe  diapre  des  forets,  il  est  assis  joyeux  dans  le 
recueillement,  il  ne  peut  gouter  une  joie  plus  grande.  "  Mais  la 
vertu  principale  est  la  sagesse  qui  detruit  1'ignorance  et  mene  a  la 
delivrance. 

Ce  qui  caracterise  surtout  le  Bouddhisme,  c'est  une  tendre  bien- 
veillance  envers  toutes  les  creatures  animees,  meme  nuisibles. 


3o 


Ill 

ANGKOR.  VAT (1) 


APERCU  D'ENSEMBLE.  ||  MASSIF  CENTRAL  :  SOUBASSEMENTS  ;  ESCALIERS  ; 
VESTIBULES  ;  COURS  SUPERIEURE3;  PARTICULARITY.  ||  DEUXIEME  ETAGE. 

||  LE  PREAU  COUVERT.  ||  LES  BIBLIOTHEQUES.  ||  PREMIER  ETAGE  :  LA 
COUR  ;  ASPECT  GENERAL  DE  LA  GALERIE  DES  BAS-RELIEFS  ;  PORCHES 
ET  VESTIBULES  D'ACCES ;  LES  BAS-RELIEFS.  ||  LE  PERRON  D'HONNEUR. 

||  LA  TERRASSE  DE  POURTOUR  ET  LES  BASSINS.  ||  L' AVENUE  DALLEE  ET 
SES  DEUX  EDICULES.  ||  LES  ENTREES  OCCIDENTALES.  ||  LE  FOSSE  ET  LA 
CHAUSSEE  TRAVERSIERE.  ||  LES  FORTES  SECONDAIRES  DE  L'ENCEINTE. 

APERCU  D'ENSEMBLE. 

Dans  ses  grandes  lignes,  le  temple  d' Angkor- Vat  donne  1'impression 
d'un  temple  assyrien. —  "  Les  vastes  monuments  assyriens,  nous  dit 
M.  S.  Reinach,  etaient  composes  de  salles  rectangulaires  et  de  longs 
corridors  entourant  une  serie  de  cours  mteneures.  Nous  savons  peu 
de  chose  sur  les  temples  assyriens,  smon  qu'ils  affectaient  la  forme 
de  pyramides  a  degres  surmontees  d'une  chapelle  ou  etait  l'image 
du  dieu  (2).  "  Ces  quelques  lignes  sont  une  description  resumee 
d' Angkor-Vat.  Nous  allons  trouver,  en  effet,  des  salles  rectangulaires 
et  des  galenes  etagees  entourant  des  cours  mterieures  ;  puis,  au 
sommet  de  1'edince,  une  cella  qui  abritait  la  statue  de  la  divinite. 
L'analogie  ne  s'arrete  du  reste  pas  la,  puisque  nous  savons  que 
les  constructeurs  assyriens  couvraient  de  bas-reliefs  les  grandes 
surfaces  de  leurs  temples,  amsiqu'en  ont  use  les  decorateurs  d' Angkor 
avec  les  murs  pleins  des  galeries.  —  II  ne  faudrait  pourtant  pas  con- 
clure  de  ce  court  preambule  qu  Angkor- Vat  precede  de  1'architecture 
assyrienne,  ou,  si  1'onadopte  cette  conclusion,  il  vaut  mieux  la  garder 
pour  soi  de  cramte  de  rester  seul  de  son  avis. 

Si  nous  nous  arretions  a  ce  paragraphe,  notre  ebauche  serait  peut- 
etre  insuffisante  pour  donner  un  premier  aperc,u  d'un  temple  qui  est 
non  seulement  le  plus  vaste  du  groupe  d* Angkor,  mais  aussi  le  mieux 

(1)  Angkor  est  une  ^corruption  du  mot  Sanscrit  "  Nagara  "  :  capitate.  —  Vai  est  un  mot 
cambodgien  qui  signifie  "  pagode  ".  Son  origine  est  incertaine. 

(2)  S.  Reinach,  Apollo,  Hachette,  1907. 

3!       . . 


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


conserve.  Nous  allons  done  examiner  d'abord  assez  rapidement 
ses  traits  principaux  pour  permettre  aux  visiteurs  de  comprendre 
le  plan  du  monument,  et  nous  reviendrons  ensuite  sur  chacune  des 
parties  separement. 

Un  fosse  de  200  metres  de  largeur  s'etend  autour  d' Angkor- Vat 
et  1'isole  comme  une  ile  au  milieu  d'un  lac.  Dans  sa  partie  occiden- 
tale  (c'est  par  ce  cote  que  Ton  arrive  au  temple),  le  fosse  est  traverse 
par  une  chaussee  dallee.  Dans  1'orientation  opposee,  cette  chaussee 
est  remplacee  par  une  simple  levee  de  terre.  Au  nord  et  au  sud,  la 
douve  est  libre,  mais  elle  ne  devait  pas,  sans  doute,  rester  dans  cet 
etat,  et  Ton  peut  supposer  que  le  projet  primitif  prevoyait,  sur  les 
quatre  cotes,  une  chaussee  analogue  a  celle  que  nous  rencontrons  a 
1'ouest. 

Entre  la  douve  et  le  mur  d'enceinte  regne  une  berme,  sorte  de 
cHemin  de  circulation  d'une  trentame  de  metres  de  largeur. 

La  chaussee  dallee  conduit  directement  a  1'entree  occidentale  de 
1'enceinte.  Une  entree  de  dimensions  beaucoup  plus  restremtes  est 
ouverte  au  centre  de  chacune  des  autres  faces.  Angkor- Vat  est 
done  pourvu  de  quatre  entrees,  mais  deux  seulement  sont  praticables, 
puisque  les  chaussees  nord  et  sud  n'existent  pas.  Le  mur  suit  le 
mouvement  du  fosse  a  la  largeur  de  la  berme  et  ne  s'interrompt  que 
dans  la  partie  centrale  de  ses  quatre  faces  pour  faire  place  aux  portes 
d'entree  et  aux  galeries  qui  les  accompagnent, 

Apres  avoir  franchi  la  porte  occidentale  de  1'enceinte,  on  descend 
sur  une  avenue  dallee  qui  est  le  prolongement  de  la  chaussee  jetee 
sur  le  fosse.  Elle  passe  entre  deux  petites  constructions  et  conduit  a 
une  terrasse  qui  fait  le  tour  du  temple. 

Nous  poursuivons  toujours  notre  marche  en  allant  de  1'ouest  a 
Test,  c'est-a-dire  en  suivant  le  grand  axe  du  monument.  —  Sur  la 
terrasse  de  pourtour,  a  quelques  metres  du  point  terminus  de 
1'avenue  dallee,  s'eleve  une  vaste  plate- forme  cruciale  precedee  d'un 
escalier.  A  la  suite  de  cette  plate-forme  se  trotfve  le  porche  de  1'entree 
principale  de  la  premiere  galerie.  Ici,  nous  sommes  au  premier  etage, 
au  vestibule  de  la  galerie  que  nous  appellerons,  dans  la  description 
de  detail,  la  galerie  des  bas-reliefs. 

Disons  des  maintenant  que  les  galeries  etagees  d' Angkor- Vat 
sont  inscrites  ( 1 )  avec  deplacement  au  benefice  de  la  partie  occi- 

(1)  C'est-a-dire  que  1'une  est  entouree  par  1'autre  a  la  distance  d'une  cour.  Noui  ne  trouvons 
pas  d'autre  terme,  et  celui  que  nous  employons  ne  nous  latisfait  pas.  Cet  galeries  ne  sont  pas  con- 
centriques  par  le  fait  qu'elles  s'etendent  plus  d'un  cote  que  de  1'autre  et  que,  par  consequent,  elles 
ne  peuvent  avoir  un  centre  commun. 


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CJL'IDE   AL\    KUIXKS   U'ANGKOK. 


1>L.   5,    1'AGE  32. 


GUIDE  AL-X  RUINKS  D' ANGKOR. 


PL.    6.    PAGE  33. 


ANGKOR.  VAT 


dentale  ;  ce  qui  revient  a  dire  que,  par  rapport  a  1'axe  qui  passe 
par  les  portes  nord  et  sud,  tout  ce  qui  est  a  1'ouest  s'etend  davan- 
tage  que  ce  qui  se  trouve  a  Test. 

L'entree  principale  du  premier  etage  communique  par  un  escalier 
de  quelques  marches  avec  le  preau  couvert  compose  de  galeries 
croise*es  au  milieu  desquelles  sont  amenages  quatre  bassins. 

Une  porte  ouverte  dans  la  galerie  nord  du  preau  couvert  donne 
acces  dans  la  cour  ( 1 )  qui  separe  la  galerie  des  bas-reliefs  de  celle  de 
1*  etage  superieur.  Le  preau  communique  avec  la  cour  par  une 
deuxieme  porte  perce'e  dans  le  mur  de  fond  de  la  galerie  sud ;  mais 
1'ouverture  de  cette  baie  est  depuis  longtemps  obstruee  par  des 
statues. 

Dans  la  cour 
du  premier  etage 
se  dressent,  aux 
angles  nord-ouest 
etsud-ouest.deux 
petites  construc- 
tions que  Ton 
designe  sous  le 
nom,  bien  hypo- 
thetique,  de ' '  bi- 
bliotheques  ". 

La  galerie  cen- 

trale  du  preau  (axe  est-ouest)  correspond  par  un  escalier  a  trois 
paliers  avec  la  galerie  du  deuxieme  etage  qui  circonscrit  une  grande 
cour  dallee  et  supporte,  sur  chacun  de  ses  angles,  une  tour  fortement 
endommagee.  Le  vestibule  central  de  la  galerie  du  deuxieme 
etage  (ouest,  toujours)  se  trouve  au  niveau  d'une  passerelle  cruci- 
forme  qui  le  relie  a  1'escalier  d'honneur  du  massif  central  et  fait 
communiquer  deux  edicules  disposes  syme'triquement  a  une  vingtaine 
de  metres  1'un  de  1'autre. 

Le  grand  escalier  conduit  au  massif  central,  qui  se  compose  d'une 
galerie  de  pourtour  supportant  une  tour  conique  sur  chacun  de  ses 
angles,  de  quatre  cours  dallees  et  de  galeries  croisees  aboutissant  a 
un  sanctuaire  place  sous  le  dome  de  la  tour  centrale  qui  domine  tout 
I'ldffice. 

( I )  Certains  auteurs  deiignent  cette  cour  sou«  le  nom  de  "  cloitre  ".  Noui  ne  lui  avoni  pa< 
conserve  cette  appellation  qui  pourrait  aussi  bien  s'appliquer  a  la  cour  du  deuxieme  etage  egale- 
ment  entouree  de  galeries  et  ne  differant  de  la  premiere  que  par  tes  dimeniioni  et  ton  daJlage  de 
grei. 

,    33     


FIG.  8.   —  TEMPLE  D'ANGKOR-VAT    (PLAN). 


AUX    RU1NES    D'ANCKOR 


Tels  sont  les  elements  principaux  de  la  composition  d' Angkor-  Vat. 
Ces  quelques  donnees  nous  permettent  d'avoir  une  impression  d'en- 
semble  que  nous  allons  completer  par  une  visite  plus  detaillee.  Mais, 
avant  de  poursuivre  cette  description,  1'auteur,  qui  desire  guider  les 
gens  en  leur  evitant  d'inutiles  fatigues,  se  permettra  de  leur  donner 
un  conseil  :  il  faut  toujours  commencer  la  visite  d' Angkor- Vat  par  le 
massif  central,  parce  que,  de  ce  point  culminant,  on  se  familiarise 
tres  vite  avec  le  plan  du  temple,  ce  qui  permet  de  se  diriger  plus 
tard,  sans  erreur,  au  gre  de  sa  fantaisie. 

MASSIF  CENTRAL. 

Soubassement.  — Escaliers,  —  Dans  la  cour  du  deuxieme  e'tage, 
que  nous  visiterons  plus  tard,  s'eleve  le  soubassement  du  massif 
central,  forte  assisea  base  carree,  de  75  metres  de  c6te,  sur  laquelle  se 
detachent  les  saillies  de  nombreux  escaliers,  et  dont  la  hauteur  to  tale 
est  de  1 3  metres.  Ce  soubassement  se  divise  en  trois  gradins  ;  il  est 
decore  de  fortes  moulures  chargees  d'une  ornementation  un  peu 
precieuse. 

Douze  escaliers,  deux  a  chacun  des  angles  et  un  dans  la  partie 
mediane  de  chaque  face,  soit  trois  de  chaque  cote,  partent  de  la  cour 
du  deuxieme  etage  et  gravissent  le  soubassement.  Tous  ces  escaliers 
aux  marches  trop  etroites  sont  a  peupres  impraticables,  sauf  1'escalier 
d'honneur,  qui  empiete  plus  que  les  autres  sur  la  cour  et  dont  1'incli- 
naison  est  de  45°.  Les  rampes  s'interrompent  par  de  larges  paliers 
etages  sur  lesquels  etaient  poses  autrefois  des  lions  decoratifs  qui 
ont  disparu,  emportes  par  quelque  fournisseur  de  musee. 

Porteries;  vestibules.  —  L'escalier  d'honneur  place  au  centre  de 
la  face  occidentale  aboutit  aun  porche  supporteparquatre  pilierscarres 
hauts  de  3m.  50.  Les  escaliers  centraux  des  autres  faces  atteignentun 
porche  du  meme  style,  mais  d'une  saillie  moindre  accusee  seulement 
par  deux  piliers.  Les  porches  precedent  un  vestibule  de  forme  cru- 
ciale  mesurant  9  metres  sur  7,  Manque  a  droite  et  a  gauche  de  deux 
petites  pieces  d'un  niveau  plus  bas.  De  grandes  baies  font  commu- 
niquer  le  vestibule  avec  les  chambres  laterales.  L 'ensemble  est  eclaire 
par  des  fenetres  a  balustres.  Les  fermetures  interieures  n'existent 
plus  ;  elles  se  composaient  autrefois  de  portes  en  bois,  dont  on 
retrouve  encore  quelques  traverses  ouvragees  finement.  Les  vestibules 
commandent  les  galeries  d'axe ;  les  pieces  laterales  se  prolongent  en 
contre-bas  par  les  galenes  de  pourtour. 

34    


ANGKOR-VAT 


Les  escaliers  d'angle  aboutissent  &  un  petit  vestibule  accompagne* 
de  deux  pieces  minuscules  (2  metres  X  2  metres). 

Galeries.  —  Une  galerie  regne  tout  autour  du  massif  central,  qui 
se  presente  en  plan  sous  la  forme  d'un  carre  de  60  metres  de 
c6te.  Nous  avons  done,  en  realite,  a  la  peripherie  du  carre,  quatre 
gal  cries  se  joignanta  angle  droit  sous  les  tours  et  s'interrompant,  dans 
leur  partie  cen- 
trale  et  aux  an- 
gles, par  les  ves- 
tibules. La  gale- 
rie de  pourtour 
prend  jour  exte- 
rieurement  par 
des  fenetres  a 
balustres.  Elleest 
soutenue  sur  la 
face  interieure 
(en  regard  des 
cours)  par  des 
piliers  carres  de 
forme  legerement 
pyramidale  (44 
centimetres  a  la 
base,  38  &  1'at- 
tache  du  chapi- 
teau)  et  s'accom- 
pagne  en  contre- 
bas,  sur  tout  son 
parcours,  d'une 
petite  galerie  la- 

terale  a  piliers  egalement  carres,  mais  de  hauteur  et  de  section  plus 
faibles  que  les  precedents.  Cette  veranda  fait,  sans  interruption,  le 
tour  des  cours  meme  le  long  des  vestibules  dont  elle  accuse  les 
differences  de  largeur  et  de  niveau  par  des  ressauts  verticaux  et 
horizontaux  correspondant  aux  differentes  hauteurs  et  largeurs  des 
pieces.  Ces  differences  sont  egalement  indiquees  par  les  toitures 
dont  les  vovites  et  les  pignons  s'etagent  en  stride  correspondance 
des  plans  horizontaux  de  la  galerie. 

Les  pignons  des  galeries  et  ceux  des  demi-voutes  des  verandas 
sont  de  ce  style  immuable  que  les  constructeurs  d' Angkor  ont  pro- 
.    35    


FIG.  9.  —  ANGKOR- VAT.  —  PLAN  DU  MASSIF  CENTRAL 
(D'APR£S   FRANCIS  GARNIER). 


AUX    RUJNES    D'ANCKOR 


digue  dans  tous  leurs  monuments  :  le  Naga  polycephale  relevant  en 
gracieux  acrotere  1'eventail  de  ses  t&es,  dressant  les  ondulations 
flammees  de  son  arete  dorsale  et  encadrant  dans  une  ogive  aux 
courbes  molles  un  sujet  central  sculpte  sur  la  partie  verticale  des 
pignons.  II  faut  remarquer  que  les  t&es  du  Naga  sortent  de  la  gueule 
ouverte  d'un  makara  (1). 

Des  moulures  d'un  relief  accuse  courent  en  bordure  des  toitures, 
dont  les  voutes  en  encorbellement  sont  traitees  exterieurement  dans 
la  forme  de  tuiles  demi-rondes  et  sont  decorees  d'un  motif  que  les 
mousses  masquent  en  partie.  Disons  que  le  dommage  cause  aux 
toitures  par  les  mousses  est  largement  compense  par  les  colorations 
varie'es  qu'elles  repandent  sur  la  pierre,  surtout  a  I'epoque  des  pluies. 

Du  centre  des  galeries  de  pourtour  partent  d'autres  galeries  qui 
determinent  les  axes  du  massif  central  et  conduisent  au  sanctuaire. 
Elles  sont  flanquees  de  chaque  cote  d'une  galerie  laterale  presentant, 
dans  sa  partie  centrale,  un  ressaut  dans  lequel  est  taille  un  escalier 
de  quelques  marches  qui  commande  les  cours.  Cette  saillie  est  cou- 
verte  d'une  petite  toiture  reposant  sur  deux  piliers.  Une  restaurau'on 
malheureuse  a  etc  entreprise  en  cet  endroit  par  les  indigenes  ou  les 
bonzes  :  quelques-uns  des  piliers  carres  qui  manquaient  aux  portiques 
ont  etc  remplaces  par  des  colonnes  rondes  empruntees  a  la  plate- 
forme  situee  devant  1'entree  ouest  de  la  galerie  du  premier  e'tage. 
Une  autre  colonne  posee  horizontalement  tient  la  place  d'un  linteau 
disparu.  On  sent  encore  la  main  des  bonzes  dans  le  murage  des  deux 
verandas  qui  flanquent  la  branche  occidentale  de  la  galerie  etablie 
sur  1'axe  est-ouest. 

Remarquons  ici  que  les  etresillons  reliant  les  petits  et  les  grands 
piliers  des  galeries  de  pourtour  ne  sont  pas  brisks  comme  ceux  que 
nous  rencontrerons  aux  etages  inferieurs.  Cela  prouve  simplement 
que  les  constructeurs  ont  particulierement  soigne  les  fondations  du 
massif  central  qui  avaient  a  supporter  1'enorme  poids  des  tours  et 
qu'il  n'y  a  pas  eu  d'afraissement. 

Decoration  des  galeries.  —  Les  motifs  decoratifs  sont  identiques 
dans  les  galeries  placees  a  la  peripherie  et  dans  celles  qui  aboutissent 
au  sanctuaire.  La  demi-voute  des  verandas  est  plafonnee  de  fleurs 
de  lotus  sculptees,  en  faible  relief,  dans  la  pierre  ;  les  piliers  et  les 
Etresillons  portent  la  decoration  dont  Jls  sont  revetus  partout :  fleurettes, 

(I)  Le  veritable  Makara  est  un  poisson  a  trompe  d'elephant.  II  a  ete  stylise  par  les  artistai 
cambodgieni  de  differentes  facons,  et  la  trompe  s'est  transformee  tantpt  en  serpents  sof  tant  de  !a 
gueule  ouverte  du  monstre,  comme  nous  le  voyons  ici.  tantot  en  tete  d'oiseau. 

36    — _ 


ANGKOR-VAT.    —    INDIGENES   TRAVAILLANT  A     LA   RESTAURATIOX 
DE  LA  CHAUSSEE  DALLEE. 


ANGKOR- VAT.  —  INDIGENES  TRAVAILLANT  A  LA  RESTAURATIOX  DE  LA  BALUSTRADE 
DE  LA  CHAUSSEE  DALLEE. 


GUIDE  AUX  KUINES  I/ANGKOK. 


PL.    7,    PAGE  36. 


ANGKOR- VAT. 
FACE  D'L-.NE  TETE  DE  BALUSTRADE. 


ANGKOR-VAT. 

PROFIL  D'UNE  TETE  DE  BALUSTRADE. 


ANGKOR- VAT.  —  CHAUSSEE  TRAVERSIERE  :  TETE  DE  BALUSTRADE 
(NAGA  sous  TROIS  ASPECTS). 


GUIDE  AI/X  KUINKS  D'AXCKOR. 


PL.   8.    1'AGB  37. 


ANGKOR-VAT 


fleurons,    moulures.  Au-dessus  des  grandes  colonnes,  1'entablement 
s'orne  d'une  frise  de  danseuses  faiblement  indiquee  —  partie  pro- 
bablement  inachevee.  La  corniche  superieure  soutenait  un  plafond 
en  bois  dont  il  ne  reste  rien.  Les  chambres  des  vestibules  paraissent 
achevees,  mais  peut-etre  1'entablement  que  nous   voyons,  a  peine 
degauchi,  au-dessus  de  la  premiere  corniche  ne  devait-il  pas  rester 
dans  cet  etat.  L'en- 
cadrementdes  por- 
tes  et  des  fenetres 
estfortement  mou- 
lure' ;  les  faces  in- 
ternes   du    cham- 
branle   sont  tapis- 
sees  de  fleurs.  On 
voit  sur   les   murs 
des  vestibules,  au- 
dessus  d'une  bor- 
dure  de  tapisserie, 
un    motif    qui   se 
repete     a    1'infini 
dans  tous  les  tem- 
ples du   Cambod- 
ge  :  danseuses  en- 
cadrees  d'une  ogi- 
ve  fleurie.     II  est 
tres   possible    que 
cette     frise,     qui 
semble  e'tre  restee 
a  1'etat  d'ebauche, 
ait  etc  destinee  a 

un    relief   plus  ac-  FIG.  10.  —  GALERIE  CAMBODGIENNE  (COUPE). 

centue,     dans     le 

genre  de  celui  que  nous  rencontrerons  pour  un  sujet  pareil  sur  les 
murs  de  1'entree  occidentale  de  1'enceinte.  —  Au-dessus  des  fe- 
netres des  galeries  de  pourtour,  la  partie  pleine  du  mur  est  decoree 
de  fleurs  d'un  faible  relief. 

De  nombreuses  figures  de  tevadas  (1)  sont  sculptees  sur  les  murs 

(1)  Teoada  (prononciation  cambodgienne  du  Sanscrit  deoata,  '  deite  ")  :  figure  de  (emme; 
coiffure  v  riant  a  1'infini,  buste  nu  orne  de  bijoux,  jupe  courte  couvrant  le  bas  du  venire  et  lei 
cuisses ;  les  poignets  et  les  chevilles  sont  cercles  d'anneaux,  de  meme  que  le  haut  du  brat ;  une  de« 
maim  tient  habituellement  une  fleur  ou  un  bouton  de  lotus. 

37 


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


des  verandas  entre  les  fenfires  et  dans  tous  les  angles.  Ces  tevadas, 
qui  sont  ce  que  les  decorateurs  d*  Angkor  ont  le  plus  mal  execute, 
se  detachent  sous  des  rinceaux  dont  1'elegance  et  la  belle  facture 
viennent  en  dedommagement  des  fautes  de  plastique  commises  dans 
les  images  de  femmes.  —  A  1'exterieur,  c'est-a-dire  en  regard  de  la 
cour  dallee  du  deuxieme  etage,  la  partie  pleine  des  murs  est  couverte 
d'une  tapisserie  representant  une  infinite  de  petits  personnages  dans 
des  cadres  agrementes  de  fleurs.  A  remarquer  la  aussi  de  nombreuses 
tevadas  sculptees  sur  le  mur  des  vestibules. 

Les  balustres  des  fenetres  sont  semblables  a  ceux  que  nous 
rencontrons  a  des  milliers  d'exemplaires  dans  les  monuments 
cambodgiens.  Us  sont  d'abord  fa9onnesau  tour,  pour  la  forme  generale, 
et  termmes  ensuite  a  1'outil  par  des  gorges  longitudmales  et  des 
fleurettes. 

Le  sanctuaire.  —  Au  point  d' intersection  des  galeries  d'axe,  sous 
le  dome  de  la  grande  tour,  se  place  le  sanctuaire  qui  contenait  la 
divinite  dedicatoire  du  temple  d' Angkor- Vat.  Ce  sanctuaire  se 
compose  d'une  cella  centrale  precedee  de  quatre  petites  chambres, 
une  sur  chaque  face,  ouvertes  sur  les  cours  par  des  fenetres  a 
double  garniture  de  balustres  et,  sur  les  galeries,  par  deux  baies 
rapprochees  disposees  en  tambour  et  commandees  chacune  par  un 
escaher  de  quelques  marches.  L'etat  d'usure  de  ces  marches  prouve 
que  d'innombrables  fideles  se  rendaient  autrefois  au  sanctuaire  venere. 
Les  portes  de  la  cella  sont  encadrees  de  pilastres  a  section  polygo- 
nale  dont  il  ne  reste  plus  que  des  fragments.  Le  Imteau  des  quatre 
portes  est  dans  un  etat  de  conservation  parfait. 

Nous  croirions  volontiers  que  le  d6me  de  la  grande  tour  centrale 
abritait  a  1'epoque  des  brahmanes  la  statue  de  £iva  (1).  Le  culte 
9iva!te  etait,  en  effet,  de  beaucoup  le  plus  en  honneur,  et  il  serait 
etonnant  que  le  plus  grand  des  temples  eleves  aux  dieux  de  la  Tri- 
murti  ne  fut  pas  dedie  a  la  divinite  la  plus  honoree. 

Les  cours.  —  Le  massif  central  comprend  quatre  cours  carrees 
disposees  en  contre-bas  des  galeries.  Elles  sont  pavees  de  dalles  de 
gres  et  pourvues  de  caniveaux  d'ecoulement  qui  permettent  1'evacua- 
tion  des  eaux  de  pluie.  On  voit  a  1'exterieur  du  massif,  sur  la  partie 
plane  du  deuxieme  gradin  du  soubassement  (face  occidentale,  partie 
droite),  une  tete  de  lion,  gueule  ouverte,  qui  est  une  gargouille  de 

(I)  Le  sanctuaire  a  ete  ouvert  et  fouille  en  Juin  1908.  On  y  a  trouve  des  statues  bouddhiquei 
et  quelques  rares  fragments  d'images  brahmaniques.  Au  centre,  s'eleve  encore  un  grand  socle  en 
partie  brise  sur  lequel  etait  autrefois  la  divinite. 

38    


ANGKOR-VAT 


caniveau.  Un  autre  specimen  du  meme  genre  a  6t6  retrouve'  dan»  la 
cour  du  deuxieme  etage  ou  il  etait  tombe. 

Les  tours.  —  Aux  angles  des  galeries  de  la  peripherie  s'elevent 
quatre  tours  identiques.  Au  centre  exact  du  massif,  a  1'intersection 
des  galeries,  se  dresse  une  cinquieme  tour  qui  domine  de 
65  metres  ( 1 ) 
1'ensemble  et 
couvre  de  sa 
masse  le  sanc- 
tuaire.  En  voici 
la  composition, 
qui  se  repete  en 
reduction  dans 
les  tours  d'angle : 
un  soubassement 
de  2  metres  de 
hauteur  ;  une 
petite  veranda 
etage'e  suivant  le 
mouvement  indi- 
que  par  les  diffe- 
rents  plans  hori- 
zontaux  du  tam- 
bour et  de  la 
petite  piece  qui 
precedent  sur 
chaque  face  la 
cella  centrale  ; 
au  depart  de  cha- 
cune  des  galeries 
d'axe,  deux  hau- 
tes  toitures  super- 

posees  et  a  frontons  verticaux  interessentegalementlesavant-corpsdu 
sanctuaire  et  se  Kent  a  la  tour  ;  puis,  le  developpement  par  gradins  de 
la  tour  elle-meme  qui  se  presente.en  coupe,  sous  1'aspectd'un  c6ne 
renfle  dans  la  partie  basse.  Les  gradins  sont  en  saillie  fortement 
marquee  sur  1'elevation  verticale  et  diminuent  progressivement  de 
hauteur  en  se  rapprochant  du  sommet.  Us  supportent  des  antefixes, 


FlG.     II.    —    TOUR    CAMBODGIENNE    (COUPE). 


( I )  Hauteur  prise  de  1'avenue  dallee  qui  relie  1'enceinte  occidental  au  temple. 


AUX    RU1NES    D'ANCKOR 


pierres  non  scelle'es  de  forme  pointue  ou  ogivale.  Ces  ante'fixes  sont 
pour  la  plupart  inacheves ;  ceux  qui  ont  etc  termines  representent 
des  garoudas  ou  des  personnages  divers  encadres  du  Naga. 

Les  tours  affectent  assez  exactement  1'aspect  d'un  bouton  de 
lotus ;  mais  ce  ne  doit  pas  etre  la  1'idee  qui  fit  adopter  leur  forme, 
car  nous  trouvons  au  sommet  de  la  fleche  une  veritable  fleur  de  lotus 
epanouie. 

Nous  avons  cut  que  les  tours  d'angle  empruntent  le  gabarit  de  la 
tour  centrale.  Cependant  elles  different  de  cette  derniere  par  leur 
hauteur,  qui  est  inferieure  d'au  moins  10  metres,  et  par  leur  base 
moins  developpee. 

Le  couronnement  des  cinq  tours  est  perce  d'un  trou  carre  assez 
profond  dans  lequei  venait  evidemment  se  placer  quelque  chose, 
hampe  de  drapeau  ou  d'oriflamme,  ou  un  attribut  quelconque. 
A  notre  avis,  la  fleche  des  tours  portait  le  trident  de  Qiva,  et  notre 
supposition  se  trouve  fortifiee  par  un  panneau  des  bas-reliefs  de  la 
galerie  exterieure  du  Bayon  qui  donne  le  dessin  presque  exact  des 
tours  d' Angkor- Vat  avec,  au  sommet,  le  trident.  Nous  savons  tres 
bien  que  la  fondation  du  Bayon  est  anterieure  a  celle  d' Angkor- Vat, 
mais  rien  n'indique  que  le  bas-relief  en  question  n'a  pas  etc 
execute  plus  tard,  alors  que  les  tours  d' Angkor- Vat  etaient  deja 
construites  (1),  et  rien  non  plus  ne  dit  que  les  constructeurs 
n'avaient  pas,  avant  la  creation  d*  Angkor- Vat,  1'idee  d'edifier  un 
temple  dont  ils  nous  donnaient  graphiquement  par  avance  une  idee 
generate.  Quoi  qu'il  en  soit,  nous  trouvons  sur  les  murs  du  Bayon 
une  reproduction  des  tours  d' Angkor- Vat  assez  fidele  pour  inspirer 
naturellement  1'idee  d'une  relation  entre  cette  image  et  les  tours  du 
grand  temple. 

Lorsque  le  visiteur  se  trouvera  dans  la  cour  du  deuxieme  etage, 
il  remarquera  les  magnifiques  frontons  des  portes  situees  sous  les 
tours,  au-dessus  des  escaliers  d'angle.  Les  reliefs  sont  ici  parfai- 
tement  conserves,  surtout  ceux  qui  se  trouvent  aux  angles  nord-est 
et  sud-est. 

Particularites.  —  Nous  noterons  ici,  pour  ne  plus  y  revenir,  que 
sur  la  crete  de  toules  les  galeries  d' Angkor- Vat  existaient  des  epis 

(I)  Les  bas-reliefs  du  Bayon  sont  inacheves;  par  consequent,  leur  execution  s'est  poursuivie 
longtemps  apres  1'inauguration  de  ce  temple,  et  Angkor- Vat  eta  it  construit  que  les  artistes  travail- 
laient  encore  aux  bas-reliefs  du  Bayon.  —  II  est  evident  que  bien  des  reserves  sont  a  faire  en 
face  de  cette  hypothese,  qui  ne  t'appuie,  en  somme,  que  sur  une  idee  personnelle ;  mais  on  pout 
dire  que,  si  le  bas-relief  du  Bayon  n'est  pas  une  representation  d' Angkor-Vat,  il  nous  donne  tout 
au  moins  1'image  d'un  monument  que  les  constructeurs  d' Angkor  connaissaient  ou  projetaient  de 
construire. 

40       


GUIDE  AUX  RUINES  IVANGKOK. 


PL.   9,    1'ACiR  40 


GUIDE  AUX    RUINES   D'ANGKOR. 


PL.    10.    PAGK  41 


ANGKOR-VAT 


de'coratifs  qui  ont  partout  etc  brises.  Les  travaux  de  deUaiement 
executes  dans  la  cour  du  deuxieme  etage  ont  fait  retrouver  des 
milliers  de  fragments  de  ces  epis,  mais  pas  un  seul  exemplaire  complet. 
Us  representaient,  sur  un  petit  socle,  deux  personnages  adosses  dans 
une  pose  de  danse  et  sculptes  a  jour  au  milieu  d'un  cadre  de  volutes 
seterminantenpointe.  La  base  etait  pourvue  d'un  tenon  qui  corres- 
pondait  aux  cavites  creusees  dans  les  pierres  de  faitage  qui  couvrent 
encore  aujourd'hui  1'arete  des  toitures.  Les  epis  mesuraient  Om.  50 
de  hauteur  et  se  trouvaient  a  30  centimetres  Tun  de  1'autre  ;  on  peut 
done  calculer  leur  nombre  d'apres  le  developpement  total  des  toils  : 
il  approchait  de  dix  mille. 

On  remarquera  qu'au-dessous  des  piliers  des  verandas  la  bor- 
dure  du  cheneau  est  percee  d'un  trou  (1).  Ce  travail,  mal  fait,  ne 
date  certainement  pas  de  la  fondation  d* Angkor- Vat,  car  a  cette 
e*poque  tout  etait  soigne',  meme  les  details  les  plus  secondaires.  II  est 
alors  permis  de  supposer  qu'a  une  date  peut-etre  assez  recente,  mais 
qu'il  est  impossible  de  determiner,  les  traditions  locales  n'en  ayant 
pas  conserve  le  souvenir,  un  velum  a  etc  tendu  sur  les  cours  du 
massif  central  et  que  ses  points  d'attache  etaient  fixes  a  des  crampons 
de  bois  ou  de  fer  places  dans  les  trous  en  question. 

On  observera  egalement,  sur  les  tours,  des  plaques  jaunatres.  A 
notre  avis,  les  cinq  tours  du  massif  central  ont  re9U  autrefois,  sinon 
dans  toute  leur  elevation,  du  moins  dans  certaines  parties,  un  enduit 
de  chaux  ou  de  mortier  peint  d'une  couleur  vive.  Les  pluies  torren- 
tielles  ont  decolore  et  desagrege  cet  enduit,  dont  il  ne  reste  plus  que 
des  traces. 

Nous  ne  pouvons  pas  quitter  1'etage  supe'rieur  d* Angkor- Vat 
sans  jeter  un  coup  d'ceil  sur  la  magnifique  foret  qui  couvre  la  region. 
Au  loin,  le  Phnom-Bauk  dresse  son  dome  regulier  en  avant  de  la 
ligne  bleue  des  Phnom-Koulen  et  plus  loin,  par  temps  clair,  on 
apercoit  la  chaine  des  Dang-Rek,  dont  le  profil  s'estompe  a  peine. 

Pour  se  rendre  compte  de  I'&endue  et  du  plan  d' Angkor- Vat,  le 
visiteur  n'a  qu'a  passer  de  portique  en  portique.  II  dominera  le 
temple  et  pourra  en  etudier  1'ordonnance. 

DEUXIEME  ETAGE. 

Le  deuxieme  etage  comprend,  en  gros,  une  cour  (au  milieu  de 

( I )  Nous  rencontreron*  cette  meme  particularity  dans  le  preau  couvert.  autour  des  basiini. 

41        


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


laquellc  s'eleve  le  massif  centred  que  nous  venons  de  visitor),  une 
galerie  pourtournante,  deux  edicules  et  une  passerelle. 

La  cour  est  dallee  de  gres.  Ses  quatre  cotes  different  par  leur 
largeur.  II  y  a  meme  desaxement  de  tout  1'etage,  puisque  la  partie  nord 
mesure  16  m.  20  de  largeur,  tandis  que  la  partie  sud  n'a  que 
1 3  metres.  On  ne  peut  guere  exphquer  ce  defaut  de  symetrie. 

Edicules.  —  Dans  le  developpement  occidental  de  la  cour  qui,  sur 
cette  face,  mesure  31  metres,  empattement  des  escaliers  du  massif 
central  non  compte,  se  trouvent  deux  edicules  symetriquement 
disposes  de  chaque  c6te  de  1'escalier  d'honneur  et  relies  par  une 
passerelle.  Ces  deux  constructions,  un  peu  massives  mais  ne  manquant 
pas  d'une  certaine  elegance  robuste,  contiennent  une  piece  unique 
flanquee  de  deux  petites  galeries  laterales  tres  e*troites.  Les  piliers  carres 
qui  se  trouvent  a  1'interieur  soutiennent  uneimposte  percee  de  fenetres 
basses  et  sur  laquelle  etait  posee  la  toiture  aujourd'hui  disparue. 
Chacun  de  ces  edicules  s'ouvre  par  quatre  portes  :  une  des  portes 
donne  sur  la  passerelle,  une  sur  la  cour,  les  deux  autres  (est  et  ouest) 
sur  un  perron  jadis  couvert  d'un  portique  qui  n'existe  plus,  sauf  a 
Test  de  la  construction  de  droite  ;  encore  ne  reste-t-il  en  cet  endroit 
que  les  piliers  et  les  architraves.  Les  portes  nord  et  sud  s'encadrent  de 
pilastres  portant  une  decoration  extremement  soignee  et  de  colon- 
nettes  dont  on  ne  retrouve  que  des  vestiges.  L'edicule  nord  presente 
encore  quelques  restes  de  linteaux  et  des  fragments  de  fronton. 

Ces  deux  petites  constructions  s'eleventsurunsoubassementtrapude 
1  m.  20  de  hauteur  et  sont  ornees  exterieurement  de  fausses  fenetres 
a  balustres.  Aux  angles  superieurs  se  detachent  en  forte  sailhe  des 
tetes  de  Naga.  Des  figures  de  femme  et  une  tapisserie  de  petits 
personnages  decorent  les  murs  pleins.  Quatre  escaliers  de  quelques 
marches,  un  sur  chaque  face,  sont  failles  dans  le  soubassement. 

Par  exception,  ces  deux  edicules  ne  semblent  pas  etre  des  temples 
et,  vraisemblablement,  nous  avons  la  des  logements  de  brahmanes 
ou  les  chambres  de  veille  des  pretres  de  garde.  On  peut  croire,  en 
effet,  que  la  divinite  et  surtout  les  tresors  que  contenait  le  sanctuaire 
n'etaient  pas  abandonnes  pendant  la  nuit.  Les  portes  du  massif 
central  et  meme  toutes  les  portes  du  temple  etaient  sans  doute 
fermees  prudemment  chaque  soir,  mais  un  surcroit  de  precautions 
n'etait  pas  inutile.  Dans  tous  les  cas,  la  situation  de  ces  petites 
constructions  et  leur  degre  d'habitabilite  permettent  de  croire  que 
quelqu'un  y  logeait. 

La  passerelle.  —  Sur  la  face  ouest  de  la  cour,  nous  rencontrons 


ANGKOR. VAT 


une  sorte  de  petit  pont  de  forme  cruciale  qui  relie  le  grand  escalier  fc 
1'entree  centrale  de  la  galerie  du  deuxieme  etage  et  fait  communiquer 
entre  eux  les  deux  edicules  que  Ton  vient  de  voir.  Cette  passerelle 
est  etablie  sur  une  quantite  de  petites  colonnes  rondes  et  mafflues 
de  0  m.  60  de  hauteur.  De  chaque  c6te  du  portique  d'entree,  elle  se 
poursuit  en  bordure  de  la  galerie  sur  une  douzaine  de  metres.  Une 
elegante  balustrade  en  garnissait  les  bords  ;  aux  extremites  des 
branches  de  la  croix,  les  tetes  du  Naga  se  dressaient,  enlacees  par  le 
Garouda.On  a  retrouve  la  plupart  des  travees  de  la  main-courante  et 
quelques  tetes  endommagees,  mais  les  des  de  support  ont  presque 
tous  disparu. 

L'assemblage 
des  elements  de 
la  passerelle 
n'offre  aucune 
resistance.  Les 
pierres  du  pla- 
telage  etant  dis- 
posees  dans  le 
sens  longitudinal 
ont  necessite  la 
multiplication  des 
supports,  tandis 
que,  si  elles 
avaient  etc  pla- 

cees  transversal ement,  une  sur  deux  des  colonnes  mtermediaires 
aurait  pu  etre  supprimee  et  1'ensemble  y  aurait  gagne  en  solidite. 
Pour  une  largeur  de  3  m.  20,  quatre  colonnes  sont  utilisees.et  ce  n'est 
evidemment  pas  dans  un  but  decoratif,  puisque  deux  sur  quatre  sont 
invisibles. 

Nous  avons  la  conviction  que  cette  passerelle  n'etait  pas  prevue 
dans  le  projet  primitif  d' Angkor- Vat  et  qu'elle  a  etc  placee,  en 
cours  de  construction,  pour  reparer  une  faute  de  nivellement  com- 
mise  dans  le  dallage  de  la  cour.  Les  eaux  de  pluie  sejournent  volon- 
tiers  en  cet  endroit,  et  c'est  apparemment  pour  eviter  de  se  mouiller 
les  pieds  que  les  brahmanes  ont  fait  construire  ce  pont.  Mais  une 
autre  observation  plus  technique  vient  appuyer  notre  conviction  :  les 
degres  de  1'escalier  d'honneur  et  des  escaliers  des  deux  edicules  aussi 
bien  que  ceux  du  portique  ouest  sont  sculptes  jusqu'aux  dalles  de  la 
cour,  comme  Ton  peut  aisement  s'en  rendre  compte  en  regardant  sous 

43    


FIG.  12.  —  ANGKOR- VAT.  —  VESTIBULES  OCCIDENTALS 

DU  DEUXIEME  ETAGE,  EDICULES  DE  LA  COUR  DALLEE, 

PASSERELLE  ET  ANGLE    SUD-OUEST  DE   LA   DEUXIEME 

GALERIE  (PLAN). 


AUX    RUINES    D'ANCKOR 


lapasserelleaujourd'huidegage'e  des  terres  qui  s'ytrouvaientautrefois. 
On  remarquera  que  non  seulement  les  marches  existent,  mais  qu'elles 
sont  decorees  avec  le  meme  soin  que  si  elles  etaient  apparentes.  On 
observera  egalement  que  le  platelage  vient  s'appliquer  sur  une  de  ces 
marches,  et  Ton  conviendra  que,  si  la  passerelle  avail  etc  comprise 
dans  le  pro  jet  primitif,  les  constructeurs  auraient  neglige  de  tailler 
des  marches  inutiles  et  de  les  decorer. 

La  galerie  pourtournante.  —  Cette  galerie  circonscrit  la  cour  du 
deuxieme  etage.  Aux  angles  se  dressent  des  tours  du  meme  style 
que  celles  du  massif  central.  Elles  sont  ou  tres  ruinees  ou  inachevees. 
De  nombreux  blocs  provenant  de  ces  tours  ont  etc  trouves  dans  la 
cour,  et  d'autres  sont  rested  a  leur  point  de  chute,  sous  le  d6me  de 
Tangle  sud-ouest.  Mais,  si  nombreuses  que  soient  ces  pierres,  leur  quan- 
tite  est  encore  trop  restreinte  pour  nous  laisser  supposer  que  les  tours 
ont  etc  construites  completement.  Cependant,  commeles  gradins  sont 
couverts  de  motifs  decoratifs  et  que  la  decoration  ne  venait  probable- 
ment  qu'apres  Tachevement  du  gros  oeuvre,  il  est  possible  que 
les  tours  aient  etc  terminees  puis  detruites. 

Exterieurement,  la  galerie  est  posee  sur  un  soubassement  de 
7  metres  de  hauteur  construit  au  centre  de  la  cour  non  dallee  du 
premier  etage.  De  nombreux  escaliers  etablissent  la  communication 
entre  la  cour  inferieure  et  la  galerie.  Nous  en  trouvons  deux  & 
chaque  angle,  au  bas  des  tours,  et  un  plus  important,  place  sous  un 
porche  couvert,  au  centre  des  faces  nord,  est  et  sud.  C'est,  en 
somme,  la  repetition  de  ce  que  nous  avons  vu  a  Tetage  superieur. 
Les  frontons  exterieurs  des  porches  n 'existent  plus.  Les  piliers  du 
porche  nord  sont  dans  un  tel  etat  de  mine  que  leur  chute  est  immi- 
nente.  Par  contre,  les  portes  donnant  acces  sous  les  tours  d'angle 
sont  assez  bien  conservees,  et  celles  des  angles  sud-ouest  et  nord- 
ouest  possedent  encore  leurs  frontons  presque  complets.  Remarquer 
que  la  tour  et  les  portes  de  Tangle  nord-est  sont  infiniment  plus 
endommagees  que  les  autres. 

Le  soubassement  est  uniforme  sur  ses  quatre  cotes,  excepte  dans  la 
par  lie  centrale  de  la  face  ouest,  ou  il  s 'inter  romp  t  pour  faire  place  au 
preau  couvert.  Sur  cette  face,  Taspect  exterieur  de  la  galerie  du 
deuxieme  etage  est  completement  modifie  par  les  elements  que  nous 
rencontrerons  en  visitant  le  preau. 

Le  pourtour  du  deuxieme  etage  se  compose  de  quatre  galeries  se 
joignant  a  angle  droit  sous  les  tours  et  s'elargissant  au  centre  de 
chaque  face  par  des  vestibules.  Nous  connaissons  deja  cette  disposi- 

44    


GUIDK   AUX    KL'l.VES   U'A.NGKOK. 


PL.    II,    PAGE  44. 


ANGKOR-VAT.  —  STATUE  EN  BOIS 
REPRESENTANT  UN  BONZE  PRIANT. 


ANGKOR-VAT.  —  BASE  nu  SOUBASSEMKNT  nu  MASSIF  CENTRAL. 


GUIDE  AUX   Rl :i.\KS   D'ANGKOR. 


PL.    12.    PACK  45. 


ANGKOR.  VAT 


tion  pour  1'avoir  rencontree  au  massif  central.  Ces  quatre  galeries  ne 
sont  eclairees  que  du  c6te  de  la  cour  dallee.  Sur  la  face  opposee, 
c'est-a-dire  en  regard  de  la  cour  du  premier  etage,  elles  sont  bou- 
chees  par  un  mur  plein  decore  exterieurement  de  moulures  et  de 
fausses  fenetres  a  balustres. 

Chacune  des  galeries  nord  et  sud  du  pourtour  communique  avec 
la  cour  dallee  par  trois  portes,  ou  plutot  par  deux  petites  portes 
situ^es  pres  des  extremites  et  par  un  porche  central.  La  galerie  de  la 
face  Est  ne  possede  que  le  porche  central,  qui  s'abrite  sous  un  por- 
tique  a  deux  piliers.  Toutes  les  portes  d'axe  sont  surmontees  de  tres 
beaux  frontons  superposes ;  les  baies  laterales  s'encadrent  d'un  linteau 
soutenu  par  des  colonnettes  dont  il  reste  encore  quelques  exemplaires 
et  sont  dominees  par  un  fronton  en  parfait  etat  pose  sur  des  pilastres 
finement  decores. 

La  partie  la  plus  importante  de  la  galerie  pourtournante  est  celle 
qui  s'etend  en  facade  principale  (ouest)  du  massif  central.  Cette 
partie  est  presque  completement  occupee  par  les  trois  vestibules 
d'entree  qui  correspondent  a  trois  porches  :  un  grand  porche  central 
prolonge  par  la  passerelle  et  faisant  face  a  1'escalier  d'honneur,  deux 
porches  lateraux  debordant  sur  la  cour  dallee.  Le  vestibule  central 
comprend  trois  pieces;  les  vestibules  lateraux  n'en  ont  qu'une. 

Les  chambres  des  entrees  occidentales  s'eclairent  sur  la  cour  du 
premier  etage  et  le  preau  couvert,  tandis  que  du  cote  de  la  cour 
dallee  le  mur  est  plein,  excepte  dans  la  chambre  centrale,  ou  Ton 
trouve  deux  fenetres.  La  meme  disposition  d'eclairage  se  rencontre 
dans  la  galerie  qui  s'etend  entre  le  vestibule  de  droite  et  la  tour  de 
Tangle  sud-ouest.  Cette  galerie  est  ouverte  sur  la  cour  inferieure  mais 
fermee  sur  la  cour  dallee.  Quant  a  la  galerie  symetrique  (celle  qui 
aboutit  a  la  tour  nord-ouest),  elle  ne  prend  jour  ni  d'un  c6te*  ni  de 
1'autre,  mais  seulement  par  deux  petites  portes  extremes,  et  se  trouve, 
par  consequent,  dans  une  obscunte  a  peu  pres  complete. 

Le  porche  central  (ouest)  se  distingue  par  la  decoration  tres 
pure  de  ses  pilastres.  Dans  le  fronton,  nous  remarquons  que 
quelques  pierres  non  sculptees,  ramassees  dans  les  eboulis,  ont  rem- 
place  des  blocs  perdus. 

Dans  les  angles  des  galeries  et  sur  le  trumeau  des  fenetres,  du 
cote  de  la  cour  dallee  et  sur  la  face  opposee  (1)*  se  rencontrent  de 
nombreuses  tevadas  qui  ne  sont  pas  d'un  galbe  meilleur  que  celle* 
de  1'etage  superieur. 

(1)  En  regard  de  la  cour  du  premier  etage. 

45     


AUX    RUINES    D'ANCKOR 


Les  toitures  des  galeries  se  trouvent  dans  un  etat  de  conservation 
presque  parfait.  Les  pierres  de  faitage  ont  seules  etc  deplacees,  mais 
comme  elles  existent  au  complet,  il  sera  facile  de  leur  faire  reprendre 
1'alignement  qu'elles  doivent  avoir. 

Du  c6te  oppose  a  la  cour  dallee,  les  vestibules  occidentaux 
dominent  le  preau  couvert  et  cbmmuniquent  avec  ses  galeries  par 
trois  escaliers. 

Sous  les  galeries  du  deuxieme  etage,  on  a  rassemble  de  nom- 
breuses  statues  du  Buddha  et  de  Bodhisattvas  (1),  d'une  facture 
plus  que  mediocre,  mais  qui  ne  manquent  pas  d'interet,  car  ces  figures 
doivent  etre  des  portraits.  En  effet,  1'usage  s'etait  autrefois  etabli  de 
portraicturer  les  rois  et  les  princes,  peut-e'tre  aussi  les  pretres,  sous 
1'aspect  de  divinites,  et  toute  la  galerie  du  deuxieme  etage  est  plus 
ou  moins  un  musee  d'effigies  historiques  dont  les  etiquettes  ont  dis- 
paru.  Les  deux  statues  les  plus  remarquables  sont  celles  qui  se 
trouvent  dans  la  grande  piece  du  vestibule  occidental.  Ces  deux 
figures  datent  de  la  bonne  epoque  d' Angkor  et  sont  taillees  dans  ce 
bois  de  koki  (2)  que  Ton  retrouve  sous  la  forme  de  traverses  au- 
dessus  de  certaines  portes  du  temple. 

LE  PREAU  COUVERT  (3). 

Nous  appelons  ainsi  les  galeries  qui  s'etendent  dans  le  developpe- 
ment  occidental  du  plan  d*  Angkor- Vat,  entre  les  vestibules  qui  cons- 
tituent 1'entree  principale  du  premier  etage  et  ceux  de  1'etage 
suivant.  Ces  galeries  occupent  un  carre  de  45  metres  de  cote  et 
enveloppent  quatre  superbes  bassins  amenages  dans  les  angles. 

Par  mi  tous  les  monuments  anciens  du  Cambodge,  deux  temples 
seulement  posse  dent  un  preau  distinct,  bien  que  compris  dans  la 
masse  de  la  construction  :  Beng-Mealea  el  Angkor- Vat. 

Le  preau  d' Angkor- Vat  est  forme  de  deux  galeries  disposers 
en  croix  et  flanquees  de  verandas  laterales.  Celle  de  1'axe  nord-sud 
aboutit  a  d'autres  galeries  pourvues  dans  leur  partie  centrale  d'un 
passage  qui  conduit  sous  un  porch e  dominant  la  cour  du  premier 
etage.  Le  passage  du  nord  a  des  proprietes  de  resonance  qui  lui 
ont  valu  le  nom  de  "  chambre  des  echos  ".  II  ne  faut  voir  dans  ce 
phenomene  qu'un  effet  du  hasard. 

(1)  Bodhisattva  :  personnage  destine  par  sa  saintete  a  la  dignite  de  Buddha. 

(2)  Koki  est  le  nom  cambodgien.  L'auteur  ignore  le  nom  scientinque  de  cette  essence 

(3)  Le  terme  de  "  preau  couvert  "  ne  convient  pas  a  souhait  pour  designer  la  partie_d'Angkor- 
Vat  que  nous  decrivons.  Celui  de  "  galeries  croisees  "  cut  etc  preferable,  et  nous  1'employons 
quelquefois  dans  le  texte,  mais  nous  1'avons  ecarte  comme  titre,  parce  que  d'autres  galeries  croisees 
existent,  ainsi  que  nous  1'avons  vu,  au  troisieme  etage. 

46       


ANGKOR-  VAT 


Dans  la  partie  occidentale  du  preau,  une  petite  veranda  longe 
les  bassins.  Elle  est  decoree  de  fausses  fenetres  a  colonnettes  et, 
sur  les  trumeaux,  de  tevadas  que  les  mains  des  visiteurs  indigenes 
ont  polies  par  endroits.  A  Test  s'eleve  le  soubassement,  charge 
de  moulures  et  de  motifs  decoratifs,  de  la  galerie  du  deuxieme 
e'tage.  Les  trois  galeries  orientees  est-ouest  sont  reliees  a  1'etage 
superieur  par  des  escaliers  a  larges  marches. 

Entre  les  gale- 
ries, quatre  bas- 
sins dalles  et  pa- 
rementes  de  gres 
ont  etc  amena- 
ges.  Chacun 
d'eux  est  pourvu 
d'un  escalier  que 
decoraient  autre- 
fois  des  lions 
places  sur  le  plat 
des  rampes.  Ces 
statues  ont  ete 
brisees  ou  em- 
portees.  Les  pa- 
rois  des  bassins 
sont  couvertes  de 
moulures  hori- 
zontales  fine- 
ment  travaillees. 

L'eau  que  contenaient  ces  reservoirs  servait  tres  probablement  aux 
ablutions  purificatrices  des  fideles. 

Le  preau  est  une  des  parties  les  plus  achevees  d' Angkor- Vat, 
mais  cependant  son  achevement  n'est  pas  absolument  complet. 
Nous  remarquons,  entre  autres  details,  a  la  base  de  nombreuses 
colonnes,  des  figures  a  peine  dessinees  ;  a  la  cimaise  des  murs 
pleins  nord  et  sud,  une  frise  de  danseuses  simplement  tracee  et, 
sur  1'entablement  dominant  les  piliers  des  galeries,  on  voit  a  cer- 
taines  places  que  les  decorateurs  n'ont  meme  pas  eu  le  temps 
d'ebaucher  leur  besogne. 

Chaque  branche  des  galeries  croisees  est  coupee  par  des  portes 
libres  avant  d'attemdre  les  galeries    nord  et  sud  ou  les  escaliers 
de  1'axe   est-ouest.   Au  dela   de   ces   ouvertures,  la   hauteur   des 
47    


FIG.  i3!  —  ANGKOR-VAT.  —  PLAN  DU  PREAU  COUVERT 

ET    DES    BASSISS. 


AVX    RU1NES    D'ANGKOR 


piliers,  de  1'entablement  et  de  la  voute  diminue,  de  meme  que 
celle  des  verandas.  Les  galeries  sont  done  en  deux  parties  de 
hauteur  differente,  et  les  constructeurs  ont  accuse  exterieurement 
cette  difference  par  une  inegalite  dans  les  plans  horizontaux  des 
toitures. 

Les  hauls  piliers  du  preau  ont  re£u  la  decoration  qui  se  ren- 
contre le  plus  frequemment  dans  Angkor- Vat  :  court  chapiteau  a 
gorges  profondes  accusant  vigoureusement  un  motif  de  feuilles  et 
de  fleurs  ;  sur  le  fut,  le  relief  tres  faible  d'une  draperie  ou  d'un 
rideau;  a  la  base,  dans  un  ecusson,  une  figure  de  brahmane  en 
priere.  La  distance  entre  les  grands  piliers  est  de  3  m.  64  d'axe  en 
axe ;  la  hauteur  du  fut  depasse  4  metres. 

Les  piliers  de  la  veranda  ont  un  chapiteau  identique  a  celui  des 
grandes  colonnes,  mais  leur  base  est  differente.  La  veranda  est 
couverte  de  la  demi-voute  plafonnee  de  fleurs  de  lotus  que  nous 
connaissons  deja. 

Les  toitures  des  galeries  se  joignent  en  vovite  d'arete  et  sont 
semblables  a  celles  que  nous  avons  observees  aux  etages  supe- 
rieurs.  A  1'exterieur  de  1'entablement  qui  se'pare  la  demi-voute  de 
la  voute  se  detache  une  frise  de  personnages  (1)  en  priere  du 
meme  dessin  que  les  figures  sculp  tees  a  la  base  des  piliers,  mais 
d'un  modele  plus  petit.  Les  pignons  droits  des  toitures  n'offrent 
aucune  difference  avec  ceux  qui  se  rencontrent  dans  les  autres 
parties  du  temple,  sauf  dans  le  choix  des  sujets  mythologiques, 
sujets  superieurement  traites  mais  que  la  mine  n'a  pas  assez 
e'pargnes. 

L'interieur  de  1'entablement  retient  1'attention  par  sa  belle 
execution  :  frise  de  danseuses  d'un  relief  fortement  accuse  et  d'un 
assez  bon  dessin.  L'architrave  des  grands  piliers  est  decoree  de 
lotus  dans  un  cadre  de  fleurettes.  Les  tympans  des  portes  libres 
pr&entent  des  sujets  divers  se  rapportant  tous  a  la  legende  de 
Vishnou.  A  remarquer,  au-dessus  des  peu'tes  portes  fractionnant 
dans  1'orientation  nord  les  verandas  de  la  galerie  nord-sud,  deux 
reliefs  qui  evoquent  1'idee  des  travaux  d'Hercule  :  a  droite,  un 
geant  combattant  le  Naga;  a  gauche,  un  autre  geant  soulevant 
un  taureau.  Par  le  fait,  ce  sont  bien  la  des  scenes  de  la  legende 
heVoIque  de  1'Hercule  indien. 

De  chaque  cote  des  portes  qui  se  trouvent  aux  extre'mite's  des 

(I)  Sans  doute  del  br»hm«nes. 


rn     •* 
•— '     U 


AU\  KLINES  D'ANCKOR. 


FL.    13.    PAGE  48. 


ANGKOR-VAT.  —  ANGLE  SUD-OUEST  DU\MASSIF  CENTRAL. 


ANGKOR-VAT.  —  BASE  DE  LA  GRANDE  ANGKOR-VAT.  —  UNE  DES  TOURS 

TOUR  DU  AIASSIF  CENTRAL.  n'ANGI.E  DU  MASSIF  CENTRAL 


GUI  UK  AUX   RUINKS   I/ANGKOR. 


PL.    14.   PACK  49. 


ANGKOR-VAT 


galeries,  nous  rencontrons  des  pilastres  couverts  d'une  magnifique 
decoration  :  feuilles  tournees  en  volutes  autour  d'un  petit  personnage 
et  disposees  en  chevrons  superposes. 

A  Test  des  bassins  s'eleve  le  soubassement  du  deuxieme  etage, 
supportant  la  galerie  et  sa  veranda.  Les  coins  etages  situes  dans  la 
meme  orientation  sont  une  pure  merveille,  autant  par  la  composition 
architecturale  que  par  1'execution,  et  il  faut  avouer  que,  si  les  archi- 
tectes  d' Angkor  ne  connaissaient  guere  la  technique  de  la  construction, 
ils  n'en  reussissaient  pas  moms  a  mettre  debout  les  projets  les  plus 
compliques.  Nous  avons  la  une  preuve  du  genie  decoratif  des 
constructeurs  cambodgiens  et  la  critique  la  plus  severe  ne  pourrait  y 
decouvrir  une  faute  de  gout  ni  meme  une  faute  de  composition. 

Sous  la  galerie  qui  longe  au  sud  le  preau,  les  bonzes  ont 
rassemble  d'innombrables  figures  du  Buddha  parmi  lesquelles 
aucune  ne  presente  un  interet  meme  mediocre.  Ces  statues  paraissent 
d'ailleurs  assez  depaysees  dans  un  temple  que  les  dieux  heroiques 
du  brahmamsme  habitaient  autrefois. 

Si  les  galeries  croisees  d' Angkor- Vat  ne  sont  pas  la  partie  la 
mieux  conservee  du  temple,  elles  n'en  sont  pas  non  plus  la  plus 
ruinee,  et  seule  la  demi-voute  des  galeries  laterales  a  reellement  souffert, 
mais  les  fouilles  ont  rendu  au  jour  un  certain  nombre  de  pierres  de 
toiture  qui  pourront  etre  remises  en  place.  Quant  aux  galeries  elles- 
memes,  nous  les  voyons  presque  mtactes,  et  leur  reparation  ne 
demandera  qu'un  peu  d'argent  et  de  temps. 

Pour  en  terminer  avec  ce  chapitre,  disons  que  les  traces  de 
couleur  rouge  qui  maculent  les  entre-colonnements  et  les  chapiteaux 
de  quelques  piliers  du  preau  sont  les  restes  d'une  peinture  qui  ne 
date  certainement  pas  de  1'epoque  primitive.  Ce  badigeon  a  etc 
applique  assez  recemment  et  ce  qui  prouve  qu'il  n'est  pas  ancien, 
quoi  qu'en  pensent  certains  auteurs,  c'est  qu'il  n'interesse  que  la 
surface  des  reliefs,  alors  que,  si  sa  disparition  partielle  etait  due  au 
temps,  la  teinte  serait  restee  surtout  dans  les  creux. 

LES  BIBLIOTHEQUES. 

Aux  angles  sud-ouest  et  nord-ouest  de  la  vaste  cour  du  premier 
etage  s'elevent  deux  constructions  qui  sont  designees,  on  ne  sait 
pourquoi,  sous  le  nom  de  "  bibliotheques  ".  En  realite,  rien 
n'indique  que  les  pretres  d' Angkor  aient  reuni  la  leurs  ouvrages 
sacres  qui  ne  s'y  seraient  guere  trouves  a  1'abri  de  la  pluie,  et  il  est 
probable  que  les  deux  petits  edifices  en  question  sont  des  chapelles. 

49     


AUX    RUINES    D  ANGKOR 


Un  haut  soubassement  supporte  chacun  de  ces  edicules  qui,  etant 
semblables,  ne  demandant  qu'une  seule  description.  —  Le  sou- 
bassement est  pourvu  de  quatre  escaliers  (un  dans  la  partie  centrale 
de  chaque  face)  dont  les  rampes  a  gradins  se  detachent  en  vigou- 
reuses  saillies.  La  construction  emprunte  une  forme  allongee  et  ne 
se  compose  que  d'une  piece  flanquee  de  galeries  laterales  eclairees 
par  des  fenetres  a  balustres.  Entre  la  demi-voute  de  la  veranda 
et  la  voute  de  la  galerie  se  trouve  une  imposte  ajouree  de  petites 
ouvertures  basses  a  colonnettes  qui  sont  d'un  effet  ties  gracieux. 
C'est  la  presence  de  ces  ouvertures,  par  lesquelles  la  pluie  entre 
librement,  qui  nous  fait  douter  que  des  livres  pre'cieux  aient  etc 
conserves  ici. 

Aux  extremites  de  son  grand  axe  (est-ouest),  la  construction 
est  prolongee  par  un  porche  compose  de  quatre  hauts  piliers  carres 
supportant  une  toiture  en  encorbellement.  La  ruine  de  ces  entrees 
est  tres  avancee,  sauf  dans  la  partie  orientale,  ou  une  bonne  moitie 
de  la  voute  existe  encore.  Les  linteaux  et  les  frontons  ont 
disparu. 

Au  nord  et  au  sud  s'ouvrent  deux  portes  encadrees  de  mou- 
lures  et  de  pilastres  et  surmontees  d'un  fronton  en  assez  mauvais 
etat. 

Les  pierres  du  soubassement  et  des  rampes  d'escalier  ont  etc 
disjointes  par  la  vegetation ;  quelques-unes  sont  tombees ;  d'autres, 
en  tres  petit  nombre,  ont  disparu.  Tout  cela  pourra  etre  remis  un 
jour  en  place,  mais  on  ne  saurait  en  dire  autant  de  la  couverture  des 
porches,  car  la  plupart  des  elements  de  ces  toitures  n'ont  pu  etre 
retrouves. 

En  ce  qui  concerne  la  galerie  proprement  elite  et  ses  deux 
verandas  laterales,  la  ruine  est  moins  complete.  L'interieur  est  dalle 
assez  regulierement ;  la  toiture  s'est  conservee  a  peu  pres  intacte ; 
les  piliers  sont  en  place. 

PREMIER  ETACE. 

La  cour.  —  Apres  la  visite  des  edicules  decrits  au  chapitre  pre- 
cedent, on  ne  peut  se  dispenser  d'une  promenade  dans  la  cour  du 
premier  etage,  d'ou  Ton  jouit  d'une  tres  belle  vue  sur  plusieurs 
parties  du  monument.  Nous  avons  deja  dit,  dans  1*  "  aperfu  d'en- 
semble  ",  le  motif  qui  nous  a  fait  re  Jeter  la  denomination  de  ' '  cloitre  " 
employee  par  certains  auteurs  pour  designer  ce  vaste  enclos. 

On  penetre  habituellement  dans  la  cour  par  le  tambour  ame'nage 
5o  


ANGKOR-VAT 


dans  la  galerie  nord  du  pre'au  couvert,  mais  on  peut  egalement  y 
arriver  par  un  des  nombreux  escaliers  qui  descendant  de  la  galerie 
pourtournante  du  deuxieme  e'tage. 

La  cour  n'est  pas  dallee  ;  elle  est  simplement  remblaye'e  de  terre 
au  niveau  de  la  base  des  soubassements  qui  1'entourent.  Elle  enve- 
loppe,  sur  une  largeur  a  peu  pres  egale,  trois  cotes  du  deuxieme 
etage,  mais  s'etend  da  vantage  sur  la  face  occidentale.  C'est  dans 
cette  orientation  que  se  trouvent  les  '  bibliotheques  "  et  le  preau 
couvert. 

Galerie  des  bas-reliefs  (aspect  general).  —  Le  premier  etage 
d*  Angkor- Vat  se  divise  en  huit  galenes  separees  par  des  vestibules 
centraux  et  des  vestibules  d'angle  et  composant  une  galerie  pour- 
tournante qui  s'etend  sur  215  metres  de  longueur  dans  1'orientation 
est-ouest  et  1 87  metres  dans  la  direction  nord-sud.  Elle  a  done  plus 
de  800  metres  de  developpement.  Les  portes  centrales  font  face  aux 
gopuras  de  1'enceinte  et  se  trouvent  par  consequent  dans  les  axes 
du  temple.  L'ensemble  est  pose  sur  un  soubassement  de  3  m.  50, 
dont  la  partie  superieure  est  assez  large  pour  permettre  la  circulation 
autour  du  monument. 

Les  huit  galeries  decorees  de  bas-reliefs  sont  accompagnees 
d'une  veranda  et  se  joignent  aux  angles  sous  de  hauts  vestibules. 
Leur  composition  est  identique  :  une  double  colonnade  a  piliers 
carres  soutient  la  demi-voute  de  veranda  et  la  voute  ogivale  ;  cette 
derniere  repose  de  1'autre  cote  sur  un  mur  plein  couvert  des  bas- 
reliefs  que  nous  examinerons  tout  a  1'heure.  Immediatement  au- 
dessous  de  la  voute,  se  trouve  une  corniche  qui  supportait  un 
plafond  en  bois  (disposition  rencontree  deja  plusieurs  f ois) .  L'aspect 
exterieur  du  premier  etage  est  aussi  puissant  qu'harmonieux  et 
devait  1'etre  encore  davantage  avant  la  degradation  de  certaines 
parties.  Les  quatre  fa?ades  sont  d'une  ligne  superbe,  brisee  au 
centre  et  aux  angles  par  les  ressauts  des  toitures  et  le  debordement 
des  porches. 

L'etat  de  conservation  de  tout  le  premier  etage  est  assez  bon ,  sauf 
en  ce  qui  concerne  les  porches,  qui,  pour  la  plupart,  ont  etc  endom- 
mages  soit  par  les  destructeurs  du  temple,  soil  par  la  vegetation. 
Quelques  vides  dans  latoiture  sont  egalement  regrettables  parce  que, 
sur  certains  points,  les  eaux  de  pluie  passent  librement  et  laissent 
sur  la  pierre  une  humidite  tenace  qui  a  couvert  de  mousse  une  partie 
des  bas-reliefs.  Cinq  ou  six  colonnes  de  la  veranda  ont  disparu. 
Tous  les  etresillons  existent  encore,  sans  exception,  mais  ils  sont 
5, 


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


brises  pres  des  grands  piliers.  Cela  rient  a  un  affaissement  du  au 
manque  de  solidite  de  1'assise. 

Porches  et  vestibules  d'acces.  —  Un  vestibule  central  place  dans 
1'axe  est-ouest  du  monument  et  deux  vestibules  lateraux  occupent  une 
forte  partie  de  la  face  occidentale  du  premier  etage.  Us  comprennent 
en  tout  sept  pieces,  de  longueur  et  de  largeur  inegales,  disposees 
en  enfilade  et  separees  par  des  portes  a  seuil  eleve.  Trois  de  ces 
chambres  appartiennent  a  1'entree  principale.  Les  deux  autres 
entrees  n'utilisent  qu'un  passage  en  croix  accompagne  d'une  toute 
petite  piece  qui  le  relie  au  vestibule  central. 

Le  passage  d'honneur  mesure  1 6  metres  nord-sud  et  llm.  50 
est-ouest.  II  est  de  forme  cruciale,  comme  toutes  les  entrees  des 
galeries  d' Angkor- Va*..  Un  escalier  le  fait  communiquer  avec  le  preau 
couvert.  II  s'accompagne,  en  avant  de  la  ligne  de  fa9ade,  d'une 
piece  eclairee  par  six  larges  fenetres.  Cette  piece  est  elle-meme 
precedee  du  porche  central  dominant  de  quelques  marches  le 
perron  qui  lui  fait  face. 

Les  vestibules  lateraux  sontde  dimensions  momdres,  10  X  7  metres. 
Us  communiquent  egalement  avec  le  preau  couvert  par  un  large 
escalier.  La  piece  que  nous  trouvons  en  avant  du  vestibule  central 
n'est  pas  repetee  devant  les  entrees  laterales,  qui  etaient  autrefois 
precedees  d'un  simple  petit  porche  dont  on  ne  retrouve  plus  que 
quelques  elements  :  un  seul  pilier  et  une  architrave  au  passage  de 
droite  (1).  La  saillie  du  soubassement  des  porches  lateraux  com- 
porte  un  escalier  a  deux  paliers  dont  les  rampes  supportaient  des 
lions  encore  representes  par  deux  specimens  en  place  (escalier  de 
droite). 

La  decoration  interieure  des  trois  vestibules  occidentaux  est  des 
plus  sommaire  et  n'a  du  reste  pas  etc  terminee,  excepte  dans  1'enca- 
drement  des  fenetres  et  les  rinceaux  dont  lestevadassontentourees. 
Nous  trouvons  ici,  sur  la  face  interne  des  chambranles  des  fenetres, 
un  motif  decoratif,  perroquets  combattant,  qui  se  representera  a  la 
meme  place  dans  les  vestibules  de  1'enceinte  occidentale.  —  On 
distingue  sur  la  surface  pleine  des  murs  des  vestibules,  a  hauteur 
d'appui,  1'esquisse  d'une  frise  de  danseuses.  Dans  les  parties  hautes, 
la  corniche  du  plafond  est  achevee. 

Les  trois  vestibules  sont  couverts  de  toitures  etagees  s'arretant, 
comme  toutes  les  voutes  d' Angkor,  par  des  pignons  verticaux. 

( 1 )  Admettons  des  maintenant  que  "  droite  "  et  "  gauche  "  s'entendent  par  "  a  main  droite 
ou  "  a  main  gauche  "  en  regardant  le  centre  du  temple. 


AN<,KOR-Y.\T.  —  COUR  DU  DEUXIEME  ETAGE.  FACE  sun, 

AVAST  l.F.S  TRAVAVX  1>E  DEOAGEMEXT. 


ANGKOR-VAT.  —  Us  DES  EDICULES  SITUES  DANS  LA  PARTIE  OCCIDENTAI.E 

DE  LA  COUR  DU   DEUXIEME  ETAGE. 


GUIDE   AUX   KLlNfc.S  D'ANGKOk. 


ANGKOR- VAT.  —  PARTIE  OCCIDENTALE  DE  LA  COUR  DU  DEUXIK.ME  ETAGE 
ET  TOUR  SUD-OUEST  DU  MASSIF  CENTRAL. 


ii_t^^**x. i^r*  -:.3tt>x  WA***  J2C-*  .*r-    V^ 


AXGKOR-VAT.  —  PARTIE  SEPTEXTRIOXALE  DE  LA  COCR  nr  DKCXIKME  ETAGE. 


GUIDE  AUX  KUI>'KS  D'AM.KOK. 


I'L.    16.    PAGE  5j. 


ANGKOR-VAT 


LmJ 


Repetons  ici  qu'on  ne  rencontre  dans  tous  les  monuments  cambod- 
giens  qu'un  seule  type  de  pignon. 

Le  porche  central  offre  quelques  beaux  motifs  de  decoration, 
notamment  sur  les  deux  pilastres  qui  encadrent  la  porte  d'axe. 

Ce  que  nous  venons  de  dire  au  sujet  des  vestibules  occidentaux 
s'applique  presque  mot  pour  mot  aux  entrees  des  autres  faces  du 
premier  etage,  qui  en  sont  la  repetition  simplified. 

Les  entrees  nord  et  sud  ne  se  composent  que  d'un  seul  vestibule 
etabli  dans  1'axe  du  monument  et  precede  d'une  piece  et  d'un 
porche.  Le  passage 
central  est  flanque 
lateralement  de  deux 
chambres.  On  voit 
que  la  disposition 
est  la  meme  que  sur 
la  fafade  principale, 
avec  cette  difference 
que  1' entree  est  uni- 
que au  lieu  d'etre 
accompagnee  de 
deux  entrees  late- 
rales. 

Du  c6te  oriental, 
la  similitude  est  en- 
core plus  grande,  puisque  nous  y  trouvons  trois  vestibules  precedes 
chacun  d'un  porche.  Mais  une  particularite  se  presente  ici  :  le 
porche  central  n'est  pas  pourvu  d'escalier  et  s'arrete  verticale- 
ment.  II  est  possible  que  ce  soit  la  le  montoir  oil  venaient  se 
ranger  les  elephants  pour  prendre  ou  deposer  les  fideles  d'un  rang 
el  eve. 

Les  vestibules  d'angle  affectent  la  forme  d'une  croix  grecque.  Us 
sont  eclaires  par  six  fenetres  carrees  gnllees  de  balustres.  Leur 
communication  avec  la  terrasse  de  pourtour  est  etablie  par  deux 
porches  semblables  a  ceux  que  nous  venons  de  rencontrer  en  avant 
des  entrees  centrales. 

Notons  que  les  surfaces  murales  des  vestibules  des  angles 
nord-ouest  et  sud-ouest  sont  couvertes  de  bas-reliefs,  tandis  qu'aux 
angles  nord-est  et  sud-est  les  murs  sont  restes  vierges. 

53     . 


FIG.  14.  —  ANGKOR-VAT.  —  VESTIBULES  OCCIDENTAUX 
DE   LA  PREMIERE  GALERIE  (PLAN). 


AVX    RU1NES    D'ANGKOR 


LES  BAS-RELIEFS. 

Pour  la  visite  des  bas-reliefs,  nous  partirons  de  1'entree  d'honneuir 
(face  occidentale)  et  tournerons  a  main  droite  pour  terminer  par  la 
galerie  qui  se  trouve  a  gauche  de  notre  point  de  depart. 

Nous  nous  servirons,  dans  1'explication  de  ces  scenes,  des 
identifications  proposees  par  Moura  (1),  M.  E.  Aymonier  (2). 
M.  G.  Ccedes  (3),  et  nous  en  presenterons  nous-meme  quelques- 
unes. 

Face  occidentale  (partie  droite).  —  "  La  composition  de  cette 
galerie  est  inspiree  de  la  legende  du  Mahabharata.  Elle  represente 
une  grande  bataille  entre  les  Pandavas  et  les  Kauravas  dans  les 
plaines  situees  au  nord  de  Delhi.  Les  simples  guerriers  de 
l'armee  des  Pandavas  (4)  sont  coiffes  d'un  casque  a  large  cimier, 
les  Kauravas  d'uae  coiffure  conique  que  portent  indistinctement 
les  chefs  des  deux  armees.  A  part  cette  difference  de  coiffure, 
les  deux  troupes  ont  a  peu  pres  le  meme  type  de  figure  et  le 
meme  armement.  Certains  fantassins  portent  la  cuirasse,  d'autres 
des  boucliers  bombes  (E.  A.).  "  Le  superbe  alignement  des 
combattants  etonne  un  peu.  II  est  probable  que  la  marche  au  pas 
et  par  files  est  de  date  assez  recente,  et  Ton  est  surpris  de  ren- 
contrer  sur  les  murs  d' Angkor  des  soldats  partant  en  guerre  au  pas 
de  parade.  La  verite,  c'est  que  nous  avons  la  un  precede  tres 
commode  employe  par  les  dessinateurs  cambodgiens  pour  mettre  le 
plus  possible  de  guerriers  en  ligne  par  la  simple  repetition  du 
contour  des  personnages  du  premier  plan. 

La  musique  militaire,  que  nous  savons  remonter  a  la  plus  haute 
antiquite,  est  represented  dans  cette  galerie  par  quelques  tam-tams 
sur  lesquels  des  esclaves  tapent  a  tour  de  bras.  —  Au  bas  du 
panneau,  des  morts  et  des  blesses  sont  etendus.  Les  chefs  sont 
nombreux ;  ils  se  trouvent,  suivant  leur  grade,  sur  des  chevaux,  des 
chars  ou  des  elephants.  Les  chefs  principaux  se  distinguent  par 
une  stature  sensiblement  plus  elevee  que  celle  des  officiers  subal- 
ternes  et  des  simples  guerriers.  Nous  remarquerons,  a  ce  propos, 
que  le  grandissement  de  la  taille  des  heros  et  des  chefs  est  une 
regie  adoptee  dans  tous  les  arts  primitifs,  en  Egypte,  en  Assyrie  et 
dans  les  manuscrits  romans. 

(1)  Le  Royaume  du  Cambodgc,  Parii,    1883. 

(2)  LeCamboJge.t.  Hl.ParU.  1900-1903. 

(3)  Bulletin  archeologique  de  1'lndo-Chine.  n°  2  de   191  I. 

'arraee  des  Kauravat  >e  trouve  a  gauche  (Nord)  du  paoneau.  cellc  Jc.  Paiulava*  a  droite. 

54     


ANGKOR-VAT    — 


Le  rang  des  chefs  est,  en  outre,  indique  par  le  nombre  des 
parasols  et  des  eventails  que  des  esclaves  tiennent  en  main.  Ainsi 
les  deux  commandants  des  armees  ennemies  doivent  etre  des 
rois,  ou  tout  au  moins  des  personnages  de  sang  royal,  car  nous 
les  voyons  accompagnes  des  insignes  de  la  royaute  :  le  sen-tvan, 
eventail  emblematique  de  la  toute-puissance,  et  le  chamar,  eventail 
concave  ayant  la  meme  signification  (E.  A.). 

Une  figure  retient  notre  attention  pres  de  l'extremite  gauche  de 
la  galerie.  C'est  celle  d'un  chef  mort.qui  ne  peut  etre  que  Bhtshma, 
le  general  en  chef  de  1'armee  des  Kauravas.  La  multitude  de 
fleches  dont  son  corps  est  herisse  indique  que  ce  guerrier  fut 
vaillant  parmi  les  vaillants. 
II  est  entoure  de  person- 
nages, ses  parents,  croyons- 
nous,  a  qui  il  dicte  son 
testament  philosophique 
en  dix  mille  stances. 

A  part  Bhishma,  on 
ne  peut  identifier  avec  cer- 
titude que  le  brahmane 
Drona  et,  du  cote  des 
Pandavas,  le  seul  guerrier 
reconnaissable  est  Arjuna, 
grace,  du  reste,  a  la  pre- 
sence, sur  le  timon  de  son 

char,  d'un  ecuyer  a  quatre  bras    qui  n'est  autre  que   Krishna 
(G.  C). 

Notons  que,  si  les  guerriers  qui  peuplent  cette  galerie  sont  d'une 
academic  peu  etudiee,  certains  details  comme  les  casques,  les  armes 
et  les  chars,  sont  trait es  avec  precision  et  fournissent  des  renseigne- 
ments  precieux  sur  1'appareil  guerrier  des  armees  de  1'epoque. 

Angle  sud-ouest.  —  Les  huit  panneaux  des  murs  et  les  tympans 
sontcouverts  de  bas-reliefs.  Un  des  motifs  les  plus  interessants  estcelui 
du  panneau  situe  a  gauche  de  la  porte  sud.  ' '  On  y  voit  la  lutte 
des  deux  freres  Bali  et  Sougrlva,  princes  des  singes,  combattant 
pour  la  royaute.  Bali  succombe  atteint  par  la  fleche  de  Rama,  1'allie 
de  Sougriva.  Au-dessous  de  la  scene  de  combat  est  representee 
la  mort  de  Bali,  que  nous  voyonscouche  sur  unlit  de  parade.  Une 
guenon  soutient  la  tete  du  prince  simien.  Un  grand  nombre  d'au- 
tres  guenons  entourent  1'illustre  mort  (E.  A.). 
55  


FIG.  i5.  —  ANGKOR- VAT.  —  PLAN  D'UN  DES 

ANGLES    DE    I.A   GALERIE   DU    PREMIER   ETAGE. 


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


Nous  attirerons  1'attention  du  visiteur  sur  le  magnifique  panneau 
representant  deux  jonques  dont  la  proue  figure  une  tete  d'oiseau  et 
dont  la  partie  mediane  est  couverte  d'un  rouf  a  toiture  crochue.  Ces 
deux  embarcations  glissent  a  la  pagaie  sur  une  riviere  dont  les  eaux 
calmes  sont  representees  par  des  ondulations  au  milieu  desquelles 
nagent  des  poissons  et  des  caimans.  Sous  le  rouf  de  la  jonque  du  bas 
se  tient  une  femme  s'amusaritavecunenfantet  entouree  de  servantes. 
A  1'avant,  des  pitres  distraient  par  leurs  chants  et  leurs  danses  les 
rameurs  qui  levent  la  tete  pour  les  regarder.  A  1'arriere,  nous  voyons 
un  combat  de  coqs  (scene  parfaitement  dessinee).  Sous  le  rouf  de 
1'embarcation  qui  occupe  la  partie  superieure  du  panneau,  se  tient  un 
personnage  reveiu  du  costume  royal. 

Les  deux  jonques  voguent  cote  a  c6te  entre  les  deux  rives  d'un 
fleuve;mais,  comme  les  decorateurs  d' Angkor  ignoraient  la  perspec- 
tive, ils  ont  determine  les  differents  plans  en  les  superposant.  II  faut 
done  comprendre  ce  bas-relief  ainsi  :  au  premier  plan,  la  berge 
representee  par  des  arbres ;  immediatement  apres,  un  peu  d'eau 
donne  du  recul  a  la  premiere  embarcation  qui  occupe  le  plan  moyen  ; 
comme  arriere-plan,  nous  avons  la  jonque  du  roi  se  detachant  sur 
un  fond  de  verdure.  La  signification  du  sujet  n'est  pas  certaine. 

Un  autre  panneau  se  rapporte  a  la  legende  de  Krishna.  La  scene 
represente  le  dieu  soulevant  le  mont  Govardhana  pour  mettre  a  1'abri 
de  1'orage  dechaine  par  le  courroux  d'Indra  ses  seize  mille  bergers 
et  bergeres  ainsi  que  ses  troupeaux  et  manifester,  pour  la  premiere 
fois,  sa  puissance  divine.  Le  personnage  qui  1'accompagne  est 
probablement  Balarana. 

Le  visiteur  trouvera  aisement  le  panneau  en  question,  ou  les  trou- 
peaux de  Krishna  sont  representes  par  une  quantite  de  taureaux.  Le 
dieu  souleve  la  montagne  de  la  main  droite  et  tient  dans  la  gauche 
une  houlette  recourbee. 

En  face,  nous  avons  la  scene  du  barattement,  que  nous  reverrons, 
dans  des  dimensions  autrement  importantes,  sur  le  mur  plein  d'une 
des  galeries  orien tales.  Mais  ici,  malgre  son  format  reduit,  la  scene 
est  plus  complete  parce  qu'elle  nous  montre,  au-dessus  de  la  tortue 
qui  est  le  pivot  du  barattement,  une  tete  de  cheval  et  celle  de 
Lakshmi.  (On  trouvera  la  legende  dans  la  description  de  la  galerie 
orien  tale,  partie  gauche.) 

Un  des  sujets  du  meme  vestibule  sud-ouest  nous  est  explique  par 
M.  E.  Aymonier  dans  les  termes  suivants:  "C'est  Ravana,  le  cruel 
roi  des  Rakshasas,  se  metamorphosant  en  cameleon  pour  s'intro- 
56  


(iril)K   ALX    Kl/IXliS   D'AXCKOK. 


1-L.  17,  I'.U;K  56. 


£  a 


GUIDE  AL'X    RUINES  IVAXGKOR. 


ANGKOR-VAT 


cluire  plus  facilement  dans  le  palais  du  dieu  Indra,  dont  il  doit 
seduire  les  femmes.  "  Le  cameleon  que  nous  apercevons  passant 
sur  la  barre  transversale  d'une  porte  qui  encadre  Ravana  a  1'air  d'un 
parfait  crocodile,  mais  ce  n'est  qu'une  faute  de  dessin  et  1'in- 
terpretation  que  M.  E.  A.  a  empruntee  a  Moura  (Royaume  du 
Cambodge,  II,  315)  peut  etre  exacte,  car  nous  voyons  les  femmes 
d'Indra  venir  en  foule  aupres  de  Ravana  (1). 

Le  panneau  qui  regarde  le  bas-relief  precedent  represente  le  meme 
Ravana,  pourvu 
cette  fois  des  dix 
tetes  et  des  vmgt 
bras  que  lui  attri- 
bue  la  legende, 
faisant  effort  de 
tous  ses  muscles 
pour  soulever  une 
montagne  sur 
laquelle  Qiva  est 
assis  en  compa- 
gnie  de  Parvati. 
Le  dieu  s'ldenti- 
fie  facilement 


grace    au  trident 


FIG.  16.  —  ANGKOR-VAT.  —  BAS-RELIEFS 

DE  LA   PREMIERE  GALERIE. 
qu  Un  personnage      Face  ocddentale,  partie  droite  :  combat  des  Pdndavas 
VOlsm      tient     en  contre  les  Kauravas  (fragment). 

main  (2). 

Nous  rencontrons  encore,  sans  sortir  du  vestibule  sud-ouest,  un 
fragment  de  la  le'gendede  Kama,  le  dieu  de  1' Amour.  La  scene  s'or- 
donne  ainsi  :  en  haut  du  panneau,  C^iva  est  assis  sur  une  colline. 
Parvati  se  trouve  aupres  de  lui  ainsi  qu'un  autre  personnage  qui 
porte  le  trident,  attribut  du  dieu.  Dans  le  registre  central,  Qiva  se 
retrouve,  mais  sous  1'aspect  d'un  ascete  enseignant  sa  doctrine  a  des 


(1)  Ceper.dant  nous  serions  heureux  de  savoir  oil  Moura  et  M.  E.  Aymonler  ont   pulse  cette 
anecdote  qui  n'a  pu  etre  retrouvee. 

(2)  M.  G.  Coedes  nous  donne  la  legende  :  "  Un  jour,  parcourant  le  Qaravana  sur  son  char 
rrerveilleux,   Ravana  vit  subitement   le   Puspaka  s'arreter.    car  il   etait  arrive  au  pied  d'une 
montagne  sur  laquelle  Qiva  prenait  ses  ebats.  Irrite,  le  Rakshasa  saisit  le  mont  dans  ses  bras  et 
tecoua  le  roc.  A  cet  ebranlement,  les  Ganas  tremblerent  et  Parvati  embrassa  Mahe<;vara.   Alori 
Matiadeva,  le  premier  des  dieux.  de  son  orteil  ecrasa  le  mont  comme  en  se  jouant  :  et   il  ecrasa 
en  meme  temps  les  bras  de  Ravana.  " 

Le  bas-relief  ne  s'ecarte  du  texte  que  sur  un  point  :  Qiva  assii  entre  Parvati  et  un  personnage 
arme  du  trident,  ne  (ait  pat  le  geste  d'appuyer  le  pied  sur  la  rnontagne ;  il  est  simplement  assii 
**  i  1'indienne  ". 


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


brahmanes.  Au  pied  de  la  colline,  c'est-a-dire  au  bas  du  panneau, 
nous  voyons  Kama  bandant  son  arc.  Devant  lui  un  personnage  est 
etendu  sur  le  sol,  la  tete  appuyee  sur  les  genoux  d'une  femme. 
Voici  1'explication  de  la  scene  et  le  resume  de  la  legende:  Qva 
etant  le  seul  dieu  qui  cut  resiste  a  1'amour,  Kama  entreprit  de  le 
rendre  amoureux  et  lui  decocha  une  de  ses  fleches  (1).  (L'arc  de 
Kama  est  fait  d'une  tige  de  canne  a  sucre ;  la  fleche  est  composee 
de  fleurs  et  la  corde  d'abeilles  se  tenant  par  les  pattes.)  (^iva, 
furieux  d'etre  derange  dans  ses  pratiques  ascetiques,  reprit  sa  qua- 
lite  divine  et  lanca  a  Kama  un  tel  regard  que  le  dieu  de  1'amour 
fut  aussit6t  reduit  en  cendres.  C'est  ce  que  traduit  notre  bas-relief. 
Le  personnage  etendu  est  Ka*ma  mort,  et  la  figure  de  femme  qui 
complete  la  scene  est  la  representation  de  Rati  tenant  dans  ses 
bras  son  e'poux.  On  confoit  qu'il  etait  difficile  de  representer  un 
tas  de  cendres ;  aussi  1'artiste  a-t-il  plus  simplement  reproduit  le 
dieu  sous  sa  forme  humaine. 

Le  sujet  qui  se  trouve  sur  le  tympan  de  la  porte  nord  du  vesti- 
bule sud-ouest  est  emprunte  au  Ramayana.  Nous  profiterons  de  cette 
occasion  pour  resumer  ici  une  legende  interessante  qui  pourra 
servir  a  1 'intelligence  de  plusieurs  des  bas-reliefs  d'Angkor-Vat  et 
a  laquelle  nous  renverrons  le  lecteur  toutes  les  fois  qu'il  y  aura 
lieu. 

Legende.  —  II  existait  a  Ayodhya  (1'inexpugnable),  dans 
1'Inde,  un  roi  qui  s'appelait  Dafaratha  et  qui  avait  deux  femmes. 
II  cut  quatre  fils.  De  la  premiere  femme  nommee  Kausalya, 
naquirent  Rama  (incarnation  de  Vishnou)  et  deux  autres  enfants  : 
Lakshmana  et  (^atrughna.  De  la  deuxieme  femme  appelee  Kai- 
keyi  naquit  le  quatrieme  fils,  Bharata.  De  par  son  droit  d'ainesse, 
Rama  devait  succeder  a  son  pere.  Da?aratha  etant  devenu  vieux 
et  aveugle  voulut  installer  Rama  sur  le  trone,  mais  Kaikeyi  s'y 
opposa  en  lui  rappelant  qu'il  lui  avait  promis  solennellement  de  lui 
accorder  deuxfaveurs  a  son  choix.  En  foi  dequoi  elle  exigea,  malgre 
la  resistance  du  vieux  roi,  que  son  fils  Bharata  fut  place  sur  le 
trone  et  Rama  banni  dans  la  foret.  Ce  bannissement  dura  douze 
ans.  Avant  de  partir,  Rama  supplia  Sita,  son  epouse,  de  ne  pas 
1'accompagner  dans  les  bois  ou  1'existence  serait  penible;  mais  la 
douce  Sita  ne  consentit  pas  a  abandonner  son  epoux  et  le  suivit 
en  exil.  Lakshmana  accompagna  egalement  son  frere. 

(I)  Inutile  d'insiiler  sur  1'analogie  qui  entile  entre  Kama  et  Cupidon. 


ANGKOR- VAT 


Havana,  roi  de  Lanka  (1),  pays  des  Rakshasas  (2),  furieux 
centre  Rama  qui  venait  de  tuer  quatorze  mille  demons  dans  la  foret 
de  Dandaka,  resolut  de  se  venger  et  d'enlever  Sita.  A  cet  effet, 
il  se  transforma  en  ascete  et  gagna  la  foret  ou  R&ma,  son  frere 
Lalshmana  et  Sita, 
vivaient  dans  une 
grotte  ou  sous  une 
hutte  de  feuillages. 

Maricha,  le  com- 
pagnon  de  Ravana, 
prend  la  forme  d'une 
gazelle  couleur  d'or  qui 
excite  le  desir  de  Sita. 
Pour  complaire  a  sa 
femme,  Rama  se  lance 
a  sa  poursuite  et  la 
perce  d'une  fleche  (3). 
Frappe  a  mort,  le 
Rakshasa  reprend  sa 
forme  et  appelle  a 
grands  cris  Laksh- 
mana  et  Sita.  Celle- 
ci,  croyant  son  epoux 
en  danger,  decide 
Lakshmana  a  courir 
a  son  secours.  Aussitot 
Ravana,  deguise  en 
ascete,  s'introduit  dans 
1'ermitage  et  cherche 
a  seduire  1'epouse  de 
Rama.  Repousse,  ii 
reprend  sa  forme  de- 
moniaque  et  1'enleve 
sur  son  char  aerien. 

11  parcourait  1'espace,  charge  de  son  gracieux  fardeau,  lorsqu'un 
vautour  gigantesque,   lie  d'amitie  avec  Rama  et  dont  le  nom  est 


(1)  Lanka  :  Ceylan. 

(2)  Geants,  demons. 

(3)  C'est  cette  scene  que  traJuil  le  tympan  du   vestibule  >ud-oue«l.  On  y  voit  Rama  blenMol 
d'une  fleche  la  gazelle  d'or. 


Fro.    17.  —  ANGKOR- VAT.  —  UN    DES  PANNEAUX 

DE  L'ANGLE  SUD-OUEST  DE  LA  PREMIERE  GALERIE. 

FUlvana  soulevant  une  montagne  au  sommet 

de  laquelle  se  trouve  fiva. 


AUX    RU1NES    D'ANCKOR 


Jatayus,  l'aper?oit  et  fond  sur  lui.  Ravana  se  defend  et  blesse  a 
mort  le  vautour,  qui  tombe  sur  le  sol. 

Rama  revenait  apres  avoir  tue  Maricha,  lorsqu'il  rencontra 
Lakshmana.  Pleins  d'inquietude  pour  Sita,  les  deux  freres  se  hatent 
vers  1'ermitage  et  ne  1'y  trouvent  plus.  Us  partent  a  sa  recherche 
et  rencontrent  bient6t  le  vautour  mourant  qui  leur  apprend  que 
Sita  a  etc  enlevee  par  Ravana  et  leur  mdique  la  direction  qu'ils  ont 
a  suivre.  A  quelque  temps  de  la,  et  tandis  qu'ils  poursuivent  sans 
se  lasser  le  roi  de  Lanka,  ils  font  la  connaissance  de  Hanuman, 
general  de  1'armee  des  singes,  et  plus  tard  celle  de  Sugriva,  prince 
simien,  qui  leur  dit  que  la  royaute  vient  de  lui  £tre  ravie  par  son 
frere  Bali  (1),  qui  pretend  regner  sans  partage  sur  le  peuple  des 
singes.  Rama  voit  en  cette  occurrence  la  possibilite  de  se  faire  un 
allie  qu'il  estime  necessaire  pour  combattre  Ravana  et  offre  son  aide 
a  Sugriva  dans  la  guerre  que  ce  prince  veut  livrer  a  son  frere.  Lutte 
entre  les  deux  princes  simiens.  Sugriva  est  surle  point  de  succom- 
ber  lorsque  Rama  vient  a  son  secours  et  decoche  a  Bali  une 
fleche  qui  le  perce  de  part  en  part  (2).  A  la  suite  de  cette  aven- 
ture,  Sugriva  reconnaissant  devient  1'allie  de  Rama,  et  tous  deux, 
suivis  de  1'armee  des  singes,  entrent  en  campagne  contre 
Ravana. 

Leur  premier  acte  est  de  charger  Hanuman  de  s'enquerir  du 
sort  de  Sita  et  de  1'endroit  ou  elle  est  retenue  captive.  Hanuman, 
d'un  bond  prodigieux,  franchit  le  bras  de  mer  qui  separe  1'Inde 
de  1'ile  de  Lanka  et  tombe  pres  du  palais  de  Ravana.  II  rencontre 
Sita  pendant  la  nuit  et  1'avertit  que  Rama  se  propose  de  venir 
la  delivrer.  II  retourne  ensuite  dans  1'Inde,  aussi  facilement  qu'il 
en  etait  venu,  mais  avant  de  partir  il  brule  la  capitale  de  1'ile  en 
s'attachant  a  la  queue  une  torche  qu'il  promene  dans  les  rues  pour 
incendier  les  maisons. 

Depart  de  Rama,  de  Lakshmana  et  de  1'armee  des  singes  pour 
Lanka.  Peripeties  nombreuses;  une  epidemic  decime  les  guerriers 
simiens,  mais  un  petit  singe  guerisseur  trouve  un  remede  contre 
cette  maladie.  L'armee  arrive  au  bord  de  la  mer  et  construit  avec 
des  quartiers  de  roche  le  "  pont  d'Adam  ",  qui  lui  permet  de 
traverser  le  detroit  et  de  penetrer  dans  1'ile.  Bataille  terrible  (3). 
Nombreux  exploits  de  Hanuman.  (Dans  le  poeme,  des  chapitres 

(DOuVali. 

(2)  Bas-relief  deja  vu. 

(3)  Bas-relief  de  la   galerie   occidentale.  partie  gaucbe.  C'e«l  le  dernier  panneau  que  noui 
examineront. 

60        


ANGKOR- VAT.  —  UNE  DBS  FORTES 
DE   LA  GALERIE    DU 

DKrXIKME  ETAGE. 


ANGKOR-\"AT.    —  PORCHE  CENTRAL 

(QUEST)  DE  LA  GALERIE  DU 
DEUXIE.ME  ETAGE  ET  PASSERELLE. 


AXGKOR-VAT.    -—  ANGLE  NORD- 
OfEST  DE  LA  GALERIE  DU 

DEt'XIE.ME    ETAGE. 


ANGKOR-VAT.  —  PREAU   COUVERT 

PARTIE   DES    GALERIES 

CROISEES. 


E  AUX    KL'IXKS   IJ'ANUKOk. 


PL.   19,    PAGE 


I 


(JUIDE  AL'X   KITINES  U'AXGKOR. 


l-L.  70.  PAGE  61 


ANGKOR. VAT 


cntiers  sont  consacres  a  la  description  detaille'e  des  combats  singu- 
liers  et  des  melees  generales.) 

Ravana  est  vaincu,  Sita  reprise  et  Rama  dit  a  son  epouse  : 
Je  t'ai  delivree,  mais  tu  ne  peux  plus  etre  a  moiparce  quemon 
ennemi  Ravana  t'a  souillee.  "  Slta  proteste  de  son  innocence. 
Elle  subit  1'epreuve  du  feu  en  se  plafant  au  milieu  d'un  brasier 
dont  les  flammes 
ne  lui  font  aucun 
mal  (1).  Puis  la 
deesse  de  la  terre 
sort  d'une  cre- 
vasse du  sol  pour 
declarer  que  Sita 
est  pure  de  tout 
contact  avec  Ra- 
vana. Rama  re- 
prend  son  epouse. 
Face  meridio- 
nale  (partie  gau- 
che). —  Gale- 
rie  tres  impor- 
tante  au  double 
point  de  vue 
historique  et  eth- 
nographique.  Sa 
longueur  est  de 
pres  de  100  me- 
tres. Voici  les 
explications  que 
M.  E.  A.  nous 
donne  a  son  sujet :  ' '  Cette  galerie  se  divise  en  deux  tableaux 
qui  se  suivent  sur  la  pierre  sans  interruption  :  une  promenade  de 
reines  et  de  princesses  et  une  audience  royale  tenue  sur  une  mon- 
tagne  ;  puis  un  long  defile  ou,  plus  exactement,  une  revue  de  sei- 
gneurs figures  en  marche  et  entoures  de  leurs  troupes. 

Le  premier  tableau,  qui  est  long  d'une  quinzaine  de  metres, 
se  divise  done  lui-meme  en  deux  registres,  dont  les  sujets  parais- 
sent  etre  connexes  mais  sont  parfaitement  distincts.  Au  premier 


FIG.  18.  —  ANGKOR-VAT.  —  UN  DES  PANNEAUX 

DE  I.'ANGLE  SUD-OCEST   DE    LA   PREMIERE  GALERIE. 

Sc£ne  entre  Kdma  et  fiva. 


( I )  Bas-relief  que  nous  verront  plus  tard  dans  le  vestibule  de  Tangle  nord-ouest. 

6,     


AUX    RUINES    D'ANCKOR 


plan,  defilent  des  corteges  de  reines  et  de  princesses  coiffees  de 
diademes  a  triple  pointe.  Values  de  belles  jupes,  ces  dames  ont 
le  buste  nu,  comme  toutes  les  femmes  sculptees  sur  le  temple.  En 
avant,  ce  sont  cinq  reines  portees  sur  des  palanquins  que  surmon- 
tent  de  magnifiques  dais.  Suivent  cinq  princesses,  de  rang  infe- 
rieur  sans  doute,  trainees  a  bras  d'homme  sur  de  legers  chars  a 
grandes  roues.  Si  ces  princesses  etaient  a  1'interieur,  elles  resteraient 
completement  cachees  par  la  toiture  de  cuir  ou  de  drap  qui 
retombe  en  rideau  des  deux  c6tes  du  char;  1'artiste  a  tourne  la 
difficulte  en  les  pla9ant  sur  le  bord  anterieur  du  vehicule.  Toutes 
ces  dames,  entourees  d'une  suite  nombreuse,  cueillent  des  fruits  en 
passant  sous  les  arbres,  re9oivent  des  presents,  font  des  cadeaux 
a  leurs  enfants.  Empressees  autour  d'elles,  les  servantes  les  abritent 
sous  des  parasols,  agitent  de  grands  eventails  sur  leur  front,  ouleur 
offrent  des  corbeilles  de  fruits.  En  ce  brillant  appareil,  elles  tra- 
versent  la  foret  peuplee  de  cerfs  et  dont  les  arbres,  portant  des 
oiseaux,  recouvrent  aussi  de  leur  epaisse  frondaison  les  pentes  de 
la  montagne  et  remplissent  tout  1'mtervalle  qui  separe  les  deux 
registres  de  ce  premier  tableau. 

Au  plan  superieur,  sur  la  montagne  largement  taillee  en 
esplanade,  on  aperfoit  tout  d'abord  une  nombreuse  garde  royale  : 
lanciers  et  archers,  portant  des  coiffures  variees,  sous  les  armes  et 
assis,  c'est-a-dire  dans  la  tenue  et  1'attitude  qui  conviennent  a  une 
audience  royale  solennelle. 

Apres  les  archers,  vient  le  groupe  des  brahmanes  qui  sont 
plus  vetus,  ou,  pour  parler  plus  exactement,  moins  nus  qu'a  1'or- 
dinaire,  ayant  sans  doute  endosse  un  pagne  (sic)  d'apparat  plus 
large  que  1'etroite  bande  d'etoffe  qui,  dans  la  scene  du  defile  ou 
nous  les  retrouverons,  cache  a  peine  leur  nudite.  Ces  pretres  ont 
de  gros  pendants  piriformes  suspendus  aux  oreilles,  tandis  que  les 
princes  et  les  guerriers  de  cette  galerie  ont  les  oreilles  sans  orne- 
ments,  quoique  largement  percees.  La  longue  chevelure  de  ces 
brahmanes,  formant  un  haut  chignon,  est  prise  sous  un  bonnet 
d'etoffe  a  fleurs ;  mais  chez  plusieurs  les  cheveux  sont  simplement 
tresses,  releves  sans  bonnet.  Trois  brahmanes  sont  debout  au  milieu 
du  groupe  ;  le  chef  se  retournant  face  en  arriere,  le  bras  droit 
tendu,  donne  des  ordres  que  recoivent  les  deux  autres  porteurs 
de  plateaux  charges  de  fruits.  C'est  ici  que  nous  rencontrons  la 
premiere  des  legendes  explicatives  qui  ont  etc  burinees  dans  cette 
galerie  et  que  nous  traduirons  en  les  numerotant  :  I .  "  Presents 
62  


ANGKOR. VAT 


des  seigneurs  et  maitres,  les  Pandits  "  (Presents  offerts  au 
roi).  Cette  inscription,  tracee  sous  le  bras  horizontalement  tendu  du 
chef  des  brahmanes  et  au-dessus  d'un  amas  de  fleurs  et  de  feuil- 
lages,  nous  apprend  done  que  ce  grand-pretre  ordonne  de  porter 
les  deux  plateaux  de  fruits  au  roi  qui  est  assis  quelques  pas  plus 
loin.  --  2.  "  Sa  Majeste,  les  pieds  sacres,  seigneur  et  maitre, 
Parama  Vishnuloka,  lorsque  le  roi  est  sur  le  mont  £ivapada 
(donnant  des  ordres)  pour  le  rassemblement  des  troupes.  "  ... 

Le  roi  que  designe  notre  inscription  est  bien  conserve.  Les  gens 
du  pays  ont  cou- 
tume  de  le  recouvrir 
de  minces  feuilles 
d'or,  ce  qu'ils  font 
traditionnellement 
pour  plusieurs  figu- 
res specialement  ho- 
norees  en  ces  bas- 
reliefs.  Coiffe  du 
mukuta,  ou  diademe 
a  sommet  pointu,  ce 
souverain  porte  de 
gros  ornements  sus- 
pendus  aux  oreilles. 
Son  buste  nu  est  de- 
core  d'un  riche  et 
large  collier  et  d'un 

double  baudrier  ou  d'une  echarpe  se  croisant  sur  la  poitrine.  Deux  brace- 
lets ornent  chacun  de  ses  bras,  Tun  au  poignet,  1'autre  au-dessous 
de  1'epaule  ;  a  chaque  jarret  est  un  large  anneau  de  jambe.  Pour 
arme,  il  a  un  poignard  passe  a  une  superbe  ceinture.  Dans  une  pose 
pleine  d'aisance,  le  roi  est  assis  a  1'orientale  sur  un  trone  recouvert 
d'un  beau  tapis,  le  coude  droit  appuye  sur  un  coussin,  la  main  tenant 
un  objet  en  forme  de  lezard  a  courtes  pattes,  sorte  de  sachet  par  fume, 
peut-on  supposer,  dont  sont  munis  la  plupart  des  bienheureux,  rois 
ou  reines,  de  la  galerie  suivante  (1).  Le  bras  gauche  est  tendu  pour 
joindre  le  geste  aux  ordres  donne*s  aux  personnages  des  inscriptions 
suivantes ;  la  main  gauche  tient  aussi  un  objet,  sachet  ou  mouchoir, 
cache*  en  par  tie. 

(1)  Noui  croyoru  qu'il  «'agil  tout  simplement  d'une  fleur.  Ij.  C.] 

63 


FIG.  19.  —  ANGKOR- VAT.  —  UN  DES  TYMPANS 

»E  L'ANGLE  SUD-OUEST  DE  LA  PREMIERE  GALERIE. 

Rama  tuant    la   biche   d'or. 


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


Entoure  de  nombreux  serviteurs,  le  roi  est  abrite  sous  quaton 
parasols,  rafraichi  par  cinq  longs  even  tails  oblongs  a  long  manche  < 
par  quatre  chasse-mouches  de  poils  en  forme  de  queue  de  vach< 
Deux  autres  larges  insignes,  plats,  evases,  paraissent  fails  de  quev 
de  paon. 

Du  roi  nous  passons  a  ses  ministres.  "3.  Le  saint  seignei 
et  maJtre  £ri  Virasinha  Varmma  ".  Vu  de  profil,  a  genot 
devant  le  roi,  ce  personnage  lui  presente  des  deux  mains  un  objet 
rouleau,  tablette  ou  registre. 

"  4.  Le  seigneur  et  maitre,  le  principal  Qri  Varddha.  "  Celui- 
est  vu  de  face,  assis,  la  tete  tournee  vers  le  roi  ;  la  maindroite,  pose 
sur  le  coeur,  indique  ses  sentiments  de  fidelite,  d'obeissance  at 
ordres  qu'il  rejoit.  II  a  pour  ornements  un  simple  collier  au  coi 

"  5.  Le  seigneur  et  maitre  Dhananjaya. "  Ce  ministre  est  assis, 
main  droite  posee  sur  la  poitrine  et  la  gauche  sur  la  cuisse. 

"  6.  Le  saint  seigneur  et  maitre  des  mentes  et  des  fautes,  le  qu. 
trieme.  "  La  legende  indicatrice  ne  donne  pas  son  nom,  mais  el 
nous  apprend  que  la  surveillance  des  Guna  dosa,  ' '  merites  et  faute 
recompenses  et  chatiments  ",  c'est-a-dire  de  la  justice  criminell 
etait  la  quatrieme  charge  ministerielle. 

"  Au  dela  des  quatre  ministres  sont  trois  autres  grands  officie 
de  la  couronne,  ay  ant  meme  tenue  et  meme  attitude,  et  recevant  < 
meme  les  ordres  royaux,  sans  armes  ni  ornements.  Puis,  six  chefs  < 
armes,  avec  casque,  bouclier  et  cuirasse,  saluent  en  portant  les  de 
mains  a  leur  front.  Ce  sont  sans  doute  des  seigneurs  que  nous  retro 
verons  au  defile  qui  suit  cette  scene. 

Plus  loin  d'autres  grands  personnages  se  retirent  et  descend* 
la  montagne  dans  la  tenue  qu'ils  auront  au  defile,  c'est-a-dire  t 
nue  et  armes.  C'est  au  pied  de  la  montagne  que  finit  ce  prem 
tableau  qui  represente  le  roi  donnant  une  audience  solennelle 
une  colline,  donnant  des  ordres  a  ses  ministres,  a  ses  dignitaires 
vassaux  ;  et  pendant  qu'il  fait  prendre  toutes  dispositions  pour 
grande  revue  qui  va  suivre,  le  harem  royal  sort  et  se  divertit  dans 
bois,  prenant  ainsi  sa  part  de  1'allegresse  publique. 

Imme'diatement  apres  paraissent  les  soldats  armes.... 

Avant  de  poursuivre  1'interessante  description  de  M.  Aymoni 
nous  avouerons  ne  pas  comprendre,  comme  cet  auteur  les  a  cc 
pris,  quelques  sujets  de  la  galerie  que  nous  visitons  en  ce  moment. 
A  notre  sens,  le  personnage  de  1'mscription  3  ne  presente  pas 
objet  au  roi.  La  pose  de  la  tete  nous  fournit  une  indication  :  Si 

64      


CHIDE   ATX    KllNKS   li'ANGKOK. 


ANGKOR- VAT.  —  PREAU  COUVEUT  :  UN  DES  ANGLES  DES  GAI.ERIES  CROISEES. 


ANGKOR-VAT.  —  PREAC  COUVKRT  :  TV.MPAN  i>r.  I.A  GAI.ERIE  ORIENTEE  KORD-&UD. 
( SCENE  DE  I.A  i  EGENDE  DE  VISHNOU.) 


CflDK  ACX   Kl'lM-is  tTANGKOR. 


ANGKOR-VAT 


Virasinha  Varmma  (c'est  le  nom  du  personnage)  offrait  au  monarque 
un  objet  quelconque,  il  baisserait  le  front  davantage  en  signe  d'humi- 
lite.  Nous  voyons  done  ici  un  secretaire  d'un  certain  rang  lisant  sur 
un  rouleau  de  papyrus  la  liste  des  guerriers  qui  s'inclinent,  a  1'appel 
de  leur  nom,  devant  le  roi  et  descendent  ensuite  les  degres  de  la 
colline,  non  pour  prendre  part  a  une  revue,  mais  pour  partir  en  guerre. 
Ces  memes  guer- 
riers etaient  d'a- 
bord  a  la  droite 
du  roi,  oil  nous 
en  apercevons 
encore  un  grand 
nombre. — Quant 
aux  cinq  reines  et 
aux  nombreuses 
princesses  qui 
prennent  leurs 
ebats  dans  la  foret, 
nous  les  transfor- 
mons  volontiers  en 
simples  femmes  de 
chefs  suivant  Tar- 
mac pour  ne  pas 
elre  separees  de 
leurs  epoux.  Tout 
ce  monde  a  1'air 
de  cheminer  ha- 
tivement  plutot 
que  de  s'amuser. 
Une  quantited'es- 
claves  captures  au 
cours  des  batailles  prece'dentes  font  partie  de  la  suite  de  Tarmee 
et  portent  une  chrage  de  provisions. 

Revenons  a  la  description  de  M.  E.  Aymonier,  qui  est  extreme- 
ment  precieuse  quant  aux  details  :  "  Immediatement  apres  paraissent 
les  soldats  armes  formant  1'escorte  du  premier  des  nombreux  seigneurs 
qui  defilent  fierement,  chevauchant  leurs  superbes  montures,  entoures 
de  la  foule  de  leurs  escortes  guerneres.  Ce  seigneur  est  nomme  dans 
1'inscription  7  "  Saint  seigneur  et  maitre  £ri  Jayendra  Varmma 
Ldau  "....  De  meme  que  tous  les  autres  grands  seigneurs,  il  est 

65 


FIG.    20.  —   ANGKOR-VAT.  —   BAS-RELIEFS 

DE  LA   PREMIERE  GALERIE. 

Face  meridionale,  partie  gauche  :  le  roi  est  sur 

le  mont  f  ivapada  pour  rassembler   son    armee 

(fragment). 


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


represente  debout  sur  un  elephant,  le  pied  gauche  pose  sur  la  selle 
de  guerre  et  le  droit  sur  la  croupe  de  1'animal.  Une  sorte  de  tapis  fixe 
a  la  selle  recouvre  en  partie  le  dos  de  la  monture  (1).  De  sa  main 
droite,  ce  Varman  tient  une  pique  appuyee  a  1'epaule  et  le  fer  en 
avant.  Son  bras  gauche  etendu  presente  au  spectateur  la  face  inte- 
rieure  de  son  bouclier.  Comme  la  plupart  des  autres  dignitaires,  il  a 
revetu  1'epaisse  cuirasse  au  bord  inferieur  coupe  droit,  en  pourpoint, 
que  porte  la  generalite  des  simples  guerriers  armes  de  lances. 

L'autre  sorte  d'armure,  celle  des  archers,  que  portent  quelques- 
uns  des  seigneurs,  coupee  obliquement  dans  le  bas,  est  un  peu  plus 
longue  sur  le  dos.  Cette  armure,  qui  parait  plus  legere,  collee  sur  le 
corps,  laisse  le  cou  a  decouvert,  tandis  que  1'epaisse  cuirasse  a  sur 
1'epaule  gauche  un  rebord  destine  a  couvrir  le  cou,  et  ou  sont  fixes 
veru'calement  deux  poignards.  Des  brassards  qui  ferment  corps  avec 
la  cuirasse  descendent  a  demi-distance  du  coude  et  de  1'epaule. 

Le  premier  Varman  a  pour  msignes  d'honneur  six  parasols  et 
deux  oriflammes  ou  longues  et  etroites  bandes  d'etoffe  repliees  en 
deux  autour  d'une  hampe,  les  bords  reunis  etant  decoupes  en  dents 
de  loup.  Les  guerriers  qui  1'accompagnent  sont  coiffes  de  casques  a 
tete  de  dragon,  de  griffon  et  autres  animaux  fantastiques....  " 

Nous  ne  donnerons  pas  in  extenso  la  description  de  M.  Aymomer. 
Tous  les  chefs  de  cohorte  sont  semblables,  a  d'infimes  details  pres, 
et  les  fractions  de  1'armee  ne  different  que  par  1'armure  et  les  vete- 
ments.  Mais  voici  encore  quelques  passages  que  nous  ne  pouvons 
omettre  : 

"  Le  sacrificateur  royal  et  sa  troupe  de  brahmanes  interrompent 
le  defile  des  guerners.  Ce  sacrificateur  est  porte  par  ses  confreres 
dans  un  hamac  recouvert  d'une  petite  toiture  qui  pouvait  etre  en 
cuir,  en  bois  ou  en  bambou  travaille.  II  tient  a  la  main  un  objet  diffi- 
cile a  determiner,  peut-etre  le  couteau  du  sacrifice.  II  est  possible  que 
ce  soil  le  meme  personnage  que  nous  avons  vu  donnant  des  ordres 
sur  la  montagne  (inscription  1 )  ;  toutefois  le  pretre  porte  en  hamac 
parait  plus  age  que  1'autre  (2).  Les  bras  sont  ornes  de  quatre  brace- 
lets de  grains  enfiles,  et  sa  coiffure  est  plus  simple  que  celle  de  ses 
confreres. 

Un  double  baudrier  orne  la  poi trine  de  tous  ces  brahmanes  dont 

1 I )  Le  tapis  n'est  pat  fixe  a  la  selle.  II  est  place  entre  la  selle  et  le  dos  de  la  monture  pour 
eviter  les  blessures  que  ne  manquerait  pas  d'occasionner  le  frottement  dur  du  bois.  [J.  C.l 

(2)  Les  sculpteurs  cambodgiens  pouvaient  differencier  un  enfant  d'un  adulte  en  lui  donnant  une 
taille  plus  petite,  mais  ils  etaient  bien  incapables  d'accuser  une  difference  «l'age  chez  des  person- 
nages  de  meme  taille.  [J.  C.] 

66 . 


ANGKOR. VAT 


le  vetement  tres  primitif  ne  se  compose  que  d'un  pagne  etroit  et  court. 
A  cela  il  faut  ajouter  le  bonnet  qui  prend  leur  chignon.  Sur  leur 
allure  plus  que  decidee,  gaillarde,  fanfaronne  meme,  s'est  exerce 
le  ciseau  des  artistes  avec  un  gram  d'ironie  qui  fait  honneur  a 
leur  talent,  surtout  si  Ton  compare  ces  figures  a  celles  des  princes 
et  des  guerriers. 

L'un  des  brahmanes  porteurs,  depla9ant  le  bras  du  hamac  sur 
son  epaule  endolorie,  fait  face  au  spectateur  avec  une  grimace 
comique  et  naturelle.  Ceux  qui  sont  au  premier  rang  agitent  des 
sonnettes.  Tous  portent  de  gros  pendants  d'oreilles,  comme  le  roi, 
tandis  que  les  autres  personnages  de  cette  galene  ont  les  oreilles 
percees,  mais  sans  ornements,  ainsi  qu'il  conver.ait  a  une  ceremome 
revetant  un  caractere  religieux  ou  tout  au  moins  officiel  (1). 

Treize  eventails  plats  et  trois  oriflammes  decorent  le  cortege 
des  sacrificateurs  royaux. 

Inscription  24.  Le  feu  sacre,  qui  parait  avoir  symbolise 
les  cultes  brahmaniques  et  joue  un  grand  role  dans  les  ceremonies 
de  1'ancien  Cambodge,  est  porte  devant  les  Pandits,  dans  une 
arche  elegante,  par  une  corporation  speciale  de  serviteurs  des 
temples  sans  doute,  dont  les  membres,  vetus  du  pagne  a  pans, 
ont  les  cheveux  coupes  en  brosse,  les  longues  oreilles,  percees 
sans  pendants,  et  au  cou  des  colliers,  simples  anneaux  de  metal. 

Les  nombreux  porteurs  du  coffre  sont  precedes  de  trompettes, 
de  tambours,  de  sonneurs  de  conque,  d'une  enorme  cymbale  sur 
laquelle  frappe  a  grands  coups  le  cymbalier  arme  de  deux  maillets. 
On  voit  aussi  dans  ce  groupe  deux  pitres  aux  danses  grotesques 
et  des  porteurs  d'oriflamme  qui  jonglent  avec  ces  insignes. 

Dix  parasols,  trois  chasse-mouches  en  poils,  quatre  eventails 
de  formes  diverses  et  symetriquement  places,  Hanuman  pour 
enseigne  et  sept  oriflammes  decorent  le  curieux  cortege  du  feu 
sacre. 

En  avant,  recommence  le  defile  des  guerriers.... 
"  Inscription  29.    "  Ceci  est  le  Syam  Kut.  "  II  s'agit  done  de 
Siamois   dont   le  nom  apparait  ainsi  au  XII'  siecle  et  qui  sont  dis- 
tingues  par  le  terme  de  Kut.  Ce  mot,  qui  reste  a  determiner,  appar- 
tient  soit  a  la  langue  cambodgienne,  soit  a  la  siamoise. 

Le  prince  etranger,  a  elephant,  et  ses  guerriers,  a  pied,  ont 
tous  un  aspect  tres  etrange.  Leur  coiffure,  ou  leur  chevelure  tressee, 

(1)  Etait-il  vraiment  interdit  de  porter  des  bijoux  au  cours  cle«  ceremonies  religieuses  ou  offi- 
ciellesPU.C.] 

67       


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


est  etage'e  en  triple  et  quadruple  plumet.  Sous  ce  sommet,  cinq 
rangees  de  chapelets  superposes  forment  le  corps  de  la  coiffure. 
D'autres  chapelets  tombent  verticalement  sur  le  front  et  sur  les 
epaules.  Le  chef  porte  des  colliers  et  des  bracelets  qui  sont  faits 
aussi  de  chapelets.  De  sa  cemture,  une  quantite  d'autres  ornements 
de  ce  genre  tombent  sur  une  longue  jupe.  Ce  chef  est  represente 
de'cochant  une  fleche,  lourdement  et  sans  grace.  La  coiffure  du 
cornac,  avec  six  etages,  rencherit  encore  sur  celle  de  son  maitre. 
La  selle  de  1'elephant  est  d'une  forme  toute  particuliere,  a  bords 
plats.  Les  guerriers,  tatoues  sur  les  joues,  ont  tous  une  physiono- 
mie  sauvage.  A  nombre  d'entre  eux,  les  artistes  ont  donne  une  mine 
grotesque,  un  type  qui  semble  avoir  etc  reellement  observe.... 

Face  meridionale  (partie  droite).  —  La  galerie  des  deux  et  des 
enfers.  —  Nous  n'avons  rien  de  mieux  a  faire  que  de  transcrire 
ndelement  ici  les  parties  essentielles  de  1'excellente  description  de 
M.  E.  Aymonier,  qui  donne  le  detail  de  chaque  scene  (1).  "  Cette 
salle  est  la  galerie  des  vies  futures,  des  recompenses  ou  des  chati- 
ments  que  meritent  les  bonnes  ou  les  mauvaises  actions  des 
humains. 

Parfaitement  ordonnee,  la  composition  de  ce  grand  panneau 
represente  le  Jugement  dernier,  les  Cieux  et  les  Enfers.  Elle  fait 
ressorlir  le  contraste  qui  existe  entre  les  joies  paradisiaques  et  les 
tourments  des  enfers.  La  representation  figuree  des  sombres  gehennes 
indiennes  ressemble  etrangement,  par  maints  details,  aux  oeuvres 
analogues  des  sculpteurs  europeens  du  Moyen  Age.  Mais  quelques 
differences  essentielles  peuvent  etre  releveesdans  les  Jdees  religieuses 
qui  inspiraient  ici  et  la  les  artistes.  Les  pemes  des  Indiens  n'etaient 
pas  eternelles.  Leurs  lieux  infernaux  ont  plutot  le  caractere  de  pur- 
gatoires,  ou  la  duree  des  horribles  expiations  se  chiffre,  il  est  vrai, 
par  myriades  d'annees.  Notons  aussi  que  les  torh'onnaires  sont  eux- 
memes  des  damnes,  commis  a  1'ofnce  de  supplicier  les  autres  reprouves. 

Nous  retrouvons  encore  ici  de  nombreuses  petites  inscriptions 
explicatives. 

Le  panneau  de  ces  bas-reliefs  est  tout  d'abord  divise  en  trois 
registres  presentant,  sur  une  vingtaine  de  metres  de  longueur,  trois 
voies  super posees.  La  voie  inferieure  est  celle  qui  conduit  aux  lieux 
de  supplice  ;  les  deux  autres  montent  au  sejour  des  bienheureux. 

(I)  Nous  avons  etudir  point  par  point  la  galerie  des  supplices,  et  nous  estimons  que  les  expli- 
cations contenues  dans  1'ouvrage  de  M.  E.  A.  (le  Cambodgc,  t.  HI,  p.  265  a  273)  sont  des  plus 
interessantes  et  precises. 

68     


Gl'IUE  AL'X   RL'IXKS   H'A.NGKOK. 


1'L.   23,    PACK  6!i. 


ANGKOR-VAT.  —  PREAU  COUVERT  :  COLLECTION  DE  STATUES  BOUDDIUQUES. 


ANGKOR- VAT.   —  PREAU    COUVERT: 

ENCADRE.MEXT   n'uNE    DES    PORTES. 


AXGKOR-VAT.  —  PRKAU  COUVERT  : 
RASE  D  UN   DES  PII.IERS. 


GUIDE  AUX   KU1.NES  U'ANGKOR. 


PL.   24.   PAGE  69. 


ANGKOR-VAT 


Ceci,  les  deux  voies  super/cures  sont  les  chemins  des  deux 
(inscription).  Des  cavaliers,  des  seigneurs,  de  nombreuses  dames, 
abrites  sous  des  parasols,  occupent  les  deux  voies  qui  conduisent 
aux  cieux.  Les  dames  goutent  aux  corbeilles  de  fruits  que  leur  offrent 
des  servantes.  A  genoux,  les  porteurs  d'un  palanquin  attendent  que 
la  dame  la  plus  rapprochee  y  prenne  place. 

Ceci,  la  voie  inferieure  est  le  chemin  des  Enfers  (inscrip- 
tion). Les  damnes  sont  enchaines,  saisis  aux  machoires,  aux 
cheveux,  frappes  a  coups  de  massue  par  d'horribles  demons  aux 
faces  temfiantes  que  coiffent  des  casques  a  large  cimier.  A  1'aide  de 
cordes  qui  passent  dans  leur  nez,  dans  leurs  oreilles,  les  reprouves 
sont  trained  violemment  aux  supplices.  Us  sont  meme  en  butte  aux 
attaques  furieuses  des  betes  infernales.  Les  cerfs  les  percent  de 
leurs  cornes,  les  chiens  les  mordent,  les  lions  les  dechirent,  les 
elephants  et  les  rhinoceros  les  pietinent  et  les  broient.  Jetant  des 
regards  de  desespoir  et  d'envie  sur  les  bienheureux  qui  montent  aux 
cieux,  hommes  effares  et  femmes  aux  pendantes  mamelles  s'ache- 
minent,  pleurant  et  gemissant,  vers  leurs  juges  redoutables. 

Vrah  (le  dieu)  Yama  (inscription).  Ce  Pluton  indien,  dieu 
du  Temps,  de  la  mort  eternelle,  de  I'immortalite',  roi  des  sejours 
infernaux,  est  represente  sous  la  forme  d'un  dieu  terrible  aux  bras 
multiples  armes  de  massues,  coiffe  d'un  diademe  etage,  assis  sur  un 
trone  (1)  eleve  que  decorent  de  nombreux  eventails,  chasse-mouches, 
parasols.  11  occupe,  avec  la  foule  de  ses  courtisans,  les  trois 
etages  (2)  des  bas-reliefs  et  interrompt,  a  une  vingtaine  de  metres  du 
commencement  de  la  galerie,  les  defiles  des  bienheureux  et  des 
reprouves. 

Parmi  les  assesseurs  du  dieu  se  trouve,  un  peu  plus  loin, 
a  droite,  Vrah  Dharma,  "  la  Sainte  Justice  "  (inscription), 
coiffe  du  mukuta  ou  diademe  royal  et  charge  de  nombreux  colliers, 
bracelets  et  ornements  royaux.  Quant  a  Citragupta  (deuxieme 
assesseur  du  dieu)  (inscription),  dont  la  figure  a  etc  abimee  par 
quelque  impie  contempteur  des  redoutables  vies  futures,  il  serait 
difficile,  n'etait  1'inscription  qui  le  designe,  de  reconnaltre  le  scribe, 
le  greffier  de  Yama,  le  lecteur  des  bonnes  ou  mauvaises  actions  des 
mortels,  en  ce  personnage  d'aspect  farouche,  coiffe  d'un  casque  a 
large  cimier,  assis  sur  un  epais  coussin  et  arme  d'une  massue  qu'il 
brandit  vers  les  damnes  que  lui  amenent  les  demons  infernaux. 

(1)  Ce  personnage  n'est  pas  sur  un  trone,  mais  sur  un  taureau.  [J.  C.J 

(2)  Seulement  deux  etages.  [J.  C.] 

69      


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


' '  A  partir  du  groupe  forme  par  Yama  et  sa  cour,  les  bas-reliefs 
ne  comprennent  plus  que  deux  registres :  les  Cieux  et  les  Enfers,  que 
separe  une  ligne  continue  de  petits  garoudas  disposes  en  caria- 
tides. 

Les  cieux  sont  figures  par  une  suite  quelque  peu  monotone  de 
trente-sept  tours  elegantes  ou  palais  aeriens  (1 )  atrois  compartiments. 
La  chambre  centrale  est  occupee  par  le  bienheureux  represente 
alternativement  sous  les  traits  d'un  roi  ou  d'une  reine,  assis  sur  un 
tr6ne,  entoure  d'un  cortege  de  belles  suivantes  ;  celles-ci,  dispersees 
dans  les  trois  salles  du  palais,  eventent  le  seigneur  ou  la  dame,  lui 
offrent  fruits  et  fleurs,  presentent  les  petits  enfants  aux  caresses 
pater nelles  ou  maternelles  et  quelquefois  tendent  aux  reines  des 
miroirs  ovales  qui  semblent  etre  metalliques. 

Les  intervalles  entre  les  toils  des  palais  aeriens  sont  remplis  de 
nymphes  celestes  dansant  avec  grace. 

L'imagination  humaine  atteint  promptement  ses  limites  quand 
il  s'agit  de  figurer  le  bonheur  parfait.  Ses  ressources,  empruntees 
trop  souvent  aux  realites  ambiantes,  sont,  au  contraire,  infimes 
dans  la  representation  des  sombres  et  attristantes  gehennes  infer- 
nales  qui  se  suivent  ici,  sans  demarcation,  au  registre  inferieur  du 
panneau,  simplement  indiquees  par  la  variete  de  leurs  supphces 
et  sobrement  commentees  par  les  courtes  legendes  explicatives 
tracees  sur  1'etroit  et  continu  lisere  qui  les  surmonte. 

La  plupart  de  ces  inscriptions  ont  etc  tracees  avec  une  grande 
incorrection  ou  sont  dans  un  etat  de  conservation  deplorable.  Elles 
nous  fournissent,  telles  quelles,  une  nomenclature  des  enfers 
indiens  assez  etendue,  presentant  plusieurs  lacunes,  mais  pouvant 
donner  lieu  a  de  curieux  sujets  de  comparaison  avec  les  classifications 
brahmaniques  et  bouddhiques  deja  etudiees  par  divers  auteurs. 

Inscription  6.  Avici.  Ceux  qui  eiant  dans  I' abandonee  pra- 
iiquent  neanmoins  les  azuvres  du  peche.  Les  damnes  de  ce  premier 
enfer  Mahavici  ou  Avici,  1'enfer  "  sans  repos  ",  sont  jetes  dans 
des  buchers  ou  sur  des  arbres  epineux  ;  Tun,  etendu  sur  une  table, 
est  racle,  ecorche  avec  une  rape. 

Inscription  7.  Krintinicaya.  Ceux  qui  blasphement  lesdieux, 
le  feu  sacre,  les  precepteurs,  les  brahmanes,  la  (sainte)  science  ; 
ceux  qui  meprisent  la  lot  sainte,  les  serviteurs  de  £iva,  leur  mere, 

(I)  Le  terme  de  "  loses  "  conviendrait  mieux,  a  cause  de  la  petite  dimension  de  ces  appar- 
tements,  que  celui  de  "  palais  ".  L'appellation  de  "  tours  "  ne  convient  pas  du  tout,  comme  le 
visiteur  pourra  s'en  rendre  compte.  [J.  C.] 

7°     


ANGKOR-VAT 


leur  pere,  leurs  amis.  Ceux-la  sont  jetes  dans  1'amas  de  vers  et 
frappes  a  coups  de  massue. 

Inscription  8.  Vaiiaranidarn.  Ceux  qui  ne  suivent  que  leurs 
penchants  criminels  (?)....  les  trompeurs,  les  voleurs  (1)  .... 

En  ce  Styx  des  Indians,  fleuve  impetueux  et  feiide  ",  les 
damnes  sont  tenailles  par  les  tortionnaires  qui  leur  arrachent  la 
langue,  leur  enfoncent  des  pieux  dans  la  bouche. 

Inscription  9.  Ruji$almali ....  Ce  qui  suit  n'est  guere 
traduisible.  Ce  nom  d'enfer,  acceptable  a  la  rigueur,  peut  aussi 
avoir  etc  ecrit  pour  Kuta?almali.  II  s'agit,  en  tout  cas,  de  1'enfer 
aux  "  arbres  a  epines  tranchantes  ". 

"  Les  damnes  (qui,  d'apres  M.  G.  Coedes,  sont  les  faux  temoins) 


FIG  21.  —  ANGKOR- VAT.  —  GALERIE  DES  CIEUX  ET  DES  ENFERS 
(FRAGMENT  DU  REGISTRE  DES  SUPPLICES). 

sont  tenailles,  depeces,  suspendus  a  ces  arbres  et  piles  dans  des 
mortiers. 

Inscription  10.  Yugmaparvata.  Les  violents,  les  oppresseurs, 
les  meurtriers,  les  assassins.  Ces  damnes  sont  ecrases  par  couples, 
en  cet  enfer  des  "  montagnes  accouplees  ". 

Inscription  1 1 .  Nirucchvdsa.  Les  emportes,  les  violents,  ceux 
qui  trahissent  la  confiance,  ceux  qui  tuent  les  femmes  et  les 
enfants  (2).  Dans  1'enfer  de  "  1'etouffement  ",  ceux-la  sont  jetes 
dans  des  bAchers,  ou  bien  ficeles  comme  des  saucisses  et  roules 
centre  des  troncs  d'arbres  aux  epines  dures  et  acerees. 

Inscription  12.  Ucchvdsa.  Ceux  qui  oivent  en  pratiquant  Tin- 
justice,  ceux  qui  blament  avec  violence  lesfautes  <? autrui,  ceux  qui 
mangent  la  chair  (qui  nest  pas  arrosee,  pas  immolee  selon  les 

( 1 )  Traduction  incomplete  et  conjecturale.  [£.  A.] 

(2)  Et  les  voleurs  d'or.  Indication  de  M.  E.  Hubar. 

71     


AVX    RUINES    D'ANGKOR 


rites  ?).  Parmi  les  damnes  de  cet  enfer  des  sanglots,  qui  sont 
enchaines,  frappes,  fendus  a  grands  coups  de  glaive,  on  remarque 
des  femmes,  toujours  representees  dans  les  enfers  avec  les  mamelles 
Basques  et  pendantes. 

"  Inscription  13.  Dravattrapu.  Ceuxqui  font  tort  a  autrui,ceux 
qui  prertnent  la  terre,  la  maison,  la  demeure  d'auirui.  Ceux-la  sont 
entasses  dans  les  bassins  de  plomb  ou  d'etain  tondu. 

Inscription  14.  Taptala^samaya.  Ceux  qui  incendient  la 
maison  d'autrui,  qui  incendient  les  forets,  ceux  qui  donnent  du 
poison  a  autrui.  Us  sont  amarres  contre  des  arbres  e'pineux  ou  jetes 
dans  les  brasiers  (1). 

Inscription  15.  Asthibhanga.  Ceuxqui  abiment  les  jardins, 
maisons,  mares,  fosses,  puits,  habitations  et  demeures  en  general ; 
ceux  qui  detruisent  les  etangs  d'autrui  (toutes  actions  qui  sont  des 
peches).  En  cet  enfer  de  la  "  rupture  des  os  ",  leurs  os  sont  en 
effet  brisks  a  coups  de  massue,  ou  des  pieux  sont  enfonces  dans 
leur  bouche. 

Inscription  16.  Krakaccheda.  Les  gourmands.  Hommes  et 
femmes  sont  broye's  a  coups  de  massue,  ou  ont  les  machoires 
ecrasees  dans  des  etaux. 

"  Inscription  17.  Puyapurnahrada.  Ceuxqui  volent  les  liqueurs 
fortes,  ensorcellent  furtivement  les  femmes  d'autrui,  ceux  qui 
sapprochent  des  epouses  des  savants.  Ceux-la  sont  de"chiquetes  par 
des  oiseaux  de  proie  et  jetes  dans  le  lac  de  pus  liquide  et  gluant. 

Inscription  18.  Asrifcpurnahrada.  Ceux  qui  volent  la  chair 
volent  Fepouse  d'autrui,  prennent  fepouse  d'un  savant.  Frappes  a 
grands  coups,  ils  sont  jetes  dans  un  lac  plein  de  sang. 

Inscription  19.  Medohrada.  Les  cupides,  celles  qui  induisent 
a  la  concupiscence....  Les  damne's  de  cet  enfer,  en  grande  partie 
des  femmes  aux  mamelles  Basques  et  pendantes,  sont  saisis  par  les 
cheveux  et  precipites  dans  le  lac  de  moelle. 

"  Inscription  20.  Tamra  (?)...  (inscription  ruinee).  Les  damnes 
au  ventre  enorme  et  ballonne  sont  frappes  a  grands  coups. 

Inscription  21.  Til^sayasl^anda  (2)  (?).  Ceux  qui  prennent 
ce  qu'on  leur  refuse,  qui  volent  le  riz.  Ces  damnes,  aux  ventres 
e'normes  et  ballants,  sont  frappes,  lardes  a  terre. 

Inscription  22.   Angdranicaya.  Ceux  qui  incendient  les  vil- 

(1)  De  laquc  fondue.  Indication  de  M.  E.  Huber. 

(2)  Lire  :    Tl^snayastunda  :  "  Mise  en  morceaux  par  armes  tranchantes  ".  Indication  de 
M.  E.  Huber. 


ANGKOR-VAT.  —  COUR  DU  PREMIER  ETAGE  :  UNE  DES  BIBLIOTHEQUES 
AVANT  LES  TRAVAUX  DE  DEGAGEMENT. 


ANGKOR-VAT.  —  ANGLE  SUD-EST  DE  LA  GALERIE  DU  PREMIER  ETAGE. 


GUIDE  A  ex  ReiXES  D'.YXGKCJR. 


PL.   25,    PAGE  72 


ANGKOR- VAT.  —  FACADE  "MERIDIONALS  DE  LA  GALERIE  DU  PREMIER  ETAGE. 


ANGKOR- VAT.  —  PORCHE  SEPTENTRIONAL  DE  LA  GALERIE  DU  PREMIER  ETAGE. 


GUIDE  AUX  RUINES  D'ANGKOR. 


PL.  26.   PAGE   73. 


ANGKOR. VAT 


lages,  les  villes,  les  pares  des  bosufs  sacres ;  ceux  qui  souillent  les 
saints  lieux  (?).  Us  sont  jetes  sur  des  monceaux  de  braise. 

'    Inscription  23.  Ambarisa.  Ceux  qui  font  avorter  la  femme 
d'autrui,  ceux  qui  prennent  la  femme  de  tami.  Ces  damnes  de  la 
poele  a  frire   "  sont  tortures  par  couples,  amarres,  lardes,  jetes 
dans  des  cages. 

Inscription  24.  Rumbhipaka.  Ceux  que  le  souverain  charge 
de  fonctions ...  volent  les  biens  des  gourous  (1),  vivent  dans  la 
bassesse,  volent  les  biens  des  malheureux  et  des  brahmanes  verses 
dans  les  saintes  ecritures.  Us  sont  jetes  dans  des  chaudieres  la  tete 
la  premiere. 

Inscription  25.  Talavriksavana.  Ceux  qui  coupent  les  arbres 
qu'il  ne  convient  pas  d'abattre,  coupent  les  arbres  des  monasteres, 
souillent  les  saints  lieux.  Les  uns  ont,  dans  cet  enfer  de  la  foret 
des  palmiers  borassus  "  (2),  le  cou  serre  dans  un  etau  ;  d'autres 
sont  ficeles,  la  tete  en  bas. 

"  Inscription  26.  Ksuradharaparvata.  Les  voleurs  d 'elephants,  de 
chevaux,  de  palanquins,  de  chaussures,  qui  depouillent  les  brahmanes; 
ceux  qui  meprisent  les  pandits  ;  ceux  qui  volent  les  instruments  du 
sacrifice.  Us  sont  attaches  en  croix  a  des  arbres,  entoures  de 
flammes  (3),  ou  piles  dans  des  mortiers. 

Inscnption  27 pana.   Ceux  qui  causent  de  la  peine  aux 

autres,  ceux  qui  volent  des  parasols.  Ceux-la  sont  jetes  dans  les 
brasiers.  (Dans  cette  inscription,  qui  est,  ainsi  que  les  suivantes, 
tres  ruinee,  il  faut  peut-etre  reconnaitre  un  enfer  brulant,  le 
Tapana  ou  Pratapana.) 

Inscription  28.  Sucimukha,...  Les  damnes  sont  suspendus, 
lies,  jetes  a  terre  et  frappes. 

Inscription  29.  Kalasutra....  (4).  [La  suite  de  cette  inscrip- 
tion, peu  traduisible,  semble  concerner  les  fautes  commises  contre 
le  roi,  I'msoumission  a  ses  ordres(5).]  —  Les  damnes  sont  empiles 
ou  jetes  dans  des  brasiers. 

Inscription  30.  Mahapadma.  Ceux  qui  prennent  des  fleurs.... 
(La  suite  est  perdue.)  Les  damnes  de  1'enfer  du  "  grand  lotus  "  sont 
jetes  dans  des  brasiers  ;  des  oiseaux  de  proie  leur  dechirent  les 

(1)  Professeurs.  [J.  C.] 

(2)  Palmiers  a  sucre.  Cet  arbre  est  extremement  abondant  dans  I'enceinte  meme  d'Angkor- 
Vat.  U.  C.] 

(3)  De  rasoirs.  Indication  de  M.  E.  Huber. 

(4)  Kalasutra  :  la  corde  noire.  Indication  de  M.  E.  Huber. 

(5)  D'apres  M.  G.  Ccedes  :  Les  sens  qui  sement   la  discorde  entre  les  rois   (?)  et  sont 
avides  de  richesses. 

73       


AVX    RVINES    D'ANGKOR 


visage ;  ils  sont  attaches  a  des  arbres  epineux  et  perces  de  fleches. 

Inscription  31.  Padma.  Ceuxqui  volent  les  fleurs  ou  cueillen 
sans  respect  les  fleurs  des  jardins  sacres  de  £/ua.  Ces  damnes  de 
1'enfer  des  lotus  sont  ficeles  a  des  arbres  ;  les  demons  leur  en- 
foncent  a  grands  coups  de  marteau  des  clous  dans  la  tete  ;  ou 
bien  ils  sont  devores  par  des  chiens  ou  des  oiseaux  de  proie. 

Inscription  32.  Sanjtoana....  (Le  reste  est  illisible.)  Les 
damnes  de  cet  enfer  sont  suspendus  sur  un  bucher,  la  tete  en  bas, 
les  jambes  attachees  a  deux  arbres.  D'autres  sont  pendus  par  le 
cou.  Des  nuees  d'oiseaux  les  devorent. 

Inscription  33...  rafaa....  (Le  terme  de  narafca,  enfer,  entrait 
probablement  dans  cette  inscription  perdue.)  Les  demons  tenaillent 
les  damnes,  leur  enfoncent  des  pieux  dans  la  bouche. 

Inscription  34...  kmala....  A  1'aide  de  pinces  les  tortionnaires 
arrachent  la  langue  des  supplicies. 

Inscnprion  35.  tyta.  Les  voleurs...,  tous  ont  froid.  En  cet 
unique  enfer  du  froid  qui  soit  figure  dans  cette  galerie,  les  damnes 
grelottent  dans  1'eau  en  tenant  leurs  bras  serres  centre  la  poitrine, 
posture  habituelle  des  Cambodgiens  actuels  quand  le  thermometre 
ne  marque  que  14  a  16°  au-dessus  de  zero. 

"  Inscription  36.  Sandratamah.Les  voleurs...  mensonge(\).  Dans 
ce  sejour  des  epaisses  tenebres  ",  les  demons  font  sauter  les 
yeux  des  damnes  a  coups  de  poincon.  D'autres  supplicies  sont 
suspendus  a  des  potences  par  la  ceinture,  et  leur  corps,  enuere- 
ment  herisse  de  clous,  est  tendu  vers  le  sol  a  1'aide  de  poids 
accroches  a  la  tete,  aux  mains,  aux  pieds  ;  ils  sont,  en  outre,  lardes 
et  depeces.  D'autres  damnes,  dans  une  attitude  de  terreur, 
attendent  leur  tour  de  supplice. 

Inscription  37,...  ndsa...  biens...  non.  Dans  1'enfer  de  cette 
inscription,  qui  est  presque  totalement  perdue,  les  damnes  sont 
suspendus  par  les  mains  a  des  potences,  alors  que  tout  leur  corps, 
tendu  par  des  poids,  est  herisse  de  clous,  de  pointes  enfoncees. 

Inscription  38.  Rauraoa....  L'inscription  qui  suit  ce  nom  de 
1'enfer  des  '  gemissements  "  semble  concerner  les  violents,  les  avares, 
les  creanciers  sans  pitie  (2).  Tous  ceux-la  sont  lies,  entasses, 
empiles  sur  les  brasiers. 

M.  Aymonier  ne  fait  pas  mention  dans  sa  description  d'une 
scene  amusante  (qu'on  nous  pardonne  ce  paradoxe)  qui  pourrait 

(1)  D'apres  M.  G.  Coedes  :  Les  gens   qui  volent  les  torches  (?)  ;  les  impurs  ;  les  raenteurs. 

(2)  Ibid.  ;  Les  gens  dechus,  qui  vivent  en  exil  (?)....  qui  ne  payent  pas  leurs  dettes. 

74     


ANGKOR-VAT 


s'appeler  "  la  chute  aux  enfers  ".  Le  fragment  qui  s'y  rapporte 
est  bref  :  on  voit  quelques  malheureux  efflanques  a  genoux  devant 
Citragupta,  dont  ils  implorent  la  clemence.  Us  sont  examines 
sommairement  et  remis  aux  demons,  qui  les  precipitent  sans  fason 
a  1'etage  inferieur.  Ces  damnes  tombent,  la  tete  en  avant  et  le 
corps  allonge,  dans  la  pose  de  plongeurs  concourant  pour  un  prix 
de  natation. 

Remarquer  que  1'enfer  est  peuplede  gens  extremement  maigres, 
tandis  que  le  ce- 
leste sejour  est 
habite  par  des 
personnages  bien 
nourris. 

Face  orientale 
(partie  gauche). 
Scene  du  bara'de- 
mertt.  —  Voici  ce 
que  dit  M.  Ay- 
monier  de  1'uni- 
que  scene  qui 
occupe  tout  le 
panneau  de  cette 
salle  de  49  me- 

ii      I  FIG.  22.  —  ANGKOR- VAT.  —  SCENE  DU  BARATTEMENT 

gueur    :  Le  (FRAGMENT). 

mur  de   fond  est 

consacre  tout  entier  a  une  representation  etendue  du  celebre 
mythe  du  barattement  de  la  mer  de  lait,  si  frequemment  figure 
en  raccourci  par  les  artistes  khmers,  sur  les  linteaux  et  tym- 
pans  de  leurs  monuments.  Au  milieu  de  la  mer,  le  mont 
Mandara,  reposant  sur  la  tortue,  est  enlace  par  les  anneaux  du 
serpent  £esha,  dont  les  Devas  et  les  Asouras  tirent  alternativement 
la  queue  et  la  tete  pour  imprimer  a  la  montagne  un  mouvement 
de  rotation  et  produire  ainsi  1'ambroisie  (amritd),  le  breuvage 
qui  devait  procurer  I'immortalite  et  que  les  deux  partis  de  barat- 
teurs  se  disputerent  ensuite  en  des  luttes  acharnees  que  nous 
verrons  reproduces  dans  une  partie  des  autres  bas-reliefs  du 
monument. 

Aux  deux  extremites  du  long  panneau,  les  nombreux   servi- 
leurs  des  Devas  et  des  Asouras  gardent  les  montures  et  les  chars 

75     


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


des  baratteurs.  Les  Asouras  tirent  sur  le  dragon  du  cote  de  la 
tete,  les  Devas  embrassent  le  corps  du  c6te  de  la  queue.  Les 
premiers,  trapus,  vigoureux,  coiffes  de  casques  a  cimier,  portent 
moustache  et  collier  de  barbe  et,  aux  oreilles,  de  gros  ornements. 
Les  Devas,  coiffes  du  mukuta,  ornes  de  riches  colliers,  de  bracelets 
ceignant  le  poignet  et  le  dessus  du  coude,  de  doubles  anneaux 
aux  pieds,  sont  moins  cambres  que  leurs  adversaires  et  paraissent 
faiblir. 

Au  centre  de  la  composition,  la  grande  tortue,  tres  bien 
sculptee,  forme  elle-me'me  du  dieu  Hari,  supporte  la  montagne 
servant  de  moussoir  ainsi  que  Vishnou,  le  dieu  a  quatre  bras,  qui 
semble  presider  au  barattement. 

La  partie  inferieure  du  panneau  repre'sente  la  mer,  dont  les 
eaux  sont  a  ce  point  transparentes  qu'il  est  possible  de  voir  toute 
la  gent  aquatique  attiree  et  plus  ou  moins  maltraitee  par  le  choc 
violent  des  ondes  raises  en  grand  mouvement. 

Dans  les  airs,  sur  toute  la  longueur  du  dragon,  Tespace  est 
rempli  de  charmantes  nymphes,  les  Apsaras,  aux  formes  volup- 
tueusement  arrondies,  dont  les  poses  gracieuses  semblent  realiser 
1'ideal  de  la  danse  chez  les  Cambodgiens  et  dont  les  mains  agitent 
des  banderolles,  paraissant  ainsi,  selon  1'expression  d'un  poete 
indien,  "  balancer  les  guirlandes  de  la  victoire. 

La  description  de  M.  Aymonier  supprime  quelques  phases 
interessantes  de  la  legende  et  n'est  peut-etre  pas  tres  juste.  Nous 
aliens  done  transcrire  ici  le  fragment  du  poeme  qui  se  rapporte  au 
barattement  de  la  mer  de  lait  et  tel  que  1'entendit  Rama  de  la 
bouche  de  1'ascete  Vi9vamitra  (1)  : 

Autrefois  les  puissants  fils  de  Dili  et  d'Aditi  vivaient  en 
heros  fortunes,  vaillants  et  vertueux.  Un  jour,  ces  heros  magnanimes 
se  demanderent  comment  ils  pourraient  devenir  immortels,  exempts 
de  la  vieillesse  et  des  maladies.  Tandis  qu'ils  reflechissaient  a 
cela,  1'idee  s'offrit  a  ces  sages  qu'en  barattant  la  mer  de  lait  ils 
obtiendraient  rimmortalite.  Ils  firent  une  corde  du  serpent  Vasuki, 
un  pilon  (2)  du  mont  Mandara  et  ils  baratterent,  pleins  d'une 
vigueur  sans  mesure. 

Au  bout  de  mille  ans,  les  bouches  du  serpent  qui  servait  de 
corde  vomirent  un  poisson  tres  actif  et  entamerent  de  leurs  dents 

(1)  Le  Ramayana  de  Valmiki,  trad.  A.  Roussel,  Paris,  1903. 

(2)  "  Pilon  "  est  le  mot  employe  par  1'abbe  Roussel  dans  sa  traduction.  Le  lecteur  com- 
prendra  qu'il  s'agit  ici  d'un  objet  qui  tourne  comme  la  tige  d'une  baratte  et  non  d'un  objet  qui 
ecrase. 

76        


ANGKOR-VAT.  —  PORCHK  DK  i, 'ANGLE 

SUD-OUEST  DE  LA  GALERIE  DU 

PREMIER  ETAGE. 


ANGKOR- VAT. 

INTERIEI'R  DE  LA  GAI.ERIK 

1)1    PREMIER  ETAGE. 


ANGKOR-VAT.  —  ANGLE  NORD-OUEST  OF.  LA  GALERIE  nr  PREMIER  ETAGE. 


GL'IDE  AUX   KyiNES   U'A.NGKOK. 


PL.   27,  PAGK  ^t>. 


ANGKOR-VAT.  —  GALERIE  DU  PREMIER  ETAGE  :  FRAGMENTS  DES  BAS-RELIEFS 

DE  L' ANGLE  SUD-OUEST. 


ANGKOR- VAT.  —  GALERIE  HISTORIQUE  :  DEFILE  DES  PANDITS. 


GUIDE  AUX  KUIXES  O'ANGKOR. 


PL.   28.    PACK   77. 


ANGKOR-VAT 


les  rochers.   Alors  tomba,  pareil   a   Agni  (=  le  feu,  le  dieu  du 

feu),  le  redoutable  poison  du   Halahala,    qui  consumait  1'univers 

entier     avec    les 

Devas,  les  Asou- 

ras   et   les    hom- 

mes.  Les  Devas, 

cherchant  unasile 

aupres   du   grand 

dieu       Camkara, 

<^iva,    vinrent    le 

trouver  et  implo- 

rerent  son  secours 

d'un      ton     sup- 


pliant. 
Hari 


(Vish- 


FIG.  23.  —  ANGKOR- VAT.  —  PARTIE  CENTRALE 
DE  LA  SCENE  DU  BARATTEMENT. 


nou)  arnva,  por- 
tant  la  conque 
et  le  disque.  II 
s'adressa  en  souriant  a  Qiva,  qui  tenait  son  epieu  :  "  Ce  qui  est 
issu  en  premier  lieu  du  barattement  t'appartient,  puisque  tu  es  le 
chef  des  dieux.  Assure-toi  le  premier  hommage  en  prenant  ce 
poison,  6  Maitre.  "  Mais  Qiva  disparut.  A  la  vue  des  divinites 

effrayees,  le  chef 
des  Devas,  le 
bienheureux  Hari, 
prit  le  Halahala, 
poison  redoutable 
qui  avait  1'appa- 
rence  de  rAmri- 
ta.  Puis,  les  dieux 
delwres,  il  s'en 
alia. 

Alors    les    De- 
vas et  les  Asouras 


FIG.  24.  —  ANGKOR-VAT.  —  SCENE  DU  BARATTEMENT 
(FRAGMENT). 


se 


remirent     tous 
a      baratter.      Le 
mont     eleve     qui 
dans     le     Patala.    Les 
Vishnou   : 


servait    de    pilon    s'enfon9a    et    tomba 

Devas    et  les   Gandharvas   (demi-dieux)    adjurerent 

Tu   es  la   voie   de  tous   les  etres,  specialement  des  habitants 

77    


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


du  ciel  ;  secours-nous,  6  toi  qui  es  puissant.  Releve  la  mon- 
tagne.  "  Apres  avoir  entendu  cet  appel,  Hari,  prenant  la  forme 
d'une  tortue,  posa  la  montagne  sur  son  dos  et  se  coucha 
dans  1'eau.  Ensuite,  Tame  des  mondes,  Kecava,  saisissant  de  sa 
main  le  sommet  du  Mandara  et  se  pla£ant  au  milieu  des  dieux, 
lui,  le  supreme  Purusha  (Vishnou),  baratta  la  mer  delait.  Au  boul 
de  mille  ans,  un  homme  a  Tame  vertueuse  se  presenta.  II  avail 
dans  les  mains  un  baton  et  un  vase  plem  d'ambroisie.  Son  nom 
etait  Dhanvantari  (1'Esculape  hindou). 

Puis  les  ravissantes  Apsaras,  les  femmes  d'elite,  sortirent  de  la 
liqueur  produite  par  le  barattement.  Telle  est  1'origine  des 
Apsaras.  II  y  en  cut  des  multitudes,  et  plus  innombrables  encore 
sont  leurs  servantes. 

Apres  les  Apsaras,  Varunl  (Lakshmi),  la  fille  de  Varuna, 
sortit  du  barattement.  Opulente,  elle  se  mit  en  quete  d'epoux. 
Les  fils  de  Diti  ne  possederent  point  la  fille  de  Varuna,  mais 
ce  fat  aux  fils  d'Aditi  qu'appartint  cette  femme  irreprochable,  et 
ils  en  furent  combles  de  joie. 

Apres  Varunl,  1'effort  des  baratteurs  produisit  Uccaihcravas,  le 
meilleur  des  chevaux,  puis  le  joyau  Kaustubha  et  le  delicieux 
Amrita.  La  creation  de  celui-ci  causa  la  rume  de  toute  une  race  en 
mettant  aux  prises  les  fils  d'Aditi  et  ceux  de  Diti.  Les  Asouras 
s'adjoignirent  les  Raksasas  et,  alors,  eclata  une  guerre  formidable 
qui  jeta  1'epouvante  parmi  les  heros  de  trois  mondes  (sujet  repre- 
sente  sur  les  panneaux  d' Angkor- Vat).  Lorsque  1'extermination 
fut  complete,  Vishnou,  doue  d'une  grande  puissance,  se  saisit 
vite  de  1'Amrita.  II  devint  immortel  et  invincible. 

Face  orientate  (partie  droite).  —  Cette  galerie  est,  a  quelques 
centimetres  pres,  de  la  meme  longueur  que  celle  du  barattement 
qui  lui  est  symetrique.  Elle  ne  peut  se  comparer  a  celles  que  le 
visiteur  vient  de  voir.  Nous  ne  retrouvons  plus  ici  la  moindre  idee 
des  formes  reelles  :  les  elephants  sont  pourvus  de  jambes  ridicules 
qui  semblent  rognees  a  la  hauteur  du  genou  ;  les  guerriers  nous 
montrent  une  academic  dont  ils  n'ont  pas  lieu  de  tirer  vanite  ;  les 
animaux  mythologiques  temoignent  de  1 'inexperience  absolue  de 
1'apprenti  qui  les  a  dessmes.  Bref,  les  bas-reliefs  de  cette  galerie 
et  ceux  de  la  suivante  sont  regrettables,  et  nous  ne  pouvons 
consentir  a  louer,  comme  le  font  certains  auteurs,  1'artiste  qui  en 
a  concu  1'ensemble.  II  est  visible  que  ces  deux  panneaux  ont  etc 
executes  apres  les  galeries  des  autres  faces,  probablement  plusieurs 

78     


ANGKOR-VAT 


siecles  apres  la  chute  du  Brahmanisme,  a  une  epoque  ou  les  bonnes 
traditions  etaient  deja  perdues  depuis  longtemps. 

Le  sujet  de  ce  bas-relief,  nous  dit  M.  Georges  Coedes,  n'a 
jamais  etc  identifie  d'une  maniere  satisfaisante.  On  y  voit  generale- 
ment  un  combat  entre  deux  armees  ennemies,  le  "  combat  des 
dieux  contre  les  geants  ".  Mais  cela  est  une  erreur  manifeste.  Les 
combattants  ont,  de  part  et  d'autre,  le  meme  aspect  demoniaque;  ils 
chevauchent  les  memes  ammaux  (antastiques,  enfin  ils  portent  tous 
le  casque  a  cimier  caracteristique  des  Asouras  oudes  Danavas.  Les 
deux  armees  qui  paraissent  marcher  Tune  contre  1'autre  unissent  en 
realite  leurs  efforts 
contre  un  person- 
nage  qui  occupe 
exactement  le  centre 
du  panneau.  Celui- 
ci  n'est  autre  que 
Vishnou  Caturbhu- 
ja  monte  sur  Ga- 
rouda.  Avec  son 
disque,  son  epeeetsa 
massue,  il  tient  tete 
victorieusement  a 
1'assaut  de  ses  enne- 
mis  et  en  fait  un 
effroyable  carnage.  Le  bas-relief  peut  done  s'intituler  Vishnou  culbu- 
tant  1'armee  des  Danavas :  theme  banal  dans  la  litterature  puranique. 
Toutefois,  le  fait  que  ledieu  estseul  a  se  defendre  contre  la  multitude  de 
ses  adversaires  permet  de  proposer  une  identification  precise.  Dans 
les  interminables  luttes  entre  les  Devas  et  les  Asouras,  dont  on 
trouvera  un  nouveau  specimen  dans  la  galene  Nord  partie  droite, 
Vishnou  apparait  ordinairement  comme  le  sauveur,  1'invaincu  a  qui 
les  dieux  s'adressent  en  dernier  recours.  Ici,  il  est  seul,  et  Ton  ne 
voit  guere  qu'un  episode  de  sa  legende,  —  excepte  sa  lutte  avec 
Bana,  que  Ton  va  voir  tout  a  1'heure,  —  qui  present  e  cette  particu- 
larite  :  c'est  le  combat  qu'il  livre  devant  Pragjyotisa,  la  ville  ou  se 
tient  enferme  Naraka,  le  ravisseur  des  pendants  d'oreilles  d'Aditi. 
Ce  rapprochement,  dont  il  ne  faut  pas  se  dissimuler  le  caractere 
hypothetique,  se  trouve  en  partie  justifie  par  un  detail  de  la  sculp- 
ture :  autour  de  Vishnou,  quatre  chefs  des  Davanas  sont  tues  et  jetes 
a  bas  de  leurs  elephants.  Or  le  Harivamca  nous  apprend  qu'avant 

79     


FIG.  25.  —  ANGKOR-VAT.  —  SCENE  DU  BARATTL.MENT 
(FRAGMENT). 


AVX    RUINES    D'ANGKOR 


d'entrer  dans  Pragjyotisa  Vishnou  triompha  successivement  < 
Muru,  de  Nisunda,  de  Hayagriva  et  de  Pancanada.  Si  1'identific 
tion  proposee  est  confirmee,  les  quatre  vaincus  correspondent  sa 
doute  a  ces  quatre  personnages. 

Face   septentrionale   (partie  gauche).    •   '    M.    E.    A.    insis 
encore  ici,  on  ne  sait  pourquoi,  sur  la  valeur  de  ces  bas-reliefs 
Les  bas-reliefs   de   cette  galerie,    dit-il,     sont    restes    a   1'el 
d'ebauche,  mais  leur  composition  est  pourtant  de  premier  ordre. 
En  vente,  et  les  visiteurs  d' Angkor  s'en  apercevront  aisement, 
long  panneau  de  66  metres  que  nous  rencontrons  a  gauche  de 
face  septentrionale  est  d'une  tenue  maladroite  et  lourde,  analogue 
celle  du  panneau  precedent.  Nous  y  voyons  les  memes  defauts 
dessin  et  de  composition. 

Ce  bas-relief,  dit  M.  G.  Ccedes,  a  donne  matiere  aux  int< 
pretations  les  plus  fantaisistes.  L'attention,  attiree  surtout  par 
figure  de  Qiva  qui  en  occupe  I'extremite  occidentale,  et  que  les  in< 
genes  appellent  le  Maha  Rusei  (maharsi),  s'est  detournee  d'u 
scene,  pourtant  bien  cuneuse,  qui  donne  la  clef  de  ce  rebus.  Lorsqi 
venant  de  1'extremite  onentale  de  la  galerie,  Ton  a  parcouru  en 
ron  un  sixieme  de  sa  longueur  totale,  on  se  trouve  en  face  d'u 
grande  figure  de  Garouda.  Celui-ci,  les  ailes  ecartees,  s'effoi 
d'eteindre  un  brasier  defendu  par  des  guerriers  dont  les  casques 
cimier  precisent  suffisamment  la  qualite  d'Asouras. 

II  y  a,  dans  la  legende  de  Garouda,  deux  episodes  qui  le  me 
trent  vainqueur  des  flammes  :  Tun,  qui  fait  1'objet  d'un  Adhya 
du  Mahabharata,  raconte  comment  Garouda,  pour  s'emparer 
Yamrita,  defait  1'armee  des  Devas,  tue  les  gardiens  et  eteint  le  I 
qui  entoure  1'ambroisie ;  1'autre  est  1'histoire  de  Bana,  racontee  \ 
tous  les  Puranas.  Le  premier  ne  semble  guere  convenir  ici,  oil  1 
voit  Garouda  triompher,  non  des  Devas,  mais  d'une  troupe  d'Asour, 
et  la  presence  d'une  muraille  de  flammes  est  d'ailleurs  le  seul  pc 
commun  entre  la  legende  et  le  reste  du  bas-relief.  Par  centre, 
recit  de  la  victoire  de  Krishna  sur  Bana  repond  aux  traits  essenti 
de  la  composition. 

La  fa9on  dont  Garouda  aborde  le  feu  indique  clairement  qu< 
debut  de  la  scene  est  a  gauche,  c'est-a-dire  a  1'extremite  orient 
de  la  galerie.  Au  milieu  d'une  armee  de  Devas  reconnaissable 
leurs  mukuta  comques,  et  marchant  en  ordre  de  bataille,  music 
en  tete,  se  detache  une  premiere  image  de  Garouda  portant  Vishr 
sur  ses  epaules.  Le  dieu,  represente  avec  huit  bras,  brandit 

80     


GUIDE  AL'X   Kl'IXES   U'A.N'GKuk. 


1'L.   29,    FACE 


ANGKOR-VAT.  —  GALERIE  HISTO- 

RIQUE  :  BRAHMANES  ET  SERVITEURS 

PLACES  AUPRES  DU  ROI. 


ANGKOR- VAT.  —  GALERIE  HISTO- 

RIQUE  :  FEMMES  ET  ESCLAVES 

SUIVANT  I.'ARMEE. 


ANGKOR- VAT.  —  GALERIE  HISTORIQTE  :        ANGKOR- VAT.  —  GALERIE HISTORIQI'E 
LES  GUERR1ERS  VONT  PRENDRE  I. EUR  UNE  FRACTION  DE  L'AR.MF.E 

PLACE  DANS  LE  DEFILE.  EN  MARCIIF.. 


GUIDE  AUX  KUI.NKS  D'AXCIKOK. 


I'L.   30.    PAGE 


ANGKOR-VAT 


attributs  traditionnels  :  fleche,  javelot,  disque,  conque,  massue, 
foudre,  arc  et  bouclier.  Ne  cherchons  pas  a  denombrer  ses  visages  : 
les  textes  nous  apprennent  qu'il  en  a  mille.  II  est  accompagne 
de  Pradyumna  porteur  d'un  arc  et  de  Balarama,  dans  les  mains  de 
qui  les  sculpteurs  n'ont  pas  omis  de  placer  le  soc  redoutable  :  tous 
deux  sont  portes  sur  les  ailes  du  Garouda.  Tel  Vishnou  apparalt  ici, 
tel  nous  le  decrit  le  Harivam9a,  qui  semble  avoir  plus  specialement 
inspire  les  sculpteurs,  et  dont  cette  portion  du  bas-relief  est  une 
illustration  fidele  :  "  Apres  avoir  fait  ses  preparatifs  a  Dvaraka, 
le  fils  de  Vasudeva  resolut  de  se  mettre  en  route.  II  se  tenait  sur 
Garouda,  accompagne  du  heros  qui  porte  le  soc  et  de  Pradyumna, 
la  ruine  de  ses  ennemis....  Desirant  la  mort  de  Bana,  Krishna,  a 
1'ceil  de  lotus,  brillait  avec  ses  huit  bras,  semblable  a  une  montagne  : 
il  tenait  a  droite  1'epee,  le  disque,  la  massue,  la  fleche  :  a  gauche 
le  bouclier,  Tare,  la  foudre  et  la  conque.  Au-dessus  de  lui  s'ele- 
vaient  mille  tetes...  (1).  " 

Arrives  devant  Qonitapura,  la  cite  ou  reside  le  ravisseur  d'Ani- 
ruddha,  les  trois  heros  sont  arretes  par  une  muraille  de  feu.  Garouda 
se  charge  de  1'eteindre  en  allant  boire  au  Gange  une  quantite  d'eau 
qu'il  rejette  sous  forme  de  pluie.  C'est  la  scene  que  les  sculpteurs  ont 
voulu  representer,  et  qu'ils  ont  d'ailleurs  simplinee  en  nous  montrant 
simplement  un  Garouda  traversant  sans  dommage  un  rempart  de 
flammes.  Si  le  Visnupurana  et  les  autres  legendes  connaissent  bien 
la  victoire  de  Krishna  sur  les  feux  qui  dependent  (^onitapura,  le  role 
preponderant  attribue  a  Garouda  par  les  sculpteurs  d' Angkor- Vat 
ne  se  retrouve  que  dans  le  Harivam?a,  et  c'est  une  raison  de  plus 
pour  penser  que  ce  poeme,  ou  un  texte  tres  voisin,  leur  a  servi  de 
guide. 

"  Del'autre  c6te  dubrasier,  vis-a-vis  de  Garouda,  unedivinite  a 
six  tetes,  a  quatre  bras  armes  d'un  arc,  d'une  fleche,  d'un  disque, 
d'un  glaive  flamboyant,  et  montee  sur  un  rhinoceros,  semble  defendre 
au  vainqueur  d'aller  plus  avant.  Si  le  vahana  est  un  peu  decon- 
certant  (aucun  texte  de  1'Inde  ne  donne  le  rhinoceros  pour  monture 
a  une  divinite),  les  six  visages  et  les  attributs  suffisent  a  faire  con- 
naitre  Karttikeya,  qui  est  precisement  1'allie  de  Bana. 

"  Maisl'armee  de  Krishna  gagne  du  terrain,  entre  dans  la  ville  et 
s'attaque  aux  soldats  de  Bana.  II  s'ensuit  une  melee  furieuse  et 
assez  confuse.  Bientot  reparait  le  trio  Krishna-Rama-Pradyumna, 

(  I )  Les  sculpteurs  se  sont  embrouilles  dans  la  repartition  de  cet  arsenal. 

81     


AUX    RU1NES    D'ANGKOR 


toujours  monte  sur  Garouda.  Malgre  les  fleches  qui  1'assaillent  de 
toutes  parts,  Rama,  avec  son  soc  et  sa  massue,  fait  a  lui  seul  un 
carnage  effroyable.  La  melee  continue,  inextricable.  Nouvelle  appa- 
rition de  Krishna  sur  Garouda  :  cette  fois,  le  dieu  n'a  plus  que 
quatre  bras  et  combat  avec  Tare,  le  disque  et  la  massue. 

"  Le  voici  qui  reparait  de  nouveau  avec  ses  mille  tetes  et  ses  huit 
bras,  accompagne  de  ses  deux  acolytes.  II  continue  sa  marche  en 
avant  et  se  trouve  face  a  face  avec  Bana  lui-meme.  Car  on  n'hesite 
guere  a  reconnaitre  ce  dernier  personnage.  Les  mille  bras  que  lui 
donnent  les  legendes  ont  etc  reduits  a  douze  paires  par  les  sculp- 
teurs  :  ils  ne  pouvaient  guere  faire  mieux.  Quant  aux  lions  dont 
son  char  est  attele,  il  semble  qu'il  faille  y  voir  encore  une  remi- 
niscence du  Harivam?a.  Cependant  Rudra,  ayant  appris  la  defaite 
de  Bana,  voulut  lui  porter  secours  et  dit  a  Nandin  d'une  voix 
puissante  :  "  Prends  mon  char  attele  de  lions  et  va  retrouver 
promptement  1'Jmprudent....  "  Docile  aux  ordres  de  Rudra,  Nandin 
arriva  avec  le  char  divin  a  1'endroit  ou  se  tenait  Bana....  Aussit6t 
Bana  monta  sur  le  char  du  sage  Mahadeva. 

La  fin  du  bas-relief  est  conforme  a  celle  de  la  legende.  Apres 
une  nouvelle  apparition  de  Krishna  vainqueur  de  1'Asoura,  le  decor 
change  brusquement.  Voici  Qiva  accompagne  de  Parvati  et  de 
Ganefa,  portant  le  cordon  brahmanique,  tenant  dans  sa  main  droite 
le  trivia,  et  tr6nant  sur  une  montagne  dont  les  cavernes  servent 
d'asiles  a  des  saints  barbus  et  a  des  kinnaris  folatres.  En  face  de 
Qiva  est  agenouille  Krishna  aux  mille  tetes.  Ses  bras  droits  tiennent 
encore  Tare,  1'epee  et  le  javelot,  mais  il  a  deux  mains  jointes  sur  la 
poitrine,  et  celles  de  gauche  presentent  a  (^iva  des  feuillages  pro- 
pitiatoires.  Et  Qiva  dit  a  Krishna  :  "  Seigneur  du  monde,  je  sais 
que  tu  es  1'Etre  supreme.  Dans  la  nature  entiere  il  n'est  personne 
qui  puisse  te  vaincre.  Laisse-toi  done  flechir.  J'ai  promis  ma  protec- 
tion a  Bana  :  que  ma  parole  ne  soit  pas  vaine.  "  Et  Krishna, 
radouci,  lui  repondit  :  "  Qu'il  vive  !  Puisque  tu  lui  as  promis  la  vie 
sauve,  je  retiens  mon  cal^ra.  Car  nous  ne  sommes  pas  distincts  1'un 
de  1'autre  :  ce  que  tu  es,  je  le  suis  aussi.  " 

"  Ces  traits  caracteristiques  de  1'histoire  de  Bana  sembleront  sans 
doute  suffisamment  clairs  pour  que  Ton  puisse  considerer  comme 
acquise  1'identification  du  bas-relief. 

"  Si  les  sculp teurs  ont  omis  certains  episodes  du  combat,  tels  que 
la  lutte  de  Krishna  avec  Jara,  c'est  qu'apparemment  les  moyens 
dont  ils  disposaient  ne  leur  permettaient  pas  d'en  entreprendre  la 

82     


ANGKOR-VAT 


representation.   II  n'en  est  pas  moins  vrai  qu'ils  ont  suivi  de  tres 
pres  le  texte  du  Harivam9a  ou  d'un  ouvrage  apparente.  " 

Face  septenlrionale  (partie  droite).  —  Nous  retrouvons  ici  une 
composition  soignee  et  un  dessin  sinon  academique,  du  moins  trace 
d'apres  les  traditions  de  la  bonne  epoque.  A  notre  avis,  les  bas- 
reliefs  de  cette  galerie  sont  parmi  les  mieux  executes  d' Angkor- 
Vat.  Les  personnages  sont  moins  couverts  de  bijoux,  mais  ils  sont 
mieux  proportionnes  et  se  meuvent  aisement,  ce  qui  est  une  qua- 
lite  que  nous  ne  rencontrons  pas  partout.  Nous  voyons  aussi 
quelques  figures  d'animaux  fantastiques,  un  paon  bate,  un  naga 
egalement  bate,  des  chimeres  attelees  a  des  chars  legers,  traitees 
dans  une  allure  decorative  qui  fait  honneur  a  1'artiste  qui  les  a 
dessinees. 

Au  sujet  de  ce  panneau,  M.  G.  Coedes  ecrit  :  "  Par  le  fini  de 
son  execution,  autant  que  par  son  parfait  etat  de  conservation,  ce 
bas-relief  constitue  un  precieux  document  iconographique.  Tous  les 
grands  dieux  du  Pantheon  brahmanique  defilent,  portant  les  attri- 
buts  classiques  et  chevauchant  leurs  montures  traditionnelles.  On 
reconnait  immediatement  Kubera  sur  les  epaules  d'un  Yaksa, 
Skanda  aux  six  visages  emporte  par  son  paon,  Indra  debout  sur 
Airavana  dont  les  sculpteurs  n'ont  pas  oublie  les  quatre  defenses, 
Vishnou  Caturbhuja  porte  par  Garouda,  Yama  brandissantson  danda 
et  traine  sur  un  char  attele  de  boeufs,  £iva  reconnaissable  a  son 
chignon.  Brahma  chevauchant  1'oie  hamsa,  Surya  suffisamment 
caracterise  par  le  disque  solaire  et  par  son  ecuyer  mi-homme  mi- 
oiseau  (Aruna),  enfin  Varuna  monte  sur  un  naga.  Ce  ne  sont  pas 
les  seuls  Devas  representes  sur  le  mur  de  la  galerie  —  il  y  en  a 
exactement  vingt  et  un  ;  —  mais  les  autres  ne  sont  pas  assez  nette- 
ment  differencies  pour  qu'on  puisse  les  nommer  avec  certitude. 
Chacun  d'eux  lutte  avec  un  Asoura,  dont  il  ne  se  distingue  d'ailleurs 
que  par  la  forme  du  casque,  et  cette  serie  de  duels  epiques  se  de- 
roule  au  milieu  d'une  melee  confuse  qui  met  aux  prises  les  cohortes 
ennemies.  Comme  Ton  pouvait  deja  s'y  attendre,  le  role  principal  et 
la  place  d'honneur  sont  laisses  a  Vishnou  dont  I'image  occupe  le 
milieu  du  bas-relief.  II  a  pour  antagoniste  un  Asoura  polycephale 
doue  d'une  multitude  de  bras,  qu'on  n'a  pas  manque  d'appeler 
Ravana.  Mais  celui-ci  n'a  rien  a  faire  ici,  et  d'ailleurs  le  person- 
nage  en  question  semble  avoir  plus  de  tetes  qu'il  ne  faudrait  pour 
pretendre  au  nom  de  Dacanana. 

D'ou  les  sculpteurs  ont-ils  done  tire  cette  scene,  que,  de  nos  jours 

83     


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


encore,  les  lettres  du  Cambodge  intitulent  "  le  combat  des  geants  et 
des  dieux  "  ?  Ces  combats  ne  sont  pas  rares  dans  les  Puranas, 
mais  la  place  eminente  attribuee  a  Vishnou  et  1'aspect  de  son  ennemi 
font  immediatement  songer  a  la  bataille  qui  se  terrnine  par  le  duel 
du  dieu  avec  1'Asoura  Kalanemi.  Cette  identification  n'est  malheu- 
reusement  pas  susceptible  d'une  demonstration  aussi  concluante  que 
1'identification  proposee  pour  le  bas-relief  precedent.  Le  texte  du 
Harivamca  enumere  bien  tous  les  dieux  que  nous  avons  reconnus 
et,  en  general,  sous  1'aspect  que  nous  leur  voyons  ici.  Mais  il 
manque  a  cette  composition  le  detail  typique  qui  permet  de  decider 
entre  plusieurs  rapprochements  egalement  possibles.  Tout  ce  que 
Ton  peut  dire,  c'est  que  1'mterpretation  proposee  reste  provisoire- 
ment  1'hypothese  la  plus  probable.  A  defaut  d'une  solution  defi- 
nitive, enregistrons  une  fois  de  plus  le  role  capital  laisse  a  Vishnou 
Caturbhuja. 

Angle  nord-ouest.  —  Les  parties  pleines  des  murs  du  vestibule 
situe  a  Tangle  nord-ouest  de  la  galerie  du  premier  etage  sont  cou- 
vertes  de  tableaux  independants.  Toutes  ces  compositions  sont 
executees  avec  le  plus  grand  soin,  et  nous  y  rencontrons  parfois  de 
grandes  qualites  de  dessin  (1).  M.  E.  Aymonier  nous  donne  une 
breve  explication  de  quelques-uns  de  ces  panneaux,  mais  aucune 
identification  formelle.  Sou  vent  meme  il  commet  de  graves 
erreurs  releve'es  par  M.  G.  Ccedes,  qui  nous  fournit  la  veritable 
interpretation  de  ces  tableaux. 

"  Une  des  scenes,  tres  ruinee,  est  susceptible  d'une  explication 
certanie.  Une  troupe  de  singes  donnant  des  signes  de  la  plus 
vive  allegresse  accompagne  un  vehicule  compose  de  niches 
superposees  dans  lesquelles  on  apergoit  Rama  et,  immediatement 
au-dessous  de  lui,  Vibhisana.  Le  vehicule  est  porte  par  une  rangee 
d'oiseaux  traites  par  les  sculpteurs  en  motifs  de'coratifs,  extremement 
stylises,  dans  lesquels  on  retrouve  pourtant  1'aspect  familier  des 
hamsas.  Ce  detail  est  suffisamment  explicite,  il  s'agit  du  char 
Puspaka,  le  merveilleux  vehicule  de  Kubera,  "  attele  de  hamsas  "  : 
ce  char,  jadis  derobe  par  Ravana,  servit  en  effet  a  transporter 
Rama  dans  Ayodhya  apres  sa  victoire.  II  est  a  presumer  que 
les  figures  ruinees  etaient  celles  de  Sita,  Laksmana,  Sugriva  et 
de  quelques  autres  chefs  des  singes. 

"  Les  bas-reliefs  du  Bayon  et  du  Baphuon  fournissent  chacun  une 
replique  interessante  du  Puspaka. 

(I)  Par  comparaison,  s'entend,  avec  les  autres  oeuvres  camboJgiennes. 


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ANGKOR-VAT.   —  SCKXKS   DE  I.A  GAI.KRIE  RES  CIEl'X  ET  DES  ESFERS. 


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ASC.KOR-VAT.  —  SCKNKS  HE  I.A  GAI.KRIE  DES  cir.rx  F.T  DES  E.NFERS. 


(JUIUE  ALX    KL'IXliS   D" ANGKOR, 


PL.    31.    PAGE  84. 


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AXGKOR-VAT.  —  FRAOMEXTS  D'TXE  DES  GAI.F.RIES  ORIEXTAI.F.S. 


ANGKOR- VAT.  —  FRAOMEXTS  DE  LA  GAI.ERIE  SEPTEXTRIONAI.E  (PARTIE  GAUCHE). 


GUIDE  AL'.x  RfiXF.s  U'AM.KUK 


PL.   32.    I'ACK. 


ANGKOR-VAT 


Autre  panneau.  —  "  Ce  bas-relief,  disent  Moura  et  M.  Aymo- 
nier,  represente  Vishnou  monte  sur  Garouda.  Cela  est  vrai, 
mais  ce  serait  une  erreur  de  croire  que  les  artistes  ont  simple- 
ment  voulu  offrir  a  la  veneration  des  fideles  1'image  classique  de 
leur  dieu  :  le  sujet  de  ce  tableau  est  beaucoup  plus  precis.  En  le 
regardant  attentivement,  on  ne  tarde  pas  a  decouvnr  que  Garouda 
porte  sur  ses  mains  levees  une  crete  de  montagne  :  la  scene 
represente  done  soit  Vishnou  apportant  le  Mandara  destine  a 
servir  de  ribot  pour  baratter  1'Ocean,  soit  Krishna,  apres  sa 
victoiresur  Naraka,  ramenant  le  Maniparvata  reconquis.  Cettedermere 
hypothese  est  celle  qu'il  convient  d'adopter,  car  elle  rend  compte 
des  autres  details  du  bas-relief.  Krishna  est  accompagne  par  une 
armee  en  marche,  preuve  qu'il  revient  d'une  expedition  guerriere, 
et  par  une  longue  theorie  de  serviteurs  portant  religieusement  de 
grandes  jarres  et  des  recipients  de  formes  diverses,  contenant  sans 
doute  les  tresors  ravis  a  1'Asoura  vaincu.  On  remarque  enfin, 
debout  sur  1'aile  droite  de  Garouda,  une  petite  figure  de  femme 
richement  vetue  :  le  Harivam9a  et  le  Visnupurana,  les  deux  seuls 
textes  ou  cet  episode  figure,  nous  apprennent  en  effet  qu'en 
1'occurrence  Krishna  avail  avec  lui  son  epouse  Satyabhama. 

Autre  panneau.  —  "La  partie  centrale  du  bas-relief  est  en 
mauvais  etat.  On  y  distingue  cependant  le  corps  et  une  partie  du 
chaperon  d'un  grand  serpent  etendu  sur  les  eaux.  Couch  e  sur 
celui-ci,  Vishnou,  dont  la  tete  a  disparu,  dort  dans  la  position 
traditionnelle,  les  pieds  dans  le  giron  de  son  epouse.  Des  dieux  et 
des  religieux,  groupes  de  chaque  cote,  adorent  Narayana  plonge 
dans  son  sommeil.  Tout  en  bas,  neuf  divinites  viennent  lui  rendre 
hornmage  :  Surya  sur  son  char,  Kubera  sur  les  epaules  d'un  Yaksa 
Brahma  sur  le  hamsa,  Skanda  sur  le  paon,  un  dieu  a  cheval  (?), 
Indra  sur  1'elephant,  Yama  sur  un  bceuf,  (^iva  sur  son  taureau  et, 
enfin,  un  dieu  monte  sur  un  lion.  L'exploration  archeologique  du 
Cambodge  et  du  Champa  a  mis  au  jour  plusieurs  repliques  d'une 
serie  de  neu/Devas.  Mais  elles  different  quelque  peu  les  unes  des 
autres  et,  c'nose  curieuse,  n'ont  jamais  pu  etre  completement 
expliquees. 

Une  des  scenes  voisines  se  rattache  aux  avatars  de  1'epouse  de 
Rama.  Nous  la  voyons  assise  sur  un  trone,  assistee  d'une  femme  (1) 
et  entouree  d'une  garde  nombreuse  de  Raksasis.  Devant  Sita,  un 

(I)  Cette  femme  est  elle-meme  une  Raluasi  qui  s'etait  prise  d'amitie  pour  Sita  et   que  les 
artistes  cambodgiens  ont  ainsi  representee  pour  la  differencier  des  autres  gardiennes  de  la  deesse. 

85    


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


petit  singe  est  accroupi,  et  nous  devons  voir  en  lui  Hanuman 
venant  annoncer  a  la  deesse  qu'une  expedition  se  prepare  pour  la 
delivrer.  Si  le  general  en  chef  de  1'armee  des  singes  est  represente 
d'aussi  petite  taille,  c'est  qu'il  a  modifie  sa  stature  pour  se  rendre 
invisible  et  penetrer  aisement  dans  le  palais  ou  Sita  est  retenue 
prisonniere. 

Une  grande  scene  de  Tangle  nord-ouest  se  distribue  comme  suit  : 
en  haul  du  panneau,  un  personnage  de  grande  taille  tient  un  arc 
dans  la  main  gauche,  une  fleche  dans  la  mam  droite,  et  se  propose 
d'atteindre  un  but  figure  par  un  oiseau  pose  sur  une  roue  que 
supporte  un  mat  tres  eleve.  Derriere  le  tir  a  Tare,  quatre  person- 
nages  sont  accroupis.  Devant  1'archer,  on  remarque  une  princesse 
assise  sur  un  trone  bas  et  accompagnee  de  suivantes.  Au  milieu 
du  panneau,  d'autres  personnages  armes  de  Tare  sont  assis  a  1'in- 
dienne  en  face  d'un  roi.  Le  rang  des  acteurs  de  cette  scene  est 
indique  par  le  nombre  des  parasols  et  differents  insignes.  Dans  la 
partie  inferieure  du  bas-relief,  des  esclaves  attellent  des  chars  qui 
semblent  appartenir  aux  personnages  du  plan  moyen. 

II  y  a  dans  1'epopee  hindoue  deux  scenes  celebres  ou  un  tir  a 
Tare  assure  au  vainqueur  la  main  d'une  princesse.  La  premiere  est  le 
svayamvara  de  Draupadi  dans  le  Mahabharata  :  les  cinq  Panda- 
vas  assistent  deguises  a  cette  assemblee,  et  Tun  d'eux,  Arjuna,  en 
Ian£ant  cinq  fleches  sur  un  but  particulierement  difficile  a  attemdre, 
gagne  Draupadi  comme  epouse  commune  des  cinq  freres.  La 
seconde  est  1'episode  du  Ramayana,  ou  Rama,  apres  avoir  bande 
1'arc  de  Qiva,  qui  a  defie  les  efforts  de  tous  les  autres  pretendants, 
devient  1'epoux  de  Sita.  II  est  probable  que  c'est  cette  derniere 
scene  que  le  sculpteur  a  cue  en  vue,  les  autres  bas-reliefs  du 
meme  vestibule  etant  empruntes  au  cycle  de  Vishnou-Rama. 

Un  autre  panneau  du  meme  vestibule  se  rapporte  aux  aventures 
de  Sita.  Voici  la  composition  de  ce  bas-relief  :  en  haut,  une 
quantite  d'apsaras  viennent  des  deux  angles  superieurs  et  se 
dirigent  toutes,  dans  leur  vol,  vers  le  centre  du  tableau.  Elles 
tendent  des  deux  mains  des  echarpes.  Au  centre,  on  distingue  une 
sorte  d'estrade  (il  en  reste  environ  un  tiers),  un  tout  petit  coin  de 
vetement,  quelques  flammes.  Le  personnage  a  qui  appartenait  le  bout 
de  vetement  a  completement  disparu,  une  large  plaque  de  pierre  etant 
tombee,  rongee  parl'humidite.  Dechaque  cote  decequ'il  reste  de  la 
figure  cenrrale  se  tiennent  d'autres  personnages  difficilement  identi- 
fiables,  parce  que  la  pierre  est  encore  ici  tres  abimee.  Leur  rang 
86  


ANGKOR-VAT 


est  marque  par  le  nombre  des  serviteurs  dont  ils  sont  accompagnes 
et  par  la  quantite  de  parasols  qui  les  abritent.  Au-dessous,  des 
singes  et  des  guerriers  assis  a  1'indienne  regardent  avec  interet  vers 
le  centre  du  panneau  et  discutent  parfois  assez  vivement. 

Malgre  la  dispari- 
tion  du  motif  central, 
nous  croyons  pouvoir 
donner  a  cette  scene, 
sans  risques  d'erreur, 
la  signification  suivan- 
te  :  le  personnage 
dont  il  ne  reste  rien, 
sauf  un  fragment  de 
vetement,  etait  Sfta 
debout  sur  un  bucher. 
Les  flammes  tres  net- 
tement  dessinees  qui 
ont  resiste  a  la  degra- 
dation de  la  pierre 
sont  la  pour  nous  ren- 
seigner.  A  la  droite 
du  bucher,  se  trouve 
Rama  en  compagnie 
de  quelques  guerriers  ; 
a  la  gauclie  sont  assis 
Sougrlva  et  Lakshma- 
na  (probablement ;  ces 
figures  sont  presque 
invisibles).  Les  guer- 
riers humains  et  les 


FIG.  26.  —  ANGKOR- VAT.  —  UN  DES  PANNEAUX 

DE  L'ANGLE  NORD-OUEST  DE  LA  PREMIERE  GALERIE  : 

ORDALIE  DE   S!TA. 


guerriers    simiens  sui- 

vent  la  scene   qui  ne 

peut  se  rapporter  qu'k 

1'epreuve  du  feu  que 

subit  Sita  pour  prouver  a  Rama,   son   epoux,  qu'elle  etait  restee 

pure  de  tout  contact  avec  Ravana  (Voir  legende  dans  la  description 

de  Tangle  sud-ouest). 

Face  occidentals  (partie  gauche).  —  C'est  la  dermere  galerie 
comportant  des  bas-reliefs  que  nous  ayons  a  visiter,  et  c'est  une 
des  meilleures  oeuvres  des  decorateurs  d* Angkor- Vat.  Nous  avons 

87     


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


la  encore  des  scenes  de  combat,  une  melee  colossale,  un  des  der- 
niers  episodes  chantes  par  le  Ramayana,  la  derniere  bataille  que 
Vishnou,  sous  la  forme  de  Rama,  qui  est  sa  septieme  incarnation, 
livra  avec  1'aide  d'Hanuman,  au  demon  Ravana,  qui  lui  avail  ravi 
la  tendre  Sita. 

Cette  melee  quelque  peu  confuse,  dit  M.  Aymonier,  couvre 
sans  aucun  vide  100  metres  carres  de  la  surface  du  panneau.  Elle 
est  remarquable  entre  tous  les  bas-reliefs  d'Angkor-Vat  par  1'exac- 
titude  des  details,  la  justesse  des  attitudes  et  des  expressions,  le 
cachet  de  realisme  et  1'mtensite  de  vie  qui  s'en  degagent.  En  ce 
combat  acharne  qui  regne  dans  toute  son  horreur  d'un  bout  du 
panneau  a  1'autre,  1'expression  de  fureur  et  de  haine  qui  anime 
les  adversaires  se  prenant  corps  a  corps  est  frappante  de  verite. 
Jamais,  ainsi  que  le  fait  remarquer  M.  Delaporte,  le  poete  Val- 
miki,  si  souvent  interprete  dans  1'Inde,  n'a  rencontre  d'artistes  d'un 
souffle  aussi  puissant  que  les  sculpteurs  khmers  d'Angkor-Vat  (1). 

Les  singes  subissent  comparativement  peu  de  pertes.  Us  sem- 
blent  accables  de  fatigue,  mais,  voyant  que  la  victoire  se  decide  en 
leur  faveur,  ils  poursuivent  avec  une  nouvelle  ardeur  la  serie  de 
leurs  merveilleuses  prouesses —  Les  simples  guerriers  de  1'armee 
des  geants  sont  armes  de  sabres  a  poignee  ciselee,  de  lances,  de 
javelots,  de  massues,  et  quelques-uns  sont  garantis  par  des  bou- 
cliers.  Les  singes  n'ont  dans  les  mains  que  des  pierres,  des  branches 
d'arbre,  souvent  absolument  rien  (2).  Ils  mordent  leurs  ennemis  et 
s'arment  de  sabres  enleves  a  1'adversaire.  Ici  un  singe  entrave  les 
griffons  d'un  geant  qui  est  bientot  ren verse  de  son  char  ;  a  cote, 
c'est  un  autre  simien  mordant  a  la  tete  les  chevaux  d'un  geant 
qui  essaie  vainement  de  les  defendre  a  coups  de  lance.... 

On  remarquera  surtout,  parmi  une  douzaine  de  grands  chefs 
simiens  monies  sur  des  chars,  leur  roi  Sougriva,  en  riche  costume, 
couronne  en  tete,  abrite  sous  le  parasol  royal  et  debout  sur  un 
beau  char  qui  se  heurte  a  celui  d'un  prince  des  geants  auquel  sont 
atteles  de  superbes  lions.  Quoique  Sougriva  n'ail  pas  d'armes 
apparenles,  il  saisil  son  adversaire,  le  desarme  et  ren  verse  son 
parasol,  ce  qui  est  1'Jndice  caracteristique  de  la  defaite. 

(1)  II  est  vrai  que  les  sculpteurs  hindous  n'ont  jamnis  execute  de  panneaux  de  la  dimension 
de  ceux  d'Angkor-Vat,  mais  il  faut  dire  que  leurs  oeuvres  sont  autrement  traitees  que  les  bas- 
reliefs  cambodgiens,  surtout  dans  la  representation  de  la  figure  humaine.  [J.  C.] 

(2)  Observer  que  le  dessinateur  cambodgien  a  voulu  accuser  les  muscles  sur  les  membres  des 
singes  par  des  cercles  traces  sur  le  bras,  1'avant-bras  et  le  mollet.  Cette  indication  de  force  ne  se 
reproduit  pas  chez  les  geants.  [J.  C.] 

_ 88     


£  21 


GUIDE  AUX  KUIXES  D'ANGKOR. 


PL.    33.    PAGE  88. 


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ANGKOR-YAT.  —  FRAGMENTS  DES  BAS-RELIEFS  DE  I.A  GALERIE  SEPTENTRIOXALE 
(PARTIE  DROITE). 


ANGKOR- VAT.  —  BAS-RELIEF 

DE  I.A  GALERIE  SEPTENTRIONALE 

(PARTIE  DROITE). 


ANGKOR- VAT.  —  BAS-RELIEF 

DE  L'ANGLE  NORD-OUEST 

(FRAGMENT). 


GUIDE  AUX  RUINES  D'AXGKOK. 


PL.   34,    PAGE  89. 


ANGKOR. VAT 


Du  cote  des  geants,  les  chars  des  princes  ont  des  attelages 
d'animaux  fantastiques. 

Au  centre  de  cette  vaste  scene,  la  partie  decisive  se  joue 
entre  les  trois  grands  protagonistes  de  la  guerre  :  Ravana  d'un 
cote,  Rama  et  Hanuman  de  1'autre.  —  Ravana,  souverain  de 
Lanka  et  des  Rakshasas,  est  figure  en  un  personnage  extraordinaire, 
colossal,  aux  dix  tetes  superposees  en  forme  de  pyramide,  aux 
vingt  bras  armes  d'arcs  et  de  massues.  II  est  debout  sur  un  char 
admirable  que  trainent  des  lions.  Hanuman,  fort,  agile  et  coura- 
geux  entre  tous  les  simiens,  attaque  lui-meme  le  colosse  aux  dix 
faces  deja  chancelant  et  cnble  de  fleches.  En  face,  c'est  encore 
Hanuman,  portant  Rama  sur  son  dos  et  volant  dans  1'espace.  II 
tient  dans  la  main  droite  un  quartier  de  rcche  qu'il  s'apprete  a 
laisser  tomber  sur  le  char  de  Ravana ;  de  1'autre  main,  il  montre 
a  Rama,  qui  le  cherche,  1'indigne  ravisseur  de  la  douce  Sita. 
Rama  est  arme  d'un  arc  immense  et  s'apprete  a  decocher  la  fleche 
divine  de  Brahma,  1'unique  arme  qui  puisse  mettre  fin  aux  jours 
du  criminel  roi  des  Rakshasas.  A  cote  du  heros  se  tiennent  son 
fidele  frere  Lakshmana,  arme  aussi  d'un  arc,  et  Vibhishana,  le 
prince  transfuge  luttant  avec  ses  amis  les  princes  d'Ayodhya  contre 
son  frere  ame  Ravana,  qui  avait  repousse  ses  conseils  et  1'avait 
en  outre  maltraite.  Sa  coiffure  a  large  cimier,  identique  a  celle 
des  Rakshasas,  le  fait  aisement  reconnaitre. 

LE  PERRON  D'HONNEUR. 

L 'entree  principale  (face  ouest)  de  la  galerie  du  premier  etage 
est  precedee  d'une  vaste  plate-forme  elevee  sur  la  terrasse  de 
pourtour,  en  regard  de  1'avenue  dallee.  Cette  fa?on  de  perron,  en 
forme  de  croix  latine,  mesure  49  m.  50  est-ouest  et  35  m.  75  nord- 
sud.  --  Ces  dimensions  s'entendent  d'une  extremite  a  1'autre  des 
branches  de  la  croix  qui  comprend  une  partie  centrale  prolongee, 
sur  les  faces  nord  et  sud,  par  un  palier  plus  bas  de  deux  marches 
et,  sur  la  face  ouest,  par  deux  paliers  egalement  en  contre-bas 
qui  lui  donnent  dans  cette  orientation  un  developpement  superieur 
a  celui  des  autres  cotes.  La  largeur  du  passage  est  de  8  metres 
de  bord  a  bord.  Le  perron  domine  la  terrasse  de  pourtour  de 
2  m.  50  et  communique  avec  elle  par  trois  escaliers  (un  dans  1'axe 
de  1'avenue  dallee,  les  deux  autres  aux  extremites  des  branches 
nord  et  sud).  Ces  escaliers  sont  en  cadres  de  larges  rampes  dont  les 
gradins  supportaient  des  lions  representes  encore  par  deux  speci- 


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


mens.  En  bordure  des  branches  de  la  croix  regnait  une  elegante 
balustrade  dont  nous  ne  retrouvons  plus  que  quelques  tronfons. 
Tous  les  des  de  support  ont  disparu.  Devant  le  portique  d'entree, 
le  niveau  du  perron  s'abaisse  pour  se  mettre  a  la  hauteur  du 
soubassement  du  premier  etage  et  surtout  pour  satisfaire  la  manie 
qu'avaient  les  constructeurs  d' Angkor  de  multiplier  les  seuils. 

Une  garniture  de  fortes  colonnes  rondes  finement  decorees 
entoure,  a  quelques  decimetres,  les  parements  du  perron  et  sou- 
tient  une  corniche  disposee  legerement  en  contre-bas  du  dallage 
de  la  plate-forme.  C'est  parmi  ces  colonnes  qu'ont  etc  choisis  les 
supports  qui  ont  servi  a  la  tentative  de  restauration  que  nous  avons 
constatee  dans  les  cours  du  massif  central. 

Le  perron  d'honneur,  avec  sa  forte  sailhe,  est  d'un  aspect  Ires 
heureux  lorsqu'on  le  voit  de  profil ;  mais  il  a  le  grave  defaut,  pour 
le  visiteur  qui  arrive  par  1'avenue  dallee,  de  couper  la  fa9ade  et 
de  masquer  1'entree  centrale.  En  effet,  plus  on  approche,  plus  le 
porche  de  la  premiere  galerie  se  derobe,  si  bien  qu'il  finit  par  etre 
completement  invisible  et  qu'on  ne  le  retrouve  qu'apres  avoir  gravi 
les  marches  du  perron.  C'est  la  une  faute  de  composition  qui 
nous  etonne  de  la  part  d'architectes  qui  visaient  surtout,  et  presque 
toujours  avec  succes,  a  1'ensemble  decoratif. 

LA  TERRASSE  DE  POURTOUR  ET  LES  SRAS  (I). 

Une  terrasse  elevee  de  2  metres  au-dessus  du  terrain  envi- 
ronnant  est  etablie  tout  autour  du  temple.  Elle  n'est  pas  dallee  ; 
c'est  un  simple  terre-plem  dont  la  limite  exterieure  est  maintenue 
par  un  fort  parement  de  gres  pose  sur  une  assise  de  limonite. 
Sur  la  terrasse  s'eleve  le  soubassement  de  la  galerie  du  premier 
etage.  Nous  avons  vu,  au  chapitre  precedent,  que  le  perron 
d'honneur  occupe,  sur  la  face  occidentale,  la  presque  totalite  de 
la  partie  centrale  de  ce  terre-plein. 

La  terrasse  de  pourtour  communique  avec  1'entree  principale 
de  1'enceinte  par  une  avenue  dallee  que  nous  allons  visiter  bien- 
t6t  et,  avec  la  plaine,  par  de  nombreux  escaliers.  Nous  en  trou- 
vons  deux  a  chacun  des  angles  et  un  au  centre  de  chacune  des 
faces  nord,  sud  et  est,  c'est-a-dire  dans  les  axes  du  monument 
et  sur  la  meme  ligne  que  les  entrees  centrales  des  trois  etages. 

(I)  Sras  =  baisins. 

QO       


ANGKOR-VAT 


Ces  escaliers  n'ont  jamais  etc  termines  ;  les  marches  de  celui  du 
nord  n'ont  meme  pas  ete  placees. 

Le  developpement  de  la  terrasse  est  d'une  largeur  a  peu  pres 
egale,  39  metres  a  39  m.  50,  sur  les  trois  faces  nord,  sud  et  est, 
mais  sur  la  face  occidentale,  sa  largeur  atteint  80  metres,  obeissant 
ainsi  au  mouvement  de  toutes  les  parties  du  plan  qui,  comme 
nous  1'avons  dit  deja,  ont  une  etendue  plus  importante  dans  cette 
orientation  que  dans  les  autres. 

Le  parement  de  gres  qui  constitue  le  mur  de  soutenement  est 
orne  de  moulures  et  de  motifs  decoratifs  aussi  precieusement  exe- 
cutes que  dans  les  parties  les  plus  visibles  du  temple.  L'assise 
superieure  forme  corniche  et  supporte  une  splendide  balustrade 
qui  entoure  la  terrasse  pour  ne  s'interrompre  qu'aux  escaliers. 
Presque  partout  la  main-courante  et  les  des  de  support  sont 
encore  en  place,  et  Ton  pourra  retrouver,  dans  le  voisinage,  a  peu 
pres  tous  les  elements  qui  manquent.  De  chaque  cote  des  esca- 
liers se  dressaient  les  tetes  d'un  enorme  Naga  dont  quelques  frag- 
ments se  retrouvent.  On  peut  remarquer  que  les  travees  de  la 
main-courante  et  les  balustres  sont  simplement  prepares  en  vue 
d'une  decoration  qui  n'a  jamais  ete  commencee. 

Ajoutons  que,  depuis  que  la  terrasse  pourtournante  est  degagee 
de  la  haute  brousse  qui  en  mterdisait  1'acces  sur  trois  de  ses  faces, 
les  visiteurs  d* Angkor  trouvent  la  un  lieu  de  promenade,  ombrage 
par  d'immenses  manguiers,  d'ou  ils  ont  sur  le  monument  la  plus 
belle  vue  possible. 

En  face  de  la  partie  occidentale  de  la  terrasse,  a  une  quinzaine 
de  metres  en  avant,  se  trouvent  deux  bassms  creuses  1'un  a  droite, 
1'autre  a  gauche  de  1'avenue  dallee.  Les  parois  de  ces  bassins  sont 
en  blocs  de  gres,  et  Ton  retrouve  dans  chacun  d'eux,  au  centre 
de  la  paroi  orientale,  les  traces  d'un  escalier.  Malheureusement, 
tout  le  travail  execute  la  n'a  pas  ete  assez  epargne  par  la  rume,  et 
les  deux  belles  pieces  d'eau  d'autrefois  ne  sont  plus  aujour- 
d'hui  que  des  mares  de  peu  de  profondeur  envahies  par  les 
herbes. 

Avant  de  quitter  la  terrasse  de  pourtour,  nous  devons  signaler 
les  ruines  d'un  stoupa  bouddhique,  que  Ton  y  rencontre  a  cote  du 
portique  central  de  la  face  orientale  du  premier  etage.  Ce  petit 
monument  etait  construit  en  pierres  de  limonite  avec  enduit  de 
mortier  portant  quelques  motifs  de  decoration.  II  ne  reste  que 
des  traces  de  cet  enduit. 


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


L' AVENUE  DALLEE 

ET  LES  DEUX  EDICULES  VOISINS. 

La  terrasse  de  pourtour  est  reliee  a  1'entree  centrale  de  1'en- 
ceinte  (ouest)  par  une  avenue  de  347  metres  de  longueur  sur 
9  m.  40  de  largeur,  dominant  de  1  m.  60  le  terrain  environnant. 
Cette  voie  est  dallee  et  parementee  de  gres,  et  Ton  peut  voir  avec 
quelle  minutie  les  motifs  decoratifs  du  parement  ont  ete  executes 
dans  les  moindres  details.  Des  moulures  d'un  relief  fortement  accuse 
et  couvertes  de  rosaces,  de  fleurs  et  de  petits  personnages  sont 
diiposees  par  bandes  horizontales  tout  le  long  du  soubassement  qui 
s'incurve  a  mi-hauteur  pour  s'evaser  a  la  base,  ou  il  se  termme 
par  une  plinthe  verticale.  La  partie  superieure  du  parement  se 
detache  en  vigoureuse  corniche,  sur  laquelle  est  posee,  a  Om.  35 
du  bord,  la  balustrade  qui  borde  1'avenue  dans  toute  son  etendue. 

Les  travaux  qui  ont  ete  executes  en  1908  sur  ce  point  ont 
permis  de  se  rendre  compte  que  la,  comme  dans  les  autrcs  parties 
du  temple,  les  dessous  sont  en  blocs  de  limonite  hourdes  au 
sable. 

L'avenue  dallee  est  pourvue  de  douze  escaliers,  six  de  chaque 
c6te,  tailles  dans  autant  de  ressauts  importants  qui  lui  donnent  la 
forme  d'une  croix  aux  branches  multiples.  A  1'extremite  de  ces 
ressauts,  se  dressaient  des  lions  et  les  tetes  du  serpent  polycephale 
dont  le  corps  pose  sur  des  des  constituait  la  main-courante. 

En  face  et  a  quelques  metres  des  escaliers  du  centre  s'elevent 
deux  edicules  symetriques  absolument  semblables.  Ces  petits 
edifices  offrent  quelque  analogic  d'aspect  avec  les  deux  construc- 
tions que  nous  avons  rencontrees  dans  la  cour  du  premier  etage 
et  qui  sont  decrites  sous  le  nom  de  "  bibliotheques  ". 

Chacun  de  ces  edicules  est  place  sur  un  soubassement  de  1  m.50 
de  hauteur.  L'interieur  se  compose  d'une  piece  cruciforme  de 
14  metres  (grand  axe)  sur  10  metres  (axe  transversal),  prolongee 
aux  extremites  des  branches  est  et  ouest  par  une  chambre  de 
6  metres  de  longueur.  Chambres  et  piece  centrale  sont  flanquees 
de  chaque  c6te'  d'une  petite  galerie  laterale  percee  de  nombreuses 
fenetres  a  colonnettes.  Sur  les  quatre  orientations,  un  porche  a 
quatre  piliers,  comprenant  un  escalier  de  quelques  marches,  se 
detache  nettement. 

Les  toitures  de  la  piece  centrale  se  joignent  en  voutes  d'arete 
et  se  terminent  par  des  pignons  drcits  sur  lesquels  venaient 

Q2        


W    •'• 

Q    A 


GUIDK   AUX    KU1NHS   D'ANGKOR. 


PL.   35.    PAGE  92 


ANGKOR-VAT.  —  LE  PERRON  D'HONNEUR. 


ANGKOR-VAT.  —  L.\  TERRASSE  DE  POURTOTR  (PARTIE  ORIENTALE). 


GUIDE  AUX  RUINES  D'ANGKOR. 


1>L.   36,    l-ACE  93. 


ANGKOR- VAT 


s'appuyer  les  toitures,  aujourd'hui  presque  completement  ruinees, 
des  chambres  extremes  et  des  porches.  Les  voutes  sont  soutenues 
par  un  entablement  supporte  lui-meme  par  de  grands  piliers  carres. 
La  demi-voute  de  la  galerie  laterale  repose  sur  un  mur  que  les 
constructeurs  ont,  malgre  sa  solidite,  relie  aux  grands  piliers  par 
des  etresillons  qui  sont  encore  plus  inutiles  ici  qu'ailleurs. 

L'entablement  n'est  pas  eclaire  par  les  fenetres  basses  que  nous 
avons  remarquees  sous  la  voute  des  "  bibliotheques  ".  II  est  sim- 
plement  encadre  de  moulures  et  termine,  dans  le  haul,  par  une 
corniche  qui  supportait  le  plafond. 

Si  1'exterieur  de  ces  edicules  est  completement  acheve*,  il  n'en 
est  pas  de  meme  de  I'interieur,  ou  1'entablement,  1'architrave  et 
les  piliers  n'ont  re9U  qu'un  commencement  de  decoration.  Nous 
voyons,  en  effet,  des  moulures  bien  tracees  mais  non  decorees 
des  rosaces  et  des  fleurons  qui  devaient  les  completer.  Cependant, 
dans  1'edicule  nord  (a  gauche  de  l*a  venue  en  regardant  le  temple), 
les  motifs  decoratifs  etaient  en  voie  d'achevement,  et  nous  y 
remarquons  meme,  sur  la  large  bande  centrale  de  1'entablement, 
1'ebauche  d'une  frise  de  danseuses  dans  un  encadrement  ogival. 
Par  centre,  le  gros  ceuvre  des  pieces  extremes  de  ce  meme  edifice 
venait  a  peine  d'etre  termine  au  moment  de  1'arret  des  travaux  ; 
les  pierres  y  sont  seulement  degauchies,  et  Ton  peut  suivre,  en 
examinant  attentivement  toutes  les  parties  de  la  construction,  les 
differentes  phases  de  la  preparation  de  la  pierre  en  vue  du  travail 
de  decoration. 

Selon  toute  vraisemblance,  les  edicules  de  la  chaussee  etaient 
des  temples,  car  nous  y  rencontrons,  a  1'intersection  des  axes,  une 
cavite  carree  dans  laquelle  venait  evidemment  s'embolter  le  tenon 
d'une  socle.  II  serait  impossible  cependant  de  defimr  a  quelle 
divinite  chacun  de  ces  templions  etait  dedie,  car  toute  trace  de 
statue  a  disparu. 

LES  ENTREES  OCCIDENTALES. 

Les  entrees  occidentales.  —  Entre  1'avenue  dallee  qui  conduit 
au  temple  et  la  chaussee  qui  traverse  le  fosse,  le  monument  allonge 
constitue  par  les  cinq  entrees  occidentales  s'etend  sur  une  longueur 
de  235  metres  dans  1'axe  nord-sud.  II  occupe  une  grande  partie  de 
la  fa9ade  d'encemte  et  se  compose,  grosso  modo,  d'un  gopoura 
central  de  forme  cruciale,  de  deux  gopouras  lateraux  de  meme 
forme  prolonges  par  des  galeries  et,  aux  extremites  nord  et  sud, 

93     


AUX    RU1NES    D'ANGKOR 


de  deux  immenses  porches  par  ou  passaient  autrefois  les  elephants 
bates  et  qui  ne  servent  plus  aujourd'hui  qu'aux  charrettes  a  boeufs 
des  bonzes.  Trois  tours  a  gradins,  dont  il  ne  reste  que  la  moirie 
environ,  s'elevent  au-dessus  des  gopouras.  Elles  etaient  de  meme 
style  que  celles  du  massif  central. 

Le  gopoura  central.  —  II  est  precede  sur  la  face  est  (1)  d'un 
porche  eleve  de  quelques  marches  au-dessus  de  1'avenue  dallee  et 
supporte  par  quatre  piliers  carres  soutenant  une  architrave  decoree 
de  fleurs  de  lotus  et  une  toiture  en  encorbellement  dont  le  fronton 
a  presque  completement  disparu. 

II  convient  d'admirer  ici  le  magninque  linteau  presque  complet 
qui  se  trouve  abrite  sous  la  voute  du  porche.  Nous  n'avons  ren- 
contre dans  le  temple  aucune  autre  pierre  de  cette  valeur,  et  Ton 
peut  dire  qu'elle  represente,  par  la  nettete  du  dessin  et  le  fini  du 
travail,  le  plus  beau  des  innombrables  linteaux  d'Angkor-Vat. 

La  porte  est  encadree  de  moulures  a  fleurettes  et  de  deux 
bandes  verticales  sur  lesquelles  nous  voyons  une  infinite  de  perils 
danseurs  superposes.  Les  pilastres,  qui  font  parrie  du  portique  et 
concourent,  en  meme  temps,  a  1'encadrement  de  la  porte,  sont 
traites  avec  maitrise.  Nous  apercevons  aussi,  un  peu  en  retrait  des 
pilastres,  des  panneaux  d'angle  portant,  au-dessus  de  tevadas,  des 
rinceaux  si  bien  executes  qu'ils  peuvent  etre  considered  comme  le 
type  le  plus  parfait  de  la  decoration  cambodgienne. 

Du  reste,  nous  nous  trouvons  ici  a  1'endroit  ou  les  decorateurs 
d*  Angkor  ont  tenu  a  prouver  qu'ils  etaient  capables  de  faire  des 
merveilles.  Pas  un  detail  lache  ;  du  sol  au  faite  des  toitures,  tout 
est  dessine,  burine,  ponce  par  des  maitres. 

La  facade  orientale  des  galenes  est  decoree  de  fausses  fenetres 
a  claustras  dominees  par  une  frise  de  personnages  debout  sur  des 
taureaux,  des  chimeres,  des  elephants,  des  tigres  et  d'autres 
animaux.  Sur  le  trumeau  des  fenetres  sont  sculptees  des  tevadas 
sous  des  rinceaux  parfaitement  executes.  Les  figures  de  femmes  sont 
placees  dans  le  cadre  d'un  petit  portique  en  relief  gracieusement 
couronne  par  les  ondulations  du  Naga. 

On  remarquera  egalement  la  nchesse  de  la  decoration  des  tours. 
II  est  regrettable  que  ces  d6mes  soient  decapites,  ce  qui  enleve 
toute  legerete  au  profil  exteneur  de  Tedifice  d'entree. 

(1)  Comme  nous  avons  recommande  de  commencer  la  visile  du  temple  par  le  massif  central, 
nous  supposons  que  le  visiteur  arrive  du  centre,  c'est-a-dire  de  Test,  et  nous  debutons  dans  la 
description  des  entrees  principales  par  leur  face  orientale. 

94    


ANGKOR-VAT 


Certains  panneaux  semblent,  tellement  leur  conservation  est 
parfaite,  avoir  etc  termines  seulement  depuis  quelques  mois.  Us 
n'ont  meme  pas  re$u  la  patine  du  temps,  mais  ils  n'en  datent  pas 
moins  de  plusieurs  siecles,  et  leur  etat  tient  tout  simplement  a  ce 
qu'ils  sont  mieux  abrites  de  la  pluie  que  les  pierres  voisines. 

L'ensemble  du  passage  central  est  pose  sur  un  soubassement 
dont  la  ligne  exterieure  accuse  par  des  ressauts  la  disposition  des 
vestibules  et  des  galeries.  Les  toitures  sont  interrompues  par  les 
tours  et  s'etagent,  a  la  commande  des  pieces  de  dessous,  pour 
atteindre  leur  point  le  plus  eleve  sur  les  flancs  de  la  tour  centrale. 
Elles  sont  arre- 
tees  par  des  pi- 
gnons  verticaux 
encadres,  comme 
tous  ceux  que 
nous  avons  vus, 
du  Naga. 

La  piece  cen- 
trale du  gopoura 
d'axe  forme  une 
croix  dont  les 
branches  mesu- 
rent  15  metres  est- 
ouest  sur  1 7  me- 


FIG.  27.  —  ANGKOR- VAT.  —  ENTREES  OCCIDENTALES 
DE  L'ENCEINTE  :  PARTIE  CENTRALE  (PLAN). 


tres       nord-sud. 

Elle  s'eclaire  par  des  fenetres  a  balustres  et  communique  avec  les  pieces 
voisines  par  une  porte  ouverte  a  1'extremite  de  ses  branches.  Sa 
decoration  interieure  est  assez  sommaire  :  une  frise  de  danseuses 
a  hauteur  d'appui ;  dans  le  haut,  quelques  moulures  a  rais  de 
coeur  et  perles  accompagnees  d'une  dentelure  continue.  Remarquer 
le  motif  decoratif  tres  original  qui  plaque  les  faces  internes  des 
chambranles  des  fenetres  :  perroquets  combattant. 

Sur  la  face  occidentale,  1'entree  centrale  du  temple  s'accuse  en 
plan  par  un  ressaut  considerable  sur  la  ligne  des  galeries  voisines. 
Elle  comprend  un  vestibule  flanque  de  deux  petites  verandas 
laterales  et  un  porche  analogue  a  celui  que  nous  avons  rencontre 
sur  la  face  opposee.  Au-dessus  de  la  porte  ouverte  dans  le  vesti- 
bule, se  trouve  un  linteau  aussi  beau  que  son  voisin  de  Test,  mais 
beaucoup  plus  ruine  :  il  en  manque  a  peu  pres  la  moitie.  Les 
piliers  de  cette  entree  sont  encore  en  tres  bon  etat,  surtout  dans  les 

95     


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


parties  hautes  oil  les  chapiteaux  et  les  architraves  sont  restes  intact; 
La  toiture   que    supportait  1'entablement    n'existe  plus    que 
quelques  pierres. 

Le  porche  occidental  ne  differe  de  celui  de  Test  que  par  1 
hauteur  de  1'escalier  d'acces.  Nous  trouvons  la  encore  les  reste 
d'un  linteau  magnifique  et,  de  chaque  c6te,  les  petits  pignons  asse 
bien  conserves  qui  terminent  la  demi-voute  des  verandas. 

Remarquons,  du  point  ou  nous  sommes,  qu'une  verand 
longeait  tout  1'edifice  d'entree  sur  la  facade  occidentale  et  n< 
s'interrompait  qu'aux  porches. 

Le  grand  gopoura  d'entree  comprend,  en  plus  du  passag< 
central,  deux  petites  chambres  de  veille  disposees  lateralement  e 
de  forme  allongee.  Ces  pieces  ne  sont  eclairees  que  sur  le  fosse 

Les  gopouras  lateraux.  —  Entre  les  petites  chambres  de  1'entrec 
principale  et  celles  des  entrees  lateVales,  nous  rencontrons  unecourte 
galene  qui  etablit  la  communication. 

Les  gopouras  lateraux  ne  different  de  1'entree  centrale  que  pai 
leurs  dimensions  plus  re'duites  et  1'absence  de  vestibule  entre  la 
piece  du  milieu  et  le  porche  occidental.  Us  sont  egalement  com- 
posts d'un  passage  cruciforme  couvert  d'une  tour,  flanque  de  deux 
petites  chambres  et  precede  sur  les  deux  faces  d'un  porche  iden- 
tique  a  ceux  du  grand  gopoura. 

Sous  la  coupole  du  passage  lateral  sud  se  dresse  une  enorme 
statue  de  Vishnou  que  les  habitants  ont  abritee  sous  une  toiture  en 
tuiles.  A  ce  sujet  nous  observerons  que  les  indigenes  ont  pour 
les  statues  brahmaniques  la  meme  veneration  que  pour  les  images 
du  Buddha.  Le  Vishnou  que  nous  rencontrons  Jci  est  meme 
1'objet  d'un  culte  fervent  non  seulement  de  la  part  des  Cambodgiens, 
mats  aussi  de  la  part  des  Chinois  qui  ne  viendraient  jamais  visiter 
le  temple  sans  appliquer  une  feuille  d'or  sur  le  corps  du  dieu  et 
faire  crepiter  quelques  petards  en  son  honneur.  Les  cheveux  que 
Ton  voit  devant  cette  statue  indiquent  que  c'est  ici  que  s'accomplit 
la  ceremonie  dite  "  de  la  coupe  des  cheveux  "(l).On  en  trouve 
meme  de  gris  deposes  la  par  de  vieilles  femmes  en  signe  de  renon- 
cement  aux  jouissances  materielles  de  ce  monde. 

Sous  la  coupole  du  gopoura  symetrique,  les  morceaux  d'une 
autregrande  statue  de  Vishnou  gisent  a  terre. 

(1)  Les  enfants  cambodgiens  garden!  au  sommet  de  la  trie,  jusqu'au  moment  de  leur  nubilite, 
un'toupet  de  cheveux.  Des  qu'ils  sont  en  age  de  se  marier,  une  petite  ceremonie  a  lieu  devant  une 
statue  du  Buddha  ou  une  statue  brahmanique.  Le  rite  consiste  a  couper  les  cheveux  de  1'enfant 
en  presence  des  parents  et  de  quelques  amis.  Un  festin  en  est  la  suite  obligatoire. 

96    


ANGKOR-VAT.  —  FAQADE  INTERIEURE  DES  ENTREES  OCCIDENTALES 
ET  COMMENCEMENT  DE  L 'AVENUE  DAI. LEE. 


ANGKOR- VAT.  —  FAgADE  PRINCIPALS  DES  ENTREES  OCCIDENTALES 
(AVAST  LES  TRAVAUX  DE  DEGAGEMENT). 


GUIDE  AUX  RUI.VES  D'AXGKOR, 


PL.   37.   PAGE  96. 


ANGKOR- VAT.  —  UXE  TRAVEE  DE  LA         ANGKOR-VAT.  —ENTREES  OCCIDENTALES  : 

BALUSTRADE   DE  I/AVENUE  DALLEE  KINCEAUX    KT  MOTIFS  D'ENCADREMENT 

(FRAGMENT).  DE  LA  PORTE  PRINCIPALS. 


ANGKOR-VAT.  —  LINTEAU  DM  PORCHE  CENTRAL  DES  ENTRKES  OCCIDENTALES. 


GUIDE  AU.\  KUI.NKS  UANGKUK. 


I'L.  3K,   I'AtiE  y?. 


ANGKOR-VAT 


Les  galeries  lalerales.  —  Entre  les  vestibules  que  nous  venons 
de  visiter  et  les  porches  extremes  que  nous  verrons  tout  a  1'heure 
s'etendent  des  galeries  de  53  metres  de  longueur  et  de  1  m.  40 
de  largeur,  qui  donnent  a  1'ensemble  des  entrees  occidentales  les 
dimensions  d'un  veritable  monument.  Elles  communiquent  par  une 
petite  baie  avec  les  passages  de  la  partie  centrale,  mais  sont  sans 
issue  aux  extremites  opposees,  qui  se  trouvent  bouchees  par  une 
fausse  porte  decoree  dans  un  style  de  premier  ordre  :  encadrement 
de  moulures  profondes  autour  du  chambranle  ;  panneaux  etroits 
egalement  moulures ;  au  centre,  une  bande  verticale  sur  laquelle  se 
detachent,  en  fcrle  saillie,  des  elements  carres  plaques  de  fleurs 
de  lotus  epanouies.  -  -  L'ouverture  que  Ton  voit  pres  de  1'extre- 
mite  de  la  galene  sud-ouest 
est  recente. 

La  face  interne  des 
galeries  est  constitute  par 
un  mur  plein  decore  d'une 
corniche  qui  soutenait  le 
plafond  et,  a  hauteur  de 

main,  d'une  frise   de  dan- 

.  .,  FIG.  28.  —  ANGKOR- VAT.  —  ENTREES 

seuses   au-dessus   d  un  mo-  OCCIDENTALES  DE  L'ENCEINTE  :  PASSAGE 

tlf  de  tapissene.  Du  COte  RESERVE  AUX  CHARS  ET  AUX  ELEPHANTS  (PLAN) 
du  fosse,  les  galeries  sont 

limitees  par  une  belle  rangee  de  piliers  carres  dont  1'etat  de  con- 
servation est  remarquable.  Les  chapiteaux,  I'arclutrave  et  1'entable- 
ment  sont  intacts  ;  les  futs  sont  a  peine  endommages  dans  la  partie 
basse.  II  n'en  est  malheureusement  pas  de  meme  de  la  veranda 
qui  accompagnait  ces  galeries  et  dont  nous  ne  voyons  plus  que 
des  traces.  Tous  les  piliers  ont  disparu. 

Sur  la  ligne  de  fa?ade  des  galeries  laterales  on  trouve,  au 
centre,  un  petit  ressaut  qui  comportait  un  escalier  d'une  utilite 
contestable. 

Porches  extremes.  —  A  1'epoque  de  la  splendeur  d' Angkor, 
les  elephants  et  les  chars  de  guerre  devaient  etre  nombreux,  et  c'est 
evidemment  ce  qui  a  necessite  1'annexion  aux  entrees  de  la  face 
occidentale  des  grands  passages  que  nous  rencontrons  aux  extre- 
mites des  galeries.  Leur  dallage  est  au  niveau  du  sol  de  la  berme 
et  du  terrain  d' Angkor- Vat.  Les  portes  mesurent  6  metres  en 
hauteur  pour  une  largeur  de  2  m.  50.  Elles  se  fermaient  par  de 
gigantesques  vantaux  de  bois  maintenus  dans  la  partie  superieure 

97    


AVX    RU1NES    D'ANCKOR 


par  une  traverse  dont  on  voit  1'encastrement  et,  en  bas,  par  des 
crapau dines  taillees  dans  les  dalles. 

En  avant  de  ces  portes  s'elevent  des  porches  de  me'me  style 
que  ceux  des  entrees  centrales,  mais  dont  les  piliers,  au  lieu  d'etre 
places  sur  le  dallage  d'un  perron,  sont  dresses  sur  un  soubassement 
vertical  partant  du  sol  pour  laisser  libre  le  passage.  L'ensemble 
des  entrees  extremes  se  presente  encore  sous  une  forme  cruciale  ; 
mais,  entre  les  branches  est-ouest  et  celles  de  1'axe  nord-sud,  il  existe 
une  tres  grande  difference  de  niveau  qui  a  necessite  la  construction 
de  deux  escaliers.  Nous  trouvons  la  deux  petites  chambres  de 
veille  eclairees  d'un  seul  cote  par  des  fenetres  a  balustres.  Ces 
pieces  sont  bouchees  d'un  c6te  par  une  fausse  porte  sculptee  dans 
le  gout  de  celles  qui  termment  les  galeries  laterales,  et  nous  cons- 
tatons  que,  malgre  1'obscurite  qui  y  regne,  les  decorateurs  n'ont 
pas  neglige  les  murs  qu'ils  ont  couverts  de  tevadas  et  de  motifs 
divers. 

La  decoration  des  passages  s'etend  sur  une  large  surface  en 
plusieurs  bandes  paralleles  au-dessus  desquelles  se  trouve  une  frise 
dentelee  encadrant  des  personnages  armes  d'une  massue. 

La  voute  des  entrees  extremes  n'est  pas  surmontee  d'une  tour. 
Elle  emprunte  la  forme  cruciale  des  pieces  et  se  termine  par  des 
pignons  droits  decor es. 

Centre  les  chambres  de  veille  s'amorce  la  muraille  en  limonite 
qui  constitue  1'enceinte  proprement  dite.  Elle  porte  un  chaperon 
e'galement  en  limonite  surmonte  d'une  crete  en  gres.  La  base  du 
mur  s'orne  de  fortes  moulures. 

LE  FOSSE  ET  LA  CHAUSSEE  OCCIDENTALE. 

Nous  avons  deja  vu,  dans  le  chapitre  reserve  a  1*  aper?u 
d'ensemble  ",  que  le  temple  d'Angkor-Vat  est  circonscrit  par  un 
fosse  qui  longe  la  muraille  d'enceinte  a  la  distance  d'une  berme 
large  d'une  trentaine  de  metres. 

Le  fosse  mesure  exactement  190  metres  de  largeur.  Ses  parois 
sont  maintenues  par  un  fort  revetement  en  blocs  de  gres  cubant 
chacun  plus  d'un  demi-metre  et  disposes  en  gradins  sur  une 
assise  de  limonite.  Ce  parement  existe  des  deux  cotes  du  fosse,  qui 
atteint  5  500  metres  de  developpement  sur  le  bord  exterieur  et 
4  740  metres  sur  le  bord  de  la  berme.  Nous  avons  done,  en  addition- 
nant  les  deux  faces,  un  revetement  de  plus  de  10  kilometres  sur 
une  hauteur  de  8  metres.  Ce  travail  prodigieux  n'a  pas  etc 


ANGKOR. VAT 


execute,  faute  de  technique,  dans  les  conditions  de  solidite*  qu'il 
meritait.  Presque  partout  les  blocs  ont  cede  et  si,  les  elements  des 
parois  sont  encore  au  complet,  ils  se  trouvent  dejetes,  disloques, 
ayant  perdu  leur  unique  destination  qui  etait  de  maintenir  les 
terres.  Aussi  les  eboulements  sont  nombreux  et  se  chargent  de 
colmater,  au  moment  des  pluies,  cette  immense  douve  qui  serait 
si  belle  si  elle  avait  conserve,  dans  toute  son  Jntegralite,  son  cachet 
primitif.  On  ne  saurait  songer  aujourd'hui,  tellement  la  ruine  est 
avancee,  a  la  refection  des  parois  du  fosse,  car,  bien  que  les 
materiaux  soient  restes  a  portee  de  la  main,  il  n'en  serait  pas 
moins  indispensable  de  reprendre  1'ensemble  depuis  les  fondations. 

En  face  des  entrees  laterales  qui  flanquent  le  porche  central  de 
la  face  ouest  de  1'enceinte,  on  remarquera  deux  ressauts  de  peu 
d'importance  se  detachant  du  parement  du  fosse.  II  y  avait  la  des 
escaliers  qui  permettaient  d'attemdre  le  plan  d'eau. 

Dans  sa  partie  occidentale,  et  dans  celle-la  seulement,  la  douve 
est  traversee  par  une  chaussee  dallee  qui  est  construite  exactement 
dans  le  prolongement  du  grand  axe  (est-ouest)  du  monument  et 
relie  1'entree  centrale  de  1'enceinte  au  terrain  circonvoisin.  A  ses 
deux  extremiles,  cette  chaussee  s'elargit  par  des  terrasses  cruciales 
pourvues,  celle  de  Test  de  deux  et  celle  de  1'ouest  de  trois 
escaliers  dont  les  rampes  supportaient  des  lions  de  grande  taille. 
Deux  de  ces  statues  se  trouvent  encore  sur  la  terrasse  occidentale. 
Leurs  tetes  offrent  cette  particulante  d'etre  tournees  Tune  vers 
1'autre  au  lieu  de  regarder  droit  devant  elles,  comme  toutes  celles 
que  nous  avons  rencontrees  au  cours  de  notre  visite. 

Dans  sa  partie  centrale,  la  chaussee  comporte  deux  ressauts  de 
10  metres,  un  de  chaque  cote,  qui  lui  donnent  la  forme  d'une 
croix,  forme  que  nous  avons  deja  remarquee  dans  la  composition 
de  toutes  les  parties  d' Angkor- Vat  et  que  nous  observerons  plus 
tard  dans  tous  les  temples  du  groupe.  II  ne  faut  pas  y  voir  le 
moindre  symbole  religieux,  comme  le  font  beaucoup  de  visiteurs, 
mais  un  simple  gabarit  adopte  a  cause  de  la  commodite  du  trace 
et  de  la  construction.  Les  extremites  des  ressauts  sont  pourvues 
d'un  escalier,  presque  completement  ruine,  qui  permet  de  des- 
cendre  dans  le  fosse. 

Les  parois  absolument  verticales  de  la  chaussee  etaient  accom- 
pagnees  lateralement  de  hautes  colonnes  rondes  (dont  on  retrouve 
encore  de  rares  exemplaires) ,  qui  soutenaient  une  corniche  en 
encorbellement  sur  laquelle  etait  etablie  la  balustrade.  Ce  dernier 

99     


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


element  decoratif  a  completement  disparu  sur  tout  le  cours  de  la 
chaussee,  mais  il  en  reste,  sous  le  banian  voisin  du  porche  d'entree, 
un  magninque  fragment  (1),  qui  nous  renseigne  sur  la  composition 
de  ce  qui  existait  autrefois. 

Nous  avons  dit,  dans  I'apercu  d 'ensemble,  que  le  projet 
primitif  prevoyait  certainement,  sur  les  quatre  faces  du  fosse,  une 
chaussee  analogue  a  celle  de  la  partie  occidentale  mais  que  les 
constructeurs  d' Angkor  n'avaient  pas  eu  le  temps  d'accomplir  toute 
I'osuvre  projetee.  En  effet,  dans  les  orientations  nord  et  sud,  la 
douve  est  libre,  ce  qui  parait  anormal,  puisque  1'enceinte  s'ouvre 
par  des  portes  qui  ne  servent  a  rien.  Sur  la  face  onentale,  elle  est 
traversee  par  une  simple  levee  de  terre  maintenue  par  des  blocs 
de  limonite.  Ce  travail  a  etc  fait  a  la  hate  pour  les  besoins  de  la 
circulation  et  le  transport  des  matenaux. 

LES  ENTREES  SECONDAIRES  DE  V ENCEINTE. 

Nous  designons  ainsi  les  porches  situes  au  milieu  des  faces  nord, 
est  et  sud  de  la  muraille  d'enceinte.  Us  ne  sont  pas,  comme 
1'entree  principale  de  la  face  occidentale,  relies  au  temple  par  une 
avenue  dallee  (2). 

Bien  que  les  entrees  secondaires  aient  une  etendue  beaucoup 
moins  considerable  que  1'entree  occidentale,  qui  comprend,  comme 
nous  1'avons  vu,  cinq  passages  et  de  longues  galeries,  elles  n'en 
representent  pas  moins  de  veritables  petits  monuments  dont  voici 
la  composition  :  en  regard  du  fosse  et  a  I'mteneur  de  1'encemte 
s'elevent  des  porches  a  piliers  carres  (un  de  chaque  cote)  prece- 
dant  une  assez  grande  cliambre  cruciale  eclairee  par  des  fenetres 
a  balustres.  Cette  piece  centrale  est  flanquee  de  deux  petites 
galeries  laterales  couvertes  d'une  demi-voute.  De  hauts  piliers  sup- 
portent  un  entablement  et  la  voute.  A  chaque  extremite  de  la 
grande  nef  se  trouvent  deux  chambres  de  veille  de  dimensions 
differentes,  la  plus  eloignee  du  centre  etant  plus  petite  que  celle 
qui  la  precede.  Aucune  tour  ne  domine  ces  entrees,  dont  les  toitures 
principals  s'assemblent  au  milieu,  comme  d'habitude,  en  voutes 
d'arete  et  se  poursuivent,  sur  les  bas-cotes,  par  des  toitures  etagees 
a  pignon  droit. 

(I)  Tete  de  Naga  de  tres  grande  taille  et  superbe  comme  ligne. 

(.2)  En  1909  et  1910  des  avenues  ont  etc  tracees  dans  la  foret  pour  relier  la  terrasse  de  pour- 
tour  aux  entrees  secondaires.  II  est  probable  que  cette  disposition  correspond  a  ce  qui  existait 
autrefois  ;  mais  nous  ne  sommes  pas  convaincu  que  le  plan  primitif  n'ait  pas  prevu,  sur  chacune 
des  faces,  une  chaussee  dallee  semblable  a  celle  de  1'ouett. 

IOO       


ANGKOR- VAT.  —  FACADE  PRINCIPALE  DU  PORCHE  CENTRAL  DES  ENTREES 
OCCIDENTAI.ES  (AVANT  LES  FRAVAUX  DE  DEGAGEMENT.) 


GUIDE  ATX  KUI.NKS  D'.VNGKOR. 


PL.   3lJ.    PAGE.  100. 


ANGKOR-VAT.  —  UN  DES  EDICULES  FLANQUAXT  i, 'AVENUE  DAI.LEE. 


ANGKOR- VAT.  —  DECORATION  EXTERIEURE  DES  ENTREES  OCCIDEXTAI.ES. 


GUIDE  AL'X   RL'IXES   D'A.NGKOk. 


J'L.   4O,   PAGE   101 


ANGKOR. VAT 


L'exterieur  des  trois  entrees  secondaires  est  a  peu  pres  acheve, 
us  Tinterieur  n'est  pas  dans  le  meme  etat.  Les  piliers  et  les 
irs  ont  ete  simplement  prepares  pour  le  travail  decoratif,  sauf 
ux  de  1'entree  meridionale,  qui  sont  termines.  L'entablement, 
rchitrave,  les  chapiteaux  et  les  ruts  des  piliers  accusent  quelques 
wlures  qui  sont  un  commencement  de  decoration  ;  mais  les  motifs 
srnement  ne  sont  pas  ebauches  et  la  pierre  n'a  meme  pas  ete 
lie.  Get  arret  dans  le  travail  de  1'ornementation  doit  retemr 
tre  attention  parce  qu'il  nous  renseigne  sur  les  precedes  des 
isans  d'autrefois. 

L'exterieur  est  presque  completement  termine,  avons-nous  dit ; 
pendant  nous  constatons  que  les  tevadas  sculptees  sur  les  tru- 
;aux  de  1'entree  est  n'existent  pas  sur  ceux  de  1'entree  nord, 
mme  aussi  certains  details  du  porche  septentrional  ne  sont  pas 
aroduits  dans  celui  de  Test.  Mais,  partout,  les  piliers  et  les  esca- 
rs  qui  precedent  le  passage  ont  re9U  leur  decoration  complete,  de 
;me  que  les  toitures,  les  frontons  et  les  pignons.  Plusieurs  tym- 
ns  sont  meme  tout  a  fait  remarquables  tant  par  leur  execution 
gnee  que  par  leur  etat  de  conservation. 

Tous  les  frontons  sont  decores  de  sujets  mythologiques.  Un  de 
ix  du  porche  nord  represente  Vishnou  combattant  centre  trois 
souras.  II  en  souleve  un  de  son  bras  puissant  et  foule  aux  pieds 
deux  autres,  pendant  que  des  assistants  accroupis  regardent  la 
te.  Les  mams  libres  du  dieu  tiennent  la  massue  et  le  disque  qui 
it  partie  de  ses  attributs. 

Ailleurs,  nous  voyons  la  deesse  de  la  Terre  tenant  d'une  main 
cimeterre  a  lame  cjurbe  et  soutenant  le  ciel  de  1'autre  main. 
;ux  suivantes  portant  des  fleurs  et  un  sabre  accompagnent  la 
esse ;  cinq  femmes  assises  a  cote  de  bosufs  au  pacage  entrent 
ns  la  distribution  de  ce  panneau. 

Un  des  frontons  de   la  meme  entree  represente  un  des  exploits 
Vishnou,  sans  doute  un  autre  episode  de  sa  lutte  centre  les 
ouras.  Dans   les  motifs  du  porche  oriental,   nous  apercevons  le 
des  Rakshasas,   Ravana,  pourvu  de  dix  tetes  et  d'une  infinite 
bras.  Le  heros  est  accompagne  de  nombreux  personnages. 
Mous  retrouvons  encore,  dans  un  des  bas-reliefs  de  cette  entree, 
hnou  au  milieu  de  femmes  1'adorant  et,  sur  un  autre  panneau, 
personnage  coiffe  d'un  bonnet  cylindrique,  arme  de  plusieurs 
5sues  et  entoure  d'assistants  ou  d'adorateurs. 
Dans  la  chambre  de  1'entree  meridionale,  on  rencontre  les  restes 
101     


AUX    RU1NES    D'ANGKOR 


d'une  grande   statue  du   Buddha  executee   en  argile.  Elle    etait 
recouverte  autrefois  d'une  couche  de  laque  qui  a  disparu. 

DATE  DE  LA  FONDATION  D' ANGKOR-VAT. 

De  nombreuses  inscriptions  sont  gravees  sur  les  piliers  et  les 
murs  du  temple,  mais  aucune  ne  mentionne  la  date  de  sa  fondation. 
Cependant  la  forme  des  lettres  peut  fournir  une  indication,  et  les 
epigraphistes  se  montrent  assez  d'accord  pour  estimer  que  le  type 
des  caracteres  les  plus  anciens  —  inscriptions  de  la  galerie  histo- 
rique  et  de  celle  des  cieux  et  des  enfers  —  remonte  au  XII"  siecle 
de  notre  ere.  On  peut  done  dire  qu' Angkor- Vat  etait  construit  a 
cette  epoque,  mais  il  serait  temeraire  de  preciser  davantage. 

La  description  qui  precede,  aride  comme  toutes  les  descriptions 
d'ordre  archeologique,  est  peut-etre  suffisante,  et  c'est  sa  seule 
prevention,  pour  donner  une  idee  de  1'ordonnance  d' Angkor- Vat, 
mais  elle  est  certainement  trop  incomplete  pour  faire  apprecier  le 
charme  et  la  valeur  artistique  de  ce  Parthenon  cambodgien.  II  est 
done  necessaire  que  le  visiteur  supplee  par  une  impression  person- 
nelle  a  1'indigence  des  notes  contenues  dans  ce  petit  livre  ;  il  faut 
qu'il  fouille  du  regard  les  recoins  les  plus  mysterieux,  car  c'est 
souvent  la  que  se  cachent  des  details  charmants ;  mais  il  lui  faut 
surtout  ne  pas  se  presser  et  voir  posement  toutes  les  parties  du 
temple. 

LE  MONUMENT  DU  PHNOM  BAK-KENG  (I). 

Le  Phnom  Bak-Keng  est  un  mamelon  conique,  de  65  metres 
de  hauteur  et  de  nature  essentiellement  rocheuse,  qui  se 
trouve  a  400  metres  de  1'enceinte  meridionale  d' Angkor- 
Thorn.  Sa  base  vient  toucher  le  bord  gauche  de  la  route  qui  con- 
duit d* Angkor- Vat  a  la  porte  sud  de  1'ancienne  capitale.  Un  rai- 
dillon  permet  de  gravir  la  c6te.  II  y  avait  la  autrefois,  a  la  place 
de  ce  sentier  abrupt,  un  escalier  a  marches  de  limonite  dont  tous 
les  blocs  ont  etc  utilises  dans  la  construction  de  la  citadelle  de 
Siem-Reap.  Deux  lions  de  pierre  places  a  droite  et  a  gauche  du 
sentier  marquent  1'endroit  ou  s'etablissait  le  premier  palier.  Plus 
bas,  une  marche  de  gres  indique  le  commencement  de  1'escalier. 

Un  plateau  artificiel,  taille  dans  le  roc,  s'etend  au   sommet  de 

( I )  Montagne  du  "  talon  brise  ". 

IO2       


ANGKOR-VAT 


la  colline.  II  mesure  200  metres  de  longueur  (est-ouest)  pour 
une  largeur  de  1 00  metres  (nord-sud) .  Sur  cette  vaste  esplanade 
s'elevaient  des  terrasses,  un  temple  et  quelques  constructions 
annexes. 

La  partie  orientale  du  plateau  comporte  une  avenue  d'une  cen- 
taine  de  metres  de  longueur,  qui  conduit  aux  terrasses  et  dont  le 
sol  est  constitue  par  un  affleurement  de  la  roche.  Des  trous  ronds 
et  assez  profonds,  creuses  sur  les  bords  de  cette  voie,  contenaient 
deux  rangs  de  lingas  representes  encore  aujourd'hui  par  trois  spe- 
cimens en  bon 
e^at.  Au  centre 
de  1'avenue,  les 
bonzes  annami- 
tes,  qui  habitent 
depuis  longtemps 
le  sommet  du 
Phnom,  ont  cons- 


truit  une  petite 
chapelle  en  bri- 
ques  scenes  pour 
mettre  a  1'abri  un 

Buddhapada 
(pied  de  Bud- 
dha) sculpte'  en 
creux  dans  une 
cuve  de  gres  lon- 
gue  de  2  m.  20 
et  profonde  de  50  centimetres.  Derriere  la  chapelle,  les  lingas 
sont  remplaces  par  des  pikers  carres  dont  la  disposition  laisse  sup- 
poser  qu'un  vestibule  couvert  precedait  le  temple. 

A  droite  de  la  chapelle,  et  a  quelques  metres  de  1'avenue,  six 
autres  piliers  carres,  regulierement  poses,  indiquent  l'emplacement 
d'une  construction  rectangulaire  qui  n'avait  pas  sa  symetrique  a 
gauche.  On  observe  aussi  sur  le  plateau  une  quantite  de  trous  d'un 
faible  diametre,  ou  venaient  sans  doute  se  loger  les  colonnes  en  bois 
d'habitations  particulieres.  Deux  petits  stoupas,  qui  ne  datent  evi- 
demment  pas  de  1'epoque  du  temple,  se  dressent  1'un  a  gauche  et 
1'autre  au  centre  del'avenue. 

La  premiere  terrasse,  qui  represente  1'assise  inferieure  du  monu- 
ment, etait  entouree   d'une  cour  circonscrite  par  un  mur  de  limo- 
io3    


FIG.  29.  —  TEMPLE  DU  PHNOM  BAK-KENG  (PLAN). 


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


nite.  II  faut  voir  dans  cette  muraille  une  limite  du  terrain  sacre 
plut6t  qu'une  protection,  car  le  cote  oriental  que  traverse  1'avenue 
ne  parait  pas  avoir  etc  ferme. 

Sur  la  face  est  de  la  cour,  on  rencontre  deux  edicules  iden- 
tiques  disposes  symetriquement  de  chaque  cote  de  1'avenue.  Us 
sont  construits  en  petites  pierres  de  gres  et  mesurent  7  metres  sur 
6  m.  50.  L'interieur  ne  comprend  qu'une  seule  piece,  oil  les 
bonzes  annamites  ont  rassemble  de  nombreuses  statues  du  Buddha 
et  quelques  fragments  d'images  brahmaniques.  Leurs  portes  s'en- 
cadrent  de  pilastres  et  de  frontons  prepares  pour  une  decoration  qui 
n'est  meme  pas  ebauchee.  Les  murs  presentent  cette  particularite 
assez  rare  d'etre  perces,  a  la  place  habituelle  des  fenetres,  d'une 
quantite  de  petites  ouvertures  en  forme  de  losanges. 

La  bonzerie  annamite  utilise  quelques  batiments  en  bois,  a  toi- 
ture  de  tuiles,  installes  dans  les  angles  sud-est  et  nord-est  de  la 
cour  (1). 

Autour  de  la  premiere  assise,  on  remarque  de  gracieux  petits 
monuments  en  briques  couverts  d'un  dome  eleve.  Ces  edicules 
accusent  presque  tous  un  etat  de  ruine  accentue  ;  quelques-uns 
meme  ne  sont  plus  representes  que  par  un  amas  informe  de  mate- 
riaux,  et  cependant,  ainsi  que  Ton  peut  s'en  rendre  compte  par 
1'examen  des  parties  conservees,  ils  etaient  solidement  construits. 
Nous  supposons  done  que  la  main  de  1'homme  n'est  pas  etrangere 
a  cette  destruction. 

Le  temple  du  Phnom  Bak-Keng  s'elevait  sur  une  assise  pyra- 
midale  composee  de  cinq  terrasses  etagees.  Du  temple  lui-meme 
nous  ne  pouvons  rien  dire,  puisqu'il  n'existe  plus.  II  a  disparu  en 
majeure  partie  dans  une  cavite  profonde  que  Ton  aper^oit  en  se 
penchant  au-dessus  des  eboulis  et  qui  permet  de  croire  que  les 
constructeurs  avaient  creuse  sous  le  sanctuaire  une  vaste  crypte, 
car  il  faut  ecarter  1'hypothese  d'un  affaissement  du  sol  sur  un  point 
ou  la  roche  est,  pour  ainsi  dire,  a  fleur  de  peau. 

Par  centre,  les  terrasses  ont  etc  preservees.  Elles  semblent  eta- 
blies  sur  un  gabarit  taille  dans  la  colline,  mais  leur  elevation  verti- 
cale,  qui  se  termine  par  une  corniche  d'un  relief  a  peme  sensible, 
est  revetue  d'un  parement  en  blocs  de  gres  parfaitement  travailles. 
Au  centre  de  leurs  faces  est  pratique  un  escalier  dont  les  marches, 

(I)  Les  bonzes  annamites  ont  entrepris  un  clebroussaillement  qui  facilite  la  visile  du  temple. 
II  est  probable  que  leur  exemple  ne  sera  pas  suivi  par  les  bonzes  cambodgiens  d'Angkor-Vat  et 
d' Angkor-Thorn,  qui  vivent  dans  la  faineantise  absolue  etVont  meme  jamais  songe  a  nettoyer  les 
monuments  qu'ils  utilisent  pour  leurs  ceremonies. 


ANGKOR- VAT.  —  PERSPECTIVE  DES  ENTREES  OCCIDEXTAI.ES. 


ANGKOR- VAT.  —  PROFII.  D'UN  DES  PORCHES  LATERAUX  DES  ENTREES 
OCCIDENTALES. 


GUIDE  AUX  KUINES  I/ANGKOR. 


PL.  41.  PA<;K  104. 


GUIDE  AUX  RUINES  D'AXGKOR. 


PL.  42,  PAC.E  105. 


•    ANGKOR. VAT 

contrairernent  a  ce  que  Ion  observe  dans  les  autres  temples,  s'elar 
gusent  detage  en  etage.  Des  lions  decoratifs  qui  se  retrouven 
presque  au  complet  ornent  les  rampes. 

Les  plates-formes  des  cinq  gradins  supported  deux  tourelles  en 
Hanquement  des  escaliers  et  une  sur  chacun  des  angles.  Nous  avons 

one  douze  tourelles  par  e'tage  et  soixante  pour  lensemble.  Elles 
sont  construites  en  gres, 
mesurent  2  m.  50  de 
c6te  et  contiennent  une 
cellule  qui  ne  prend  jour 
que  sur  une  face.  Les 
parois  closes  sont  deco- 
"ees  de  fausses  baies  et 
ie  portent  aucune  trace 
les  ornements  qui  sur- 
:hargent  d 'ordinaire  les 
instructions  cambod- 
iennes  de  la  meme  epo- 

ue.  Leur  superstructure 
distribue  en  quatre 
egres  et  se  termine  non 
ar  un  couronnement  en 

:ur   de    lotus,     comme 

utes  les  tours  que  nous 


FIG.  3o.  —  TEMPLE  DU  PHNOM  BAK-KING.  — 

COUPE  DES  TERRASSES,  DES  ESCALIERS 

ET  DES  TOURELLES.  (Le  monument  central 
est    suppose".) 


'ons  deja  vues  et  que  nous  verrons  plus  tard,  mais  par  un  epi 
jremente  de  moulures  dun  elegant  profil.  Get  element  est  perce 
un  trou  rond  qui  pouvait  servir  a  placer  la  hampe  d'un  drapeau 
i  un  motif  decoratif  quelconque. 

La  terrasse  superieure  etait  entierement  occupee,  sauf  sur  la 
arge  ou  se  trouvent  les  tourelles,  par  le  sanctuaire  qui,  d'apres 
3  bases,  devait  mesurer  une  vingtaine  de  metres  dans  les  deux 

M 


es. 


Un  linga  couche  sur  le  sol  d'une  des  plates-formes  de  la  face 
Dtentnonale  nous  fournit,  avec  ceux  de  lavenue,  une  indication 
'  le  culte  auquel  le  temple  du  Phnom  Bak-Keng  etait  affecte 


IV 
ANGKOR-THOM 


APERCUD'ENSEMBLE.  ||  LE  FOSSE  ET  LES  CHAUSSEES  TRAVERSIERES.  ||  LES 
FORTES  ET  LA  MURAILLE  D'ENCEINTE.  ||  LES  AVENUES  ET  LES  BASSINS. 
||  DESCRIPTION  DBS  TEMPLES  :  LE  BAYON  ET  SES  BAS-RELIEFS;  LE 
BAPHUON  ET  SES  BAS-RELIEFS  ;  LE  GROUPE  DU  PHIMEANAKAS  ;  PRAH- 
PALILAY ;  LE  BELVEDERE  DU  ROI  LEPREUX ;  TEP-PRANAM ;  LE  GROUPE  DU 
PRAH-PITHU;  LES  TOURS  ET  LES  EDIFICES  DE  LA  FACE  ORIENTALS  DE  LA 
PLACE  CENTRALE.  ||  LES  ANNEXES  D' ANGKOR-THOM  :  THOM-MANON  ; 
CHAU-SAY;  LE  SPEAN  KROM. 

APERCU  D'ENSEMBLE. 

ANGKOR-THOM  est  situe  a  6  kilometres  de  1'agglomeration 
de  Siem-Reap  et  a  1  500  metres  d*  Angkor- Vat.  On  y 
arrive  par  une  route  droite  qui  aboutit  a  la  porte  meri- 
dionale  de  la  ville. 

Ici,  la  vegetation  a  tout  envahi  :  les  remparts,  les  fosses,  les 
porches  d'entree,  les  avenues  et  les  temples.  Dans  cette  vaste 
enceinte  qui  connut  autrefois  le  joyeux  tumulte  des  fetes  et  le  bruit 
des  armes,  le  silence  regne  en  maitre,  rarement  trouble  par  les 
pneres  de  quelques  bonzes  qui  consentent  a  demeurer  dans  cette 
solitude.  Sous  la  voute  des  immenses  porches  ou  passaient  autre- 
fois les  elephants  richement  caparaconnes  portant  des  guerriers 
aux  armes  etincelantes  et  des  princesses  scintillantes  de  pierrenes, 
ne  passent  plus  que  quelques  miserables  bucherons  et  les  trou- 
peaux  des  villages  voisins. 

Un  fosse  de  pres  de  100  metres  de  largeur  entoure  la  ville,  qui 
a,  pour  seconde  protection,  une  haute  muraille  de  hmomte.  Cinq 
portes  monumentales,  une  sur  chacune  des  faces  sud,  ouest  et 
nord,  deux  a  Test,  sont  ouvertes  dans  le  rempart.  Toutes  ces 
entrees  sont  precedees  d'une  chaussee  qui  franchit  le  fosse. 

L'antique  capitale  s'etend  sur  un  peu  plus  de  3  kilometres 
dans  les  deux  axes  nord-sud,  est-ouest.  Au  centre  de  cet  immense 
carre  se  dresse  le  temple  du  Bayon,  un  des  chefs-d'oeuvre,  et  le 

I07      


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


plus  pur,  de  1'architecture  cambodgienne  ;  au  nord  de  cet  edifice 
se  developpe  la  place  publique,  sorte  de  vaste  forum,  de 
700  metres  de  longueur  et  150  de  largeur,  dont  la  peripherie  est 
occupee  soit  par  des  monuments,  soit  par  leurs  entrees  d'honneur. 
Trois  avenues  reliaient  les  portes  de  1'enceinte  au  Bayon;  deux 
autres  voies  de  la  meme  importance  aboutissaient  a  la  grande  place. 

Les  constructions  autour  de  la  place  s'appellent :  Baphuon, 
Phimeanakas,  la  terrasse  d'honneur  de  ce  temple,  la  terrasse  dite 
du  roi  lepreux,  le  groupe  de  Prah-Pithu,  les  magasins  (1) 
precedes  de  leurs  tours,  et  enfin  le  Bayon  deja  cite.  Au  nord  de 
1'enceinte  du  Phimeanakas  se  trouvent  les  ruines  d'un  edifice 
connu  sous  le  nom  de  Prah-Palilay.  Tous  ces  monuments  ont 
un  caractere  brahmanique  indiscutable.  Quelques  chapelles  boud- 
dhiques  de  bien  moindre  importance  sont  disseminees  un  peu 
partout  dans  la  foret  d*  Angkor-Thorn. 

A  proximite  des  avenues,  autour  des  etangs  creuses  de  main 
d'homme,  dans  le  voisinage  des  temples,  pres  des  remparts  et  dans 
tout  le  terrain  circonscnt  par  1'enceinte,  on  rencontre  d'innombrables 
fragments  de  poteries,  de  briques  et  de  tuiles  qui  peu  vent 
fournir  une  indication  surla  densite  del'ancienne  population  urbaine. 

Ainsi  nous  visitons  en  ce  moment  les  ruines  d'une  ville  dont 
1'enceinte  atteignait  un  developpement  de  plus  de  12  kilometres. 
On  voit  que  la  capitale  des  fondateurs  du  royaume  etait  loin 
d'etre  une  bourgade  et  qu'elle  se  rapprochait,  par  ses  dimensions, 
des  centres  importants  des  pays  occidentaux.  Et,  si  nous  la  com- 
parons  a  nos  villes  franques  de  la  meme  epoque,  Angkor-Thorn, 
qui  est,  selon  toute  vraisemblance,  du  ixe  siecle  (milieu  du  Moyen 
Age,  regnes  de  Charlemagne,  Louis  le  Debonnaire,  Charles  II), 
nous  apparalt  de  proportions  olossales.  Si  nous  clierchons  une 
comparaison  avec  les  capitales  de  1'antiquite,  nous  constatons  que 
la  Rome  de  Neron  aurait  tenu  a  1'aise  dans  les  murs  d* Angkor- 
Thorn. 

On  a  vu,  dans  la  parlie  historique  (Voir  les  notes  preliminaires 
du  commencement  de  ce  guide)  que  la  ville  d' Angkor-Thorn  fut 
inauguree  vers  1'an  900  de  notre  ere  par  le  roi  Ya^ovarman,  qui 
en  fut  peut-etre  le  fondateur  reel  ou  qui,  plus  certainement, 
1'acheva.  Elle  fut  abandonnee  plus  tard  pendant  seize  annees  et 

(I)  Les  denominations  de  "  terrasse  du  roi  lepreux  "  et  de  "  magasins  "  sont  celles  que  Ton 
trouve  dans  le  livre  de  M.  E.  Aymonier,  le  Cambodge,  t.  Ill,  ct  que  les  indigenes  emploient  le 
plus  frequemment.  Nous  vcrrons  plus  tard  qu'elles  sont  Ires  mal  choisies. 

I08       


ANGKOR-THOM 


redevint  residence  royale  sous  le  regne  de  Rajendravarman. 
Nous  avons  egalement  note  qu'a  certaines  epoques  le  Bouddhisme 
y  florissait  presque  a  1'egal  du  Brahmanisme,  grace  a  la  protection 
des  princes  regnants.  C'est  ce  qui  explique  que  de  nombreuses 
chapelles  bouddhiques  aient  etc  elevees  dans  le  voisinage  des 
temples  brahmaniques,  et  a  la  meme  epoque  que  ces  derniers. 

On  remarque  avec  tristesse  1'etat  dans  lequel  se  trouvent  tous 
les  monuments  d'Ang- 
kor-Thom.  En  verite, 
les  aces  de  vanda- 
lisme  ont  etc  notoire- 
ment  plus  nombreux 
ici  qu'ailleurs,  mais  ils 
n'ont  pas  seuls  cause  la 
rume  de  ces  temples  de 
grande  allure  qui  s'ap- 
pellent  le  Bayon  et  le 
Baphuon.  La  vegeta- 
tion entre  pour  une 
bonne  part  dans  cette 
destruction,  et  Ton  doit 
regretter  que  la  c^ur  de 
Bangkok,  dont  le  terri- 
toire  d*  Angkor  a  etc 
tributaire  pendant  pres- 
que tout  le  Xix"  siecle, 
n'ait  pas  songe  a  dega- 
ger  et  proteger  toute 

une  serie  de  monuments  qui  comptent  parmi  les  plus  beaux  du 
monde.  Les  Siamois  auraient  fait  osuvre  meritoire  en  distrayant 
chaque  annee,  de  leurs  florissantes  recettes,  quelques  ticaux  en 
faveur  d*  Angkor. 

LE  FOSSE  ET  LES  CHAUSSEES  TRAVERSIERES. 

Tout  autour  de  la  muraille  d'enceinte  d' Angkor-Thorn  et  a  la 
distance  d'une  berme  de  quelques  metres,  regne  un  fosse  analogue 
a  celui  d' Angkor- Vat,  mais  de  dimensions  differentes.  Son  developpe- 
ment  total,  mesures  prises  sur  le  bord  exterieur,  est  de  1 3  200  metres ; 
sa  largeur  ne  depasse  pas  100  metres.  Les  parois  de  cette  douve 
sont  parementees  de  blocs  enormes  caches  en  majeure  partie  sous  la 

109     


FIG.  3i.  —  ANGKOR-THOM  (PLAN  D'ENSEMBLE 

LEVE  PAR  LE  LIEUTENANT   DUCRET). 


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


broussaille.  Autrefois,  la  profondeur  du  fosse  devait  atteindre 
5  ou  6  metres,  peut-etre  meme  davantage,  mais  le  fond  s'est 
colmate  peu  a  peu,  pendant  des  siecles,  par  les  apports  du  vent, 
et  les  endroits  les  plus  profonds  ne  mesurent  aujourd'hui  guere 
plus  de  3  metres.  Une  grande  partie  de  1'etendue  du  fosse  est 
occupee  par  les  rizieres  que  les  habitants  des  villages  voisins  ont 
coutume  d'y  cultiver  chaque  annee ;  le  reste  est  envahi  par  les 
hautes  herbes  et  une  brousse  impenetrable. 

Sur  chacun  de  ses  cotes  sud,  ouest  et  nord,  le  fosse  est 
coupe  par  une  chaussee  aboutissant  a  1'un  des  porches  d'entree. 
Dans  I'orientation  est,  on  rencontre  deux  de  ces  sortes  de  pont 
correspondant  aux  deux  entrees  de  1'enceinte  et  aux  avenues  qui 
conduisent,  1'une  au  temple  du  Bayon,  1'autre  au  perron  d'honneur 
du  Phimeanakas. 

Les  chaussees  traversieres  mesuraient  une  quinzaine  de  metres 
de  largeur  et  n'offraient  entre  elles  aucune  difference.  Une  forte 
assise  de  limomte  mouluree  soutenait  un  dallage  de  gres  et  une 
corniche  de  bordure  sur  laquelle  etait  posee  une  enorme  balus- 
trade dont  nous  avons  deja  vu  le  sujet,  en  bas-relief,  dans  la 
scene  du  barattement  sculptee  sur  un  des  murs  d' Angkor- Vat. 
La  main-courante  se  composait  du  Naga  porte  par  des  geants  de 
2m.  50  de  hauteur  faisant  effort  de  tous  leurs  muscles  pour  sou- 
tenir  le  gigantesque  serpent  dont  les  tetes  se  dressaient  a  1'entree 
du  pont.  Des  geants  a  douze  tetes  tenaient  dans  leurs  vingt- 
quatre  bras  les  tetes  et  la  queue  du  monstre.  Tous  ces  Asouras 
sont  solidement  campes.  Us  ont  le  buste  nu  et  les  reins 
couverts  d'un  pagne  court  qui  s'arrete  a  la  moitie  de  la  cuisse. 
Leurs  bras  et  leurs  chevilles  sont  cercles  d'anneaux ;  un  large 
collier  orne  leur  poi trine.  Nous  avons  la  le  plus  puissant  des 
motifs  decoratifs  d* Angkor-Thorn  et  peut-etre  le  plus  beau.  Les 
personnages  sont  largement  traites,  sans  fioritures  mutiles  ;  leur 
pose  est  pleine  de  force  et  presque  naturelle,  qualite  rare  dans  la 
statuaire  cambodgienne.  L'ensemble  devait  avoir  une  allure  supe- 
rieure.  Malheureusement,  le  vandalisme  et  la  vegetation  se  sont 
achames  sur  ces  chaussees  plus  encore  que  dans  les  temples,  et 
nous  ne  retrouvons  aujourd'hui,  pour  nous  permettre  d'apprecier 
la  valeur  de  cette  composition,  que  quelques  specimens  a  peu 
pres  mtacts.  Devant  la  porte  qui  commande  1'avenue  du  Bayon 
(Thvea  Khmoch  =  porte  des  fant6mes),  on  peut  voir  un  geant 
a  tetes  multiples  soutenant  la  queue  du  serpent  et,  a  1'autre 

no    


ANGKOR-  THOM 


extremite  de  la  meme  chaussee,  se  dressent  encore  cinq  des  geants 
qui  enlagaient  le  corps  du  Naga.  Les  balustrades  des  autres  faces 
sont  ruinees  au  point  qu'il  faut  chercher  longtemps  avant  d'en 
decouvrir  quelques  fragments  informes  ( 1 ),  et  les  chaussees  elles-memes 
semblent  n'avoir  jamais  etc  que  des  levees  de  terre  grossierement 
ma?onnees  sur  leurs  parois  verticales.  Toutefois,  on  pourra  sans 
doute,  avec  du  temps,  innniment  de  patience  et  quelque  argent, 
reconstituer  les  chaussees  et  retablir  leur  mam-courante  apres  en 
avoir  r assemble  les  morceaux  epars.  Cette  besogne  demandera 
plus ieursannees,  car  ilconvient  de  remarquer  que  le  peu  qui  existe 
est  disloque  et  que  tout  est  a  replacer,  pierre  par  pierre,  de  la 
base  au  sommet. 

M.  Delaporte,  dans  la  relation  qu'il  publia  en  1880  (2)  a  la 
suite  de  sa  mission  au  Cambodge,  nous  laisse  entendre  qu'en 
1873,  epoque  de  sa  visile  a  Angkor-Thorn,  la  balustrade  de  la 
chaussee  du  Bayon  existait  encore  en  entier  :  "  Nous  venons  de 
passer  le  pont  des  morts,  ecnt-il,  entre  les  deux  enormes  dragons 
heptacephales  que  portent  deux  files  de  cmquante-quatre  dieux 
et  geants.  Nous  franchissons  maintenant  la  porte  triomphale.... 
Mais  M.  Delaporte  fait  quelquefois  preuve  dans  son  ouvrage  d'un 
peu  de  fantaisie,  et  nous  le  soup9onnons  d'avoir  restitue,  par 
I'lmagmation,  un  ensemble  deja  disparu.  Dans  tous  les  cas,  on 
est  surpris  de  voir  que  des  cent  huit  geants  rencontres  sur  cette 
chaussee  par  M.  Delaporte  il  ne  reste  plus  aujourd'hui  que 
six  specimens,  dont  trois  complets.  En  1873,  la  vegetation  etait 
aussi  dense  que  maintenant ;  tout  ce  qu'elle  avait  pu  detruire  etait 
deja  par  terre,  a  peu  de  chose  pres,  et  depuis  quarante  ans  aucun 
acte  de  vandalisme  n'a  etc  commis,  sauf  par  quelques  iconoclastes 
europeens  qui  se  sont  contentes  de  mutiler  sottement  de  fragiles 
frontons  pour  en  emporter  un  fragment  ou  de  graver  leur  nom  peu 
glorieux  sur  les  pierres  d' Angkor. 

II  nous  paralt  opportun  de  transcrire  a  cette  place  le  commen- 
cement de  la  description  du  Chinois  Tcheou  Ta-Kouan,  qui  sejourna 
au  Cambodge  de  1295  a  1297  (3).  —  "  La  muraille  de  la 
ville  (Angkor-Thorn)  a  environ  vingt  //  de  tour.  Elle  a  cinq 

(1)  Cependant  le  visiteur  rencontrera.   sur  la   chaussee   qui    precede  la  porte   meridionale, 
plusieurs  fragments  bien  conserves  que  les  travaux  deja  executes  en  cet  endroit  ont  rendus  a  la 
lumiere  :  tetes  de  geants,  tetes  de  Naga  et  travees  de  la  main-courante. 

(2)  Delaporte,  Voyage  au  Cambodge,   Paris,  Ch.  Delasrave.  1880. 

(3)  Bulletin  de  I'Ecole  francalte  d' Extreme-Orient    annee  1 902,  t.  II,  p.  141.  La  relation  du 
voyageur  chinois  est  traduite  par  M.  Pelliot,  qui  nous  fait  remarquer,  en  note,  que  le  chiffre  1 08 
representant  le  nombre  total  des  geants  de  chaque  chaussee  est  un  chiffre  sacre. 

I  I  l       


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


portes  ;  chaque  porte  est  double  (1).  Sur  le  cote  oriental  s'ouvrent 
deuxportes;  tous  les  autres  cotes  n'en  ont  qu'une.  En  dehors  de 
la  muraille  est  un  grand  fosse  ;  en  dehors  du  fosse,  des  chaussees 
d'acces  avec  de  grands  ponts.  Des  deux  cotes  des  ponts,  il  y  a 
cinquante-quatre  genies  de  pierre,  semblables  a  des  generaux  de 
pierre,  gigantesques  et  terribles.  Les  cinq  portes  sont  idenriques. 
Les  parapets  des  ponts  sont  en  pierre  taillee  en  forme  de  serpents 
a  neuf  tetes.  Les  cinquante-quatre  genies  retiennent  de  la  main  le 
serpent  et  ont  1'air  de  1'empecher  de  fuir — 

La  relation  de  Tcheou  Ta-Kouan  etant  de  la  fin  du  XIII8  siecle, 
ce  qu'elle  nous  dit  ne  saurait  etre  mis  en  doute,  et  il  est  certain 
qu'a  cette  epoque  les  balustrades  des  chaussees  d' Angkor-Thorn  se 
trouvaient  encore  en  parfait  etat.  Mais  Jl  n'en  etait  pas  de  meme 
au  temps  de  la  mission  de  M.  Delaporte,  et  nous  pretendons  que 
leur  ruine  devait  etre,  en  1 873,  aussi  ou  presque  aussi  avancee  que 
maintenant. 

M.  Aymonier  signale  que  "  des  petits  murs  lateraux,  longs  de 
6  metres,  reliaient  1'extremite  interieure  des  chaussees  a  1'enceinte, 
afin  d'empecher,  sans  doute,  la  circulation  sur  la  berme  et  de 
preserver  les  portes  d'une  surprise  par  les  cotes  ".  En  effet,  ces 
murs  existent,  en  partie  du  moins,  et  plus  visibles  sur  certains  points 
que  sur  d'autres,  mais  il  s'agit  ici  d'ouvrages  militaires  recents, 
executes  il  y  a  une  centaine  d'annees  pendant  les  incursions 
siamoises,  et  leur  aspect  de  fortins  construits  a  la  hate,  avec  des 
blocs  de  limonite  empruntes  aux  assises  des  temples,  temoigne  de 
leur  manque  d'anciennete.  Les  constructeurs  d'Angkor  n'auraient 
evidemment  pas  depare  la  splendeur  des  portes  d'enceinte  et  des 
chaussees  d'acces  par  un  travail  aussi  peu  soigne. 

LES  PORTES  ET  LA  MURAILLE  D'ENCEINTE. 

Rien  n'est  plus  elegant  ni,  en  meme  temps,  plus  majestueux 
que  les  portes  monumentales  donnant  acces  dans  la  ville  d' Angkor- 
Thorn.  Elles  sont  d'une  conception  parfaite,  et  1'artiste  qui  les  a 
dessinees  se  tient  au  meme  rang  que  les  prodigieux  decorateurs  de 
Thebes  et  de  Memphis.  Mais  leur  construction  est  aussi  defec- 
tueuse  que  leur  distribution  est  excellente  :  les  pierres  tombent  une 
par  une  ;  les  murs,  eleves  par  tranches  verticales,  sont  a  la  merci 

( I )  C'est-a-dire  qu'a  chaque  voute  il  y  a  deux  portes,  1'une  a  1'entree,  1'autre  a  la  sortie.  (Bul- 
letin de  I'Ecole  frantaise  tTExlreme-Orienl,    annee  1902.  t.  IV,  p.  192,  note  5.) 

I  12       


THO.M.  —  PORTE  SUD  DE  LA  MURAII.LE  D 'ENCEINTE 
(AVANT  LA  REFECTION  DU  REMBLAI). 


AXGKOR-THOM.  —  BALUSTRADE  DBS  CHAUSSEES  TRAVERSIERES 
(DEVANT  LA  PORTE  DE  KHMOCH). 


GUIDE  AUX  KUINES  D'ANGKOR. 


PL.   43.    1'AGB 


ANGKOR-VAT.  —  UN  DES  PORCHES 

EXTREMES  DES  ENTREES 
OCCIDENTALES. 


PHNO.M  BAK-KENG.  —  FACADE 
PRINCIPALS  DU  TEMPLE. 


ANGKOR-VAT.  —  EDIFICE  D 'ENTREE  PLACE  AU  CENTRE  DE  LA  MVRAILLE 
SEPTENTR1ONALE  DE  L-ENCEINTE. 


GUIDK  Al.X    K  LINES   D'ANT.KOR. 


PL.      44.    PAGE 


ANGKOR-THOM 


du  moindre  flechissement  d'un  sol  mine  par  des  pluies  torrentielles ; 
les  lianes  accomplissent  lentement  leur  travail  de  dislocation. 

Les  cinq  entrees  d' Angkor-Thorn  sont  identiques.  Elles 
mesurent  du  sol  au  sommet  une  vingtaine  de  metres.  Les  portes 
n'ont  pas  moins  de  7  metres  de  hauteur,  dimension  prise  du 
dallage  au  linteau,  et  se  fermaient  par  d'enormes  vantaux  de  bois 
mamtenus  en  has  par  des  crapaudines  et,  dans  la  partie  haute, 
par  une  traverse  dont  on  voit  encore  le  logement  dans  la  pierre. 
Des  deux  c6tes,  a  1'exterieur  et  a  1'interieur  de  1'enceinte,  une 
forte  saillie  du  porche  soutenait  une  toiture  arretee  par  un  fronton 
sculpte  encadre  du  Naga.  Dans  le  passage  se  trouvent  des  esca- 
liers  a  marches  etroites  conduisant  a  des  chambres  laterales, 
veritables  salles  de  garde  dont  la  destination  a  du  etre  purement 
mihtaire.  Ces  pieces  sont  doubles  et  commumquent  par  une  petite 
porte  ;  une  voute  en  encorbellement  les  recouvre.  Toute  la  cons- 
truction est  massive,  d'une  epaisseur  qui  semblerait  capable  de 
resister  aux  siecles,  et  cependant  certaines  parties  approchent  de 
la  rume  parce  que  les  elements  en  sont  mal  assembles. 

Dans  les  angles  exterieurs  formes  par  la  saillie  du  porche  et 
les  murs  des  chambres  de  veille,  en  regard  du  fosse*  comme  sur 
la  face  opposee,  nous  rencontrons  un  vigoureux  motif  decoratif 
qui  merite  d'etre  examine  avec  la  plus  grande  attention  et,  pour 
cela,  il  est  necessaire  de  se  rendre,  quand  on  en  a  le  temps,  a  la 
porte  nord,  ou  ce  motif  est  le  mieux  conserve.  Voici  sa  compo- 
sition :  dans  chacun  des  angles  se  detache  un  elephant  tncephale 
qui  semble  soutenir,  sur  son  echme  puissante,  la  tour  conique 
constituant  la  superstructure  des  entrees.  Sur  les  tetes  se  tenaient 
des  cornacs  dont  il  ne  reste  que  des  traces.  L'animal  a  la  poitrine 
couverte  d'un  nche  collier  termine  par  une  sonnette,  et  ses  pieds 
sont  cercles  de  larges  anneaux.  II  arrache  de  la  trompe  une  fleur 
de  lotus.  En  regardant  attentivement  le  faible  relief  dessine  sur  la 
muraille,  autour  des  jambes  du  colosse,  on  distingue  toute  une  flore 
aquatique  indiquant  que  1'elephant  se  trouve  dans  une  mare  et 
expliquant,  par  consequent,  le  geste  de  la  trompe.  Au  pied  de  la 
porte  sud,  qui  est  celle  que  le  visiteur  franchit  pour  penetrer  dans 
1'enceinte  d* Angkor-Thorn,  ce  motif  a  presque  completement  dis- 
paru,  et  les  quelques  vestiges  qui  s'y  voient  encore  ne  permettent 
pas  d'en  apprecier  la  valeur. 

Au-dessus  du  passage  se  developpe  une  tour  conique  a  base 
trapue,  sur  laquelle  on  aperjoit  le  relief  nettement  accuse*  de  quatre 


AUX    RU1NES    D'ANGKOR 


faces  humaines  coiffees  de  diademes  qui  se  reunissent  pour  com- 
poser un  unique  couronnement  en  fleur  de  lotus  epanouie.  Chacun 
des  visages  regarde  un  des  points  cardinaux.  La  corolle  du  lotus 
et  les  diademes  couverts  d'une  ornementation  precieuse  sont  d'un 
bel  effet  artistique.  De  lourds  pendants  d'oreille  encadrent  les 
visages  du  dieu.  A  mi-chemin  du  dome,  se  trouvent  des  person- 
nages  de  la  cour  celeste  accroupis  et  les  mains  jomtes  dans  une 
pose  d' adoration.  —  La  partie  superieure  des  edifices  d'entree  est 
peut-etre  un  peu  mieux  construite  que  la  base,  mais  elle  n'a  guere 
etc  epargnee  par  les  racines  qui  se  sont  fait  un  jeu  d'en  separer 
les  pierres. 

La  muraille  d'enceinte  part  du  mur  de  fond  des  chambres  de 
veille.  Elle  est  en  limonite  avec  chaperon  moulure  couronne  par 
une  dentelure  de  gres.  Sa  hauteur  depasse  7  metres  ;  son  develop- 
pement  total  est  exactement  de  12400  metres.  Elle  s'appuie,  a 
Tinterieur  de  la  ville,  sur  un  glacis  de  terre  qui  arrive  au  ras 
de  la  partie  basse  du  chaperon  et  menage  un  chemm  de  ronde  de 
pres  de  10  metres  de  largeur.  La  foret  a  envahi  ce  remblai,  mais 
on  trouve,  a  peu  pres  sur  tout  le  pourtour,  un  petit  passe-pied 
qui  permet  la  circulation.  Aux  angles  du  rempart  s'eleve  une 
minuscule  construction  en  limonite  abntant  une  stele  inscrite. 

Une  erreur  a  etc  ommise  par  les  constructeurs  d' Angkor  lors- 
qu'ils  ont  trace  les  limites  de  la  ville  et  dresse  la  muraille  d'enceinte. 
Sur  les  trois  faces  nord,  est  et  sud,  ils  ont  bien  obtenu  ce  qu'ils 
cherchaient,  c'est-a-dire  une  orientation  exacte  des  mur  3  qui  se 
joignent  a  angle  droit,  mais,  sur  la  face  occidentale,  soit  par  suite 
d'une  maladresse,  soit  a  cause  d'une  erreur  d'instrument,  la  muraille 
s'est  trouvee  desaxee  d'un  degre  (1),  de  sorte  que  Tangle  nord-ouest 
du  rempart  est  legerement  aigu  et  Tangle  sud-ouest  legerement  obtus. 
Cette  erreur  est  presque  insensible,  mais  elle  n'en  a  pas  moins  cause 
une  certame  surprise  aux  Cambodgiens  lorsqu'ils  ont  voulu  ouvrir 
les  avenues  qui  relient  les  portes  nord  et  sud  au  Bayon.  En  effet, 
ne  se  doutant  pas  du  desaxement  du  mur  occidental,  ils  avaient 
eleve  les  portes  exactement  au  milieu  des  murailles,  et,  lorsqu'ils 
voulurent  tracer  les  avenues  qui  conduisent  de  ces  memes  portes 
au  centre  de  la  ville,  ils  s'apercurent  que  ces  deux  voies,  contrai- 
rement  a  ce  qu'ils  esperaient,  n'etaient  pas  tout  a  fait  dans  le  meme 

(1)  L'erreur  dans  1'orientalion  de  la  muraille  occidentale  d'.-"  ngkor-Thom  a  etc  decouverte 
en  1908  par  le  lieutenant  Ducret.  de  I'lnfanterie  Coloniale,  au  cours  d'une  mission  topographique 
que  lui  avail  confiee  1'Ecole  fran<;aise  d'Extreme-Orient. 


ANGKOR.  THOM 


axe  et  n'aboutissaient  pas  aux  portes  centrales  du  Bay  on.  Cet  ecart 
n'etait  pas  important,  mais  comme  ils  tenaient  sans  doute  a  la  ligne 
droite,  ils  ont,  pour  1'obtenir,  reporte  un  peu  vers  Test  1'extremite 
des  deux  avenues;  si  bien  que  1'avenue  sud,  au  lieu  d'aboutir 
a  la  porte  du  Bayon,  tombe  sur  la  parlie  droite  de  ce  temple.  Ils 
ont  egalement  rectifie  la  direction  de  la  voie  septentrionale,  malgre 
que  cette  rectification  ne  s'imposat  pas,  etant  donne  que  Textremite 
de  1'avenue  se  trouve  a  700  metres  du  Bayon,  a  la  limite  nord 
de  la  place  publique,  et  qu'il  est  impossible  de  s'apercevoir,  a  cette 
distance,  d'une  deviation  aussi  faible. 

LES  AVENUES. 

L'enceinte  communiquait  avec  le  centre  de  la  ville  par  cinq 
avenues  mesurant  a  peu  pres  1  500  metres  de  longueur  pour  une 
largeur  de  30  metres.  Ces  avenues  ne  se  distinguaient  par  aucune 
particularite,  sauf  celle  du  sud,  qui,  comme  nous  1'avons  vu  a  la 
fin  du  chapitre  precedent,  n'aboutissait  pas  au  point  qu'elle  aurait 
dft  atteindre.  Elles  etaient  constitutes  par  de  simples  levees  de 
terre  d'un  relief  a  peine  indique.  Les  materiaux  de  remblai  etaient 
pris  en  bordure  de  la  voie,  et  leur  ligne  d'emprunt  formait  de 
chaque  cote  une  sorte  de  petit  canal  qm  servait  a  1'evacuation 
des  eaux  de  pluie.  Au  cours  des  travaux  de  debroussaillement  deja 
entrepris  dans  Angkor-Thorn,  ces  fosses,  caches  sous  la  foret,  ont 
etc  retrouves  et  ont  indique  la  largeur  exacte  des  anciennes  avenues. 

Trois  voies  conduisaient  des  faces  sud,  est  et  ouest  de  1'en- 
ceinte  au  temple  du  Bayon;  celle  du  nord  aboutissait  a  la  place 
publique  et  la  cinquieme  partait  de  la  porte  de  la  Victoire  (1)  pour 
s'arreter  en  face  du  perron  central  de  la  terrasse  d'honneur  du 
Phimeanakas. 

De  nombreux  lessons  de  poteries  domestiques  et  d'innombrables 
debris  de  tuiles  laissent  supposer  que  les  habitations  particulieres 
etaient  surtout  disposees  en  bordure  des  avenues  (2). 

LES  SRAS  (3). 

On  rencontre  dans  Angkor-Thorn  une  grande  quantite  de  sras 
de  dimensions  tres  differentes.  Les  uns  sont  des  bassins  sacres 

(1)  La  porte  de  la  Victoire  est  une  des  deux  portes  orientalec.  L'autre  est  la  porte  des 
Khmoch. 

(2)  II  y  avail  aussi  des  habitations  particulieres,  et  sans  doute  en  grand  nombre,  autour  des 
etangs  creuses  dans  le  sol  d'Angkor-Thom. 

(3)  Sras  II   bassins. 

n5    


AUX    RU1NES    D'ANGKOR 


entrant  dans  la  composition  des  temples  ;  les  autres,  en  general 
plus  vastes  et  plus  profonds,  etaient  destines,  en  cas  de  siege, 
a  l'approvisionnement  de  la  ville.  En  temps  ordinaire,  la  riviere, 
qui  passe  a  700  metres  de  la  porte  de  la  Victoire,  fournissait  toute 
1'eau  dont  les  habitants  avaient  besoin,  et  il  etait  facile  de  la  trans- 
porter dans  des  jarres  ou  des  recipients  quelconques.  Tous  ces 
bassins,  qu'ils  aient  un  caractere  religieux  ou  celui  de  simples 
reservoirs,  etaient  parementes  de  gres  ou  de  limonite.  Leur  profon- 
deur  a  diminue  par  suite  d'un  colmatage  continu,  et  quelques-uns 
ne  se  presentent  plus  que  sous  1'aspect  de  mares. 

Devant  le  groupe  du  Prah-Pithu,  nous  trouvons  une  assez  forte 
depression  longue  de  300  metres,  que  les  indigenes  utilisent  pour 
leurs  rizieres  et  qui  pourrait  bien  avoir  etc  un  grand  etang. 
Derriere  ce  meme  groupe  (au  nord),  plusieurs  petits  bassins  ont  etc 
creuses  ;  le  plus  eloigne  est  dans  un  etat  de  conservation  presque 
parfait.  De  chaque  c6te  de  la  terrasse  orientale  du  Bayon,  se 
trouvent  aussi  des  pieces  d'eau,  mais  elles  sont  tellement  envahies 
par  la  foret  qu'on  ne  les  apercoit  pas  sans  peine.  Et,  en  resume, 
tous  les  temples  sont  pourvus  d'un  ou  de  plusieurs  bassins ;  c'est 
une  regie  generale.  Le  plus  important  est  celui  que  nous  verrons 
au  nord  du  Phimeanakas,  lorsque  nous  visiterons  ce  monument  et 
ses  dependances. 

LE  BAYON  :  PREMIER  ETAGE. 

Le  Bayon.  —  Vraisemblablement,  ce  temple  est  sinon  1'ancetre 
du  moins  1'un  des  plus  anciens  des  innombrables  monuments  que 
les  maltres  d* Angkor  ont  eleves  sur  le  sol  cambodgien.  Aucune 
inscription  n'est  venue  jusqu'a  ce  jour  nous  renseigner  sur  la  date 
exacte  de  sa  fondation,  mais  1'examen  des  motifs  architecturaux, 
des  parties  decoratives  et  des  precedes  de  construction  fournit  une 
preuve  de  son  anciennete  (1). 

Le  Bayon  est  le  plus  vaste  des  temples  construits  dans  1'enceinte 
de  la  capitale  royale.  II  est  situe  au  centre  mathematique  de  la 
ville  et  affecte  la  forme  d'une  pyramide  a  trois  gradins  couronnee 
par  une  haute  tour.  Voici,  sans  trop  de  details,  sa  distribution  : 

Premier  etage.  —  Une  galerie  de  150  metres  est-ouest  et 
1 00  metres  nord-sud,  posee  sur  un  soubassement  de2  metres,  constitue 
la  premiere  assise  de  la  pyramide.  Malgre  son  etat  de  ruine,  cette 

(1)  Nous  avont  vu  dans  la  par  tie  hislorlque  que  {'on  attribue,  par  supposition,  a  Indravarman 
(877  A.  D.)  la  construction  du  Bayon,  qui  n'aurait  etc  terminee  que  sous': Yac,ovarman  (889), 


ANGKOR.  THOM 


galerie  offre  une  grande  analogic  de  composition  avec  celle  du 
premier  etage  d' Angkor-Vat  :  un  mur  de  fond  couvert  de  bas- 
reliefs,  un  rang  de  hauts  piliers  carres  supportant  la  toiture,  un  rang 
de  piliers  plus  petits  sur  lesquels  reposait  la  derm-voute  de  la 
veranda.  Seulement,  ici,  une  petite  terrasse  de  3  metres,  bordee 
d'une  elegante  balustrade  dont  nous  voyons  quelques  vestiges  sur 
la  fa9ade  orientale,  precedait  la  veranda  et  faisait  le  tour  de  tout 
le  premier  etage,  en  ne  s'interrompant  qu'aux  porches.  Autrement 
dit,  la  partie  supeneure  du  soubassement  debordait  davantage  qu'a 
Angkor- Vat  et  f  or- 
mait  une  plate- 
forme  autour  de  la 
premiere  galerie  ( 1 ). 

Trois  porches 
d'entree  existaient 
sur  chaque  face, 
un  au  centre,  les 
autres  aux  extremi- 
tes.  Us  comman- 
daient  des  vestibu- 
les enveloppes  de 
petites  galeries  et 
presentaient  encore 
beaucoup  de  res- 
semblance  avec 
ceux  d' Angkor- Vat.  Mais  nous  voyons  dans  le  mur  des  bas- 
reliefs  d'autres  portes  secondaires,  trois  sous  chaque  galerie,  soit  six 
pour  une  fa9ade,  qui  ne  se  rencontrent  pas  ailleurs.  Ces  baies, 
sauf  une,  sont  murees  depuis  longtemps. 

Celle  qui  coupait  le  centre  de  chaque  panneau,  et  celle-la  seule- 
ment,  etait  precedee  d'un  petit  perron  debordant  sur  la  ligne  de  la 
plate-forme. 

Sur  la  fa9ade  orientale  et  devant  le  porche  central,  s'etendait 
une  vaste  terrasse  de  50  metres  de  longueur  et  d'une  largeur  de 
25  metres,  pourvue  de  quatre  escaliers,  deux  de  chaque  cote,  con- 
duisant  a  des  bassins  aujourd'hui  combles  presque  completement. 
Un  cinquieme  escalier,  place  de  face,  descendait  sur  1'avenue  qui 
aboutissait  directement  a  la  porte  des  Khmoch.  La  terrasse  etait 

(I)  Ce  chemin  de  circulation exiite  bien  autour  de  la  premiere  galerie  d' Angkor-Vat,  mail  il 
est  beaucoup  plus  etroit,  quoique  praticable. 


FIG.  32.   —  BAYON  (PLAN  D'ENSEMBLE). 


AUX    RUINES    D'ANGKOK 


garnie,  comme  la  plate-forme  qui  longe  la  premiere  galerie,  de  la 
balustrade  que  nous  avons  deja  rencontree  maintes  fois. 

Entre  la  galerie  du  premier  etage  et  la  suivante,  s'etend  une 
cour  de  1 8  metres  de  largeur.  Elle  n'offre  aucune  autre  particularite 
que  d'etre  obslruee  sur  differents  points  par  les  eboulis.  Dans 
chacun  de  ses  angles  nord-est  et  sud-est  s'eleve  un  tout  petit  edicule 
dont  1'allure  generale  rappelle,  en  moms  bien,  les  deux  biblio- 
theques  "  d' Angkor- Vat.  La  cour  s'interrompt  aux  entrees  est  et 
ouest  pour  faire  place  a  des  couloirs  qui  rehent  les  porches  de  la 
premiere  galerie  a  ceux  de  1'etage  suivant. 

DEUXIEME  ETAGE. 

La  galerie  du  deuxieme  gradin  presente  avec  celle  que  nous 
venons  de  voir  des  differences  sensibles  :  1°  sur  chaque  face  elle 
est  pourvue  de  cinq  porches  (1),  trois  aux  centres,  les  autres  aux 
extremites;  2°  le  sol  de  la  galerie  n'est  pas  sur  un  meme  plan 
horizontal ;  il  est  beaucoup  plus  eleve  pres  des  entrees  centrales 
et  offre,  en  coupe  longitudinale,  une  serie  de  niveaux  differents; 
3°  les  porches  qui  se  trouvent  a  gauche  de  1'entree  sud  et  a 
droite  de  1'entree  nord  sont  beaucoup  plus  rapproches  de  1'axe 
nord-sud  que  ceux  places  de  1'autre  cole  (Voir  le  plan)  ;  enfin, 
4°  la  galerie  du  deuxieme  etage  est  pourvue  de  deux  verandas, 
ouverte  sur  la  cour  pourtournante,  1'autre  regardant  1'interieur  du 
1'une  monument. 

Toute  la  surface  du  mur  de  fond  de  la  veranda  exterieure  est 
tapissee  de  bas-reliefs  que  nous  examinerons  a  leur  heure.  Ces 
panneaux  sont  coupes  de  temps  en  temps  par  des  portes  etroites 
etablissant  la  communication  avec  1'interieur  de  la  galerie.  Des 
escaliers  de  cinq  ou  six  marches  reunissent  les  parties  de  la  galerie 
qui  sont  d'un  niveau  different ;  d'autres  sont  pratiques  devant  les 
petites  portes  percees  dans  le  mur  de  fond. 

Particularite  non  pas  unique  mais  rare  :  les  porches  qui  flanquent 
lateralement  les  entrees  d'axe  s'ouvrent  sur  des  galeries  perpendi- 
culaires  a  celle  du  deuxieme  gradin  (Voir  le  plan).  Ces  galeries 
sont  egalement  accompagnees  d'une  double  veranda ;  elles  forment 
un  redan,  viennent  affleurer  du  bas  de  leur  toiture  la  terrasse  du 
troisieme  etage  et  circonscrivent  des  petites  cours  reservees  dans 

( I )  De  chaque  cote  des  murs  interieurs  de  ces  entrees,  on  remarquera  le  relief  d'un  grand 
dvarapala  (gardien  du  temple)  appuye  sur  une  massue. 


ANGKOR-THOM 


les  angles  interieurs  de  la  galerie  de  pourtour  (Voir  le  plan).  Sur 
tous  leurs  angles  s'elevent  des  tourelles. 

TROISIEME  ETAGE. 

II  se  compose  d'une  terrasse  supportant  une  tour  centrale  encore 
debout  mais  tres  ruinee,  a  base  circulaire,  de  forme  conique,  agre- 
mentee  de  balcons  inaccessibles  purement  decoratifs.  Le  sommet  de 
la  fleche  est  a  45  metres  du  niveau  du  sol  d' Angkor-Thorn.  Sous 
le  dome  de  la  tour  se  trouve  une  assez  vaste  cellule  completement 
obscure  qui  communique  avec  la  terrasse  par  huit  couloirs.  C'est  le 
sanctuaire.  II  n'est  pas  prudent  de  s'y  aventurer  sans  lumiere 
parce  que  Ton  risque  de  tomber  dans  un  trou  profond,  que  les 
chercheurs  de  bijoux  et  de  statuettes  ont  creuse  dans  le  sol.  Les 
couloirs  nord,  ouest  et  sud  sont  precedes  de  porches  tres  elegants 
construits  sur  la  terrasse.  Celui  de  Test  (face  honoree  du  temple) 
comprend  toute  une  serie  de  passages  importants  flanques  de 
galeries  laterales  et  couverts  de  tourelles.  Les  couloirs  intermediaires 
communiquent  avec  la  terrasse  par  un  simple  escalier  de  quelques 
marches.  A  la  base  de  la  grande  tour,  on  rencontre  de  nombreuses 
petites  cellules  qui  conuennent  encore  quelques  restes  de  statues. 
Nous  voyons  aussi,  a  cote  du  porche  meridional,  une  chapelle  qui 
n'a  pas  sa  replique  symetrique  et  deux  edicules  en  flanquement  du 
grand  passage  oriental. 

Le  pourtour  de  la  terrasse  etait  garni  d'une  balustrade  dont  les 
morceaux  se  re  trou  vent  dans  les  decombres  qui  obstruent  les  cours 
de  1'elage  inferieur.  Toutes  les  tours  et  les  tourelles  du  Bayon  sans 
exception  sont  decorees  des  quatre  faces  de  Brahma  coiffees  de 
diademes  (1). 

LA  DECORATION  DU  BAYON. 

II  serait  superflu  d'insister  sur  la  beaute  du  Bayon  et  son  charme 
particulier.  Le  visiteur  s'apercevra  sans  tarder  que  ce  temple,  bien 
que  de  dimensions  moms  vastes  que  son  immense  voism,  Angkor- 
Vat,  est  d'une  conception  superieure  et  que  c'est  ici  qu'il  faut 
etudier  le  genie  des  maitres  d* Angkor.  Dans  un  espace  relativement 
restreint,  les  constructeurs  du  Bayon  ont  su  renfermer  plus  de  mer- 
veilles  que  dans  tous  les  autres  temples  cambodgiens  reunis,  et  cela 
tient,  croyons-nous,  a  ce  qu'ils  n'ont  pas  travaille  ici  dans  le  but 

(I)   II  nous  semble  inutile  de  donner  sur  la  composition  du  Bayon  d'autres  details  qui  ne 
feraient  qu'obscurcir  une  description  deja  peu  facile  a  suivre. 


AUX    RU1NES    D'ANGKOR 


d'en  imposer  aux  fideles,  mais  avec  la  seule  idee  de  donner  a  la 
demeure  de  leurs  dieux  le  plus  de  magnificence  possible. 

Quand  on  se  familiarise  avec  les  details  du  Bayon,  on  constate, 
non  sans  etonnement,  que  des  linteaux  se  faisant  face  k  50  centi- 
metres de  distance,  et  par  consequent  presque  caches,  sont  sculptes 
avec  le  meme  soin  que  les  pierres  les  plus  visibles.  Pas  un  recoin 
n'est  oublie,  et  c'est  souvent^dans  les  endroits  les  plus  derobes  que 
se  trouvent  les  plus  beaux  motifs  de  decoration.  On  se  rend  compte 
aussi  que,  parfois,  les  artistes  ont  eu  la  main  assez  heureuse  ou 
suffisamment  habile  pour  obtenir  un  effet  qu'ils  cherchaient.  Ainsi, 
par  exemple,  1'expression  de  calme  et  de  douceur  dont  sont 
empreints  les  visages  de  Brahma  n'est  pas  une  consequence  du 
hasard. 

Les  rinceaux  d'encadrement  des  portes  sont  remarquables,  tant 
par  la  hardiesse  du  dessin  que  par  la  puissance  du  relief.  Quelques 
details  surprennent,  notamment  ces  rideaux  d'etoffe  damassee  descen- 
dant sur  des  fenetres  dont  on  aperfoit  seulement  le  bas  des  claustras. 
II  n'est  pas  jusqu'aux  tevadas  elles-memes,  ces  figures  si  sechement 
dessinees  sur  les  murs  d' Angkor- Vat,  qui  n'aient  Jci  leur  cachet. 
Souvent  leur  masque  est  fin,  souriant,  le  buste  d'un  galbe  suffisant. 
Leurs  pieds  sont  droits,  d'un  mauvais  dessin,  c'est  entendu,  mais 
enfin  Jls  ont  a  peu  pres  la  position  qui  leur  conviendrait,  et  ils  la 
doivent  a  ce  que  les  sculpteurs  d' Angkor-Thorn  n'ont  pas  hesite  a 
accentuer  les  creux  pour  detacher  solidement  leurs  sujets  (1). 

Mais  nous  ne  pretendons  pas  dire,  par  ce  qui  precede,  que  la 
decoration  du  Bayon  est  impeccable  du  sol  a  la  pointe  des  tours. 
Quelques  parties  ont  malheureusement  etc  confiees  a  des  artisans 
maladroits,  et  Ton  peut  voir  deux  ou  trois  faces  de  Brahma 
dont  la  facture  est  loin  de  valoir  celle  des  autres.  Cependant  le 
Bayon,  pris  dans  son  ensemble  architectural  et  ornemental,  est  le 
plus  beau  des  temples  du  Cambodge,  et  c'est  aussi  celui  qui  nous 
offre  la  plus  grande  variete. 

ETA T  DE  RUINE  DU  BAYON. 

Aucun  monument  cambodgien,  sauf  le  Baphuon,  n'a  souffert 
autant  que  le  Bayon.  La  toiture  et  la  demi-voute  de  la  premiere 
galerie  sont  a  terre  ;  il  n'en  reste  rien,  pas  un  fragment  en  place. 

( I )  Plus  Id  temples  du  Cambodge  sont  anciens,  plus  le  relief  des  figures  et  des  motifs  d'orne- 
ment  est  accuse.  Cette  seule  observation  suffirait,  a  la  rigueur,  pour  classer  les  monuments  par 
ordre  d'anciennete. 

1 2O       


BATON.  —  BASE  D'UNE  TOURELLE 
DU  GROUPE. 


BAYON.  —  TETES  DECORATIVES 
D'UNE  TOURELLE. 


ANGKOR-THOM.  —  ELEPHANTS  PLACES  A  LA  BASE  DES  PORCHES  DE  L'ENCEINTE 
(PORCHE  SEPTENTRIONAL). 


GUIDE  AL.N.   KUINES   U'ANGKOK. 


PL.   45.    PAGE 


GUIDE  AU.\    KVl.NKti  D'ANGKOK. 


PL.    46,   PAGE   121. 


ANGKOR.  THOM 


La  moitie  du  mur  de  fond  de  la  fa9ade  nord  est  tombee,  et  c'est 
d'autant  plus  regrettable  que  ce  long  panneau  de  40  metres 
etait  couvert  de  bas-reliefs  tres  interessants,  si  Ton  en  juge  par  les 
pierres  sculptees  qui  jonchent  le  sol.  La  double  colonnade  est 
presque  completement  detruite.  On  devine,  a  voir  la  position  pen- 
chee  de  certains  piliers,  que  les  destructeurs  employaient  des  ele- 
phants pour  remuer  de  pareilles  masses  et  aller  vite  en  besogne  (1). 
Les  toitures  des  vestibules  d'axe  et  de  ceux  des  angles  se  sont 
egalement  effondrees,  et  les  materiaux  qui  les  composaient  obstruent 
les  passages  au  point  qu'il  est  impossible  d'apercevoir,  sauf  sur  un 
point,  si  peu  que  ce  soit  des  bas-reliefs  qui  tapissaient  1'inteneur 
de  ces  entrees.  De  la  balustrade  decorative  de  la  petite  terrasse  de 
pourtour  il  ne  subsiste  que  quelques  travees  sur  la  face  orientale. 

La  deuxieme  galerie  a  mieux  resiste,  mais  son  etat  de  ruine  n'en 
est  pas  moins  inquietant.  La  toiture  manque  completement  en  plu- 
sieurs  endroits  et,  dans  la  partie  gauche  de  la  face  nord,  elle  ne 
tient  que  grace  a  1'aide  d'un  petit  arbre  remplissant  1'office  d'un 
etai.  Les  couloirs  couverts  qui  traversaient  la  cour  sur  les  faces  est 
et  ouest  n'existent  plus  que  sous  la  forme  d'enormes  eboulis  d'ou 
emergent  quelques  piliers.  Les  porches  des  entrees  d'axe  sont  en 
partie  ruines  ainsi  que  ceux  des  angles. 

La  terrasse  du  troisieme  gradin  est  peut-etre  la  partie  du  Bayon 
qui  a  etc  le  moins  atteinte,  mais  la  haute  tour  centrale  qu'elle  supporte 
est  fortement  endommagee.  On  peut  se  rendre  compte  de  ce  qu'il 
en  manque  par  les  coulees  de  pierres  qui  se  trouvent  a  sa  base.  II 
est  vrai  qu'ici  les  fautes  de  construction  sont  telles  que  la  ruine 
etait  fatale  (2).  —  En  ce  qui  concerne  les  tourelles,  la  partie 
n'est  pas  perdue.  Leurs  elements  sont  disloques  par  les  racines  et 
les  lianes,  quelques  tranches  sont  tombees,  des  couronnements 
gisent  sur  la  terrasse,  mais  tout  cela  peut  se  remettre  en  place  avec 
quelques  efforts  et  de  la  patience. 

Aujourd'hui,  le  visiteur  ne  peut  avoir  une  idee  de  1'etat  dans 
lequel  se  trouvait  le  Bayon  avantle  deblaiement  de  ses  galeries  et 
des  cours.  Une  veritable  foret  croissait  dans  toutes  les  parties  du 
temple  et  principalement  sur  les  tours.  C'etait  d'un  tres  bel  effet 
pour  1'oeil  d'un  artiste,  mais  chaque  mois,  peut-etre  chaque  jour, 

(1)  Les  Cambodgiens  eux-memes  ou  leurs  ennemis  utilisaient  la  force  des  elephants  quand  ils 
voulaient  detruire  quelque  chose  de  tres  resistant.  Un  des  bas-reliefs  du  Bayon  raontre  precise- 
ment  des  elephants  atteles  de  chaque  cote  d'une  statue  pour  la  briser. 

(2)  Nous  renverrons  le  lecteur  a  ce  que  nous  avons  dit  au  sujet  des  fautes  de  construction.  — 
Voir  notes  preliminaires.  Chap.  Emploi  da  materiaux. 

J2I       


AUX    RUINES    D'ANGKOR     — 


quelques  pierres  tombaient.  La  ruine  complete  du  temple  n'etait 
done  qu'une  affaire  de  temps,  et  il  fallait  songer  a  1'enrayer  le  plus 
tot  possible. 

LES  BAS-RELIEFS  DU  BAYON. 

Pour  la  visite  des  bas-reliefs  du  Bayon,  nous  partirons  de  la 
face  nord,  parce  que  c'est  de  ce  cote  que  le  visiteur  penetre  dans 
le  temple  (1). 

Galerie  du  premier  etage.  —  Face  nord  (partie  droite).  —  Seule 
la  partie  basse  du  mur  est  decoree.  Nous  y  voyons  une  ligne  de 
combattants.  Les  chefs  montent  des  elephants  ;  ils  tiennent  un  arc 
en  main.  Les  cornacs  diligent  leur  bete  au  moyen  du  pic  a  crochet, 
dont  1'usage  s'est  conserve  jusqu'a  maintenant.  Les  bats  de  guerre 
des  elephants  presentent  beaucoup  d'analogie  avec  ceux  de  la 
galerie  historique  d' Angkor- Vat,  mais  le  dessin  en  est  infmiment 
plus  grossier.  Les  simples  guerriers  ont  comme  arme  le  javelot 
(ou  une  courte  lance)  et  se  protegent  par  un  bouclier.  Le  combat 
a  lieu  dans  la  foret.  Des  guerriers  barbus  portant  une  sorte  de 
chapeau  qui  semble  etre  confectionne  en  feuilles  de  latamer  (2)  se 
battent  contre  d'autres  guerriers  a  cheveux  ras,  dont  la  poitrine  est 
ceinte  de  fortes  cordes.  On  comprend  1'utilite  de  ces  cordes  en 
pensant  que  tous  les  prisonmers  de  guerre  etaient  emmenes  en 
esclavage.  —  Une  ebauche  interrompt  la  continuite  des  scenes. 
Nous  voyons  ensuite  deux  guerriers  tendant  leur  arbalete  (3)  en 
faisant  effort  du  pied  droit  sur  le  bois  de  1'arme. 

Petite  porte  muree  au  milieu  du  panneau.  De  ce  point  jusqu'a 
Tangle  nord-ouest,  les  sujets  ne  se  rapportent  plus  a  1'existence  guer- 
riere  des  Cambodgiens.  Contre  le  chambranle  de  la  porte,  on  aperfoit 
une  multitude  de  poissons.  C'est  1'indication  d'une  riviere,  et  nous 
en  trouvons  une  autre  a  quelque  distance.  Entre  les  deux  cours 
d'eau  s'eleve  une  montagne  au  bas  de  laquelle  sont  construits  deux 
palais,  1'un  pres  de  la  riviere  de  droite,  1'autre  pres  de  la  riviere 
de  gauche.  Sur  le  flanc  de  la  montagne,  quelques  pretres  brahmanes 
portant  des  even  tails  marchent  a  la  file  indienne.  Ces  personnages 
ne  sont  qu'ebauches,  mais  leur  identite  ne  peut  faire  de  doute. 

(1)  Les  visiteurs  descendant  de  charrette  devant  une  petite  bonzerie  qui  se  trouve  en  regard 
de  la  facade  nord  du  Bayon. 

(2)  Ce  chapeau  a  un  peu  la  tournure,  en  plus  petit,  de  celui  que  portent  les  coolies  annamitcs 
de  Cochinchine. 

(3)  La  incme  arbalete  est  encore  en  usage  chez  les  Cambodgiens  des  regions  forestieres  et  chez 
tous  les  sauvages  du  Cambodge  et  du  Laos. 

122       


ANGKOR-THOM 


Au  pied  de  la  montagne  et  au  centre  de  la  scene,  un  personnage 
de  taille  elevee  se  tient  debout,  une  jambe  en  avant,  dans  une 
attitude  de  marche.  Le  corps  est  presque  termine,  mais  la  tete  n'est 
indiquee  que  par  une  reserve  dans  la  pierre.  Nombreux  bijoux  :  collier 
tombant  sur  la  poitrine,  bracelets  aux  bras  et  aux  poignets,  anneaux 
aux  chevilles.  Le  buste  est  nu ;  les  jambes  sont  couvertes  d'un 
pagne  a  grande  retombee  ;  les  mains  serrent  deux  petits  objets 
difficilement  identifiables.  A  la  droite  de  ce  personnage  (gauche 
du  spectateur),  un  homme  se  tourne  vers  des  serviteurs  et  leur 
donne  1'ordre  d'apporter  les  presents  qu'ils  ont  dans  les  mains.  Get 
homme  se  distingue  par  une  chevelure  assez  longue.  II  est  vetu 
d'une  tunique  et  porte  des  bijoux  aux  oreilles,  aux  bras  et  aux 
poignets.  Deux  figures  voisines  ont  meme  costume,  meme  cheve- 
lure et  memes  ornements. 

A  la  gauche  du  personnage  central,  on  aper?oit  deux  femmes 
debout  qui  pourraient  etre  ses  epouses.  Elles  ont  le  buste  nu,  un 
collier  sur  la  poitrine,  des  pendants  aux  oreilles,  des  bracelets  aux 
bras  et  aux  poignets,  des  anneaux  doubles  aux  chevilles.  Un 
pagne  couvre  leurs  jambes.  D'autres  femmes  sont  arretees  devant 
le  palais  qui  peut  etre  un  harem;  d'autres  encore  se  tiennent 
accroupies  et  portent  dans  les  mains  des  objets  paraissant  destines 
au  personnage  principal  ou  a  ses  epouses. 

A  droite  de  la  riviere,  autre  scene  qui  s'ordonne  de  la  fafon 
cuivante  :  au  centre,  quelques  pretres  sont  assis  a  1'ombre  des 
arbres  qui  composent  le  fond  du  tableau  et  se  tournent  vers  la 
gauche  du  panneau.  Leur  aspect  nous  est  deja  connu  depuis  la 
galerie  historique  d' Angkor- Vat  :  buste  nu,  pagne  pretexte,  cordon 
brahmanique,  barbe  en  pointe,  oreilles  largement  fendues  mais  sans 
boucles,  haul  chignon  maintenu  dans  une  etoffe.  Le  premier  se 
trouve  devant  une  table  basse  sur  laquelle  est  pose  un  objet  rond. 
En  face  de  lui  quatre  hommes  sont  accroupis :  cheveux  en  brosse, 
collier ;  pas  d'autres  bijoux.  Us  ont  1'air  d'etre  en  visite.  Deux 
d'entre  eux  discutent.  Ces  hommes  sont  accompagnes  de  femmes 
qui  attendent  immobiles  et  sont  probablement  leurs  epouses. 
Derriere  les  brahmanes,  on  voit  encore  huit  hommes  ressemblant 
aux  precedents  :  meme  physionomie,  meme  coiffure  et  meme 
collier. 

Au-dessus  des  arbres  du  fond  passent  des  cavaliers  (ebauche) 
qui  ne  peuvent  faire  partie  de  la  meme  scene.  Us  entraient  dans 
la  composition  d'un  sujet  dont  ils  ne  represented  qu'un  fragment. 
I23  


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


Autre  scene  :  lutteurs  aux  prises,  gladiateurs  combattant ; 
figures  pas  terminees.  Musiciens  :  remarquer  1'elegance  des  harpes. 
Jongleries  :  un  homme  couche  sur  le  dos  leve  les  jambes  vertica- 
lement  et  se  sert  de  ses  pieds  pour  faire  tourner  une  roue.  Un 
hercule  tient  un  enfant  en  equilibre  sur  sa  tete  et  porte  sur  chaque 
main  un  autre  enfant.  II  est  possible  que  ces  sujets  amusants  se 
rattachent  au  panneau  suivant  et  nous  donnent  une  idee  des  dis- 
tractions qu'un  roi  pouvait  offrir  a  sa  cour. 

Autre  scene,  pres  de  1'angle  nord-ouest.  Palais  couvert  de  toitures 
etagees.  On  assiste  sans  doute,  ici,  a  une  audience  royale.  Dans 
1'embrasure  du  porche  central,  le  roi  est  assis  :  cheveux  tailles  en 
brosse,  buste  nu  simplement  orne  d'un  collier  formant  pendentif, 
pas  d'autres  bijoux  ;  un  pagne  pour  tout  vetement.  Partout,  de  nom- 
breux  personnages.  Quelques-uns  s'inclinent  a  la  droite  du  roi,  qui 
tend  la  main  a  Tun  d'eux;  d'autres  saluent  a  sa  gauche.  Toutes 
les  ouvertures  du  portique  sont  garnies  de  rideaux.  Au-dessous, 
c'est-a-dire  devant  le  palais  (1),  de  nombreux  animaux  passent  : 
cerfs,  buffles,  boeufs,  un  rhinoceros,  un  lievre,  un  oiseau  sur  le  dos 
d'une  biche.  Des  serviteurs  paraissent  avoir  pour  mission  de 
s'occuper  de  ces  betes  qui  seraient  alors  apprivoisees  et  vivraient 
librement  dans  le  pare  royal. 

Avant  d'aller  plus  loin,  nous  rappellerons  que  1'histoire 
ancienne  du  Cambodge  est  fort  peu  connue  et  que,  dans  ces 
conditions,  1'identification  des  bas-reliefs  de  la  premiere  galerie  du 
Bayon  est  impossible.  Ces  murs  contiennent  de  nombreuses  scenes 
de  guerre  et  d'autres  qui  EC  rattachent  peut-etre  a  la  vie  politique 
du  royaume ;  mais  nous  ne  savons  pas,  et  nous  ne  saurons  proba- 
blement  jamais,  quels  fails  elles  evoquent.  La  presente  description 
n'a  done  d'autre  utilite  que  d'attirer  1'attention  du  visiteur  sur 
certains  details  qui  pourraient  lui  echapper. 

Face  ouest  (par tie  gauche).  —  Une  petite  porte  muree  se  trouve 
pres  de  Tangle  nord-ouest. 

On  distingue  dans  le  haut  du  mur  quelques  esquisses,  notam- 
ment  celle  d'un  palais.  Les  bas-reliefs  termines  occupent  environ 
la  moitie  de  la  hauteur  du  panneau.  Us  sont  di vises  en  deux 
registres  separes  par  une  etroite  bande  horizontale. 

(I)  II  est  entendu  que  tous  les  bas-reliefs  du  Bayon  doivent  etre  vus,  comme  ceux  d' Angkor- 
Vat,  en  commen^ant  par  le  bas,  qui  constitue,  nous  en  avons  du  moins  la  conviction,  le  premier 
plan.  Mais  quelquefois  les  different*  registres  represented  non  une  superposition  de  plans  mais 
une  suite  ininterrompue  de  scenes,  qui  doivent  se  lire  d'abord  d'un  bout  a  1'autre  du  premier 
registre,  puis  sur  le  second  et  ainsi  de  suite  jusqu'a  la  fin  du  registre  superieur. 


ANGKOR-THOM 


Registre  inferieur  :  defile  ininterrompu  de  guerriers  qui  portent 
tous  1'arme  a  1'epaule.  Armes  di verses  :  sabres,  lances,  arcs,  arba- 
letes  et  cette  lame  montee  sur  une  racine  de  bambou  courbee  que 
les  Cambodgiens  appellent  p/?£ea£  et  dont  1'usage  s'est  conserve 
fidelement  depuis  1'epoque  d* Angkor.  —  Quelques  femmes  et  des 
enfants  suivent  1'armee. 

Registre  superieur  :  continuation  du  defile.  En  tete,  des 
esclaves  portent  des  banmeres.  Immediatement  apres  viennent  des 
musiciens  ;  1'un  d'eux  frappe  a  tours  de  bras  sur  un  gong  enorme. 
Une  sorte  de  chasse  (ou  d'urne)  richement  decoree  et  abritee  par 
une  quantit^  de  parasols  et  d'eventails  est  portee  sur  les  epaules 
d'une  demi-douzaine  d'hommes.  Elle  est  suivie  par  trois  chevaux 
non  montes  que  des  esclaves  conduisent.  Et  le  defile  continue. 
Nousvoyons  des  soldats,  la  lance  a  1'epaule  et  le  bouclier  bas,  un 
deuxieme  gong  et  son  frappeur,  puis  d'autres  guerriers  et  des 
oriflammes,  un  elephant  de  guerre  monte  par  un  chef  dont  le 
haut  rang  est  indique  par  des  parasols  nombreux,  des  eventails  et 
des  chasse-mouches.  D'autres  guerriers  suivent  encore,  ainsi  que 
des  femmes  et  des  enfants. 

Nous  assistons  ici  a  un  enterrement  ou,  plutot,  a  la  translation 
des  cendres  d'unroi,  car  la  chasse  ou  1'urne  portee  a  dos  d'hommes 
est  de  dimensions  trop  faibles  pour  contenir  un  corps.  Toute 
1'armee  fait  partie  du  cortege ;  les  chevaux  tenus  en  main  sont  ceux 
du  mort ;  les  femmes  et  les  enfants  represented  la  famille  royale. 

Petite  porte  muree. 

A  droite  de  cette  porte,  scene  de  combat  divisee  comme  la 
precedente  en  deux  registres.  Dans  celui  du  haut,  une  bonne 
esquisse  est  visible,  mais  elle  n'est  pas  assez  poussee  pour  fournir 
des  renseignements  complets. 

Registre  inferieur  :  le  premier  personnage  important  que  Ton 
rencontre  est  un  chef  monte  sur  un  elephant.  Son  guidon  et  ses 
parasols  ont  la  hampe  brisee,  signe  de  defaite.  Melee  generale. 
Deux  elephants  sont  aux  prises.  L'untourne  la  tete  avec  1'evidente 
intention  de  fuir,  et  c'est  ce  que  veulent  faire  aussi  le  chef  et  le 
cornac  qui  le  montent.  D'autres  chefs  n'ont  pas  plus  de  vaillance 
et  paraissent  prets  a  abandonner  la  partie.  L'action  se  passe  en 
foret.  Les  guerriers  des  deux  camps  ne  se  distinguent  ni  par  la 
coiffure  ni  par  les  vetements,  qui  sont  identiques  :  cheveux  en 
brosse,  collier,  veste  courte,  sampot  roule  autour  des  reins. 

A  1'extremite  du  panneau  (pres  de  1'entree  d'axe) ,  les  guerriers 
— I25  


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


franchissent  un  pont  figure  par  une  bande  horizontale  de  5  centi- 
metres de  largeur.  L'eau  est  indiquee,  comme  d'habitude,  par  une 
multitude  de  poissons.  —  Dans  tout  ce  bas-relief,  on  ne  peut 
distinguer  aucune  figure  de  grand  chef.  Les  commandants  des 
deux  armees  se  seraient  trouves  probablement,  si  les  scenes  etaient 
terminees,  dans  un  des  registres  supeneurs. 

Face  ouest  (partie  droite).  —  Tout  le  panneau  est  decore,  du 
haut  en  bas.  II  comprend  d'abord  trois  registres  superposes  et 
divises  par  des  bandes  horizontales  en  relief. 

La  premiere  scene  represente  un  combat.  Elle  est  interessanle 
par  la  precision  du  dessin  qui  laisse  apprecier  les  moindres  details. 
De  nombreux  elephants  selles  d'un  robuste  bat  de  guerre  entrent 
dans  sa  composition.  On  distingue  nettement  le  systeme  d'attache. 
Certaines  de  ces  gigantesques  montures  ont  la  tete  couverte  d'un 
bonnet  ou  d'une  petite  piece  d'etoffe  carree.  —  Gong,  tambourin, 
trompette ;  des  enfants  tiennent  le  role  de  musiciens.  Les  ennemis 
portent  le  meme  collier,  la  meme  coiffure  et  des  vetements 
semblables. 

Autre  scene,  separee  de  la  precedente  par  des  rochers  et  divisee 
en  quatre  registres. 

Dans  le  registre  inferieur,  on  voit  un  palais  dont  1'interieur 
fourmille  de  monde.  Des  femmes  paraissent  maltraitees  par  des 
individus  armes  de  massues.  Elles  ne  sont  pas  battues,  mais 
craignent  de  1'etre.  Des  porteuses  de  vivres  circulent.  Des  hommes 
et  des  femmes  arrivent  des  deux  cotes  du  palais  et  se  rencontrent 
au  centre.  Le  sens  de  cette  scene  nous  echappe  completement, 
de  meme  que  celui  du  registre  suivant. 

Deuxieme  registre  :  de  nombreux  guerriers  se  trouvent  sur  les 
toits  du  palais  que  Ton  vient  de  voir,  c'est-a-dire,  probablement, 
au  deuxieme  plan. 

Troisieme  registre  :  des  hommes,  qui  ont  1'air  de  guerriers 
vaincus  et  desarmes,  se  tiennent  a  genoux  a  la  droite  d'un  person- 
nage,  egalement  agenouille,  qui  leur  parle  avec  vehemence.  A  la 
gauche  de  cet  orateur,  des  guerriers  sans  armes  (ou  des  esclaves) 
montrent  deux  tetes  coupees  qu'ils  levent  des  deux  mains  aussi 
haut  que  possible.  Puis  des  guerriers  debout  et  armes  semblent 
quitter  les  lieux. 

Nous  avons  la  sans  doute  le  resultat  du  dernier  combat  :  on 
apporte  au  vainqueur  les  tetes  des  chefs  vaincus.  Dans  le 
meme  registre,  une  esquisse  indique  que  la  scene  allait  se  com- 
126  


ANGKOR-THOM 


pleter  par  un  combat  singulier.  Les  deux  adversaires  sont  de  haute 
taille.  L'un  est  a  bout  de  forces  et  flechit  ;  1'autre  le  domine, 
mais  on  ne  voit  pas  dans  1'ebauche  le  detail  de  ses  gestes.  Des 
guerriers  assistent  les  combattants. 

Registre  superieur  :  un  palais.  Une  femme  est  portee  en 
palanquin.  Demere  elle,  des  suivantes  accroupies  tiennent  dans  leurs 
mains  des  coupes  a  betel  ou  a  fruits.  Devant  le  palanquin,  quelques 
hommes  assis  croisent  les  bras  sur  leur  poitrine  en  maniere  de  salut. 


FIG.  33.  —  BAYON.  —  FRAGMENT  D'UN  DES  BAS-RELIEFS  DE  LA  PREMIERE 
GALERIE  :  GUERRIERS  COMBATTANT. 

Us  se  trouvent  dans  une  des  galeries  du  palais.  Sous  un  porche  se 
tient,  assis  a  1'indienne,  un  personnage  de  grande  taille  a  cheveux 
ras,  au  cou  orne  d'un  collier.  Son  attitude  montre  qu'il  attend 
avec  emotion  la  dame  qui  arrive  en  palanquin.  Deux  familiers 
1'assistent,  et  1'un  d'eux  lui  prend  la  main.  Le  reste  du  registre  est 
simplement  ebauche  mais  parait  avoir  etc  destine  a  completer  la 
scene. 

Petite  porte  muree. 

Au  dela,  le  haul  du  mur  est  nu,  sauf  pres  de  Tangle  sud-ouest. 

Deux  registres.  Le  plus  eleve  nepresente  que  quelques  ebauches. 
Les  bas-reliefs  de  1'autre  sont  termines.  Encore  des  guerriers, 
des  chefs  monies  sur  des  elephants.  Un  de  ces  chefs  se  distingue 

127     


AUX    RU1NES    D'ANGKOR 


par  une  cuirasse  carree  semblable  a  celles  qui  couvrent  la  poitrine 
des  seigneurs  de  la  galerie  historique  d' Angkor- Vat.  Les  autres 
n'ont  qu'une  simple  tunique.  Tous  ont  le  meme  armement,  un  arc 
et  des  fleches,  et  portent  une  chevelure  roulee  en  petit  chignon  sur 
la  nuque.  Cette  armee  ne  combat  pas  ;  elle  esten  marche  sous  le 
dome  d'une  foret.  Deux  brahmanes,  dont  Fun  tient  en  main  un 
trident,  grimpent  a  un  arbre  pour  eviter  d'etre  mis  a  mal  par  un 
tigre  qui  semble  vouloir  les  atteindre.  Nous  remarquerons  a  ce 
sujet  que  les  sculpteurs  cambodgiens  se  sont  souvent  amuses  a 
placer  leurs  pretres  dans  une  posture  ridicule.  Sur  les  murs  d' Ang- 
kor-Vat,  nous  avons  vu  les  Pandits  faire  des  grimaces  parce  que, 
etant  peu  habitues  a  la  fatigue,  ils  avaient  Tepaule  endolone  de 
porter  la  litiere  de  leur  chef.  Nous  les  avons  vus  aussi  descendre, 
affoles,  le  flanc  d'une  montagne.  Ici,  les  voila  pris  de  terreur 
devant  un  tigre.  Et,  en  somme,  on  pourrait  conclure  de  ces  petits 
details  que,  si  les  artistes  d* Angkor  avaient  pour  les  divinites 
brahmaniques  une  indiscutable  veneration,  ils  en  avaient  beaucoup 
moins  pour  les  ministres  du  culte. 

Pres  de  Tangle  sud-ouest,  au-dessus  de  Tarmee  en  marche,  une 
scene  bien  dessinee  doit  se  rapporter  a  la  construction  des  temples. 
En  voici  la  distribution  :  une  montagne  compose  le  fond  du 
tableau.  Au  bas  de  la  cote,  un  brahmane  est  assis.  II  fait  un  signe 
a  un  homme  qui  lui  apporte  quelque  chose  sur  un  plat.  Devant 
et  derriere  lui  se  tiennent  des  guerriers.  Sur  la  meme  ligne,  on 
rencontre  d' autres  guerriers,  puis  des  esclaves  trainant  au  moyen 
d'une  corde  une  pierre  d'assez  grande  dimension.  Un  chef 
d'equipe,  bati  en  force,  donne  des  ordres  d'un  geste  imperieux  ; 
un  autre,  arme  d'un  rotin,  est  debout  sur  la  pierre  que  Tontrans- 
porte,  ce  qui  n'est  pas  un  moyen  de  faciliter  une  besogne  deja 
penible.  Ce  sujet  a  notoirement  trait  a  des  travaux  de  cons- 
truction, et  il  est  fort  possible  que  la  montagne  du  fond  soit  le 
Phnom-Koulen  qui  a  fourni  toute  la  pierre  des  monuments 
d' Angkor. 

Face  sud  (partie  gauche).  —  (Dans  1'espace  compris  entre 
Tangle  sud-ouest  et  une  petite  porte  ouverte  dans  la  muraille.)  Le 
haul  du  panneau  est  nu;  a  mi-hauteur,  quelques  esquisses  sont 
tracees,  dont  une  de  figure  de  femme.  La  partie  basse  est  divisee 
en  deux  registres. 

Registre  inferieur  :  deux  elephants  passent  sur  un  pont.  Ils  ne 
sont  ni  selles  ni  monies,  meme  par  leurs  cornacs.  De  nombreux 
I28  


RAYON.  —  TKTKS  DKCORATIVES. 


BATON.  —  PROFII.  D'UNE  TF.TE. 


BAYON.  —  FRAGMENT  n'ux  DBS  BAS-RELIEFS  DE  LA  PREMIERE  GALF.RIE 

(LA  PARTIE  SUPERIEURE  N'EST  QU'EBArCHEF,). 


AUX  RLINKS  I/ANGKOK. 


PL.   47.   PAGE  128. 


BAYON   —  FRAGMENT  DKS  HAS-RF.LIEFS 
I>E  I.A  PREMIERE  GAI.KR1E. 


RAYON.  —  FRAGMENT  DES  IJAS-RELIEKS 
DE  LA  DErXTF.MF.  OAI.ER1E. 


BAYON.  —  FRAGMENTS  DES  BAS-RELIEFS  DE  LA  DETXIEME  GALERJE 
MTTILATION  I)E  I.A  STATUE  iVl'NE  DEESSE. 


GLIDE  AUX  KUINKS  U'ANGKOR. 


PL.   48,    I'.U.I-:  19$ 


ANGKOR-THOM 


parasols  que  portent  des  esclaves  leur  donnent  de  1'ombre.  Des 
guerriers  precedent  et  suivent  ces  elephants,  qui  peuvent  etre  les 
montures  habituelles  du  roi  et  viennent  sans  doute  de  se  baigner 
dans  la  riviere  figuree,  au-dessous  du  pont,  par  des  poissons.  II 
est  possible  aussi  que  ce  sujet  veuille  representer  la  promenade  des 
elephants  sacres  (elephants  blancs)  qui  avaient  droit  a  un  cortege 
aussi  somptueux  que  celui  d'un  roi.  Sur  la  berge,  on  aperfoit  un 
chasseur  visant  de  son  arbalete  un  chevreuil  qui  vient  boire. 

Deuxieme  registre  :  des  hommes  sont  accroupis  devant  un 
personnage  aux  cheveux  reunis  en  chignon.  Quelques  arbres ; 
defile  de  guerriers.  Rien  de  saillant. 

Porte  ouverte  dans  le  mur. 

Au  dela,  le  haul  du  panneau  est  nu.  Deux  registres  dans  la 
partie  basse.  Tous  les  deux  sont  occupes  par  le  defile  d'une 
armee.  Nous  rencontrons  ici  des  brouettes  que  nous  n'avions  pas 
encore  vues.  Elles  paraissent  servir  au  transport  d'une  petite  cata- 
pulte  ou  d'un  autre  instrument  de  guerre  dont  la  forme  n'est  pas 
nette.  Plus  loin,  quelques  elephants  portent  une  autre  machine  de 
guerre  servie  par  deux  archers.  Aucun  des  personnages  de  cette 
armee  ne  se  distingue  par  les  attributs  royaux  ou  par  ceux  d'un 
chef  important. 

Face  sud  (partie  droite). —  Panneau  situe  entre  leporche  central 
et  une  petite  porte  muree.  Quatre  registres. 

Registre  inferieur  :  guerriers  combattant  dans  une  foret.  Rien 
de  particulier  ;  leur  analogic  avec  ceux  que  nous  avons  vus  plu- 
sieurs  fois  est  complete. 

Deuxieme  registre :  des  hommes  a  petit  chignon,  le  cou  orne 
d'un  collier,  palabrent. 

Troisieme  registre  :  une  vieille  dame  aux  seins  pendants  (1) 
est  assise  au  milieu  d'une  foule  d'hommes  avec  lesquels 
elle  discute. 

Registre  superieur:  palais.  Une  reine  (ou  une  dame  de  haut 
rang)  est  assise  sur  un  siege  bas.  Des  serviteurs  1'eventent,  des 
familiers  1'entourent.  Elle  est  coifree  d'un  diademe  de  fleurs.  Son 
cou  s'orne  d'un  riche  collier  se  terminant  en  pointe  entre  les 
seins.  Ses  bras,  ses  poignets  et  ses  chevilles  portent  des  anneaux 
d'un  travail  precieux. 

Petite  porte  muree. 

(I)  Les  seins  plaques  sur  la  poitrine  se  voient  difficilemcnt,  et  ce  personnage  peut  etre  pris 
pour  un  homme. 

129       


AUX    RUINES    D'ANCKOR 


Au  dela,  le  panneau  comprend  trois  registres.  Le  plus  eleve 
n'est  pas  completement  termine. 

Premier  registre  :  scene  de  guerre.  Les  guerriers,  coiffes  d'un 
chapeau  de  latanier  (rencontres  deja),  vont  combattre  des  soldats 
dont  les  cheveux  sont  coupes  en  brosse(l).  Melee.  Puis  scenes 
nautiques  :  des  jonques  chargees  de  combattants  vont  accoster. 
Ces  embarcations  avancent  a  la  rame.  Leur  avant  se  presente  en 
forme  de  tete  d'oiseau  garnie  d'une  longue  crete  qui  descend  le 
long  du  cou.  La  proue  est  taill^e  en  maniere  d'eperon.  On  voit 
au-dessus  du  bastingage  la  tete  des  rameurs. 

Deuxieme  registre  :  les  guerriers  au  chapeau  de  latanier 
s'avancent  d'un  pas  sautillant.  Us  rencontrent  1'ennemi,  mais  celui-ci 
conserve,  pour  le  moment,  une  impassibilite  absolue  qu'il  perd  un 
peu  plus  loin.  Combat. 

Troisieme  registre  :  des  hommes  grimpent  aux  arbres  pour 
chasser  ou  cueillir  des  fruits  ;  d'autres  confectionnent  un  objet  au 
moyen  d'un  ciseau  de  menuisier  et  d'un  maillet;  quelques-uns 
taillent  des  pieces  de  bois.  La  scene  change.  Sous  une  longue 
tente  a  bordure  festonnee  sont  assis  de  nombreux  personnages 
qui  se  saluent  par  groupes.  Plus  loin,  un  homme  de  grande  taille 
(esquisse)  fait  un  geste  de  la  main  gauche.  II  est  assis  dans  I'em- 
brasure  d'un  porche  garni  de  rideaux  releves.  Des  esclaves 
portant  des  parasols,  un  chef  monte  a  elephant,  des  guerriers  se 
dirigent  du  cote  du  personnage  assis. 

—  Autre  partie  divisee  en  cinq  registres. 

Registre  inferieur:  combats  de  gladiateurs  et  de  lutteurs.  Des 
chiens  places  face  a  face  sont  excite's  par  leurs  maitres  et  vont  se 
batt  re. 

Deuxieme  et  troisieme  registres  :  scene  d'interieur.  Deux  prin- 
cesses assises  dans  la  salle  centrale  d'un  palais  sont  entoure'es  de 
guerriers  ou  de  familiers. 

Quatrieme  registre  :  meme  scene,  mais  animee  davantage  par 
la  presence  de  musiciens  et  de  danseurs. 

Cinquieme  registre  :  palais.  Un  seigneur  couche  sur  un  lit  de 
repos  (figure  a  peine  ebauchee)  recoit  les  hommages  d'une 
femme.  Autour  de  lui  des  princesses  et  des  serviteurs  sont 
assis. 

Les   scenes  varient    encore.    Presque    toute    la    hauteur    du 

(I)  C'est  surtout  par  let  details  de  la  coiffure  que  les  sculpteurs  d' Angkor  ont  differencie  let 
advenaire:. 

i3o    


ANGKOR-THOM 


mur  est  occupee  par  des  sujets  nautiques.  Nous  voyons  une 
grande  jonque  a  deux  mats,  voiles  deployees.  Le  patron  et  1'equi- 
page  trompent  comme  ils  peuvent  la  monotonie  d'un  long  voyage. 
Sur  1'avant,  un  homme  leve  (ou  descend)  1'ancre,  deux  autres 
jouent  aux  echecs ;  au  milieu,  des  gens  causent ;  un  marin  tire 
sur  la  drisse  de  la  voile  arriere;  le  barreur  donne  desordres.  Au- 


FIG.  84.  —  BAYON.  —  BAS-RELIEFS  DE  LA  PREMIERE  GALERIE  :  SCENE 
DE  P&CHE  (FRAGMENT). 

dessus  du  gouvernail,  un  large  pavilion  dentele  flotte  au  vent.  Des 
cormorans  volent  autour. 

Quelques  barques  de  pecheurs.  Deux  hommes  tirent  leur 
epervier  de  Teau,  un  troisieme  peche  au  carrelet,  d'autres  glissent 
dans  un  panier  le  produit  de  la  peche.  Dans  1'eau,  des  poissons 
de  toutes  les  tailles,  des  caimans  et  des  tortues  abondent. 
L'endroit  est  extremement  poissonneux  et,  comme  les  rives  sont 
invisibles,  il  est  permis  de  croire  que  1'artiste  qui  a  trace  ce  pan- 
neau,  remarquable  par  1'exactitude  des  details,  s'est  inspire^  de 
ce  qu'il  avait  observe  sur  le  grand  lac  voisin. 

Le  bas  du  mur  est  occupe  par  des  petites  scenes  variees  qui 
n'ont  aucun  rapport  avec  celles  du  registre  superieur :  une  femme 


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


est  assise  dans  sa  maison  ;  un  porteur  arrive  avec  des  provisions  ; 
des  hommes  jouent  avec  leurs  femmes ;  un  combat  de  coqs  a  lieu 
au  milieu  de  parieurs  qui  tendent  la  mam  pour  recevoir  1'enjeu. 

Les  sujets  changent  encore  :  cinq  barques  prennent  toute  la 
hauteur  du  mur,  a  1'exception  de  la  partie  basse,  ou  se  continuent 
les  petites  scenes  familieres.  La  premiere  embarcation,  celle  du 
bas,  est  montee  par  des  guerriers ;  la  suivante  egalement.  La  troi- 
sieme  contient  un  danseur,  des  musiciens  et  des  chanteurs  ;  la 
quatrieme  transporte  encore  des  guerriers,  et  la  cinquieme  est 
occupee  par  un  personnage  important  assis  dans  une  cabine  ma- 
gnifique.  Vraisemblablement,  nous  avons  dans  ce  panneau  la 
figuration  d'une  promenade  qu'un  roi  fait  sur  le  lac  en  compagnie 
d'une  escorte  nombreuse  et  de  bateleurs  charges  de  le  distraire. 

Petite  porte  muree. 

Au  dela,  le  mur  est  divise  en  trois  registres  completement 
remplis  par  des  jonques  de  guerre  chargees  de  guerners.  Deux 
flottes  ennemies  sont  en  presence,  et  la  rencontre  a  lieu  pres  de 
Tangle  sud-est.  Les  embarcations  venant  de  gauche  contiennent 
des  guerriers  a  cheveux  ras,  celles  de  droite  des  guerriers  coiffes 
du  chapeau  de  latanier.  Ces  derniers  ont  le  dessous ;  ils  sont 
precipites  a  1'eau  par  grappes,  tandis  que  1'adversaire  ne  compte 
que  des  pertes  insignifiantes. 

Comme  nous  connaissons,  par  les  inscriptions  resumees  dans  la 
partie  historique  de  ce  guide,  la  rivalite  constante  qui  existait 
entre  le  Cambodge  et  le  Champa,  nous  pouvons  nous  demander 
si  les  bas-reliefs  du  Bayon  ne  se  rapportent  pas  en  majeure  partie 
aux  batailles  que  ces  deux  royaumes  se  livrerent  si  souvent.  Les 
guerners  a  cheveux  ras  representeraient  les  Cambodgiens,  et  ceux 
qui  portent  le  chapeau  de  latanier  seraient  des  Chams.  Dans  ce 
cas,  les  sculpteurs  d' Angkor  auraient  traite  leurs  compatriotes 
avec  avantage,  car,  si  les  Chams  furent  battus  mamtes  fois,  ils 
prirent  aussi  quelques  revanches,  et  c'est  une  aventure  que  les 
artistes  du  Bayon  oublierent  assez  volontiers.  Mais,  pour  dire 
vrai,  on  ne  sait  pas  a  quels  episodes  se  rattachent  les  bas-reliefs 
que  nous  avons  sous  les  yeux,  et  il  est  regrettable  qu'aucune 
inscription  ne  vienne  nous  renseigner  sur  la  nationalite  des  adver- 
saires  en  presence. 

Au-dessous  du  combat  naval,  un  petit  registre  contient  des 
sujets  n'ayant  aucun  rapport  avec  le  precedent  :  chasse  aux  buffles 
sauvages;  petite  maison  dans  laquelle  se  passe  une  scene  de  la 


ANGKOR.  THOM 


plus  grande  mtimite ;  une  dame  coifree  d'un  diademe  est  entouree 
de  servantes  ;  une  femme  joue  avec  ses  enfants ;  un  homme  se 
fait  gratter  la  tete  par  son  epouse  ;  des  animaux  sont  a  1'ombre 
dans  un  coin  de  forel ;  un  homme  se  defend  centre  un  tigre ; 
autres  scenes  de  chasse ;  des  gens  sont  occupes  a  cuire  des  ali- 
ments. Ces  tableaux  sont  mteressants  parce  qu'ils  nous  renseignent 
sur  la  vie  domestique  des  Cambodgiens  d'autrefois  et  sur  le  type 
d'habitation  adopte  par  les  habitants  d'Angkor. 

Tout  pres  de 
Tangle  sud-est,  la 
moiUe  du  mur 
est  prise  par  une 
scene  d'assez 
grande  dimen- 
sion :  un  person- 
nage  de  haute 
taille(unroi  sans 
doute)  est  assis 
sur  un  trone  dans 
son  palais.  II 
apparait  dans 
1'embrasure  d'u- 
ne  porte  garnie 
de  rideaux.  De- 
vantlui,  desguer- 
riers  se  proster- 
nent  et  deux  gla- 
diateurs,  le  bou- 

clier  d'une  main  et  la  lance  de  1'autre,  se  battent.  Derriere  le  person- 
nage  principal  se  tiennent  deux  femmes,  ses  epouses  sans  doute. 
On  aperfoit  au-dessus  de  la  toiture  du  palais  les  tetes  de  quelques 
hommes  placees  la  on  ne  sait  pourquoi.  La  scene  se  complete 
par  un  danseur,  des  musiciens  et  des  chanteurs.  Nous  avons 
vu  deja  des  sujets  similaires. 

jingle  sud-est  —  Les  murs  des  vestibules  d'angle  sont  egale- 
ment  couverts  de  bas-reliefs,  mais  il  est  impossible  de  les  voir  a 
cause  des  eboulis.  Cependant  une  partie  du  vestibule  de  Tangle 
sud-est  a  etc  epargnee,  et  c'est  la  que  se  trouve  le  motif  que 
nous  avons  mentionne  dans  la  description  d'Angkor- Vat  en  par- 
lant  du  couronnement  des  tours.  Ce  bas-relief  se  distribue  a  peu 
,33  


FIG.  35.  —  BAYON.  —  BAS-RELIEFS  DE  LA  PREMIERE 
GALERIE  :  E.MBARCATIONS  ARMEES  EN  GUERRE  (FRAGMENT). 


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


pres  comme  le  massif  central  d* Angkor- Vat  :  trois  tours,  celle 
du  milieu  dominant  les  autres.  Le  detail  se  precise  par  des 
frontons  superposes,  I'mdication  des  gradins  et  me'me  par  les 
antefixes  pointus.  La  partie  Basse  figure  assez  fidelement  unevue 
de  face  des  porches  du  dernier  etage  d' Angkor- Vat.  Sur  ce 
bas-relief  nous  ne  voyons,  en  verite,  que  trois  tours,  mais  il  faut 
penser  que  les  Cambodgiens  ignoraient  la  perspective  et  qu'ils 
auraient  etc  bien  embarrasses  pour  placer  les  deux  autres.  Quant 
au  symbole  qui  se  trouve  au  sommet  de  la  fleche,  il  est  d'un 
dessin  tres  net  et  represente  indiscutablement  un  trident.  On  ne 
saurait  avoir  un  doute  a  son  sujet,  puisqu'il  est  repete  trois 
fois. 

Sous  le  dome  de  la  tour  centrale,  c'est-a-dire  a  1'endroit  ou 
se  place  le  sanctuaire  d' Angkor- Vat,  on  aperfoit  sur  un  grand 
socle  (I)  une  pierre  a  tete  arrondie,  qui  peut  e*tre  une  stele  ou  un 
Linga,  mais  plus  probablement  un  Linga  qu'une  stele. 

A  droite  de  ce  bas-relief,  on  voit  une  courte  solution  de  conti- 
nuite.  Le  mur  est  reste  fruste  sur  quelques  decimetres  ;  mais,  a 
cette  place,  un  personnage  important  (dieu  ou  roi)  etait  prevu, 
car  nous  distinguons  1'esquisse  des  parasols  et  des  oriflammes  qui 
devaient  indiquer  son  rang.  De  plus,  nous  trouvonsla  des  femmes 
assises  faisant  face  a  1'endroit  ou  le  seigneur  devrait  etre.  Des 
suivantes  montent  les  degres  d'un  escalier  sous  les  marches  duquel 
se  trouve  une  grande  theiere  posee  sur  un  tabouret.  Elles  apportent, 
1'une  un  parasol,  1'autre  une  coupe  a  betel.  II  est  evident  que  ces 
figures  ne  sont  que  les  accessoires  d'un  sujet  plus  important.  A 
droite  de  1'escalier,  un  palais  (harem,  sans  doute)  est  habite 
uniquement  par  des  femmes.  Deux  danseuses,  placees  dans 
1'embrasure  de  la  porte  centrale,  offrent  aux  dames  du  palais  un 
echantillon  de  leur  art.  Sur  le  retour  d'angle,  des  guerriers  (peut- 
£tre  les  gardiens  du  serail)  se  tiennent  accroupis,  leurs  armes  a 
la  main. 

Dans  le  registre  inferieur,  des  hommes  a  petit  chignon  et 
d'autres  portant  les  cheveux  ras  sont  venus  rendre  visite  a  quatre 
personnages  assis  devant  leur  habitation. 

Face  est  (partie  gauche).  —  De  Tangle  sud-est  a  la  petite 
porte  muree  qui  se  trouve  a  peu  de  distance,  le  mur  est  divise  en 
quatre  registres. 

(1)  Dans  le  sanctuaire  d' Angkor- Vat  nous  retrouvons  un  socle  ;  mail  ce  qui  etait  dessus  a 
diiparu. 

i34    


ANGKOR-THOM 


Registre  inferieur  :  interieur  d'un  palais.  Des  pigeons  sont 
venus  se  poser  sur  la  Crete  des  toitures.  A  1'interieur,  des  esclaves 
font  cuire  des  aliments.  Deux  hommes  ont  1'air  de  se  gifler. 

Deuxieme  registre  :  Interieur  d'un  palais.  Encore  des  pigeons 
perches  sur  la  toiture.  Sous  le  porche  central,  se  tient  un  person- 
nage  a  chignon  recevant  plusieurs  visiteurs  accroupis  devant  et 
derriere  lui. 

Troisieme  registre  :  interieur  d'un  palais.  Un  personnage 
important  cause  avec  des 
hommes  qui  lui  font  face. 
Derriere  lui,  des  femmes 
sont  assises.  Des  hommes 
se  livrent  a  diverses  occu- 
pations :  deux  serviteurs 
font  la  cuisine  sur  des 
fourneaux  ressemblant  a 
ceux  dont  les  indigenes 
se  servent  aujourd'hui. 

Registre  superieur  : 
interieur  d'un  palais.  Des 
gens  dorment,  d'autres 


causent. 

Sous  les  toitures  des 
quatre  palais,  des  objets 
sont  suspendus  :  parasols, 
eVentails,  matelas. 

Petite  porte  muree. 

Trois  registres,  mais 
toute  la  partie  haute  (1  metre  environ)  du  registre  superieur  a 
disparu.  Ce  qu'il  en  reste  nous  montre  des  brahmanes  dans 
differentes  poses. 

Registre  inferieur  :  marche  de  guerriers  dans  un  paysage  de 
cocotiers.  Les  elephants  ne  sont  monies  que  par  les  cornacs.  Les 
bats  de  guerre  contiennent  un  arc,  un  objet  long  qui  peut  etre  un 
carquois  ferme,  des  coffrets  histories  de  forme  conique. 

Deuxieme  registre  :  marche  de  guerriers.  On  apercoit  un 
elephant  coiffe  d'une  tiare  pointue.  Quelques  chasseurs  ont  capture 
un  Khting  (taureau  sauvage),  1'ont  amarre  a  un  arbre  par  de 
fortes  cordes  et  se  preparent  a  le  tuer  a  coups  de  lance. 

Cette  suite  de  scenes,  surtout  celle  du  bas,  doit  representer  le 


FIG.  36.  —  BAYON.  —  BAS-RELIEFS  DE  LA 
PREMIERE  GALERIE  (FRAGMENT). 


i35 


AVX    RU1NES    D'ANGKOR 


retour  d'une  armee  apres  un  gros  succes  ;  les  cassettes  que  portent 
les  elephants  contiendraient  le  riche  butm  pns  aux  vaincus.  II  est 
egalement  possible  que  nous  assistions  ici  au  transport  du  tribut 
que  payaient  chaque  annee  aux  rois  du  Cambodge  les  Etats 
dependants. 

Petite  porte  centrale  muree. 

Au  dela,  trois  registres  complets  representent  tous  les  trois  la 
marche  d'une  armee.  Panneau  extremement  mteressant  et  dessine 
avec  une  sincerite  qui  permet  de  saisir  les  moindres  details  et  le 
classe  au  premier  rang  des  bas-reliefs  du  Bay  on. 

Registre  inferieur  :  nombreuses  charrettes  a  boeufs  couvertes 
d'un  toil  en  rotin  et  en  tous  points  semblables  a  celles  d'aujour- 
d'hui.  EJles  transportent  les  provisions  de  1'armee  ou  les  femmes 
des  chefs.  Les  bceufs  de  trait  et  les  vehicules  sont  d'un  dessin 
parfait.  Les  chefs  ont  pour  monture,  ici  aussi,  des  elephants 
bates  de  la  selle  de  guerre  que  nous  connaissons.  Scenes  diverses  : 
Des  chasseurs  ont  grimpe  dans  un  arbre  ;  1'un  vise  de  sa  fleche 
un  oiseau  pendant  que  1'autre  porte  sur  son  dos  le  produit  de  la 
chasse.  En  cours  de  route,  des  gens  font  leur  cuisine ;  quelques 
esclaves  sont  charges  de  lourdes  provisions  ;  des  guerriers  se  sont 
arretes  a  1'ombre  pour  causer  pendant  quelques  instants.  Les  chefs 
de  second  rang  cheminent  a  cheval.  Musique.  Des  statuettes 
d'Hanuman  posees  sur  de  longues  hampes  representent  les  famous 
de  cette  armee.  Le  fond  du  tableau  est  constitue  par  des  arbres 
couverts  d'ammaux  divers  :  paons,  perruches,  singes,  ecureuils. 

Ici  nous  rencontrons  un  groupe  de  guerriers  que  nous  n'avions 
encore  jamais  vus.  Leurs  cheveux  sont  pris  sous  un  petit  chapeau 
a  claire-voie,  sans  bords,  plante  sur  le  sommet  du  crane.  Le  chef 
est  a  dos  d'elephant  et  porte  la  meme  coiffure.  D'autres,  du 
meme  groupe,  ont  le  chignon  mamtenu  pas  un  enorme  peigne. 
Leur  physionomie  offre  assez  fidelement  le  type  annamite. 

Deuxieme  registre  :  meme  sujet  que  dans  le  precedent,  a 
1'exception  de  quelques  details.  Des  serviteurs  portent  de  grands 
coffres  qui  doivent  contenir  des  vetements  ou  des  objets  precieux. 
Un  sanglier  (ou  un  pore)  suit  la  colonne  sous  la  menace  de  la 
trique  qu'un  esclave  tient  en  main. 

Registre  superieur  :  une  dame  en  palanquin  ;  serviteurs  nom- 
breux  ;  musique.  Une  princesse  s'avance  portee  sur  un  lit  de 
parade  couvert  d'wn  petit  toil  que  des  esclaves  soulevent  a  bout 
de  bras.  Des  suivantes  I'accompagnent.  Autre  musique.  Autre 
,36  


BAYON.  —  FRAGMENTS  DES  BAS-RELIEFS  DE  LA  DEUXIEME  GALERIE  : 
ARMEE  EN  MARCHE. 


BAPHUOX.  —  VUE  D'ENSEMBI.E  nu  TEMPLE. 


AUX   KU1NKS   D'ANGKOR. 


PL.  49.  PAC;E  136. 


GROUPF.  or  PHIMEANACAS.  —  OOLONNES  SI/PPORTANT  I.A  CORHICRE 

D'l'NE  TERRASSK  CRUCIALE. 


1'lIIMKANACAS.  •-   BAS-RELIEF  DU    PERRON   SEPTENTRIONAL  DE  LA  TERRASSE 
n'llONNEUR  (PRES  Dtr  BELVEDERE  DU   ROI  LEPREl'X). 


(il   IDK   ALX    RUINES 


ANGKOR-THOM 


dame  en  palanquin.  Porteurs  de  parasols.  Des  cavaliers,  dont  un 
de  grande  taille,  un  roi  peut-etre,  cheminent.  Encore  des 
guerriers.  Au  bout  du  registre  on  voit,  portee  par  les  serviteurs 
d'un  temple,  1'arche  du  feu  sacre  que  nous  avons  deja  rencontree 
dans  la  galerie  historique  d' Angkor- Vat,  devant  les  sacnficateurs 
royaux. 

Face  est  (partie  droite).  —  C'est  ici  que  1'armee  que  nous 
venons  de  voir  se  rencontre  avec  1'ennemi.  On  se  bat  dans  les 
deux  registres  inferieurs,  mais  dans  celui  du  haut  tout  le  monde 
marche  en  bon  ordre.  L'action  est  terminee. 

Nous  retrouvons  les  guerriers  a  peigne  et  a  leger  chapeau  de 
tout  a  1'heure.  Us  se  battent  avec  ardeur  et  ne  laissent  pas  de 
mettre  a  mal  les  guerriers  a  chapeau  de  latanier  que  nous  avons 
toujours  vus  avoir  le  dessous.  Les  homines  a  peigne  combattent 
dans  les  rangs  de  soldats  a  cheveux  ras  dont  la  conduite  est 
egalement  pleine  de  valeur,  si  bien  que  les  guerriers  a  chapeau 
de  latanier  sont  vaincus,  comme  1'attestent  leurs  drapeaux  et  leurs 
parasols  brises.  Les  chefs  fuient  tant  qu'ils  peuvent  sous 
1'empire  d'une  terreur  visible,  et  ils  agissent  sagement,  car  les 
fleches  des  vainqueurs  arrivent  dru  comme  grele.  Remarquer  que 
les  bats  des  elephants  monies  par  les  fuyards  sont  beaucoup  plus 
rudimentaires  que  ceux  du  parti  adverse.  Ils  ont  la  forme  de 
simples  caisses  pourvues  de  quatre  cochets  ou  se  fixent  les  liens 
de  corde. 

Petite  porte  muree. 

La  partie  haute  du  mur  est  abattue.  II  reste  ici  deux  registres 
dont  les  sujets  sont  la  suite  evidente  des  precedents.  Les 
chapeaux  de  latanier  arrivent  en  foule,  mais  cet  effort  ne  leur 
vaut  aucun  succes.  Ils  sont  ecrases. 

On  remarquera,  dans  la  plupart  des  panneaux,  des  especes 
de  grillages  montes  sur  un  cadre  et  portes  verticalement  par  des 
esclaves.  Nous  supposons  que  ces  treillis  etaient  destines  a 
proteger  les  chefs  cambodgiens,  qui  pouvaient  voir  au  travers  des 
mailles  les  gestes  de  1'adversaire.  Cet  instrument  s'e'cartait  lorsque 
le  chef  Ian  gait  son  javelot  ou  decochait  une  fleche. 

On  ne  rencontre  dans  ces  derniers  panneaux  aucun  personnage 
ayant  la  tournure  d'un  roi  ou  d'un  commandant  d'armee.  Les 
chefs  principaux  devaient  etre  representes  sur  le  registre  superieur, 
qui  a  disparu. 

Face   nord  (partie  gauche).  —  II  ne  reste  en  place,  de  tout 


AUX    RU1NES    D'ANGKOR 


ce  mur,    que   les    deux    extremites.    Nous    y   voyons     quelques 
fragments  d'un  combat,  mais  il  est  impossible  de  suivre    1'action. 

Bas-reliefs  de  la  galerie  du  deuxieme  etage.  —  Le  deuxieme 
etage  du  Bayon  se  compose,  comme  nous  1'avons  deja  dit  dans 
la  description  du  temple,  d'une  serie  de  courtes  galeries  etablies 
sur  des  plans  horizontaux  differents.  Toute  la  muraille  de  fond 
et  les  murs  bouchant  les  extremites  de  certaines  galeries  sont 
couverts  de  bas-reliefs  se  rapportant  souvent  a  des  mythes 
religieux.  On  y  rencontre  aussi  des  scenes  de  combat  dans  le 
gout  de  celles  que  nous  venons  de  voir  sur  les  panneaux  du  premier 
gradin.  Beaucoup  de  ces  sculptures  temoignent  d'une  grande 
inexperience  et  paraissent  dater  d'une  epoque  ou  les  decorateurs 
d' Angkor  se  faisaient  la  mam,  si  Ton  peut  dire ;  mais  il  faut 
remarquer  que,  malgre  sa  naivete,  le  dessin  est  toujours  suffisam- 
ment  fidele  pour  qu'il  n'y  ait  pas  de  doute  sur  la  signification 
du  sujet. 

Face  nord  (partie  droite).  —  Panneau  de  gauche  (1)  : 
travail  tres  pnmitif ;  la  pierre  n'est  pas  polie,  les  tetes  sont 
disproportionnees,  les  jambes  greles,  mais  le  detail  s'accuse  nette- 
ment.  Qiva  est  represente  ici  avec  une  longue  barbe  en  pointe. 
II  porte  un  petit  CDllier  et  des  bracelets.  Sa  main  droite  tient 
un  objet  long  qui  peut  etre  le  manche  d'un  trident  disparu  dans 
un  eclat  de  la  pierre.  II  est  assis  a  1'indienne  sur  Nandin. 
Parasols,  eventails,  cnasse-mouches.  Autour  du  dieu,  quelques 
personnages  sont  accroupis,  les  mains  jointes  sur  la  poitrine  en 
signe  de  respect. 

Au-dessous  de  ce  tableau  se  trouve  un  sujet  que  nous  avons 
deja  rencontre  dans  la  galerie  historique  d* Angkor- Vat  :  defile 
de  Pandits.  Le  chef  est  porte  dans  un  hamac  suspendu  sous  un 
toit  leger. 

Panneau  de  face.  Premiere  scene  :  petit  palais.  Un 
personnage  coiffe  d'une  sorte  de  bonnet  a  trois  pointes  est  assis 
dans  1'embrasure  d'un  porche.  II  tient  dans  la  main  droite  quel- 
que  chose  qui  ressemble  a  une  massue  et  fait,  de  la  main  gauche, 
un  signe  a  des  gens  assis  pres  de  lui.  A  sa  droite  se  tient  une 
femme  agitant  un  eventail  et  deux  autres  femmes  immobiles.  En 

(I)  II  faut  entendre  par  "  panneau  de  gauche  "  le  mur  sculpt r  qui  bouche  a  gauche  la 
premiere  petite  galerie  que  nous  rencontrons.  Quand  nous  dirons  "  panneau  de  droite  ",  il  >era 
question  du  mur  bouchant  a  droite  une  galerie.  Les  "  panneaux  de  face  "  sont  ceux  du  mur  de 
fond. 

i38    


ANGKOR.  THOM 


dehors  du  palais,  on  voit  quelques  personnes  qui  peuvent  etre  des 
visiteurs  ou  des  familiers. 

Deuxieme  scene  :  replique  d'un  sujet  que  nous  nous  souvenons 
d'avoir  rencontre  dans  le  vestibule  sud-ouest  d' Angkor- Vat.  Voici 
sa  distribution  :  Qiva  est  au  sommet  d'une  montagne.  A  cote  de 
lui  se  trouve  des  personnages,  un  a  sa  droite,  deux  a  sa  gauche. 
Kama,  le  dieu  de  1'amour,  est  au  pied  de  la  montagne  et  se 
prepare  a  lancer  sa  fleche  (1).  Des  brahmanes  descendent  en 
courant.  Nandin  est  a  rm-c6te.  Puis,  au  bas  de  la  scene,  nous 
retrouvons  Kama  mort;  Rati  est  assise  aux  pieds  de  son  epoux. 
Parvatl  et  un  personnage  gravissent  le  flanc  de  la  montagne. 
On  voit  que  le  tableau  que  nous  avons  sous  les  yeux  ne  differe 
de  celui  d' Angkor- Vat  que  par  quelques  details,  mais  il  est 
infiniment  moins  visible  a  cause  de  1'obscurite  de  la  galerie,  du 
peu  de  relief  des  figures  et  de  la  coloration  foncee  de  la  pierre. 

Troisieme  scene  :  sous  un  portique,  une  femme  (deesse, 
reine  ou  princesse)  se  tient  debout  et  arrange  d'une  main  sa 
chevelure.  Elle  porte  un  collier  descendant  sur  la  poitrine ;  ses 
bras  et  ses  chevilles  sont  cercles  d'anneaux.  A  sa  droite,  un 
personnage  de  grande  taille  arme  d'un  glaive  fait  un  geste  de  la 
mam.  De  1'autre  cote,  un  personnage  egalement  de  grande  taille 
mais  portant  une  barbe  pointue  et  de  longs  cheveux  releves  sur  le 
haut  du  crane  tend  les  deux  mains  vers  la  princesse.  II  y  a  la 
encore  1'indication  d'une  montagne.  Deux  ermites  sont  en  priere 
dans  une  grotte. 

Panneau  de  droite  :  (^iva  est  assis  sur  un  tr6ne  bas  au 
milieu  d'un  palais.  Son  identite  se  precise  par  la  presence  de 
Nandin.  A  la  droite  du  dieu,  deux  pretres  sont  accroupis  ;  a  sa 
gauche,  on  voit  Parvat!  accompagnee  de  servantes.  Au-dessous, 
c*est-a-dire  devant  le  palais  de  (^iva,  des  brahmanes  et  des 
femmes  se  font  face. 

Porche  lateral  de  droite. 

Petite  galerie.  Panneau  de  gauche  :  Qiva  coiffe  du 
diademe  a  trois  pointes,  longue  barbe,  chapelet  dans  la  main 
droite,  est  assis  entre  Vishnou  a  sa  droite  (quatre  bras,  conque, 
disque,  les  deux  autres  mains  jointes  sur  la  poitrine)  et  Brahma 
a  sa  gauche  (quatre  tetes,  quatre  bras,  une  main  tient  un  cha- 
pelet, une  autre  un  objet  cylindrique  ;  les  deux  mains  libres  sont 

(1)  Voir  lesende  dans  la  description  des  bas-reliefs  d' Angkor- Vat. 
1 39       


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


jointes  sur  la  poitrine).  Du  c6te  de  Vishnou,  du  cote  de  Brahma 
et  au-dessous  de  Qiva,  des  brahmanes  saluent.  Tous  ces  person- 
nages  sont  sur  une  colline  au  pied  de  laquelle  on  voit  quelques 
hommes  assis  et  un  enorme  sanglier  chargeant  a  toute  allure. 
Dans  le  coin  gauche,  un  elephant  plus  petit  que  le  sanglier 
semble  attendre  ce  dernier.  II  leve  la  trompe  comme  font  les 
elephants  devant  le  danger. 

Panneau  de  face  :  encore  Qva,  avec  Vishnou  (conque, 
disque)  a  sa  droite  et  Brahma  (quatre  tetes)  a  sa  gauche. 
Ganeca  est  a  cote  de  Brahma.  Ici  Qiva  porte,  comme  tout  a 
1'heure,  une  barbe  pointue,  mais  il  est  muni  de  dix  bras.  II  semble 
danser  sur  une  petite  estrade  (1).  De  nombreux  parasols  le  couvrent. 
Dans  la  partie  superieure  du  panneau  volent  quelques  apsaras. 
Au-dessous  de  Qva,  on  voit  Rahou  devorant  un  homme,  ou  un 
enfant,  ou  une  femme  (figure  tres  petite  et  de  forme  indecise). 
Des  personnages  sont  assis  autour  de  Rahou  et  le  regardent.  — 
II  doit  y  avoir  la  une  allusion  aux  eclipses  dont  Rahou  est 
tou jours  cause. 

Petite  porte  et  quelques  marches  donnant  acces  dans  la 
galerie  suivante. 

Panneau  de  face.  Premiere  scene :  un  temple  ou  un  palais  sur 
le  flanc  d'une  colline.  Dans  I'embrasure  du  porche  central,  se 
bent  un  brahmane  (ou  peut-etre  £iva)  :  trident  en  main, 
coiffure  habituelle  des  pretres.  II  leve  la  main  gauche  dans  la 
direction  de  deux  brahmanes  qui  se  trouvent  sous  de  petits 
porches  et  de  trois  ascetes  assis  dans  des  grottes.  A  droite  de  la 
figure  centrale,  nous  voyons  un  personnage  qui  n'a  pas  le  haul 
bonnet  des  pretres.  II  tient  dans  la  main  droite  un  objet  qui 
pourrait  etre  le  manche  d'un  trident  disparu  et  leve  la  main 
gauche.  Le  tableau  se  complete  par  des  cocotiers  et  des  arbres 
sur  lesquels  des  paons  sont  perches. 

Autre  scene  :  trois  jonques.  La  premiere  (a  gauche)  est 
greee  de  deux  voiles  rectangulaires.  Elle  content  des  personnages 
coiffes  de  ce  chapeau  de  latanier  que  nous  avons  deja  vu  sur  la 
tete  des  guerriers  de  la  premiere  galerie.  Dans  la  cabine,  un 
personnage  est  assis ;  il  tient  un  eventail.  Son  costume  se  compose 
d'une  tunique  et  d'un  sampot  ;  ses  poignets  sont  ornes  de  petits 
bracelets.  Devant  lui,  sur  1'avant  de  la  jonque,  deux  hommes 

(I)  Ce  panneau  represente,  tans  doute,  Qiva  dansant  le  tandaca. 
140 


ANGKOR-THOM 


dansent,  un  troisieme  boit  dans  une  Jarre  au  moyen  d'un  chalu- 
meau,  un  matelot  grimpe  a  la  corde  de  la  voile  avant.  Sur 
1'arriere  de  1'embarcation,  une  femme  tient  une  coupe,  deux 
hommes  preparent  un  breuvage  dans  une  jarre,  un  autre  danse, 
deux  matelots  rament.  D'innombrables  oiseaux  volent  dans  le 
tableau. 

La  deuxieme  jonque  n'a  qu'une  voile,  sur  Tamere.  Un 
personnage  de  grande  taille  se  tient  dans  une  magnifique  cabine 
garnie  de  rideaux.  II  porte  une  coiffure  cylindrique,  des  pendants 
d'oreille,  un  collier  de  poitrine,  des  anneaux  aux  bras,  aux 
poignets  et  aux  chevilles.  Son  buste  est  nu,  mais  traverse  par  un 
double  baudrier.  Trident  dans  la  main  droite.  La  main  gauche 
est  levee,  le  coude  appuye  sur  le  genou.  Nombreux  parasols, 
eventails,  chasse-mouches,  drapeaux.  Sur  1'avant  de  la  jonque, 
trois  hommes  assis,  les  bras  croises  sur  leur  poitrine,  font  face 
au  personnage  principal  ;  un  matelot  rame.  Sur  1'arriere  :  quatre 
serviteurs  portant  des  objets  divers,  un  rameur.  Au-dessus  du  toil 
de  la  cabine,  deux  perroquets  volent  en  tenant  dans  leur  bee  un 
rameau  de  feuillage. 

La  troisieme  embarcation  est  presque  identique  a  la  precedente : 
meme  voile,  meme  cabine ;  le  personnage  principal  ressemble 
e'tonnamment  a  celui  que  nous  venons  de  voir  et  tient  le  meme 
attribut  dans  la  main.  Dans  les  groupes  de  1'avant  et  de  1'arriere, 
nous  remarquons  deux  esclaves  portant  chacun,  sur  la  tete,  un 
paquet  assez  volumineux  qui  a  1'aspect  d'un  sac  de  riz.  Des  perro- 
quets volent,  ici  aussi,  avec  un  rameau  dans  leur  bee.  La  seule 
difference  entre  les  deux  dernieres  jonques  reside  dans  un  detail 
des  proues  :  elles  sont  decorees  d'une  tete  d'oiseau  a  grande  crete, 
mais,  dans  la  derniere,  le  cou  de  1'oiseau  sort  de  la  gueule  ouverte 
d'un  Makara  (1). 

Les  trois  jonques  se  trouvent  sur  un  bassin  pourvu  de  chaque 
c6te  d'un  escalier.  L'eau  est  figuree,  comme  d'habitude,  par  des 
poissons  et  des  caimans. 

La  scene  suivante  parait  etre  la  continuation  de  la  precedente. 
Deux  registres.  Dans  celui  du  bas,  quelques  guerriers  et  de  nom- 
breux  personnages  sans  armes  croisent  les  bras  et  restent  immo- 
biles. 

Registre  superieur  :   un  esclave  monte  1'escalier   du  bassm.   II 

(1)  Voir  ce  que  nous  avons  dit  au  sujet  du  Makara  dans  la  description  du  massif  central 
d' Angkor-Vat. 


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


porte  un  paquet  sur  la  tele.  D'autres  esclaves  passent  sur  une 
plate-forme  et  sont  charges  de  clivers  objets.  Devant  eux  marchent 
des  serviteurs  tenant  en  main  des  parasols.  Puis  viennent  deux 
personnages  de  taille  differente  :  coiffure  cylindrique,  trident  dans 
la  main  droite,  collier,  bracelets,  anneaux  aux  chevilles,  buste  nu, 
petit  sampot  roule  autour  des  reins.  Devant  le  plus  grand,  trois 
brahmanes  se  prosternent.  Nous  voyons  ensuite  un  temple  garde 
de  chaque  cote  par  un  Dvarapala  (1).  Immediatement  apres  le 
temple,  et  sans  la  moindre  solution  de  continuite,  on  aper9oit  une 
colline  au  sommet  de  laquelle  se  trouve  un  petit  sanctuaire  her- 
metiquement  clos.  La  colline  est  ombragee  de  quelques  arbres  et 
peuplee  d'animaux :  un  elephant,  un  rhinoceros,  des  serpents,  des 
cerfs,  des  oiseaux,  deux  sanghers.  A  mi-cote,  une  mare  (ou  un 
bassin)  est  indiquee  par  des  lotus  ou  des  poissons. 

A  partir  de  ce  point,  les  personnages  que  contient  le  reste  du 
panneau  sont  tous  tournes  du  c6te  de  la  colline.  Deux  registres. 
Dans  celui  du  bas  :  un  coin  de  foret  peuple  de  quelques  cerfs,  un 
brahmane  saluant  on  ne  sait  qui,  des  esclaves  portant  des  choses 
probablement  precieuses,  puisqu'ils  sont  accompagnes  d'une  escorte 
armee  de  triques. 

Dans  le  registre  superieur,  deux  personnages,  a  coiffure  cylin- 
drique  et  dont  le  rang  est  indique  par  des  parasols  etdes  eventails, 
atteignent  la  colline.  Des  esclaves  charges  de  differents  objets  les 
suivent.  Tout  ce  monde  chemine  dans  la  foret  et  parait  se  rendre 
au  sanctuaire  pour  y  deposer  des  presents. 

Autre  scene  a  Textremite  du  mur,  pres  de  Tangle  nord-ouest. 
Trois  habitations  occupent  trois  petits  registres.  Dans  celle  du  bas, 
un  personnage  coiffe  d'un  bonnet  a  trois  pointes  a  Fair  de  recevoir 
un  visiteur.  Dans  chacune  des  deux  autres,  un  personnage  habille 
d'une  tunique  et  portant  un  chapeau  de  latanier  est  assis  entre  des 
emmes  et  des  esclaves. 

Face  ouest  (partie  gauche).  —  Le  mur  de  fond  de  la  galerie 
que  Ton  rencontre  apres  avoir  tourne  Tangle  nord-ouest  etait 
couvert  presque  completement  par  la  scene  du  barattement,  mais 
ce  panneau  est  un  de  ceux  qui  ont  le  plus  souffert  :  il  n'en  reste 
que  les  deux  extremites.  A  gauche,  nous  voyons  les  Asouras  qui 
accompagnaient  les  baratteurs  de  leur  clan.  Deux  chefs  chevau- 
chent  des  tigres,  un  autre  se  tient  debout  dans  un  char  at  tele  de 

( I )  Regarder  les  statuel  placees  aux  deux  extremites. 


ANGKOR.  THOM 


deux  chimeras.  Tous  les  guerriers  font  des  gestes  violents  et  pren- 
nent  des  poses  de  combat.  Au-dessus  d'eux,  un  dieu  assis  sur  un 
oiseau  (Skonda)  tient  dans  la  main  gauche  une  sorte  de  couronne ;  sa 
maindroitese  leve.  II  porte  une  coiffure  a  base  cylindrique  se  termi- 
nant  en  pointe,  des  pendants  d'oreille,  un  collier,  un  double  bau- 
drier,  des  bracelets  aux  bras  et  aux  poignets,  des  anneaux  aux 
chevilles.  Un  pagne  lui  couvre  les  jambes.  Autour  de  lui  volent  des 
apsaras  tenant  des  guirlandes. 

II  faut  remarquer  que,  dans  le  bas-relief  du  Bayon,  le  singe  qui 
supporte  la  queue  du  serpent  se  trouve  du  cote  des  Asouras,  tan- 
dis  que  sur  le  panneau  d' Angkor- Vat  il  est  1'auxiliaire  des  Devas. 

Du  barattement  lui-meme  il  ne  reste  que  des  fragments.  Au 
centre,  on  aperfoit  la  tortue  et,  immediatement  a  cote,  un  petit 
elephant  qui  semble  fuir.  Quelques  poissons  et  des  caimans  sont 
egalement  visibles,  de  meme  qu'un  personnage  de  grande  taille  dont 
les  bras  multiples  enla^aient  les  tetes  du  serpent.  Ce  geant  est  a 
l'extremite  droite.  II  n'a  plus  de  tete,  ce  qui  ajoute  aux  difficultes 
de  son  identification,  mais  ses  nombreux  bras  nous  permettent  de 
croire  qu'il  y  avail  la  un  chef  Asoura  et,  s'll  en  etait  ainsi,  tous  les 
baratteurs  seraient  des  Asouras  et  les  Devas  ne  seraient  pas  acteurs 
dans  cette  scene.  C'est  tres  possible  parce  que,  en  opposition  au 
clan  des  Asouras,  nous  devrions  voir  des  Devas,  comme  dans  la 
galene  d*  Angkor- Vat,  et  nous  n'en  apercevons  aucun.  Par  contre, 
nous  distinguons  derriere  le  geant  un  groupe  de  brahmanes.  L'un 
d'eux  porte  sur  un  plateau  trois  vases  a  goulot  etroit ;  les  autres 
levent  les  mains  comme  s'ils  rendaient  grace  au  ciel  d'un  bonheur 
qui  vient  de  leur  amver.  Au-dessous,  d'autres  brahmanes  font  le 
meme  geste.  Puis,  apres  les  pretres,  nous  remarquons  encore  des 
Asouras.  Et  ces  deux  sujets,  le  groupe  de  brahmanes  et  celui 
des  Asouras,  font  indiscutablement  suite  a  la  scene  du  baratte- 
ment. —  ?  — 

Petite  porte  percee  dans  le  mur  de  fond. 

Entre  la  petite  porte  et  la  fin  du  panneau  :  palais.  Dans  1'em- 
brasure  du  porche  central,  un  personnage  de  grande  taille  est  assis 
entre  deux  hommes  le  saluant.  Derriere  lui  se  trouve,  debout,  un 
autre  personnage  tenant  dans  la  main  droite  un  arc.  II  a  la  position 
d'un  homme  qui  se  prepare  a  lancer  une  fleche.  Deux  archers 
1'ont  accompagne*  et  attendent  accroupis. 

Petite  galerie  plus  elevee  que  la  galerie  precedente.  Panneau 
de  face.  Trois  registres. 

,43     


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


Registre  inferieur  :  des  brahmanes  arrivent  de  deux  cotes.  Us 
portent  dans  les  mains  des  objets  divers,  even  tails,  fleurs,  un 
panier,  et  se  dirigent  vers  la  partie  centrale,  ou  se  trouvait  un  motif 
qui  a  disparu. 

Deuxieme  registre  :  des  brahmanes  et  des  personnages  coiffes 
du  diademe  pointu  sont  assis.  Quelques-uns  soulevent  d'une  main 
des  objets  d'une  forme  peu  precise.  Au  centre  se  pla9aient  deux 
pretres  dont  il  ne  reste  que  la  tete  et  les  mains  (le  reste  est 
ronge)  ;  ils  levent  un  plateau  sur  lequel  on  distingue  des  objets 
ronds. 

Registre  superieur  :  temple.  Un  brahmane  et  deux  personnages 
barbus  a  coiffure  cylindrique  sont  assis  devant  un  foyer.  En  dehors 
du  palais,  on  voit  un  archer  de  grande  taille  :  coiffure  cylindrique, 
bijoux  sur  la  poitrine,  aux  bras  et  aux  chevilles.  Des  parasols  et 
des  oriflammes  indiquent  son  rang.  Deux  pretres  sont  a  genoux  et 
lui  presentent  un  objet  en  forme  d'oeuf;  puis  un  autre  personnage 
est  assis  devant  un  plateau.  Un  second  archer,  de  la  meme  taille 
que  le  premier,  eprouve  la  flexibilite  de  son  arc  en  appuyant  du 
pied  sur  le  bois. 

Panneau  de  droite  :  grand  palais  dans  un  paysage  d'arbres 
et  de  cocotiers.  Le  bas  est  presque  efface,  mais  on  distingue  des 
palanquins  et  des  hommes  a  genoux.  Au-dessus,  des  esclaves 
arrangent  les  vetements  de  deux  dames.  Dans  le  palais,  deux  sei- 
gneurs causent.  L'un  a  la  tete  couverted'un  bonnet  a  trois  pointes, 
1'autre  porte  une  coiffure  cylindrique.  A  leurs  cotes  sont  assis  des 
hommes  d'une  taille  plus  petite.  A  gauche  du  panneau,  on  voit  un 
temple  contenant  un  tabernacle. 

Porche  lateral. 

Galerie  entre  le  porche  lateral  et  le  porche  central. 

Panneau  de  gauche  :  trois  rangs  superposes  de  guerriers 
armes  du  javelot  et  du  bouclier.  Musique  militaire.  Quelques  chefs 
a  cheval. 

Panneau  de  face  :  trois  rangs  de  guerriers  faisant  suite  a 
ceux  du  panneau  precedent.  Dans  la  partie  superieure,  un  chel 
de  grande  taille  est  installe  dans  un  char  que  trainent  deux  che- 
vaux. 

Petite  porte  dans  le  mur  de  fond. 

A  droite  de  cette  porte,  on  voit  d'autres  guerriers  et  aussi  un 
chef  dans  un  char  attele  de  chevaux.  Suite  des  panneaux  pre- 
cedents. 

144 


PlIIMEANACAS.  —  DECORATION  DE  LA  TERRASSE  D'HONNECR  :  ELEPHANTS  FAISANT 
PARTIE  DE  L'EQUIPAGE  DE  CHASSE. 


PHIMEANACAS.  —  DECORATION  DE  LA  TERRASSE  D'HONNEUR  :  ELEPHANT 
RAMASSANT  DE  LA  TROMPE  UN  ANIMAL  BLESSE. 


GUIDE  AL'X    KL'INKS   U'A.NGKOR. 


PL.  51.   PAGE   144. 


BAPHUOX.  —  FRAGMENT  DK  BAS-RELIEF  :  SCENES  INSPIRF.KS  nr  RAMAYANA. 


PHIMEAXACAS.  —  LE  TEMPLE 

(ViT.  D'ENSEMBI.E). 


PIIIMEANACAS. —  GAROUDAS  DISPOSF.S 

EN  CARIATIDES  POUR  SOUTENIR  LA 

CORXICHE  DE  LA  TERRASSE 

D'HONNEUR. 


GUIDE  AL'X    KL'lNIiS   IJ'ANGKOK. 


PL.    52.   i'AGE   145. 


ANGKOR-  THOM 


Panneau  de  droite.  Trois  registres  tres  endommages. 

Registre  infeneur  :  un  seigneur  est  assis  dans  une  habitation  au 
milieu  d'hommes  a  peine  visibles. 

Deuxieme  registre  :  des  hommes  a  cheveux  ras  sont  assis  immo- 
biles,  la  mam  droite  posee  a  plat  sur  la  poitrine. 

Registre  supeneur  :  un  dieu,  dont  le  caractere  est  indique  par 
les  apsaras  sculptees  dans  le  Kaut  du  panneau,  est  assis  dans  la 
salle  centrale  d'un  palais.  Devant  lui  des  personnages  s'inclinent. 
De  1'autre  cote  se  trouve  son  epouse  accompagnee  de  quelques 
esclaves. 

Porche  central. 

Face  ouest  (partie  droite).  —  Petite  galerie  a  droite  du  porche. 

Panneau  de  gauche.  Trois  registres. 

Le  registre  inferieur  est  fortement  endommage.  On  y  voit  quatre 
ascetes  dans  des  grottes.  Devant  eux  se  prosterne  un  petit 
brahmane. 

Deuxieme  registre  :  des  ermites  se  sont  rendus  a  une  mare. 
Deux  nagent  au  milieu  des  lotus;  un  autre  s'en  va  en  emportant 
des  outres  pleines.  Le  tableau  se  complete  par  quelques  arbres, 
des  oiseaux  d'eau,  des  poissons,  une  biche  qui  vient  boire,  un 
cormoran  enlevant  un  poisson,  un  singe  dans  un  cocotier.  A  droite 
de  la  mare,  deux  ascetes  prient  dans  des  grottes. 

Registre  superieur  :  palais.  Sous  le  porche  central  garni  de 
rideaux  a  fleurs  se  trouve  un  personnage  (tete  deterioree)  qui  doit 
etre  Qiva.  II  tient  dans  la  mam  droite  un  chapelet ;  la  gauche  est 
appuyee  sur  la  cuisse.  Des  pretres  sont  aupres  de  lui :  1'un  porte 
un  paquet  de  safras(l),  le  deuxieme  un  eventail,  le  troisieme  un 
cofrret.  Devant  Qiva,  deux  deesses.  La  plus  voisine  du  dieu  est 
ParvatJ.  L'autre  doit  etre  Lakshmi;  elle  se  tourne  vers  Vishnou, 
que  nous  voyons  dansant  a  gauche  du  panneau  :  riche  costume, 
bijoux,  conque,  disque,  massue. 

Panneau  de  face  (tres  abime).  On  distingue  une  grande 
jonque  analogue  par  la  decoration  a  1'une  de  celles  que  nous 
avons  deja  rencontrees  :  proue  en  forme  de  tete  d'oiseau  sortant 
de  la  gueule  ouverte  du  Makara ;  grande  cabine  garniede  rideaux. 
Elle  contient  deux  personnages  ;  Tun  est  a  peme  visible  et  il  ne 
reste  qu'une  main  de  1'autre.  Nombreuses  personnes  a  1'avant  et 
a  Farriere  de  I'embarcation,  mais  la  pierre  est  rongee  par  1'humi- 

(I)  Manuscrits  sur  feuilles  de  palmier  (=  Sanscrit  caslra). 

i45 

10 


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


dite  et  n'a  conserve  que  le  contour  des  corps.  Des  petites  barques 
accompagnent  la  jonque.  Eau,  caimans,  poissons  ;  toutcela  en  tres 
mauvais  etat. 

Petite  porte  dans  le  mur  de  fond. 

Au  dela,  sur  le  panneau  de  face  :  Vishnou  (conque,  disque, 
massue,  parasols,  eventails)  est  debout  dans  le  centre  d'un  temple 
ou  d'un  palais.  Des  apsaras  volent  dans  le  haut  du  tableau.  De 
nombreux  personnages  entourent  le  dieu.  Au-dessous,  des  femmes 
dansent,  des  esclaves  sont  charges  de  plateaux.  Sujet  tres  abime. 

Panneau  de  droite.  Trois  registres.  Nous  avons  ici  un  bas- 
relief  documentaire  se  rapportant  au  travail  de  la  pierre. 

Registre  inferieur  :  des  esclaves,  escortes  de  gardiens  munis 
d'une  trique,  portent  des  pierres  sur  1'epaule. 

Deuxieme  registre  :  des  esclaves  tralnent  une  pierre  en  tirant 
sur  un  cable  pendant  qu'un  homme,  muni  d'une  pince  de  bois, 
aide  par  derriere  au  deplacement  du  bloc.  Un  contremaitre  est 
debout  sur  la  pierre,  et  nous  nous  souvenonsde  1'avoir  vu  dans  la 
meme  position  et  arme  du  meme  rotin  sur  un  des  panneaux  de 
la  premiere  galene.  D'autres  ouvriers  sont  occupes  a  polir  des  blocs 
de  gres  en  les  frottant  sur  une  table  de  marbre  ou  sur  une  autre 
pierre  de  gres,  ce  qui  leur  permettait  de  faire  double  travail  d'un 
seul  coup.  Le  systeme  est  assez  ingenieux  :  les  pierres  sont  prises 
dans  un  bati  de  bois  qui  sert  a  les  manoeuvrer  dans  tous  les  sens 
et  aussi  a  les  soulever  au  moyen  d'un  levier  fixe  a  une  traverse 
horizontale.  II  etait  necessaire  de  les  manier  facilement  pour  mouiller 
souvent  les  surfaces  a  polir.  Au-dessus  des  poutres  trans versales, 
nous  voyons  des  ouvners  fixant  1'attache  des  leviers.  Le  bas-relief 
que  nous  avons  sous  les  yeux  nous  donne  peut-etre  1'explication 
des  trous  dont  toutes  les  pierres  d' Angkor  sont  regulierement 
percees.  Ces  trous  servaient  sans  doute  a  fixer  le  bati  de  bois  qui 
permettait  le  maniement  des  blocs  au  moment  du  polissage. 

Registre  supeneur  :  Vishnou  est  debout  dans  1'embrasure  du 
porche  central  d'un  temple  :  conque,  disque,  massue,  pagne, 
coiffure  cylindrique,  bijoux.  Des  personnages  de  qualite  se  trou- 
vent  sous  les  porches  lateraux  et  adorent  le  dieu.  Apsaras  dans 
le  haut  du  panneau.  Quelques  arbres  derriere  le  temple. 

Porche  lateral. 

Petite  galerie  a  droite  du  porche  lateral. 

Panneau  de  gauche  :  tout  a  fait  en  bas,  sur  une  petite  bande 
horizontale,  on  apercoit  des  animaux  dans  une  foret. 

, 146     * 


ANGKOR-THOM    — 


Deuxieme  registre  :  des  femmes  sont  descendues  dans  un 
bassin  pour  s'y  baigner.  Deux  nagent,  deux  arrangent  leur  coif- 
fure et  font  une  natte  de  leurs  cheveux,  une  cueille  des  lotus, 
d'autres  encore  ont  fini  de  prendre  leur  bain  ou  vont  le  prendre. 
A  droite,  un  ermite  a  tout  1'air  d'etre  venu  pour  voir.  Au-dessus 
des  baigneuses  et  formant  un  petit  tableau  a  part,  quelques  dan- 
seuses  s'exercent.  Ce  sont  probablement  les  memes  jeunes  femmes 
qui  se  baignaient  tout  a  1'heure. 

Registre  superieur  :  deux  seigneurs  de  grande  taille  luttent 
sans  armes  dans  un  duel  terrible.  La  tete  de  1'un  des  lutteurs  a 
disparu,  rongee  par  I'humidite.  Le  vainqueur  a  ?aisi  une  jambe 
et  un  bras  de  son  adversaire  qui  se  cramponne  desesperement  au 
sol.  A  gauche,  nous  voyons  une  princesse  richement  vetue  qu'un 
homme  tient  solidement  par  les  deux  bras.  A  droite,  des  per- 
sonnages  se  tournent  comme  pour  ne  pas  assister  a  la  scene. 
L'un  tient  une  massue  ou  un  sabre  (objet  indistinct),  1'autre  pa- 
rait  etre  une  femme  (figure  abimee). 

Panneau   de   face.   Trois   registres  en    mauvais  etat. 

Registre  inferieur  :  deux  danseuses,  quelques  musiciens,  des 
chanteuses. 

Deuxieme  registre  :  palais  occupe  par  un  seigneur  entoure  de 
familiers. 

Registre  superieur  :  temple  aux  fenetres  closes  par  des  rideaux. 
Des  personnages  des  deux  sexes  sont  disposes  a  droite  et  a 
gauche.  Tous  sont  immobiles.  Leur  importance  est  marquee  par 
une  quantite  d'eventails  et  de  parasols. 

Porte  a  droite.  Escalier  de  quelques  marches  donnant  acces 
dans  la  galerie  suivante. 

Panneau  de  face.  Deux  registres.  Celui  du  bas  est  entie- 
rement  pris  par  un  rang  d'esclaves  portant  des  chasse-mouches. 
Dans  le  registre  superieur,  on  voit  un  palais  habite  par  des  sei- 
gneurs et  leurs  femmes.  Quelques  esclaves.  Un  lit  de  repos  dans 
la  chambre  centrale. 

Petite  porte  dans  le  mur  de  fond. 

Au  dela,  scene  de  combat  ou  Vishnou  entre  en  jeu.  Pres  de  la 
petite  porte,  nous  rencontrons,  sous  de  nombreux  parasols  et  des 
oriflammes,  un  chef  monte  sur  un  elephant.  II  est  tete  nue,  et  ses 
cheveux  sont  ramasses  en  un  petit  chignon  sur  la  pointe  du  crane. 
Sa  main  tient  un  arc.  Deux  autres  chefs  ont  la  meme  monture. 
Leur  tete  est  couverte.  L'un  est  arme  d'un  arc,  1'autre  d'un  jave- 

U7     


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


lot  et  d'un  bouclier.  Les  simples  guerriers  portent  tantot  Tune, 
tantot  1'autre  de  ces  armes.  Us  sont  tous  coiffes  de  ce  chapeau 
que  nous  croyons  etre  en  feuilles  de  latanier.  Les  officiers  de 
second  rang  sont  a  cheval.  Musique. 

Au  centre  du  panneau,  Vishnou  se  tient  debout  sur  les  epaules 
de  Garouda  :  conque,  disque,  massue.  L'ennemi  est  en  face  de 
Vishnou,  mais  il  estime  que  la  partie  est  perdue,  car  il  s'incline 
devant  le  dieu.  Plus  loin,  on  trouve  encore  quelques  guerriers  en 
position  de  combat.  Musique. 

Les  deux  armees  ont  le  me" me  type  de  figure,  les  memes  vete- 
ments  et  la  me" me  coiffure. 

Angle  sud-ouest.  Le  petit  vestibule  d'angle  comprend  quelques 
bas-reliefs.  Deux  registres. 

Registre  inferieur  :  un  rang  de  guerriers  accroupis,  le  bouclier 
et  le  javelot  en  main.  Us  vont  prendre  part  au  combat  de  la 
galerie  precedente. 

Registre  superieur  :  palais  habite  par  les  femmes  du  seigneur 
qui  se  trouve  debout  a  gauche  et  qui  se  prepare  a  partir  en 
campagne.  Nous  voyons  sur  un  lit  de  repos,  dans  la  chambre 
centrale,  son  coussm  et  ses  eventads  ranges  avec  soin. 

Dans  une  autre  piece  du  vestibule  d'angle,  on  aper9oit  1'ebauche 
d'un  elephant  et  de  quelques  personnages. 

Face  sud  (partie  gauche).  —  Petit  panneau  de  gauche  :  barque 
contenant  un  rameur  et  un  personnage  cueillant  des  fleurs  de  lotus. 
Au-dessus,  quelques  femmes  se  promenent  dans  un  coin  de  pare. 

Panneau  de  face. 

Premiere  scene  :  palais.  Un  seigneur,  coiffe  du  bonnet  a  trois 
pointes,  est  assis  dans  rembrasure  du  porche  central.  II  prend  un 
objet  que  lui  apporte  un  serviteur.  Ses  epouses  sont  aupres  de 
lui.  Des  esclaves  s'occupent  diversement  :  Tun  prend  quelque  chose 
dans  un  grand  coffre  dont  il  souleve  le  couvercle,  un  second 
masse  la  tete  d'un  de  ses  camarades,  d'autres  causent.  A  droite, 
sur  la  terrasse  du  palais,  on  voit  un  lion  decoratif  semblable  a 
ceux  qui  ont  etc  retrouves  dans  les  temples.  La  terrasse  aboutit  a 
un  escalier  qui  descend  sur  une  avenue  ou  se  tiennent  quelques 
hommes.  Des  cocotiers  et  d'autres  arbres  composent  le  fond  du 
tableau. 

Deuxieme  scene  :  de  nombreux  serviteurs  accroupis  occupent 
les  deux  registres.  Us  tiennent  des  parasols  et  des  eventails.  Une 
petite  charrette  couverte  a  etc  amenee  a  bras  d'homme.  Le  cheval 
148  


ANGKOR-THOM 


non  monte  que  nous  apercevons  sur  le  registre  infe*rieur  doit 
appartenir  au  roi  (personnage  revetu  du  costume  royal),  couche 
a  plat  ventre  devant  Vishnou.  Le  dieu  se  trouve  dans  1'embrasure 
d'un  porche,  et  il  est  manifestement  represente  sous  la  forme 
immobile  d'une  statue.  La  voiture  a  du  transporter  les  deux  prin- 
cesses qui  s'inclinent,  a  cote  du  roi,  devant  la  divinite.  Vishnou 
a  tous  ses  attributs,  disque,  conque  et  massue.  Au-dessous  de 
lui,  c*est-a-dire  devant  son  temple,  on  remarque  un  petit  bassin 
pourvu  de  deux  escaliers.  Des  apsaras  sont  sculptees  dans  le 
haul  du  panneau. 

A  droite  du  dieu,  des  personnages  levent  les  bras  au  ciel 
comme  pour  marquer  leur  etonnement  de  la  piete  du  roi  ou  de 
rinfamie  qu'il  a  commise  et  qui  1'oblige  a  implorer  la  clemence 
divine.  Le  tableau  comprend  encore  une  habitation  ou  loge  un 
pretre  qui  est  probablement  le  desservant  du  temple  et  que  deux 
autres  brahmanes  assistent.  Deux  hommes  de  petite  taille,  places  a 
droite  du  bassin,  paraissent  saluer  la  statue  de  Vishnou. 

Autre  scene  :  quelques  ascetes  dans  des  grottes  :  animaux 
divers  ;  une  piece  d'eau  remplie  de  poissons  parmi  lesquels  on 
aper£oit  un  Makara  bien  dessine.  Un  roi  et  une  reine  (person- 
nages portant  le  costume  royal)  se  prosternent  devant  la  statue  de 
Qva  placee,  comme  celle  de  Vishnou,  au  milieu  d'un  petit 
temple.  <^iva  porte  en  echarpe,  de  1'epaule  gauche  au  flanc  droit, 
un  cordon  brahmanique  qui  a  1'apparence  d'un  chapelet  a  grains 
serres.  A  gauche  du  dieu,  d'autres  personnages  se  prosternent,  et 
nous  voyons  de  ce  cote  encore  une  mare,  de  sorte  que  le  temple 
de  Qiva  doit  etre  situe  au  milieu  d'un  clang,  comme  le  temple  de 
Neak-Pan  au  milieu  du  lac  voisin  de  Prah-Khan  et  celui  de 
Me- Bon  au  centre  du  Baray. 

Des  apsaras  garnissent  le  haul  du  panneau. 

Autre  scene  :  un  personnage  barbu  (figure  de  dieu  comme 
semblent  1'indiquer  les  apsaras  sculptees  au-dessus)  est  assis  dans 
la  piece  centrale  d'un  vaste  palais.  II  a  la  poitnne  barree  par  un 
triple  cordon  brahmanique  et  porte  des  bijoux  au  cou,  aux  bras, 
aux  poignets  et  aux  chevilles.  Des  personnages  vetus  d'un  cos- 
tume pnncier  1'entourent.  Devant  le  palais,  des  danseuses  execu- 
tent  leurs  gracieux  exercices.  Des  princesses  font  une  promenade 
sur  un  lac,  au  milieu  des  lotus,  dans  deux  petites  embarcations 
couvertes  d'une  elegante  cabine.  Les  rames  sont  manoeuvrees  par 
des  femmes. 

149    


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


II  est  possible  que  nous  ayons  ici  Qiva  au  milieu  de  sa  cour, 
dans  son  palais  de  1'Himalaya. 

Nous  rencontrons  ensuite  une  colline  au  pied  de  laquelle  se 
trouve  un  sanctuaire  mure.  Sur  le  plateau  du  sommet  existait  un 
motif  qui  a  disparu,  mais  dont  il  reste  un  vague  contour  rappelant 
celui  d'une  chapelle.  Foret.  Animaux  sauvages.  Un  tigre  mange 
un  homme  qu'il  vient  de  terrasser.  Le  fauve  et  l'homme  ne  sont 
pas  places  la  sans  raison,  les  sculp teurs  cambodgiens  ayant  toujours 
suivi  la  legende  mot  a  mot  et  s'etant  dispenses  de  faire  figurer, 
dans  les  sujets  rehgieux,  des  personnages  qui  n'auraient  eu  d'autre 
but  que  de  faire  du  remplissage.  Nous  ne  connaissons  pas  la  rela- 
tion qui  peut  exister  entre  1'acte  du  tigre  et  le  sanctuaire  du  bas 
de  la  colline  ou  le  motif  du  haut,  mais  il  y  en  a  certainement  une. 

A  1'extremite  du  panneau,  on  retrouve  (^iva  ceint  du  triple 
cordon  brahmanique.  Apsaras  dans  la  partie  superieure  du  mur. 
Devant  le  dieu,  des  brahmanes  s'inclinent.  Scene  tres  abimee. 

Petite  galerie  touchant  au  porche  lateral. 

Panneau  de  face :  toute  la  partie  basse  est  rongee  par 
1  humidite.  Temple  ou  palais  dans  lequel  des  personnages  sont 
assis.  Un  homme  descend  les  marches  d'un  escalier. 

Panneau  de  droite  (egalement  en  mauvais  etat).  Deux  registres  : 
celui  du  bas  contient  une  habitation  dont  les  toitures  sont  cou- 
vertes  de  pigeons.  Quelques  personnages  sont  assis,  d'autres 
saluent. 

Registre  superieur  :  temple  surmonte  de  trois  tours  portant, 
au  sommet  de  la  fleche,  le  trident.  Vishnou  est  sous  le  dome  de 
droite.  II  semble  marcher  et  se  tourne,  de  meme  que  d'autres 
personnages  accroupis  un  peu  plus  bas,  du  cote  de  £iva  que 
nous  apercevons  debout  en  dehors  du  temple,  tenant  dans  la 
mam  droite  son  trident.  La  plupart  des  personnages  du  registre 
inferieur  paraissent  saluer  Qiva. 

Porche  lateral  de  gauche. 

Petite  galerie  placee  entre  le  porche  lateral  et  le  porche  central. 

Panneau  de  gauche.  Deux  registres. 

Registre  inferieur  :  musiciennes,  chanteurs,  danseuses  dans  un 
palais  de  forme  tres  allongee. 

Registre  superieur  :  temple  ou  palais.  Qiva,  trident  en  main, 
regoit  differents  personnages  qui  s'inclinent  devant  lui  et  lui  offrent 
des  presents. 

Panneau  de  face  :  £iva  est  represente  deux  fois ;  d'abord  assis 


ANGKOR.  THOM 


sur  une  enorme  fleur  de  lotus,  puis  dans  un  petit  temple.  De 
nombreux  personnages  se  prosternent  devant  lui.  Un  seigneur 
est  a  plat  ventre,  et  les  trois  princesses  qui  1'ont  accompagne 
s'mclment  sous  les  regards  du  dieu.  Au-dessous,  des  pretres  et 
les  serviteurs  du  temple  sont  agenouilles. 

Panneau  de  droite  (en  mauvais  etat).  Deux  registres. 

Registre  inferieur  :  habitation  oil  Ton  voit  un  seigneur  (indis- 
tinct) au  milieu  de  son  harem. 

Registre  superieur  :  autre  habitation.  Un  personnage  dort 
etendu  sur  un  lit  de  repos ;  sa  femme  est  a  c6te  de  lui  et 
sommeille  assise,  une  jambe  repliee,  la  tete  appuyee  sur  la  main 
droite.  Autres  figures  peu  visibles. 

Porche  central. 

Face  sud  (partie  droite).  —  Galerie  entre  le  porche  central 
et  le  porche  lateral  de  droite. 

Panneau  de  gauche.  Deux  registres. 

Registre  inferieur  :  completement  occupe  par  un  rang  de  guer- 
riers  armes  de  la  lance. 

Registre  superieur  :  palais.  Dans  la  piece  centrale,  on  voit  un 
lit  de  repos  sur  lequel  se  trouvent  un  arc,  un  carquois,  un  even- 
tail,  un  chasse-mouches.  Sous  le  lit,  quelques  objets  familiers  sont 
visibles  :  des  coupes,  une  theiere.  Dans  les  chambres  laterales, 
des  princesses  se  reposent  au  milieu  de  servantes  qui  agitent  des 
eventails.  Ce  palais  appartient  au  personnage  de  grande  taille 
qui  se  tient  debout,  massue  en  main,  sur  la  selle  d'un  elephant, 
ou  a  celui  que  nous  rencontrons,  arme  d'un  arc,  sur  le  panneau 
suivant.  Ces  seigneurs  viennent  de  quitter  leurs  epouses  et  leurs 
demeures  pour  partir  en  guerre. 

Panneau  de  face.  Scene  de  combat.  Les  deux  chefs  que 
nous  venons  de  voir  allaient  a  la  rencontre  des  deux  personnages 
qui  sont  sur  le  panneau  de  face,  Tare  pret  a  lancer  la  fleche. 
Us  sont  accompagnes  d'une  armee  peu  nombreuse.  Les  guerriers 
se  battent  dans  les  deux  registres.  Un  peu  plus  loin,  mais  faisant 
partie  de  la  meme  scene,  un  seigneur  est  assis  dans  son  palais 
en  compagnie  de  ses  femmes.  C'est  Tun  des  combattants,  sous 
un  aspect  plus  pacifique.  Devant  le  palais,  c'est-a-dire  au  premier 
plan,  on  distingue  une  mare  et  une  habitation  dans  laquelle  flambe 
un  grand  feu.  De  chaque  c6te  des  flammes,  des  personnages 
sont  assis. 

Petite  porte  dans  le  mur  de  fond. 


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


Au  dela,  deux  registres.  En  has  :  musique  militaire,  guerriers. 

Registre  superieur  :  des  serviteurs  portent  sur  leurs  epaules  un 
trone  suivi  par  des  esclaves  tenant  en  main  des  eventails  et  des 
parasols.  Puis  on  voit  un  palais  dont  la  chambre  centrale  contient 
un  lit  de  repos  sur  lequel  sont  ranges  avec  ordre  deux  lances,  un 
eventail,  un  carquois.  C'est  1'habitation  d'un  des  chefs  que  nous 
avons  vus  combattre  sur  le  panneau  precedent.  Deux  princesses 
entourees  de  servantes  occupent  les  chambres  laterales. 

Une  autre  scene  termine  le  panneau  de  face  et  prend  le 
panneau  de  droite  en  entier.  Elle  comprend  deux  registres  qu'il 
convient  d' examiner  avec  attention,  parce  qu'ils  sont  tres  interessants 
et  que  le  sujet  offre  beaucoup  d'analogie  avec  deux  legendes  de 
1'Ancien  Testament  :  1'enfance  de  Moi'se  et  le  voyage  que  Jonas 
s'offrit  dans  le  ventre  d'une  baleine. 

Ces  deux  registres  doivent  etre  regardes  simultanement  pour 
etre  compris.  Dans  le  registre  superieur,  nous  voyons  trois  prin- 
cesses agenouillees,  dans  1'humble  posture  de  suppliantes,  devant 
un  tr6ne  supporte  par  un  lotus.  Sur  le  tr6ne  se  trouvait  une 
figure  de  dieu  ou  de  deesse  qui,  on  ne  sait  pourquoi,  a  etc 
brisee  a  coups  de  marteau.  Autour  de  la  place  qu'occupait  la 
divinite  sont  disposes  des  eventails,  des  parasols  et  des  chasse- 
mouches.  Au-dessus  volent  des  apsaras. 

Dans  le  registre  infeneur,  on  aperfoit  une  femme  richement 
vetue  (probablement  une  des  princesses  agenouillees  dans  le  registre 
superieur)  tenant  dans  ses  bras  un  enfant  qu'elle  va  placer  dans 
un  coffre  dont  un  esclave  souleve  le  couvercle.  Immediatement 
apres  se  trouve  une  grande  masse  d'eau  (mer  ou  lac)  peuplee  de 
poissons  et  de  caimans.  Sur  cette  mer  flotte  une  barque  montee 
par  un  pecheur  qui  fait  des  efforts  pour  retirer  de  1'eau  son  filet. 
Nous  avons  ensuite  une  jonque  contenant  quelques  rameurs, 
des  esclaves  et,  dans  la  cabine,  une  princesse  (dame  portant  le 
costume  de  princesse).  Sur  le  panneau  de  droite,  des  hommes 
viennent  d'apporter  un  enorme  poisson  que  Tun  d'eux  tient  sur 
ses  mains  etendues  et  qu'il  leve  dans  la  direction  d'un  roi  (per- 
sonnage  portant  le  costume  royal),  assis  dans  la  piece  centrale  de 
son  palais.  Dans  le  ventre  du  poisson  on  voit,  comme  par  trans- 
parence, un  enfant  tres  nettement  dessine  et  semblable  a  celui 
qu'une  dame  enfermait  tout  a  1'heure  dans  le  coffre.  Le  roi 
prend  son  glaive  de  la  main  droite  et  fait  le  geste  de  fendre  le 
dos  du  poisson.  On  retrouve  ensuite  1'enfant  dans  les  mains  d'un 


GUIDE  AUX    KU1NKS   U'A.NOKOK. 


1'L.    53.    I'AGE   152. 


AXGKOR-THOM.  —  I'xE  DES  TOURS  BORDANT  A  L'ESI 

LA  GRANDE  PLACE  CEXTRALE. 


AXGKOR-THOM.  —  TOUR  ET  RTINE  o'rx  DES  EDIFICES  SITUES  A  I.'EST 

DE  LA  GRAXDE  PLACE  CEXTRALE. 


Guu>ii  ALX  KLINES  ir.V.xc.Kok. 


I'L.   54,    PAGE    15.1. 


ANGKOR-THOM 


homme  qui  le  tend  a  la  reine  assise  a  cote  du  roi.  D'autres 
figures,  servantes,  familiers  et  esclaves,  completent  le  tableau  et 
l'animent. 

Cette  suite  de  scenes  s'explique  aisement  :  un  enfant  est 
enferme  dans  un  coffre  que  Ton  jette  a  1'eau ;  le  coffre  s'entr'ouvre, 
un  poisson  gigantesque  avale  1'enfant.  Un  pecheur  prend  le  pois- 
son  dans  son  filet,  et  comme  c'est  une  piece  rare,  digne  de  la 
table  royale,  il  1'apporte  au  roi,  qui  1'ouvre  avec  son  glaive ;  1'enfant 
sort  et  est  adopte  par  la 
reine.  L'identification  du 
sujet  est  a  chercher. 

Porche  later aldedroite. 

Petite  galerie  touchant 
au  porche  lateral. 

Panneau  de  gauche. 
Deux  registres.  Dans  le 
registre  inferieur  :  musi- 
que,  gong,  petits  tambou- 
rins,  trompettes,  quelques 
guerriers. 

Registre  superieur  :  un 
personnage  de  grande 
taille,  sans  armes  mais  ia 
poitrine  couverte  d'une  cui- 
rasse,  lutte  avec  un  ele- 
phant, qu'il  parvient  a 
terrasser.  Le  geant  a  saisi 
de  la  main  gauche  une  patte  de  derriere  de  1'animal  et  leve  sa 
main  droite  ouverte  comme  pour  frapper.  Nombreux  porteurs  de 
parasols  et  d'eventails. 

Panneau  de  face.  Scene  analogue  a  la  precedente.  Le  meme 
personnage  combat,  sans  armes,  un  lion  (plutot  une  sorte  de 
chimere).  II  a  pris  1'animal  au  mufle  et  lui  admimstre  des 
claques  de  sa  main  hbre.  Le  registre  infe'rieur  est  rempli  de 
guerriers  qui  levent  la  tete  pour  voir  la  scene.  Nombreux  por- 
teurs de  parasols  et  d'eventails.  Quelques  arbres  constituent  le 
fond  du  tableau. 

Galerie  entre  la  precedente  et  Tangle  sud-est.  Escalier  de 
quelques  marches  en  bon  etat. 

Panneau    de    face  :    palais.    La  chambre    centrale  est   aban- 


FIG.  87.  —  BATON.  —  BAS-RELIEFS  DE  LA 
DEUXIEME  GALERIE  (FRAGMENT). 


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


donnee  par  le  seigneur  que  nous  voyons  monte  sur  un  elephant. 
Sa  main  droite  tient  une  massue  ou  une  large  epee.  Sur  le  lit 
de  repos  se  trouvent  deux  eventails  et  deux  coussins.  Les 
femmes  occupent  les  chambres  laterales  ;  elles  ont  aupres  d'elles 
quelques  serviteurs.  Au-dessous  du  palais,  des  guemers  armes 
d'une  longue  lance  marchent  vers  la  droite  du  panneau.  L'armee 
passe  devant  un  deuxieme  palais  egalement  abandonne  par  un 
des  chefs.  Dans  une  chambre,  on  voit  une  dame  qui  semble 
s'arroser  de  parfums  ;  une  autre  respire  une  fleur.  Quelques  esclaves 
autour  de  ces  dames. 

Le  defile  des  guemers  s'interrompt  pour  faire  place  a  une 
colline  ou  vivent  des  ermites.  Sur  le  sommet,  un  personnage 
est  assis.  Dans  le  bas,  Garouda  se  prepare,  dirait-on,  a  combattre 
un  gigantesque  poisson  qui  se  trouve  devant  lui  et  dont  la  pre- 
sence, en  pleine  terre  ferme,  etonne.  Comme  Garouda  fait  partie 
de  la  scene,  il  se  peut  que  le  personnage  du  sommet  soil 
Vishnou  (pas  d'attributs). 

Le  defile  de  1'armee  recommence.  Palais  dont  toutes  les  pieces 
sont  habitees.  Deux  dames  occupent  les  chambres  laterales ;  un  sei- 
gneur est  assis  au  centre  (figure  indistincte)  ;  des  esclaves  1'entourent. 
Apres  le  palais,  marche  de  guerriers.  Un  grand  chef  est  pret  a 
lancer  sa  fleche.  Devant  lui,  on  aper9oit  un  elephant  monte  seule- 
ment  par  son  cornac.  Cette  monture  appartient  au  chef  (ou  au 
roi),  que  nous  voyons  aux  prises  avec  un  personnage  de  grande 
taille  egalement  a  pied.  Les  deux  adversaires  se  sont  done  ren- 
contres pour  un  duel,  mais  Tissue  du  combat  est  encore  mcertame, 
car,  d'un  c6te  comme  de  1'autre,  les  hampes  des  parasols  et  des 
drapeaux  sont  droites  (1). 

Panneau  de  droite  :  un  chef  a  dos  d'elephant,  quelques 
guerriers  faisant  suite  au  panneau  de  face. 

Angle  sud-est.  Dans  une  des  chambres  du  vestibule,  on  voit 
un  chef  et  quelques  guerriers  en  marche  :  suite  des  deux  panneaux 
precedents. 

Face  est  (partie  gauche). 

Le  petit  panneau  de  gauche  et  celui  du  mur  de  fond  sont  pris 
par  deux  registres  representant  1'un  et  1'autre  le  defile  d'une  armee 
qui  parait  vouloir  rejoindre  les  troupes  que  nous  avons  vues  a  la 
fin  du  panneau  de  la  face  meridionale  et  dans  le  vestibule  d'angle. 

(I)  Nous  savons  que  les  sculpteurs  cambodgiens  casser.t  les  hampes  des  attributs  des  chefs 
pour  indiquer  la  defaite  d'une  armee. 

,54    


ANGKOR.  THOM 


Tous  les  guerriers,  sauf  les  chefs,  sont  ici  coiffes  du  chapeau  de  la- 
tanier.  Les  chefs  principaux  et  ceux  de  second  rang  sont  te"te  nue. 
Le  premier  que  nous  rencontrons  sur  un  elephant  ne  tient  aucune 
arme  dans  les  mains,  mais  il  agite  un  fanion  dentele.  Le  suivant 
est  arme  d'un  arc.  Le  troisieme  est  descendu  de  son  elephant,  qui 
n'est  plus  monte  que  par  le  cornac.  Le  bat  conu'ent  un  arc  et 
deux  carquois.  En  cours  de  route,  des  soldats  amusent  par  des 
danses  leurs  camarades.  Une  chasse  precieuse,  precedee  d'ori- 
flammes  et  de  parasols,  est  portee  sur  les  epaules  d'une  douzaine 
d'esclaves.  Puis  le  defile  de  1'armee  reprend.  Le  chef  supreme 
doit  etre  celui  dont  1'elephant  est  coiffe  d'une  tiare  conique  riche- 
ment  decoree.  D'autres  guerriers  suivent ;  un  petit  groupe  est  tete 
nue.  Nous  rencontrons  encore  un  chef  agitant  un  drapeau. 

Petite  porte  dans  le  mur  de  fond. 

Le  reste  du  panneau  de  face  montre  un  palais  ou  se  tiennent 
des  princesses  entourees  de  serviteurs.  C'est  sans  doute  1'habitation 
d'un  des  seigneurs  qui  commandent  1'armee  du  panneau  precedent. 

Escaliers  de  quelques  marches. 

Petite  galerie  touchant  au  porche  lateral. 

Panneau  de  face.  Deux  registres.  Celui  du  bas  est  en  tres 
mauvais  etat  :  quelques  hommes  entourent  un  personnage  (scene 
indistincte). 

Registre  superieur  :  interieur  d'un  temple.  Deux  brahmanes 
versent  sur  un  enorme  brasier  le  contenu  de  deux  petits  vases. 
D'autres  pretres  places  sous  les  galeries  laterales  du  temple  assistent 
attentifs  a  la  scene. 

Panneau  de  droite.  Trois  petits  registres. 

Registre  inferieur  :  un  ermite  cueille  des  fleurs  de  lotus  dans 
une  mare.  Un  chasseur,  la  tete  coiffee  d'une  tete  de  cerf  pour 
tromper  le  gibier,  decoche  une  fleche  a  une  biche  qui  s'est  apercu 
du  stratageme  et  fuit  au  galop. 

Deuxieme  registre  :  des  ascetes  se  prosternent  devant  un  per- 
sonnage assis  dans  une  grotte. 

Registre  superieur  :  palais  devant  un  fond  d'arbres.  Un  sei- 
gneur entoure  de  personnages  est  assis  dans  la  piece  centrale  gar- 
nie  de  rideaux.  II  fait  un  signe  a  ceux  qui  se  trouvent  a  sa  droite. 
Dans  une  des  galeries  laterales,  un  pretre  coupe  un  fruit  avec  un 
couteau  a  lame  courbe. 

Porche  lateral  de  gauche. 

Petite  galerie  entre  le  porche  lateral  et  le  porche   central. 


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


Panneau  de  gauche.  Trois  registres. 

Registre  inferieur  :  des  hommes  assis  causent  enlre  eux. 
Deux  autres  ont  1'air  de  vouloir  en  venir  aux  mains. 

Deuxieme  registre  :  meme  scene,  moins  le  commencement  de 
pugilat. 

Registre  superieur  :  palais.  Le  seigneur  qui  se  trouve  dans  la 
piece  centrale  est  a  peine  ebauche.  A  sa  droite,  un  homme  leve 
la  main  sur  un  personnage  qui  a  manifestement  peur  de  recevoir 
des  coups.  De  1'autre  c6te,  des  hommes  sont  respectueusement 
accroupis.  Des  brahmanes  arrivent  portant  leur  inseparable  eventail. 

Panneau  de  face.  Trois  registres. 

Registre  inferieur  :  une  longue  habitation  peuplee  de  person- 
nages  causant  entre  eux. 

Deuxieme  et  troisieme  registres  :  danseuses,  chanteuses,  musi- 
ciennes  divertissent  un  roi  et  des  princesses  qui  se  trouvent  au 
milieu  de  serviteurs,  dans  un  palais.  Le  roi  cause  avec  quelques 
visiteurs  ou  courtisans.  A  droite  du  palais,  on  voit  une  petite  habi- 
tation occupee  par  des  pretres;  1'un  d'eux  descend  un  escalier. 

Petite  porte  dans  le  mur  de  fond. 

Panneau  de  droite.  Plusieurs  petites  scenes  sans  separation 
et  se  rapportant  presque  toutes  a  la  vie  des  ermites.  Sur  une 
montagne  est  «construite  une  maison  habitee  par  quelques  pretres 
qui  lisent  des  satras.  A  gauche,  deux  ermites  descendent  la  cote ; 
un  autre  s'incline  devant  un  vieillard.  Au  centre,  un  ascete  tire 
sur  la  corde  d'un  veau  qui  s'obstine  a  teter  sa  mere.  Un  tigre  et 
un  cerf,  1'un  poursuivant  1'autre,  passent  rapidement  dans  les 
rochers.  Un  chasseur  vise  de  sa  fleche  un  sanglier.  Deux  ermites 
coupent  des  bambous  ;  d'autres  descendent  chercher  de  1'eau  dans 
un  bassin  qui  se  trouve  au  pied  de  la  montagne. 

Porche  central. 

Face  est  (partie  droite). 

Petite   galerie  entre  le  porche  central  et  le  porche  lateral. 

Panneau  de  gauche.  Nous  avons  ici  un  bas-relief  en  bon 
etat  se  rapportant  a  la  mutilation  de  la  statue  d'une  deesse  que 
Ton  ne  peut  identifier  parce  qu'elle  ne  tient  aucun  attribut  dans  les 
mains.  Dans  le  haut  du  panneau,  volent  des  apsaras  qui  nous 
prouvent  bien  qu'une  divinite  est  en  scene.  La  statue  tient  la 
moitie  de  la  hauteur  du  panneau  qui  est  divise,  a  droite  et  a 
gauche,  en  trois  registres.  Dans  le  registre  superieur,  des  hommes 
armes  de  haches  frappent  de  toutes  leurs  forces  sur  la  tete  et  le 


ANGKOR-THOM 


diademe  pointu  de  la  divinite.  Dans  le  registre  central,  des  ele- 
phants sont  amarres  a  la  statue  (un  de  chaque  cote)  par  des 
cables  et  tirent  pour  briser  les  bras.  Dans  le  registre  inferieur, 
nous  voyons  un  grand  feu  dont  les  flammes  lechent  le  pagne  de 
la  deesse.  Des  hommes  activent  le  foyer  au  moyen  de  soufflets; 
d'autres  versent  sur  le  brasier  des  pots  de  resine.  Quelques 
guerriers  lancent  leur  javelot  sur  la  statue  ou  la  percent  a  coups 
de  lance. 

II  est  possible  que  cette  scene  rappelle  un  acte  de  vandalisme 
commis  par  les  Chams  pendant  une  de  leurs  incursions  en  terri- 
toire  cambodgien  ou  par  les  Cambodgiens  au  cours  d'une  de 
leurs  campagnes  centre  les  Chams. 

Panneau  de  face.  L'action  se  passe  sur  un  bassm  pourvu  de 
chaque  cote,  comme  les  fosses  d' Angkor-Thorn  et  d* Angkor- Vat, 
d'un  escalier  ou  de  parois  a  gradins.  Deux  embarcations  assez 
grandes  se  font  face  presque  a  se  toucher.  Des  hommes  debout, 
trois  dans  une  jonque,  trois  dans  1'autre,  portent  sur  leurs  epaules 
un  trone  (un  siege  ou  une  estrade)  sur  lequel  se  trouvait  un  objet 
conique  qui  a  disparu  et  dont  on  devine  a  peme  le  contour. 
Peut-etre  etait-ce  la  tete  de  la  deesse  du  panneau  precedent,  car 
les  apsaras  sculptees  dans  le  haut  du  tableau  indiquent  bien  que 
la  scene  a  quelque  chose  de  sacre.  Des  oiseaux  volent  en  tenant 
dans  leur  bee  une  fleur.  Au-dessous  des  embarcations,  dans  1'eau, 
au  milieu  des  poissons,  on  distingue,  en  y  apportant  la  plus  grande 
attention,  deux  sirenes  qui  levent  leurs  mains  en  signe  d'adorau'on 
vers  1'objet  que  supportait  le  trone.  Des  hommes  se  jettent  a  1'eau, 
et  Ton  parvient  (difficilement)  a  voir  dans  le  fond  du  bassin  un 
plongeur  ou  une  troisieme  sirene  tenant  quelque  chose  dans  la 
main. 

On  dirait,  mais  on  ne  peut  le  certifier,  que  cette  scene  fait 
suite  a  la  precedente.  Dans  tous  les  cas,  il  semble  bien  que  les 
plongeurs  retirent  de  1'eau  une  chose  a  laquelle  ils  tenaient  beau- 
coup,  et  cette  chose  pourrait  etre  la  deesse  mutilee  ou  un  fragment 
de  son  corps.  Nous  aurions  alors  1'explication  des  deux  bas- 
reliefs  :  les  Chams  ont  bnse  une  des  statues  d' Angkor-Thorn  et 
en  ont  jete  les  morceaux  dans  le  fosse  d'enceinte.  Aussit6t  apres 
le  depart  des  Chams,  les  Cambodgiens  ont  repeche  la  deesse, 
fragment  par  fragment,  pour  la  restituer  au  temple  qui  la  possedait. 

Escalier  de  quelques  marches. 

Panneau   de   face  :    Qiva,    trident   en  main,  est  assis  sur  un 

,57     


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


siege  bas.  Un  personnage  de  grande  taille  se  prosterne  a  plat 
ventre  devant  le  dieu  ;  d'autres  personnes,  d'un  rang  moins  eleve, 
s'inclinent.  Au-dessous  de  Qiva  se  dressent  des  serpents  qui 
paraissent  sortir  d'une  mare  ou  d'un  bassin  (partie  endommagee). 
Quelques  guemers  armes  de  la  lance  assistent  a  la  scene  et 
doivent  avoir  accompagne  le  personnage  prosterne. 

Petite  porte  dans  le  mur  de  fond. 

Au  dela,  deux  registres  :  une  armee  est  en  marche  dans  la 
foret.  Les  chefs  sont,  comme  d'habitude,  sur  des  elephants.  L'un 
de  ces  seigneurs  parait,  a  cause  de  sa  taille,  d'un  rang  superieur. 
II  a  la  poitrine  couverte  d'une  cuirasse  a  laquelle  sont  fixes  deux 
poignards  (armement  deja  rencontre  dans  la  galerie  historique 
d*  Angkor- Vat) .  Sa  main  droite  tient  un  arc  ;  la  gauche  se  leve 
dans  un  geste  de  commandement.  II  est  precede  de  drapeaux  et 
de  parasols.  Ensuite,  viennent  un  trone  et  une  chasse  portes  sur 
les  epaules  d'une  douzaine  de  serviteurs.  Nous  remarquons  dans 
ce  defile  des  chars  couverts  atteles  de  chevaux,  des  voitures  plus 
petites  trainees  a  bras  d'homme,  des  litieres  ou  se  trouvent  des 
femmes  et  une  immense  voiture  a  trois  compartiments  montee 
sur  six  roues.  Malgre  son  poids,  ce  vehicule  etait  porte  par  des 
esclaves  (1),  et  les  roues  ne  servaient  probablement  que  sur  les 
terrains  plans  ou  les  cahots  n'etaient  pas  a  cramdre.  A  1'mteneur, 
un  seigneur  est  confortablement  installe  entre  ses  deux  epouses. 
Apres  le  grand  char,  le  defile  des  guemers  continue.  Musique. 
Pas  de  combat.  L'armee  se  dirige  a  droite  de  la  galerie,  et  nous 
en  retrouvons  une  partie  dans  le  vestibule  de  Tangle  nord-est. 

Face  nord  (partie  gauche). 

Petit  panneau  de  gauche  :  deux  porteurs  passent  charges 
de  provisions.  Un  chasseur  vise  un  cerf,  un  autre  regarde  un 
tigre  qui  rampe  sur  le  flanc  d'une  petite  colline. 

Panneau  de  face.  Deux  registres  sur  toute  la  longueur. 

Premiere  scene  :  en  bas,  longue  habitation  ou  se  trouvent 
divers  personnages  entoures  d'esclaves. 

Registre  superieur  :  un  roi  est  assis  au  centre  de  son  palais. 
II  appuie  sa  main  droite  sur  la  poignee  de  son  glaive  et  leve  la 
gauche  dans  la  direction  de  personnages  qui  se  prosternent  devant 
lui.  A  la  droite  du  roi,  on  voit  deux  princesses,  deux  danseuses, 
des  musiciennes  et  des  chanteurs. 

( I )  Remarquer  que  les  roues  ne  touchent  pas  le  sol. 

i58     


ANCKOR-THOM 


Aulre  scene.  Registre  infeneur  :  une  petite  habitation  et  un 
temple  ferme.  Dans  la  maison  se  tiennent  quelques  personnes. 
A  droite  du  temple,  on  attelle  un  char  a  boeufs ;  deux  dames 
partent  en  palanquin. 

Registre  superieur  :  le  roi  que  nous  avons  vu  dans  son  palais 
entr'ouvre  les  rideaux  d'un  char  a  six  roues,  dans  lequel  il  va 
prendre  place. 

Autre  scene  :  a  droite  du  char,  on  rencontre  une  maison  de 
confortable  apparence  habitee  par  deux  dames.  La  chambre  cen- 
trale  est  vide.  Le  seigneur  1'a  quittee  pour  s'asseoir  dehors  sur  un 
pliant.  Au-dessous  de  lui  (premier  plan)  passe  une  litiere  fermee 
portee  par  deux  hommes. 

A  partir  d'ici,  marche  d'une  armee.  Le  seigneur  assis  sur  un 
pliant  montera  un  elephant  qui  1'attend  tout  bate.  Guerriers  sur 
les  deux  registres.  Un  cornac  s'efforce  de  calmer  1'ardeur  de  son 
elephant  et  lui  enfonce  le  crochet  de  son  pic  dans  le  crane.  La 
tete  de  1'animal  est  couverte  d'une  coiffure  en  tous  points  sem- 
blable  au  chapeau  de  latanier  que  nous  connaissons  depuis  long- 
temps.  Porteurs  de  drapeaux  et  de  parasols.  Des  personnages  du 
registre  superieur  se  prosternent  devant  (^iva.  Le  dieu  etend  une 
main  sur  eux  dans  un  geste  de  benediction.  Apsaras  dans  le 
haut  du  panneau. 

Dans  le  registre  infeneur,  des  brahmanes,  des  guerriers  et  de 
simples  particuliers  s'inclinent  devant  un  pretre. 

Dans  le  registre  superieur,  a  droite  de  Qiva,  nous  voyons  un 
temple  important  surmonte  de  trois  tours  terminees  par  le  trident. 
Sous  le  dome  central  se  rrouve  un  socle  autour  duquel  des 
brahmanes  sont  agenouilles.  II  supportait  un  personnage  ou  un 
embleme  qui  a  disparu.  Sous  les  domes  lateraux,  deux  statues 
sont  debout  :  celle  de  Vishnou  a  gauche  et,  a  droite,  celle  de 
Lakshmi.  A  cote  du  temple,  quelques  personnages  sont  a 
genoux  ;  d'autres  apportent  des  presents. 

A  Textremite  du  registre  inferieur,  on  apercoit  un  bassin  pourvu 
de  deux  escaliers. 

Petite  porte  pleme  dans  le  mur  de  fond. 

Au  dela,  quelques  personnages  se  rendent  au  temple  que 
nous  venons  de  rencontrer. 

Petite  galerie  touchant  le  porche  lateral  de  gauche.  Trois 
registres  sur  le  panneau  de  face  et  celui  de  droite.  Les  trois  sont 
remplis  par  une  multitude  de  gens  arrivant  les  uns  en  litiere,  les 

1 59     


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


autres  en  charrette  a  boeufs,  le  plus  grand  nombre  a  pied.  Us 
portent  presque  tous  des  objets  qui  doivent  etre  des  presents 
destines  au  temple  de  la  galerie  precedente.  Ce  defile,  ou  pas 
un  homme  n'est  arme,  semble  representer  un  pelerinage. 

Porche  lateral  de  gauche. 

Galerie  entre  ce  porche  et  le  porche  central. 

Panneau  de  gauche.  Deux  registres.  En  bas,  longue  habi- 
tation dont  la  piece  centrale  est  occupee  par  un  personnage 
entoure  de  familiers. 

Registre  superieur  :  palais.  Un  roi,  glaive  en  mam,  est  assis 
entre  une  servante  et  un  esclave  qui  1'eventent.  Son  e'pouse  se 
tient  dans  une  des  chambres  laterales,  en  compagnie  de  quelques 
femmes.  A  la  gauche  du  roi,  des  familiers  sont  assis. 

Panneau  de  face.  Voici  encore  une  scene  que  nous  avons 
deja  vue  dans  Tangle  sud-ouest  de  la  premiere  galerie  d* Angkor- 
Vat  et  qui,  du  reste,  existe  dans  les  trois  plus  grands  temples  de 
rindochine  :  Mi- Son  (Annam),  Angkor- Vat  et  le  Bayon. 

La  distribution  du  panneau  que  nous  examinons  en  ce  moment 
ne  difrere  de  celle  d' Angkor- Vat  que  par  quelques  details  sans 
importance.  Au  centre,  Ravana  (dix  tetes,  vmgt  bras,  quatre  jambes) 
fait  tous  ses  efforts  pour  soulever  la  montagne  au  sommet  de 
laquelle  Qiva  est  assis  sur  un  tr6ne  entre  deux  personnages.  Des 
apsaras  passent  au-dessus  du  dieu.  De  chaque  cote  du  roi  des 
Rakshasas  se  dressent  les  multiples  tetes  d'un  Naga. 

Sur  le  me'me  panneau  et  a  gauche  de  la  derniere  scene,  on 
aper$oit  un  palais  pose  sur  des  cariatides  ayant  la  forme  d'un 
oiseau(l).  La  piece  centrale  parait  vide,  mais  il  pouvait  s'y  trouver 
un  personnage  qui  a  disparu  dans  rerrritement  de  la  pierre  (2). 

A  droite  de  la  scene  de  Ravana,  on  rencontre  un  second  palais. 
Un  personnage  est  assis  au  milieu  ;  a  sa  gauche  une  servante 
apporte  un  plateau  contenant  quelque  chose  de  peu  distinct.  Deux 
princesses  sont  debout  en  dehors  du  palais,  une  de  chaque  cote. 

Petite  porte  dans  le  mur  de  fond. 

Au  pied  d'une  colline  se  tiennent  deux  personnages  armes 
d'un  arc.  Entre  les  deux  bondit  un  enorme  sangher.  Sur  le  sommet 
de  la  colline  un  dieu,  qui  doit  etre  Qiva,  est  assis  a  1'ombre  d'un 
arbre.  A  sa  gauche,  un  homme  porte  le  trident ;  a  sa  droite,  un 
personnage  s'mclme.  Des  comparses  completent  le  tableau. 

( 1 )  Mais  pas  celle  du  Garouda. 

(2)  L'eniemble  devait  representer  le  char  de  Kubera  traine  par  des  hamiai. 


PRAH-KHAN.  —  I'x  DKS  GEAXTS  SOUTEXANT  LA  BAH/STRADE  DES  CHAUSSKKS 

TRAVKRSIERES. 


TEMPLE  DE  THOM-MASON  (ANNEXE  D'ANGKOR-TFIOM). 


CUIDE  Al'X    RCl.NHS   D'A.NGKOK. 


PL.   55.    PAGE   160. 


GUIDE  AUX  KLTINF.S  D'AXGKOK. 


PL.  50,  I>.U;E  101. 


ANGKOR.  THOM 


Autre  scene  :  en  bas,  des  serviteurs  apportent  sur  leur  te"te  des 
plateaux  charges  de  mets  ou  de  cadeaux.  Dans  le  registre  supe- 
rieur,  on  voit  un  temple  contenant  un  petit  tabernacle  rres  elegant 
pose  sur  un  socle.  Des  personnages  sont  assis  dans  les  galeries 
laterales  et  paraissent  etre  venus  faire  leurs  devotions  ou  accomplir 
un  rite.  II  est  possible  que  les  objets  apportes  par  les  esclaves  du 
registre  inferieur  soient  des  presents  destines  au  temple. 

Panneau  de  droite.  Deux  registres. 

Registre  inferieur  :  danseuses,  musiciennes,  chanteurs  et 
chanteuses. 

Registre  superieur  :  £iva,  tenant  son  trident  de  la  main  droite, 
est  assis  sur  Nandin.  II  porte,  sur  la  cuisse  gauche,  son  epouse 
Parvati.  Les  deux  divinites  et  leur  monture  se  trouvent  dans  son 
palais  (ou  un  temple)  ou,  plut6t,  passent  devant,  car  le  taureau 
masque  les  piliers  de  1'edifice,  qui  parait  ainsi  se  trouver  en  retrait. 
Un  personnage,  dont  la  tete  est  remplacee  par  plusieurs  tetes  de 
serpent  (Naga  sous  une  forme  humaine),  est  accroupi  devant 
Nandin.  Un  serviteur  evente  Qiva  et  son  epouse.  Quelques 
seigneurs  restent  immobiles  dans  les  galeries  du  temple. 

Porche  central  nord.  C'est  notre  point  de  depart. 

LE    BAPHUON. 

Ce  monument  est  situe  a  300  metres  au  nord-ouest  du 
Bayon.  On  y  arrive  par  un  sen  tier  tortueux  que  le  pied  des  bonzes 
et  des  rares  habi- 
tants d' Angkor- 
Thorn  a  trace 
dans  la  broussail- 
le.De  tousles  edi- 
fices qui  faisaient 
autrefois  la  gloire 
et  la  beaute  de 
la  capitale  roya- 
le,  le  Baphuon  FlG  38  _  TEMPLE  DU  BAPHUOX 

est       assurement  (PLAN  D 'ENSEMBLE). 

celui  qui  a  le  plus 

souffert.  Tout,  d'ailleurs,  parait  avoir  concouru  a  la  destruction  de 
ce  temple  qui  est  un  des  plus  grands  que  les  maitres  d'  Angkor  aient 
edifies,  mais  sa  ruine  tient  surtout  a  deux  causes  principales.  La 
premiere  est  que  le  linteau  de  toutes  les  ouvertures  des  galeries 


AUX    RU1NES    D'ANCKOR 


e"tait  soutenu  par  une  piece  de  bois  encastree  dans  la  pierre  et 
placee  la  en  maniere  de  poitrail.  II  est  clair  que,  sous  1'action 
constante  de  I'humidite.le  bois  s'est  desagregeetque  sa  disparition, 
survenue  selon  toute  vraisemblance  assez  rapidement,  a  compromis 
la  solidite  de  la  superstructure.  Le  deuxieme  motif  de  ruine  reside 
tout  simplement  dans  la  destruction  voulue  de  toute  la  premiere 
galerie)  dont  les  materiaux,  ainsi  que  nous  le  verrons  en  visitant  les 
difreVentes  parties  de  1'edince,  ont  etc  utilises  a  des  travaux  regret- 
tables.  Cependant,  malgre  les  mutilations  qu'il  a  supportees,  le 
Baphuon  reste  encore  imposant  par  sa  masse  robuste  couverte  de 
verdure  et  encadree  de  la  plus  belle  foret  qui  soit. 

Voici   la  composition   de  ce  monument  (1). 

Les  entrees.  — Trois  gopouras,  relies  entre  eux  par  une  galerie,  cons- 
tituaient  les  entrees  d'honneur  du  temple  et  s'ouvraient  en  bordure  de 
rimmense  forum  autour  duquel  etaient  distribues  tous  les  principaux 
Edifices  de  la  ville.  Nous  ne  retrouvons  la  qu'une  partie  des 
murs  de  la  galerie.  Toutle  reste  s'est  effondre,  et  les  passages,  autre- 
f  ois  surmontes  de  tours  elegantes,  nesontplus  representes  que  par 
d'e'normes  eboulis  de  pierres.  La  ruine  est  tellement  complete 
que  Ton  doit  abandonner  1'idee  de  rendre  un  jour  aux  entrees 
du  Baphuon,  meme  partiellement,  1'aspect  qu'elles  avaient 
autrefois. 

Les  galeries  de  communication  disposees  entre  le  porche 
central  et  les  deux  porches  lateraux  etaient  sans  doute  accom- 
pagnees  sur  la  fagade  principale  d'une  veranda  decorative  et 
s'eclairaient,  de  ce  c6te,  par  de  nombreuses  fene'tres.  Sur  la 
facade  posterieure,  on  retrouve  les  restes  d'un  mur  plein  decore 
de  fausses  fenetres  a  colonnettes  et  d'une  frise  extremement  soignee 
representant  une  multitude  de  petites  figures  de  brahmanes  logees 
dans  un  cadre  ogival. 

Le  gopoura  central,  a  en  juger  par  le  peu  qu'on  en  voit,  devait 
se  composer,  comme  ceux  de  1'entree  occidentale  d' Angkor- Vat, 
d'un  passage  flanque  de  deux  pieces  commandant  les  galeries.  II 
est  impossible,  a  cause  des  eboulis,  de  se  rendre  compte  de 
1'importance  du  porche  ouvert  sur  la  place  et  de  celui  qui 
regardait  le  temple,  mais  ils  formaient  probablement  un  ressaut 
accuse  par  deux  ou  quatre  piliers  supportant  une  toiture  en 

(I)  Pour  la  description  du  Baphuon,  noui  eviteront,  comme  nout  1'avons  fait  pour  le  Bayon, 
une  trop  grande  abondance  de  detail)  techniquei  qui  n'aurait  d'autre  resultat  que  de  Jeter  la 
confusion  dans  1'esprit  du  lecteur 


ANGKOR-THOM 


encorbellement.  Les  gopouras  laleraux  comprenaient,  en  plus  du 
passage,  deux  petites  chambres  de  veille  etablies  aux  extremites 
de  1'edifice  d'entree.  Les  trois  tours  qui  dominaient  les  passages 
et  dont  on  retrouve  la  base  au-dessus  de  I'entre'e  centrale  affectaient 
la  forme  conique  que  nous  connaissons  deja. 

La  passerelle.  —  Au  gopoura  central  s'amorcait  une  passerelle 
dallee  de  200  metres  de  longueur  qui  franchissait  un  bassm, 
s'elargissait  aux  deux  tiers  de  son  etendue  par  deux  courtes 
branches  lui  donnant  une  forme  cruciale  et  aboutissait  a  la  facade 
orientale  du  monument.  Les  dalles  etaient  posees  sur  des  colonnes 
rondes  tres  rapprochees,  qui  se  retrouvent  encore  au  complet.  Le 
parapet  devait  etre  analogue  a  celui  qui  garnissait  tous  les  ponts 
et  toutes  les  terrasses  d' Angkor  et,  bien  que  nous  n'en  rencon- 
trions  ici  que  de  rares  vestiges  a  peine  reconnaissables,  il  est 
permis  de  supposer  qu'il  se  composait,  comme  a  1'ordinaire,  de 
balustres  trapus  soutenant  le  Naga,  dont  les  t&es  multiples  se 
dressaient  aux  extremites  de  la  passerelle.  A  1'intersection  des 
branches  de  la  croix  s'elevait  un  edicule,  sorte  de  petite  chapelle, 
dont  il  ne  subsiste  que  quelques  chambranles  et  un  amas  de 
pierres  eboulees. 

L'allure  du  pont  d'acces  du  Baphuon  a  etc  modifiee  comple- 
tement,  a  une  epoque  que  nous  ne  saurions  fixer,  par  des  mains 
inhabiles  qui  ne  s'en  sont  malheureusement  pas  tenues  Ik,  comme 
nous  le  verrons  tout  a  1'heure.  La  passerelle,  qui  devait  etre 
certainement  fort  gracieuse  avecle  reflet  de  ses  colonnes  et  de  sa 
balustrade  dans  les  eaux  du  bassin,  s'est  transformed , —  et  Ton  ne 
devine  pas  bien  la  cause  de  cette  modification, —  en  une  chaussee. 
II  a  suffi  pour  cela  de  dresser  sur  ses  cotes  une  paroi  verticale 
et  de  combler  de  terre  les  intervalles  des  piliers.  Ce  travail  fut 
execute  hativement,  d'une  fagon  assez  grossiere,  et  tous  les 
elements  des  parois  ont  etc  choisis  parmi  ceux  dont  la  premiere 
galerie  du  temple  etait  construite.  Un  examen  de  quelques  minutes 
permet  de  se  rendre  compte  que,  dans  cette  malheureuse  tenta- 
tive de  restauration,  si  tant  est  que  Ton  puisse  appeler  restauration 
une  besogne  de  ce  genre,  les  ouvriers  sont  alles  au  plus  pres 
pour  trouver  les  materiaux  dont  ils  avaient  besoin.  A  chaque 
instant,  des  blocs  sculp tes  et  dont  les  sculptures  voisinent  sans 
rapport  se  rencontrent  au  milieu  d'elements  restes  frustes  ou  dont 
la  decoration  n'est  pas  apparente.  Quant  au  bassin,  il  s'est  trouve 
lui  aussi  modifie  par  suite  de  la  transformation  que  nous  venons 


AUX    RU1NES    D'ANGKOR 


de  signaler  et,  au  lieu  de  la  vaste  piece  d'eau  de  jadis,  nous 
voyons  aujourd'hui  deux  petites  mares  separees  par  la  chaussee. 

Le  temple.  —  Le  Baphuon  est  construit  sur  un  plan  presque 
carre  et  s'eleve  en  pyramide  par  trois  gradins.  La  base  mesure 
environ  120  metres  dans  les  deux  axes.  Sa  hauteur  actuelle  est 
de  43  metres,  mais  elle  etait  beaucoup  plus  considerable  lorsque 
la  tour  qui  dominait  1'edifice  etait  encore  debout.  On  voit  par 
les  dimensions  que  nous  venons  de  donner  qu'il  s'agit  ici  d'un 
des  plus  grands  temples  du  Cambodge. 

Le  monument  se  composait  de  trois  galenes  concentriques 
posees  sur  de  solides  bases  et  separees  par  des  cours  etroites. 
Tous  les  soubassements  etaient  pourvus,  sur  chacune  de  leurs 
faces,  d'un  escalier  a  larges  rampes,  mais  le  soubassement  supe- 
rieur  en  avait  deux  autres  a  chacun  des  angles.  On  en  retrouve 
quelques-uns  qui  permettent  d'acceder  aux  differents  etages  ;  les 
autres  ont  disparu  sous  les  eboulis  et  les  apports  de  terre.  Sur 
les  paliers  des  rampes  se  dressaient  des  lions  decoratifs  semblables 
a  ceux  que  nous  rencontrons  a  la  meme  place  dans  la  plupart 
des  temples.  Chaque  escalier  aboutissait  a  un  vestibule  que 
dominait  une  tourelle  et  d'ou  partaient  les  galeries. 

Autour  du  premier  soubassement,  a  la  distance  d'une  quinzaine 
de  metres,  on  retrouve  quelques  vestiges  d'un  mur  de  limonite 
qui  constituait  autrefois  1'enceinte  particuliere  du  temple  et  dont 
toutes  les  pierres,  ou  presque  toutes,  ont  etc  utilisees  par  les 
Siamois  pour  la  construction  de  la  citadelle  de  Siem-Reap. 

Premier  etage.  —  Le  soubassement  du  premier  etage  mesure 
3  m.  50  de  hauteur.  II  est  bati  en  limonite  avec  revetement  de  gres. 
Des  bandes  de  moulures  horizontales  le  decorent  sobrement.  Cette 
partie  n'a  jamais  etc  terminee,  car  on  n'y  voit  pas  un  des  motifs 
d'ornement  que  les  decorateurs  cambodgiens  avaient  1'habitude  de 
sculpter  sur  leurs  moulures. 

La  galerie  n'existe  plus  qu'au  centre  des  faces  est  et  sud,  ou 
Ton  retrouve,  dans  un  etat  de  ruine  tres  avance,  les  vestibules 
d'entree  encore  surmontes  de  leur  tourelle.  Ces  entrees  pre'sentent 
des  motifs  decoratifs  de  la  plus  grande  finesse  et  datant  de  la 
meilleure  epoque  :  colonnettes  d'encadrement  des  portes,  rinceaux 
de  feuilles  tournees  en  volute,  frise  de  fleurs  de  lotus  e'psnouies. 
Certains  trumeaux  sont  decores  d'animaux  places  dans  un  petit 
cadre  a  part.  On  ne  voit  sur  les  murs  aucun  sujet  mytholo- 
gique. 

j  64 


ANGKOR-THOM 


Les  entrees  ouest  et  sud  ont  completement  disparu  ou,  du 
moms,  n'en  reste-t-il  que  quelques  pierres  sans  interet.  Quant  a 
la  galerie  de  pourtour,  c'est  elle  qui,  comme  nous  1'avons  deja 
dit,  a  fait  les  frais  de  tous  les  materiaux  employes  pour  la  trans- 
formation de  la  passerelle. 

La  galerie  du  premier  gradin  et  le  soubassement  du  deuxieme 
etage  sont  separes  par  une  cour  d'une  douzaine  de  metres  de  largeur 
dans  sa  partie  onentale  et  de  8  metres  sur  les  autres  faces.  Deux 
edicules  s'elevaient  a  Test  de  cette  cour,  mais  ils  ne  forment  plus 
aujourd'hui  que  des  tumuli  de  pierre,  d'ou  emergent  deux  ou  trois 
chambranles.  On  ne  peut  done  qu'emettre  une  supposition  a  leur 
sujet,  en  tenant  compte  de  leur  emplacement,  et  dire  qu'ils 
ressemblaient  peut-etre  aux  deux  bibliotheques  d' Angkor- Vat  ou 
aux  deux  petites  constructions  qui  occupent  les  angles  nord-estet 
sud-est  de  la  cour  du  Bayon. 

Deuxieme  etage.  —  Son  soubassement  est  en  deux  parties 
marquees  par  un  fort  retrait  de  1'assise  superieure  sur  celle  de 
dessous.  Entre  les  deux  regne  une  sorte  de  plate-forme  qui  per- 
mettrait  la  circulation  si  les  eboulis  ne  1'interdisaient  pas.  La 
hauteur  totale  du  soubassement  est  de  7  metres.  Nous  ne  voyons, 
ici  non  plus,  aucune  trace  d'ornementation  sur  les  moulures. 

Toute  la  facade  occidentale  du  soubassement  et  de  la  galerie 
qui  le  domine  est  masquee  par  des  pierres  regulierement  posees 
provenant,  comme  les  materiaux  qui  ont  servi  a  la  modification 
de  la  passerelle,  de  la  galerie  du  premier  etage  et  peut-etre  aussi 
de  la  galerie  du  sommet  dont  il  ne  reste  presque  rien.  Cet  amon- 
cellement  de  materiaux  a  etc  constitue  a  dessein,  cela  saute  aux 
yeux,  mais  il  faut  le  regarder  attentivement  pour  comprendre  1'idee 
qui  a  preside  a  cette  deplorable  besogne.  Apres  bien  des  hesi- 
tations, on  finira  par  apercevoir  les  traits  assez  largement  ebauches 
d'une  gigantesque  figure  du  Buddha  couche.  La  tete  est  horizon- 
tale  ;  le  front,  les  yeux,  le  nez  et  le  menton  sont  suffisamment 
dessmes.  On  voit  aussi,  mais  faiblement,  le  contour  de  la  coiffure. 
Quant  au  corps,  il  n'est  meme  pas  indique  dans  la  pierre.  Selon 
toutes  presomptions,  nous  nous  trouvons  ici  en  presence  d'unessaiqui 
remonte  a  la  premiere  heure  de  la  penetration  au  Cambodge  de  la 
doctrine  bouddhique  du  Sud  (1).  La  tache  a  paru  trop  lourde  aux 
bonzes,  qui  1'ont  bien  vite  abandonnee.  II  faut  convenir  qu'ils  auraient 

(OXVsiecIe. 


AUX    RUINES    D'ANCKOR 


mieux  fait  de  ne  pas  1'entreprendre  ou  de  suivre  les  traces  de 
leurs  devanciers,  ces  pretres  intelligents  et  artistes,  rainistres  de  la 
doctrine  bouddhique  du  Nord,  qui  surent  pendant  toute  la  grande 
epoque  d' Angkor  mettre  leur  culte  sur  le  meme  pied  que  la 
religion  officielle  et  construisirent,  dans  la  capitale  meme  du 
royaume,  d* elegantes  chapelles  qui  ont  resiste  aux  siecles. 

La  galerie  du  deuxieme  etage  est  en  bien  mauvais  etat,  mais 
elle  existe  a  peu  pres  en  en  tier  sur  les  trois  faces  est,  nord  et 
ouest.  Elle  est  extremement  etroite  et  se  serait  certainement 
conservee  intacte  si  les  constructeurs  du  temple  n'avaient  pas  commis 
la  faute  d'utiliser  les  poitrails  en  bois  dont  nous  avons  deja  parle. 
Depuis  longtemps,  les  linteaux  des  fenetres  se  sont  brises  et  le 
toit  presente  des  flechissements  inquietants. 

Par  comparaison  avec  les  autres  parties  du  monument,  on  peut 
dire  que  les  porches  et  les  vestibules  du  deuxieme  etage  sont  bien 
conserves.  Les  tours  existent  encore,  et  les  chambres  des  passages 
sont  accessibles  moyennant  quelques  efforts  de  la  part  du  visiteur. 
Une  magmfique  decoration,  que  nous  examiner ons  dans  le  cha- 
pitre  des  bas-reliefs,  couvre  1'exterieur  des  murs  de  ces  entrees. 

Entre  la  galerie  du  deuxieme  etage  et  le  soubassement  de 
1'etage  supeneur  se  trouve  une  cour  tres  etroite  encombree  de 
blocs  provenant  du  sommet  de  1'edifice  et  ou,  par  suite,  il  est 
difficile  de  circuler. 

Troisieme  etage.  —  Le  soubassement  du  dernier  etage  est 
compose,  ici  aussi,  de  deux  parties  presentant  les  memes  particu- 
larites  que  1'assise  de  la  galerie  inferieure,  c'est-a-dire  une  plate- 
forme  de  circulation  et  des  bandes  de  moulures  non  decorees ; 
mais  il  est  pourvu  sur  chaque  face  de  trois  escahers,  un  au 
centre,  un  a  chaque  extremite.  La  verticalite  de  ces  escaliers  est 
telle  qu'elle  en  interdit  1'usage  a  tous  ceux  qui  n'ont  pas  le  pied 
sur  ou  qui  sont  sujets  au  vertige.  Les  faces  ouest  et  sud  du 
soubassement  se  sont  eboulees  completement  et  forment  aujour- 
d'hui  un  plan  incline  ou  les  pierres  se  melangent  a  des  terres 
apportees  par  le  vent. 

La  galerie  qui  etait  posee  sur  cette  assise  de  10  metres  de 
hauteur  a  disparu.  Seules  deux  petites  tours  d'angle  ont  resiste*. 
Tout  le  reste  est  tombe  dans  la  cour  du  deuxieme  etage. 

La  tour  centrale  qui  dominait  le  monument  n'existe  plus.  Elle 
devait  mesurer  une  trentaine  de  metres  et  etre  fort  belle,  si  nous 
en  croyons  le  recit  de  Tcheou-Ta-Kouan  :  "  A  un  li  environ 


ANGKOR. THOM 


au  nord  de  la  tour  d'or  (d6me  central  du  Bayon),  il  y  a  une 
tour  de  cuivre  encore  plus  haute  que  la  tour  d'or  et  dont  la 
vue  est  reellement  impressionnante.  '  II  est  evident  que 
jamais  la  tour  du  Baphuon,  quoi  qu'en  disc  le  voyageur  chinois 
et  malgre  ce  que  pensent  certains  auteurs,  ne  fut  revetue  de 
feuilles  de  cuivre,  pas  plus  que  le  d6me  du  Bayon  ne  fut  couvert 
d'or,  et  que  ces  noms  :  tour  d'or,  tour  de  cuivre,  ne  sont  que 
des  designations  que  les  habitants  employaient  entre  eux  pour  dif- 
ferencier  les  temples  de  la  ville.  Dans  tous  les  cas,  on  ne  ren- 
contre dans  les  eboulis  aucune  parcelle  de  metal,  si  petite  soit-elle. 
Pour  ce  qui  est  de  I'impression  que  la  tour  du  Bayon  devait 
laisser  aux  etrangers,  Tcheou-Ta-Kouan  doit  avoir  raison,  car,  si 
Ton  en  juge  par  la  solidite  de  1'assise  que  constitue  la  pyramide 
a  trois  gradins  que  nous  venons  de  voir,  la  tour  centrale  du 
temple  devait  atteindre  une  grande  hauteur.  Quoi  qu'il  en  soit, 
il  ne  reste  de  cette  magnifique  tour  et  du  sanctuaire  qu'elle  cou- 
vrait  qu'un  socle  veuf  de  sa  statue  et  un  amas  de  blocs.  Le  dome 
s'est  effondre  pour  la  simple  raison,  croyons-nous,  qu'il  etait 
mal  construit.  Les  fautes  de  metier  commises  ici  par  les  con- 
structeurs  accre'ditent  cette  supposition. 

LES  BAS-RELIEFS  DU  BAPHUON. 

Aucune  des  galeries  du  Baphuon  ne  se  pretant  a  la  de'co- 
ration,  les  sculpteurs  se  sont  dedommage's  sur  les  entrees  du 
deuxieme  e*tage  et  en  ont  couvert  les  murs  d'une  multitude  de 
petites  scenes  separees  par  un  bel  encadrement  et  extremement 
variees.  Ces  bas-reliefs  ont  une  tenue  superieure  a  celle  des 
panneaux  du  Bayon,  peut-etre  meme  a  celle  des  galeries 
d* Angkor- Vat,  et  nous  permettent  d'apprecier,  sans  autrement 
preciser  la  date,  que  le  Baphuon  est  d'une  epoque  ou  les 
artistes  soignaient  encore  1'execution  des  moindres  details  et  oh 
ils  avaient  acquis  deja  une  certaine  habilete  dans  la  representation 
du  corps  humain,  qualite  qui  ne  s'etait  pas  encore  developpee 
au  moment  des  travaux  decoratifs  du  Bayon. 

I.  — Porche  nord.  —  Facade  exterieure  (partie  droite)  (I)  : 

(I)  Tous  les  bas-reliefs  du  Baphuon  vont  faire  ici  1'objet  d'une  courte  explication.  Us  sont 
repartii  en  8  sections  : 

I.  Porche  nord.  Facade  exterieure.     Partie  droite. 
II.  Partie  gauche. 

III.  —  Facade  interieure.     Partie  droite. 

IV.  —  Partie  gauche. 

V.  Porche  eit.      Facade  exterieure.    Partie  droite.  (Voir  >uite  p.  168.) 


AVX    RUINES    D'ANCKOR 


1.  Combat  de  deux   Elephants.   Les  colosses  se  font  face   et 
agitent  leur   trompe   d'un  air  menagant.   Us  ne  sont  monies  que 
par  les  cornacs  qui  les  excitent  de  leur  pic. 

2.  Un  ermite  baratte  du  lait  dans  une  jarre.  La  tige  de  la  ba- 
ratte    est    fixee    au   plafond  par   son   extremite    superieure.   Le 
mouvement   giratoire    est  obtenu  en  tirant  alternativement  sur  les 
bouts  d'une  corde  enroulee  autour  de  la  tige  et  que  le  baratteur 
tient  en  main.    Deux   hommes  paraissent  regarder  avec  curiosite 
le  travail  de  Termite. 

3.  Un  singe  est  agenouille  devant  un  arbre  qui  se   trouve  au 
pied    d'une   colline.    Deux    personnages  armes  d'un  arc  arrivent 
derriere  le  singe  et  1'un  va  le  toucher  a  1'epaule.  C'est  1'entre- 
vue    de   R&ma  et   de   Lakshmana  avec   Sugrlva,   exile  par  son 
frere  Bali,  roi  des  singes. 

4.  Duel  des  deux  freres,  Bali  etSugriva. 

5.  Rama   perce  d'une  fleche   1'adversaire   de  son  alli^  :  Bali 
tombe  mourant  (1). 

6.  Deux  personnages   se  tiennent   debout  devant  deux  singes 
agenouilles.    Le  plus   grand  des  deux  hommes  presente  au  singe 
le  plus  rapproche  de  lui  un  objet  en  forme  de  8  ayant   1'aspect 
d'un  fruit  ou  d'un  vase  etrangle  dans  son  milieu. 

7.  Petit  palais   habite  par  deux  personnes  qui   peuvent  etre 
des  femmes  (pierre  usee).  Cette  habitation  est  supportee  par  un 
rang  d'oiseaux  poses  en  cariatides  (2). 

8.  Deux   personnages  accompagnes   d'un   singe   sont  en  face 
de  Garouda  et  causent  avec   lui.    Derriere  Garouda,  on  voit  le 
corps  d'un  homme  dont  la  tete  a  disparu. 

9.  Un  archer  semble  voler.  Sa  mam  droite  est  dans  la  posi- 
tion  de    celle  d'un  tireur  qui  vient  de  decocher  une  fleche.  De 
1'autre     c6te    du    tableau,   Garouda   descend    en    planant,    ailes 
ouvertes.    Sur  le  sol,    entre  1'archer  et   Garouda,    est    pose   un 
hibou,    et   c'est  sur  cet   animal  que  I'homme  a  1'arc  parait  avoir 

VI.  Porche  ett.       Facade  exterieure.     Par  tie  gauche. 
VII.  Porche  sud.  Partie  droite. 

VIII.  Partie  gauche. 

La  droite  et  la  gauche  sont  celles  du  spectateur  tourne  vers  le  centre  du  temple.  Les  panneaux 
etant  disposes  par  bandes  verticales,  nous  les  suivrons  bande  par  bande  et  de  gauche  a  droite,  en 
donnant  unnumerp  a  chaque  tableau.  Nous  commencerons  par  le  porche  nord,  parce  que  c'est  de 
ce  cote  que  les  visiteurs  penelrent  dans  le  temple,  les  autres  faces  du  premier  gradin  etant  inacces- 
sible:. 

( 1 )  Replique  de  deux  panneaux  de  Tangle  sud-ouest  d' Angkor-Vat. 

(2)  Ces  oiseaux  sont  probablement  des  Hamsas  et  ce  que  nous  appelons  le  "  palais  "  serait 
alors  le  char  de  Kubera.  (Replique  d'un  des  panneaux  de  Tangle  nord-ouest  d'Angkor-Vat.) 

,68    


ANGKOR.  THOM 


tire,  a  moins  que  ce  ne  soit  sur  le  lievre  que  Ton  apercoit 
detalant  a  toute  vitesse.  Dans  le  haul  du  panneau  passe  un 
oiseau  tenant  dans  son  bee  un  rameau  de  feuillage.  La  scene 
se  complete  par  un  arbre  sur  lequel  sont  perches  deux  oiseaux. 

10.  Deux  personnages    sont  etendus,  garrottes  et  entoures  de 
singes.    Un  autre   personnage    est  accroupi   a   leur  tete.  II  s'agit 
probablement    de    Rama   et   de    Lakshmana   enveloppes   par  les 
fleches  magiques  que  le  sorcier  Indrajit  a  changees  en  serpents  (1). 

1 1 .  Un  singe  brandissant  une  mas  sue  semble  vouloir  attaquer 
deux    personnages   dont    1'un  est  arme  d'une  lance,  1'autre  d'un 
sabre. 

II.  --  Facade  exterieure  (partie  gauche): 

1 .  Ravana,  pourvu  de  ses  dix  tetes  et  de  ses  vingt  bras,  est 
monte   sur   un  char  attele  de  lions  (ou  de  chimeres).  II  cherche 
a  atteindre  de  ses  fleches  Rama  porte  par  Hanuman.  Le  general 
des  singes  tord  le   cou  d'un  des  lions  atteles  au  char  du  demon. 

2.  Hanuman    vient    de    sauter    sur  le   char   de    Ravana   et 
attaque   sans    armes   le  roi  de  Lanka,  qui  faiblit  visiblement.  Un 
guerrier  simien  monte  sur  un  des  lions  du  char  assomme  a  coups 
de   massue  un  guerrier  Rakshasa.  Un  autre  Rakshasa  se  trouve 
derriere  son  roi,  mais  ne  tient  pas  a  prendre  une  part  trop  active 
a  1'action. 

3.  Hanuman   est  aux  prises  avec  un  des  chefs  Rakshasas.  II 
lui  a   saisi  le  bras  et  leve  sa  massue  pour  Ten  frapper.  Le  titan 
se  defend  mal.   Un   singe  et  un  guerrier  assistent  en  spectateurs 
au  combat. 

4.  Rama  passe  sur   un   char   attele   de  deux  chevaux.  II  va 
lancer  la   fleche  divine  qui  seule   peut   mettre   fin  aux  jours  de 
Ravana.    Les   fleches   de  1'ennemi  volent  autour  de   lui.    Hanu- 
man fait  un    bond  prodigieux.    II   tient  une  pierre  dans  la  main 
droite  et  une  torche  dans  la  gauche  pour  eclairer  la  scene. 

5.  Le  dernier  tableau  de  cette  bande  est  completement  ronge. 

6.  Hanuman,  arme  d'une   massue,  va   combattre   un   guerrier 
Rakshasa  qui  porte  un  sabre  et  un  bouclier.  Un  arbre  est  place 
entre   les   deux    combattants  mais  ne  se  trouve  la  que  pour  nous 
indiquer  que  la  scene  se  passe  dans  une  foret. 

7.  Hanuman  se  bat  avec   ardeur   contre   un  Rakshasa  (suite 
directe  du  panneau  precedent). 

(1)  L.  Finot,  Les  baf -reliefs  de  Baphuon.  ( Bulletin  de  la  Commission  archeologiqueder  I  ndo- 
chine,  1910.) 

169       


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


8.  Slt£,    prisonniere   de   Ravana,    est    assise   dans   le  bosquet 
d'agokas,    entouree  de    Rakshasis.    Elle  remet  a  Hanuman,  age- 
nouille  devant    elle,   le   bijou   qu'il    doit   porter   a  Rama  comme 
preuve   de   son   message.    Des  oiseaux  et  un  ecureuil  animent  la 
scene. 

9.  Ravana   arrive    sur    un    char   attele   de   deux  lions.    Pas 
d'acu'on. 

10.  Le  dernier  tableau   de  cette  bande  est  range*  par  1'humi- 
dite. 

III.  —  Facade  interieure  (1 )  (partie  droite).  —  Les  panneaux  qui 
regardent   la   cour   du  deuxieme   etage    sont  moins  nombreux  et 
beaucoup  plus  grands  que  ceux  de  la  facade  exterieure. 

1.  Combat   d'un   archer  contre  un  personnage  qui  a  disparu. 

2.  Deux  singes  sont  en  presence  pour  un  pugilat  serieux. 
Les  autres  panneaux  de  la  partie  droite  sont  masques  par  des 

e'boulis. 

IV.  —  Facade  interieure  (partie  gauche)  : 

1 .  Sur   le  meme   panneau   et  dans   un  encadrement  compost 
de  larges  bandes  decorees  de  fleurettes  :  deux  gladiateurs   com- 
battent   armes  de  longs   sabres  et   garantis    par    leurs    bouchers. 
Entre  les    deux   combattants   un    homme  de  petite  taille  tient  un 
flambeau  pour  eclairer  la   lutte.    —  Un   homme  essaie  d'arreter 
ou  dresse  un  cheval  non  monte  ni  selle.   L'animal  (bien  dessme) 
porte  au  cou  un  collier  garni  de  grelots. 

2.  Un   homme   attaque  un  tigre  et  lui  enfonce  sa  lance  dans 
la  machoire.    Sur  le  meme  panneau,  deux  hommes  se  battent  a 
coups  de  poing. 

3.  Un    homme    tenant    une    massue    est  en  presence   d'un 
enorme  sanglier  qu'il  va  combattre. 

4.  Deux    gladiateurs   armes  d'un  sabre  recourbe  et  se  preser- 
vant  de  leur  bouclier  sont  aux  prises. 

Ces  quatre  derniers  panneaux  represented  evidemment  quel- 
ques  jeux  du  cirque. 

V.  —  Porche  est.  —  Facade  exterieure  (partie  droite)  : 

1.  Un  vieux  chef  (longue  barbe  en  pointe,  un  arc  et  une 
fleche  dans  les  mains)  vient  d'etre  blesse  a  la  tete  par  une 
fleche  et  tombe  de  son  char.  C'est  probablement  encore  lui  que 
nous  voyons,  dans  le  meme  tableau,  couche,  perce  de  traits 

(I)  En  regard  de  la  courette  etablie  entre  la  galerie  du  deuxieme  etage  et  le  soubassement  du 
troiiieme. 

170      


ANGKOR.  THOM 


nombreux,    dans   une  maison  ou  deux  personnages  agenouille's  le 
veillent  (1). 

2.  Deux  chefs  adversaires   montes   sur  des  chars  atteles    de 
chevaux  se  criblent   de  fleches.  Celui  de  droite  est  accompagne 
de  deux  guerriers  ;  1'autre  est  seul.  On  remarque,  sur  1'extremite 
de  chaque  timon,  une  statuette  portant  un  petit  drapeau. 

3.  Un  chef  accompagne  de  trois  guerriers  passe  dans  un  char 
lance*  au  galop.  L'espace  est  sillonne  de  fleches. 

4.  Musique  militaire  :  trompette,  buccin,  cymbales,  trois  tam- 
tams. 

5.  Palais  dont  la  toiture  est  garnie  de  pigeons.  Dans  la  piece 
centrale,   un   roi   est  assis  en   compagnie    de  la  reine.  Dans  une 
piece  laterale,  un  personnage  accroupi  parait  dormir,  la  tete  repo- 
sant  sur  la  main  droite. 

6.  Un  homme  arrache  le  pagne  d'une  femme  qui,  scandalise'e, 
essaie  de  retenir  son  vetement. 

7.  Un  geant  lutte  contre  deux  hommes  et  les  terrasse. 

8.  Personnage  assis  au  milieu  de  serviteurs  qui  1'eventent. 

9.  Un  chef  guerrier  est  debout  sur    un  char  attele  de  deux 
chevaux.    Les  fleches  ennemies  1'enveloppent.  Sur  1'extre'mite  du 
timon,  on    distingue  une  statuette   de   deesse  tenant  un  arc  dans 
la  mam. 

10.  Groupe  de  quatre  guerriers. 

1 1 .  Un   chef   passe   au  galop  de  son  char,  dont  le  timon  est 
orne  d'une  statuette  brandissant  une  palme. 

1 2.  Musiciens  jouant  de  divers  instruments. 
VI.  —  Facade  exterieure  (partie  gauche): 

1 .  Dans  un  paysage  de  foret,  un  roi,  ou  un  dieu  (pas  d'attri- 
buts),    est  assis  sur   un  trone.  Trois  petits  personnages  sont  age- 
nouilles  a  sa  gauche. 

2.  Une  reine,   ou   une  deesse  (pas  d'attributs),  est  a  genoux 
sur    une   estrade   a   trois  gradins    placee   entre  deux  arbres.  Au 
pied  de  1'arbre  de  gauche  s'enroule  un  serpent.  Au  bas  de  1'es- 
trade,  deux  femmes  sont  agenouillees.  Une  troisieme  est  debout ; 
un  homme  lui  saisit  le  poignet,  non  dans  un  geste  aimable,  mais 
comme  s'il  voulait  1'empecher  de  nuire  ou  remmener  de  force. 

3.  Qiva    passe   sur   Nandin.    II  est    suivi    de  deux   serviteurs 

(I)  Ce  bas-relief  represent e  tret  probablement  le  general  en  chef  de  1'armee  des  Kauravas, 
Bhishma,  qui  est  une  des  figures  principales  du  long  panneau  d'Angkor-Vat  (galerie  occidentale, 
partie  droite). 

I?1       


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


portant  des  parasols  et  d'un  troisieme  tenant  le  trident.  II  se 
rend  vers  un  personnage  (un  dieu,  peut-etre,  mais  pas  d'attributs) 
assis  pres  d'une  femme  qui  joint  les  mams  au-dessus  de  sa  tete. 
M.  Finot  (loc.  ci7.)  conjecture  que  cette  scene  represente  1'or- 
dalie  de  Sita. 

4.  Un  roi,  ou   un  dieu  (pas  d'attributs),  est  assis  sur  un  trone 
et   tient  son  epouse  sur  un  de  ses  genoux  (Rama  et  Sita).  Des 
servantes  les  entourent  et  les  eventent. 

5.  Une   dame   se   fait  masser  par  deux  servantes.  Une  autre 
dame  (peut-etre  la  meme  deux  fois  represented)  confie  sa  cheve- 
lure  a  une  esclave  qui  la  peigne. 

6.  Un  personnage,  la  t£te  posee  sur  les  genoux  de  son  epouse, 
est  etendu   sur  le  sol ;  Jl  doit  etre  blesse.  Devant  lui,  un  archer 
de  grande  taille  se  prepare  a  le  defendre  ou  a  le  venger. 

7.  Trois    pretres   sont    agenouilles    en   face  d'un  personnage 
egalement  a   genoux   et  levant   les  bras  au  ciel   dans   un  geste 
d'implorau'on. 

8.  Personnage  sur  un  elephant.  Des  serviteurs  1'accompagnent, 
portant  des  eventails  et  une  coupe. 

9.  Une  princesse  entouree  de  servantes  se  tient  dans  1'embra- 
sure  d'un  petit  porche. 

1 0.  Dame   a   sa  toilette.   Des   esclaves  la  parent ;   1'une  lui 
presente  un  miroir. 

1 1 .  Deux    taureaux  sont  places  face  a  face  et  paraissent  vou- 
loir  combattre.  Deux  petits  personnages  assistent  a  la  scene. 

12.  Deux    personnages  sont  agenouilles  devant  un  roi,  ou  un 
dieu   (pas  d'attributs)  qui  leur  remet  un  rosaire.  Dans  le  haut  du 
tableau  vole  une  colombe  portant  un  rameau  dans  son  bee. 

13.  Deux   personnages   luttent    sans    armes.    L'un    porte    une 
longue  barbe  poinlue. 

14.  Deux  archers  ressemblant   aux   deux   lutteurs  du  panneau 
precedent  tirent  sur  un  sanglier. 

15.  Les  memes  personnages  combattent  au  sabre. 

16.  Combat  d'un  homme  et  d'un  tigre.  Le  fauve  parait  avoir 
le  dessous. 

La  fafade  inteVieure  du  porche  est  completement  masquee  par 

les  eboulis. 

VII.  —  Porche  sud.  —  Facade  exterieure  (parn'e  droite)  : 
1 .  Un  homme  est  assis  sur  le  timon  d'une  charrette  a   bceufs 

et  boit  dans  une  coupe.  Les  bceufs  sont  deteles. 


ANCKOR-THOM 


2.  Lutte  de  deux  homraes  devant  une  vieille  femme  aux  seins 
pendants. 

3.  La  moitie  du  panneau  manque.  On  voit  encore  un  homme 
et  une  femme  assis  dans  une  maison. 

4.  Deux  personnages  combattent   au    sabre.    L'un  est  accom- 
pagne  de  deux  temoins,  1'autre  est  seul. 

5.  Panneau  presque  completement  detruit. 

6.  Un  personnage  a   barbe   pointue  et   un    autre  sans   barbe 
causent  a  1'ombre  d'un  arbre. 

7.  Combat    d'un    personnage   a    barbe     pointue    contre    un 
sanglier. 

8.  Combat  du  meme  personnage  contre  un  taureau. 

9.  Deux  personnages  barbus  causent  a  1'ombre    d'un    arbre. 
L'un  a  les  mains  respectueusement  jointes  sur  la  poitrine. 

10.  Un  homme  est  dans  la  position  d'un  boxeur.  Le  reste  du 
panneau  n'existe  plus. 

1 1 .  Un  homme  arme  d'un  tronc  d* arbre  se  bat  contre  un  e"tre 
ayant  un  corps  humain  et  une  tele  de  lion. 

12.  Un   homme  a   barbe    pointue  est  assis    a   1'ombre   d'un 
arbre.  II  porte   sur  ses  deux   mains   un   objet  que  1'on  ne  peut 
reconnaitre.  Un   deuxieme   personnage,    dont  la   tete  a   disparu, 
se  tient  debout,  1'epee  en  main. 

13.  Un  personnage  (peut-etre  un  dieu,  mais   pas  d'attributs) 
est  agenouille,  les  mains  jointes,  sur  une  estrade  a  trois  degres. 
Deux  serviteurs  1'eventent.    Des   fleches  passent   autour   de   lui. 
Dans   la   meme  scene   on  voit,    paraissant    rouler    sur    la  pente 
d'une   petite  colline,    une   tete   d'homme    coiffee   d'un    diademe 
conique  et  tranchee  net  au  cou. 

VIII.  —  Facade  exterieure  (partie  gauche)  : 

1.  Panneau  dont  il  manque  la  moitie.  On  apercoit  encore  un 
personnage  accompagne  de  son  epouse. 

2.  Un  hercule   coifle   d'un   bonnet   a  trois   pointes   saisit   un 
taureau  par  les  comes.  Sur  le  mime  panneau,  ce  personnage  est 
represente  une  deuxieme  fois  ecartelant  les  pattes  de   derriere  du 
taureau. 

3.  L'hercule  du  panneau  precedent  lutte  contre  le  Naga  dont 
on  voit  les  tetes  se  separer  sous  I'effort  puissant  de  1' homme  (1). 
La  scene  se  passe  entre   deux   escaliers  decores   de   statues  de 

(1)  Scene  deja  vue  tur  un  de>  tympans  des  aaleries  croiseet  (preau  couvert)  d' Angkor- Vat. 

i73    


AUX    RU1NES    D'ANGKOR 


taureau.  Deux  perso  images  places   sur  les   marches   regardent  le 
combat. 

4.  Un    seigneur   et   son  epouse    sont    assis   c6te  a   c6te  dans 
une  attitude  de  douleur.  A  leur  gauche,  on  voit  une  femme  remet- 
tant  un  enfant  aux  mains  d'un  geant. 

5.  Le   geant    du   panneau  precedent  brise  centre  des  rochers 
le  corps  de  1'enfant  qui  lui  a  etc  remis.  Un  personnage,  couvert 
d'un  parasol  que  tient  un  esclave,  assiste  a  la  scene. 

6.  Un   elephant   se   promene  librement.    Un  esclave  leve   un 
parasol  pour  garantir  la  tete  de  1' animal. 

7.  Deux  personnages  se  saluent. 

8.  Combat  de  deux  personnages.  L'un  tient  une  e'pe'e,  1'autre 
est  sans  armes. 

9.  Combat    de    Vishnou    centre     un     guerrier    arme*    d'une 
epe'e. 

10.  Une  femme  apporte  un  enfant  a  une  dame    qui  en   tient 
deja  un  sur  ses   genoux.  Le  geste  semblerait   indiquer   qu'il  y  a 
substitution  d'enfant. 

1 1 .  Combat  de  deux  taureaux  (panneau  tres  abime). 

12.  Krishna   souleve   le    mont   Govardhana    pour  mettre    ses 
troupeaux  a  1'abri  de  1'orage  (1)  (panneau  ronge  par  I'humidite). 
Le  dieu   est  visible   ainsi  que  la  base  de  la   montagne  et   deux 
taureaux.  Le  reste  a  disparu. 

13.  Une  femme  s'amuse   avec   son   enfant.    Un   homme   est 
allonge  dans  une  charrette  de'telee  et  dort.   La  scene  se  passe  a 
1'ombre  d'un  arbre. 

14.  Deux  pretres  sont  accroupis  sur  des  tabourets   places  sous 
un  arbre  et  prient.  Quelques    objets   familiers  se  trouvent  a  leur 
portee. 

15.  Deux  taureaux  sont  face  a  face  et  restent  immobiles.  De 
chaque  c6te  du  panneau,  a  mi-hauteur  du  cadre,  on  aperfoit  un 
petit  esclave  juche  sur  une  console  et  presentant  un  plateau  charge 
d'objets  ou  de  nourriture. 

16.  Un  homme   chasse  a   la   sarbacane   des   oiseaux  per  die's 
dans  un  arbre.  Un  autre  porte  les  victimes. 

17.  Un  homme  monte  a  un  arbre  et   deux  autres  se  cachent 
derriere  le  tronc  pour  echapper  a  un  tigre  qui  vient  de  terrasser 
un  de  leurs  compagnons. 

(I)  Scene  deja  vue  dans  Tangle  sud-ouest  de  la  premiere  galerie  d'Angkor-Vat. 
174      


ANGKOR.  THOM 


3^3- 


i. 


* 


J-J. 


LE  PHIMEANAKAS  (1). 

Ce  monument  constitue  un  Etat  dans  1'Etat,  puisque,  malgre'  sa 
situation  en  pleine  ville  royale,  il  est  isole  au  milieu  d'un  terrain 
rectangulaire  de  600  metres  est-ouest  sur  250  metres  nord-sud, 
delimit e*  par  une  double  enceinte  particuliere. 

Sur  toute  la  fa?ade  orientale  de  cette  protection  s'etend  une 
longue  terrasse  que  nous  n'examinerons  que  plus  tard,  mais  dont 
il  convient  de  faire  mention  des  maintenant  pour  dire  que  c'est 
par  elle  que  notre  description  devrait  commencer.  II  serait 
naturel,  en  effet,  de  decrire  d'abord  la  face  honoree  d'un  temple ; 
mais  deja  nous  n'avons  pu 
le  faire  pour  le  Bayon,  a 
cause  de  1'inaccessibilite  de 
son  porche  oriental,  et 
nous  ne  le  ferons  pas 
davantage  ici  parce  que, 
si  nous  debutions  par  la 
terrasse  d'honneur,  le 
visiteur  qui  sort  du  Ba- 
phuon  serait  oblige,  pour 
suivre  1'ordre  de  nos  cha- 
pitres,  de  faire  un  trajet  inu- 
tile de700ou800  metres. 
Nous  preferons  done  adopter  1'itine'raire  le  plus  court  et,  partant, 
le  plus  rationnel  pour  circuler  dans  cette  immense  ville  ou  il  y  a 
tant  a  voir  en  un  minimum  de  temps. 

La  double  enceinte  et  les  porches  secondaires.  —  A  quelques 
dizaines  de  metres  au  nord-est  du  Baphuon,  le  visiteur  trouve 
une  breche  qui  lui  permet  de  franchir  le  premier  rempart  de 
1'enclos  du  Phimeanakas.  II  descend  ensuite  dans  une  petite  cour 
et  voit  un  porche  etabli  sur  le  deuxieme  rempart. 

Le  terrain  du  Phimeanakas  est  circonscrit  par  deux  murailles, 
que  separe  une  cour  pourtournante  large  d'une  trentaine  de  metres. 
Le  rempart  exterieur  est  construit  en  blocs  de  limonite  poses  a 
joints  vifs  et  ne  paraH  pas  avoir  re9U  la  moindre  decoration  dans 
sa  partie  superieure.  Son  etat  de  ruine  est  assez  avance.  Par 

(t)  Le  mot  Phimeanakas  (prononcez  :  P'imienakah)  est  le  Sanscrit  vimana-akata  ('  palais 
celeste  "),  dont  les  deux  termes  sont  intervertis  conformement  a  la  construction  khmere.  Un 
oimana  est  proprement  une  habitation  volante  dans  laquelle  les  dieux  et  les  genies  se  meu- 
vent  a  travers  1'espace. 

,75    


FIG.  3g.  —  PHIMEANAKAS 
(PLAN  D'ENSEMBLE). 


AUX    RU1NES     D'ANGKOR 


centre,  la  muraille  interieure  s'est  bien  conservee,  sauf  en  quelques 
endroits.  Nous  la  voyons  coiffee  d'un  chaperon  moulure  sur  lequel 
courait  une  arete  en  gres.  Dans  le  voisinage  des  porches,  la  cour 
pourtournante  est  barree  de  deux  murs  qui  forment,  en  avant  des 
entrees,  une  sorte  de  premier  vestibule  a  ciel  ouvert.  Ces  murs 
sont  perces,  dans  leur  centre,  d'une  petite  porte  qui  etablit  la  com- 
munication avec  la  cour  de  pourtour. 

Quatre  porches  semblables,  deux  sur  la  face  meridionale  et 
deux  sur  la  face  septentrionale,  donnent  acces  dans  le  terrain  du 
Phimeanakas.  Une  cinquieme  entree,  beaucoup  plus  importante, 
occupe  le  centre  de  la  muraille  orientale.  La  face  ouest  est  comple- 
tement  fermee. 

La  composition  du  porche  que  Ton  rencontre  en  venant  du 
Baphuon  est  la  suivante  :  un  passage  cruciforme  est  pourvu  de 
chaque  c6te  d'un  petit  escalier  de  quelques  marches  et  surmonte 
d'une  tourelle  a  gradins  couronnee  par  1'epanouissement  d'une 
fleur  de  lotus.  Deux  petites  ailes  lateVales  (chambres  de  veille) 
flanquent  le  passage  ;  elles  s'eclairent  d'un  seul  c6td  par  des 
fenetres  a  colonnettes.  La  porte  donnant  sur  la  cour  et  celle 
ouverte  sur  1'interieur  de  1'enclos  sont  decorees  de  pilastres  poly- 
gonaux,  dont  on  ne  retrouve  que  des  fragments,  et  d'un  linteau 
fortement  ruine  montrant  le  relief  tres  accentue  et  bien  dessine  de 
feuilles  tournees  en  volutes.  Les  pieds-droits  s'ornent  de  rinceaux 
d'un  joli  travail  mais  presque  completement  effaces.  Les  trois 
autres  porches  secondaires  ne  different  de  celui-ci  que  par  leur 
e*tat  de  conservation. 

L'enclos.  —  Aucune  partie  d* Angkor-Thorn  ni  des  autres 
mines  cambodgiennes  n'a  fait  autant  parler  que  le  terrain  circon- 
scrit  par  les  deux  murailles  que  nous  venons  de  rencontrer.  Tous 
les  auteurs  se  sont  plu  a  chercher  une  signification  aux  vestiges 
informes  dont  est  parseme  1'enclos  du  Phimeanakas,  et  il  faut  con- 
venir  qu'ils  ont  souvent  fait  preuve  d'imagination.  II  n'en  est  pas 
moins  vrai  que  ces  vestiges  existent  et  qu'ils  represented  quelque 
chose;  mais  nous  estimon*  qu'il  faudrait,  apresun  debroussaillement 
qui  n'a  encore  jamais  etc  fait,  etudier  longuement  la  question  pour 
la  resoudre. 

Moura  (1)  et  M.  Aymonier  signalent  que  le  terrain  du 
Phimeanakas  etait  divise  en  trois  cours  limitees  par  des  murs 

(I)  Le  royaume  du  Cambodge,  t.  II. 

176      


ANGKOR.  THOM 


de  limonite  dont  on  retrouve,  en  effet,  les  traces.  Us  disent  aussi 
que,  dans  ces  cours,  se  trouvaient  des  edicules  en  forme  de  tour, 
et  le  fait  est  exact,  comme  nous  1'avons  verifie  nous-meme.  Mais 
Moura  ajoute  que  "  Tune  de  ces  tours  devait  servir  de  vestiaire 
aux  mandarins  qui  se  rendaient  en  service  au  palais  et  que 
Yeiiquette  obligeait  a  une  certaine  tenue  suioant  la  saison  ".  Pure 
imagination.  Le  meme  auteur  pretend,  au  sujet  de  deux  autres 
tours,  "  qu'elles  pourraient  bien  avoir  etc  le  depot  des  objets  precieux 
et  des  bijoux,  puisqu'on  ne  les  connait  dans  les  environs  que  sous 
le  nom  de  Prasat  Cheang  Tong  (les  tours  des  bijoutiers)  ".  Les 
ateliers  devaient  etre  construits  a  cote,  mais  ils  n'ont  pas  laisse 
de  traces  ".  Moura  appuie  sa  supposition  sur  ce  fait  que  les  rois 
du  Cambodge  ont  toujours  entretenu,  dans  leur  palais,  un  atelier 
de  bijouterie.  II  nous  conte  aussi  que,  dans  cette  meme  cour,  se 
trouvaient  probablement  les  logements  de  la  garde  royale,  une 
salle  d'armes,  desmagasins  pour  les  munitions  ".  M.  E.  Aymonier 
ne  suppose  rien  et  se  contente  de  transcrire  le  texte  de  Moura. 
C'est  ce  que  nous  ferons  aussi  en  laissant  au  lecteur  le  soin  d'en 
apprecier  la  valeur. 

La  deuxieme  cour  commence  a  une  soixantaine  de  metres  de 
la  muraille  orientale  et  se  termine  au  dela  du  temple.  Elle  fournit 
a  Moura  1'occasion  de  nous  donner  la  description  de  ce  qui  existe 
dans  le  palais  de  Phnom-Penh  et  de  ce  qui  aurait  pu  exister 
dans  1'enceinte  du  Phimeanakas.  II  affirme  que  la  seconde  cour 
contenait  "  la  salle  du  trone,  la  salle  de  spectacle,  les  salles 
d'attente  pour  les  differents  personnages  du  royaume  et  les  ambas- 
sadeurs,  la  prison  specialement  affectee  aux  princes  et  aux 
plus  hauts  fonctionnaires  publics,  la  tresorerie,  le  secretariat,  diverses 
ecoles,  etc.  ". 

Nous  avouerons,  sans  fausse  honte,  que  nous  n'avons  nen 
vu  de  tout  cela  et  que  les  quelques  cailloux  qui  emergent  du 
sol  ne  nous  ont  pas  permis  de  reconstituer  un  ensemble  aussi 
pittoresque. 

A  en  juger  par  les  vestiges  qui  se  trouvent  derriere  le  Phimea- 
nakas, un  mur  de  limonite  devait  fermer  une  troisieme  cour  qui 
s'etendait  jusqu'a  la  muraille  occidentale.  M.  Aymonier,  qui 
s'appuie  volontiers  sur  la  tradition  locale,  y  place,  mais  dans  un 
petit  enclos  special,  1'habitation  privee  du  roi,  puis,  a  c6te,  dans 
la  partie  meridionale  de  cette  troisieme  cour,  un  pare  affecte  aux 
princesses  ;  enfin,  au  nord,  un  jardin.  C'est  simplement  possible. 

_ 177     


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


M.  Aymonier  reserve  cette  cour  au  roi  et  a  son  harem  ;  d'autres 
auteurs  pourront  lui  donner  une  affectation  differente  ;  nous  y  verrions 
plut6t  nous-m£me,  ainsi  que  dans  les  autres  cours,  les  restes  d'un 
vaste  monastere,  sorte  de  seminaire  ou  les  jeunes  prelres  etudiaient 
a  1'abri  des  rumeurs  de  la  ville.  Mais,  en  verite,  nous  ne  savons 
ni  les  uns  ni  les  autres  a  quoi  nous  en  tenir,  et  il  se  pourrait  que 
la  question  conserve  longtemps  encore  son  caractere  de  probleme 
insoluble.  Seule  une  inscription  de  1'epoque  termmerait  la  discussion, 
et  nous  ne  pensons  pas  que  ce  soit  a  une  source  aussi  autorisee 
que  Moura  et  M.  Aymonier  ont  puise  le  renseignement  qu'ils 
nous  donnent  sur  1'utilisation  d'une  legere  saillie  que  fait,  sur  la 
cour  pourtournante,  le  mur  de  c!6ture  de  la  face  occidentale.  C'est 
la,  disent-ils,  que  se  trouvaient  les  latrines  necessities  par 
r  agglomeration  des  femmes  habitant  ce  preau. 

Dans  la  troisieme  cour,  Moura  place  "  la  salle  de  repetition 
du  theatre,  le  vestiaire  des  actrices,  la  cuisine  particuliere  de  Sa 
Majest^  (sic),  les  logements  des  reines,  des  princesses,  ceux  des 
concubines  et,  enfin,  deux  ou  trois  bailments  speciaux  pour  les 
accouchements,  tout  a  fait  indispensables  dans  une  maison  ou  il 
y  a  toujours  plusieurs  femmes  qui  sont  prises  a  la  fois  du  mal 
d 'enfant  " . 

Quoi  qu'il  en  soit,  on  trouve  dans  cette  troisieme  cour  non  pas 
ce  que  Moura  y  a  vu,  mais  la  base  de  murs  qui  pouvaient  com- 
poser des  appartements  et,  au  ras  du  sol,  de  nombreuses  pierres 
dont  la  partie  superieure  est  percee  d'un  trou  ou  venait,  presque 
certainement,  s'emboiter  le  tenon  de  colonnes  en  bois.  Done,  dans 
cette  partie  de  1'enclos  du  Phimeanakas  s'elevaient  des  habitations 
autrement  construites  que  les  temples  et  ou  logeaient  des  personnes 
de  qualite. 

Mais  rien  ne  nous  laisse  croire  qu'il  y  avait  Ik  une  residence 
royale  plutdt  qu'un  monastere  ou  autre  chose.  II  vaut  mieux, 
par  consequent,  ne  rien  af firmer. 

Plate-forme  cruciale  isolee.  —  A  quelques  dizaines  de  metres 
au  nord-ouest  du  petit  porche  meridional  que  le  visiteur  a  franchi 
tout  a  1'heure,  se  trouve  une  plate-forme  ne  dependant  d'aucune 
construction  voisine  et  que  nous  pourrions  peut-etre  classer,  sans 
grandes  chances  d'erreur,  parmi  les  monuments  que  les  boud- 
dhistes  firent  clever  dans  la  ville  royale  sous  les  regnes  favorables 
au  developpement  de  leur  doctrine.  Notre  supposition  est  basee 
sur  la  presence,  dans  Angkor-Thorn,  de  chapelles  qui  sont  a  peu 

178     


ANGKOR-THOM 


pres  du  meme  style  et  portent  encore  les  restes  d'enormes  statues 
du  Buddha  (1). 

La  plate-forme  que  nous  rencontrons  dans  1'enclos  du  Phimea- 
nakas  est  dallee  de  gres  et  mesure  30  metres  sur  20.  Chacune  de 
ses  branches  etait  pourvue  d'un  escalier.  Son  parement  vertical  est 
en  gres  et  se  decore  de  fortes  moulures  paralleles  chargees  de 
petits  ornements  que  1'humidite  a  fait  disparahre  en  partie.  En 
avant  du  pare- 
ment, une  garni- 
ture de  colonnes 
rondesdel  m.  20 
de  hauteur  sou- 
tient  une  corni- 
che  en  encorbel- 
lement,  sur  la- 
quelle  etait  posee 
une  balustrade  de 
pourtour  qui 
n'existe  plus.  La 
branche  orientale 
s'est  affaissee  et 
forme  aujourd'hui 
un  plan  incline 
oil  ne  se  retrouve 
plus  aucun  des 


LJL 


pnmi- 


FlG.    40.  —  COUPE   MOSTRANT    LA   COMPOSITION 
D'UNE  TERRASSE  CAMBODGIENNE. 


Elements 
tifs. 

Sur  le  dallage 

de  la    plate-forme,   les    indigenes   ont    reuni  quelques   statuettes 
decapitees    et    une    statue    de    Ganeca  presque    intacte. ' 

Le  temple.  —  Le  monument  du  Phimeanakas  est  situe  a  peu 
pres  au  centre  de  son  enclos.  Sa  base  mesure  35  metres  est-ouest 
sur  25  metres  nord-sud.  II  n'a  que  deux  etages.  Le  premier  se 
compose  d'un  soubassement  tres  eleve  et  d'une  petite  galerie 
pourtournante.  Le  soubassement  est  entierement  en  limonite  et 
s'eleve  en  trois  gradins  decores  de  moulures  horizontales  d'un 
profil  assez  heureux.  La  partie  superieure  de  chaque  degre  com- 

(1)  Nous  n'avons  pas  d  autres  preuves.  II  est  tres  possible  aussi  que  la  plate-forme  de  1  enclos 
du  Phimeanaka*  et  celles  que  nous  verrons  a  1'ouest  du  Prah-Pithu  soient  des  construction) 
brahmaniques  qui  servaient  a  certaines  ceremonies  en  plein  air. 

179      


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


prend  une  petite  plate-forme  assez  large  pour  permettre  a  un 
homme  d'y  circuler.  Ses  angles  supportent  encore  quelques  socles 
en  gres,  affectant  la  forme  d'un  8,  sur  lesquels  elaient  posees  des 
statues  d'elephant  dont  on  retrouve  quelques  fragments  dans  le 
voisinage  du  monument. 

Au  centre  de  chaque  face  du  soubassement  est  etabli  un  esca- 
lier  a  double  rampe  dont  les  paliers  superposes  s'ornaient  de  lions 
decoranfs.  II  en  subsiste  un  specimen  sur  la  facade  nord.  Les 
rampes  des  escaliers  se  resserrent  au  fur  et  a  mesure  qu'elles 
approchent  du  sommet,  et  les  marches  sont  tellement  hautes, 
etroites  et  usees,  qu'on  ne  peut  les  gravir  sans  s'aider  des  mains  ; 
encore  est-ce  la  un  exercice  que  les  personnes  alertes  peuvent 
seules  se  permettre. 

L'unique  galerie  du  Phimeanakas  n'a  etc  construite,  croyons- 
nous,  que  dans  un  but  decoratif,  sa  faible  largeur  (a  peme  un 
metre)  interdisant  son  utilisation  pour  les  ceremonies  religieuses. 
Elle  n'etait  pas  plafonnee  parce  qu'un  homme  de  petite  taille 
n'aurait  pu  se  tenir  debout  sous  le  plafond,  et  nous  voyons  que 
la  surface  de  1'intrados  est  polie  avec  soin,  alors  que  le  dessous 
des  voutes  des  autres  monuments  n'est  que  degauchi. 

Les  vestibules  du  premier  etage  sont  au  nombre  de  quatre  : 
un  au  centre  de  chacun  des  cotes.  Us  ont  la  meme  distribution 
que  ceux  deja  rencontres,  mais  dans  des  dimensions  beaucoup 
plus  reduites.  Leur  passage  central  est  flanque  lateralement  de 
deux  perites  pieces  et  supporte  une  tourelle.  Les  portes  s'enca- 
drent  de  pilastres  soutenant  un  fronton. 

La  galene  prend  jour  de  deux  cotes  par  une  multitude  de 
fenetres  tres  rapprochees.  Quelques-unes  sont  restees  pleines,  et 
Ton  comprend  d'autant  moins  ces  exceptions  qu'elles  ne  pre- 
sentent  aucune  symetrie.  Les  autres  sont  grillees  de  balustres  ou, 
plut6t,  1'etaient,  car  il  reste  bien  peu  de  ces  colonnettes  elegantes 
mais  fragiles.  La  plupart  des  trumeaux  portent  une  decoration  de 
rinceaux.  Certains  ne  sont  pas  termines,  de  meme  que  quelques 
linteaux.  Aux  angles  de  1'etage  se  trouvent  quatre  chambres 
minuscules  fermees  a  Test  et  a  1'ouest  par  une  fausse  baie  et 
s'eclairant  au  nord  et  au  sud  par  une  fenetre  a  claustras.  Une 
toiture  en  encorbellement  analogue  a  celle  de  la  galerie  propre- 
ment  dite,  mais  un  peu  plus  haute,  couvre  ces  pieces. 

Entre  la  galerie  du  premier  etage  et  le  soubassement  du 
deuxieme  regne  une  petite  cour  qui  n'interesse  guere  que  les 

,80     


ANGKOR-THOM 


angles,  puisque,  dans  la  partie  me'diane  de  chacune  de  ses  faces, 
elle  est  completement  occupee  par  rempattement  des  escaliers 
conduisant  au  sanctuaire. 

Le  soubassement  de  1'etage  superieur  se  compose  pour  mi 
tiers  (partie  Basse)  de  blocs  de  limonite  et,  pour  les  deux  autres 
tiers,  de  blocs  de  gres.  II  est,  comme  celui  du  premier  etage,  decore 
de  moulures  horizontales  d'un  relief  bien  accuse.  Quatre  escaliers 
par  tent  des  portes  poster  Jeures  des  entrees  de  la  premiere  galerie  et 
conduisent  au  sanctuaire,  qui  ne  comprend  qu'une  seule  piece  cruciale 
de  4  metres,  precedee  sur  chacune  de  ses  faces  d'un  tout  petit 
vestibule  dominant  1'escalier  correspondant.  Une  partie  des  murs 
de  ces  vestibules,  les  chambranles  et  les  linteaux  en  gres  des 
portes  du  sanctuaire  existent  encore,  et  Ton  peut  constater,  d'abord, 
que  les  pierres  sont  restees  nues,  sauf  en  de  rares  endroits  qui 
ont  recu  un  commencement  de  decoration,  ensuite  que  les  murs 
de  la  chambre  cruciforme,  dont  il  reste  la  base,  etaient  en  limo- 
nite, c'est-a-dire  en  materiaux  de  second  ordre  que  les  construc- 
teurs  cambodgiens  n'employaient  generalement  pas  pour  mettre  les 
divinites  a  I'abri.  De  ces  deux  observations  :  inachevement  des 
murs  et  qualite  inferieure  de  la  pierre,  nous  pouvons  deduire, 
presque  avec  certitude,  que  le  gros  ceuvre  de  1'etage  superieur  du 
Phimeanakas  a  etc  termine  hativement  avec  des  moyens  de  for- 
tune et  que  le  sanctum  sanctorum  devait  etre  couvert  d'une 
simple  toiture  en  bois.  Quant  a  la  tour  d'or  que  Tcheou-Ta- 
Kouan  place  encore  ici  (1),  il  est  probable  qu'elle  n'a  jamais 
existe  que  dans  son  imagination.  On  ne  retrouve,  du  reste,  dans 
les  eboulis,  aucun  element  laissant  supposer  qu'une  tour  s'elevait 
au-dessus  du  sanctuaire  (2).  II  n'en  reste  pas  moins  certain  que 
ce  temple,  qui  etait  dedie  a  Vishnou,  ainsi  que  nous  1'apprend 
un  document  epigraphique,  cut  a  1'epoque  florissante  d' Angkor 
un  r6le  considerable  suffisamment  indique  par  les  inscriptions  que 
nous  rencontrerons  sur  les  montants  des  portes  du  gopoura 
oriental. 

(1 )  Tcheou-Ta-Kouan  parle  d'une  tour  d'or  dominant  le  Bayon  et  d'une  autre  tour  d'or  sur  le 
Phimeanakas. 

(2)  M.  Aymonier  croit  que  le  Phimeanakas  etait  do.nine  par  une  tour  en  bois  tres  elevee.  C'est 
extremement  douteux  parce  que  les  Cambodgiens  auraient  etc  incapables  de  construire  un  dome 
en  bois  sur  une  base  de  pierre.  II  leur   aurait  fallu  pour  cela  employer  un  systeme  d'accrochage 
tres  complique  qu'ils  iynoraient  certainement,  si  nous  en  jugeons  par  les  fautes  commises  par  eux 
dans  les  appareils  les  plus  simples.  D'ailleurs,  les   pierres  encore  visibles  ne  presenters  aucun 
indice  permettant  de  supposer  qu'elles  soutenaient  une  superstructure  en  bois.  Ajoutons  que,  faute 
d'un  bon  assemblage,  la  tour  n'aurait  pas  resiste  plus  de  quinze  jours  aux  grands  vents  qui  balaient 
la  region  d* Angkor. 

181     


AUX    RU1NES    D'ANGKOR 


Sur  la  fa9ade  ouest  du  monument,  on  voit  un  enorme  amas  tie 
terre  qui  atteint  au  niveau  de  la  galerie  du  premier  etage  et  s'etale 
sur  une  dizaine  de  metres  en  avant  du  soubassement.  La  pre- 
sence de  cette  terre  est  inexplicable. 

Un  immense  bassin  de  200  metres  de  longueur  se  trouve  a 
une  cinquantaine  de  pas  au  nord  du  temple.  II  n'est  plus  repre- 
sente,  depuis  longtemps,  que  par  une  forte  depression  de  terrain 
oil  croissent  des  bananiers  sauvages,  une  forte  broussaille  et 
quelques  arbres.  Ses  parois  est  et  nord  sont  constitutes  Tune  par 
le  mur  de  separation  de  la  premiere  cour,  1'autre  par  la  muraille 
d'enceinte.  Les  deux  autres  parois  sont  construites  en  beaux  blocs 
de  gres  disposes  en  trois  gradins  sculptes  de  milliers  de  person- 
nages  qui  joignent  les  mains  dans  1'attitude  de  la  priere  (1). 

Le  gopoura  oriental.  —  L'edifice  d'entree,  construit  au  centre 
de  1'enceinte  orientale  du  Phimeanakas,  est  beaucoup  plus  impor- 
tant que  les  porches  des  faces  nord  et  sud.  II  compose  meme  un 
des  gopouras  les  mieux  agences  que  Ton  puisse  voir.  Son  pas- 
sage d'axe  comprend  trois  pieces  disposees  en  enfilade  dans 
1'orientation  est-ouest.  Celle  du  centre  communique  avec  les  autres 
par  des  portes  encadrees  de  pilastres  polygonaux  et  d'un  magni- 
fique  linteau  representant  Rahou  au  milieu  de  nnceaux  d'un 
relief  vigoureux.  Cette  piece  est  surmontee  d'une  tour  assez  haute  j 
s'elevant  par  trois  gradins  verticaux  qui  se  presentent  interieure- 
ment  comme  des  chemmees  carrees.  Les  vestibules  qui  precedent 
la  chambre  centrale  sur  ses  faces  est  et  ouest  sont  pourvus  de 
trois  portes,  Tune  dans  1'axe,  les  deux  autres  sur  les  cotes. 

Les  chambranles  des  portes  du  vestibule  ouvert  en  regard  de 
1'enclos  sont  graves  de  belles  inscriptions  qui  ont  etc  malheureu- 
sement  deteriorees  en  parn'e.  L'une  d'elles  est  relative  a  1'etendue 
du  domaine  appartenant  a  une  fondation  pieuse ;  toutes  les  autres 
ont  trait  a  un  serment  de  fidelite  prononce  devant  le  roi  Surya- 
varman  Ier  par  les  chefs  des  territoires  qui  constituaient  I'empire 
cambodgien.  Les  dignitaires  du  royaume  confessent,  par  1'mter- 
mediaire  d'un  habile  lapicide,  qu'ils  doivent  pratiquer  toutes  les 
vertus  et  surtout  celles  susceptibles  de  valoir  quelque  profit  au 
souverain  :  s'ils  se  conduisent  comme  doit  le  faire  un  honnete 
mandarin  ou  un  valeureux  chef  de  guerriers,  1'auguste  bienveil- 

(1)  Tout  les  ouvrages  tur  Angkor  parlent  de  ce  bauin,  mais  il  se  pourrait  que  cette  vaste 
depression  ne  soil  qu'une  cour,  car  la  presence  de  personnages  en  priere  etonne  un  peu  sur  des 
parois  que  1'eau  devait  recouvrir. 

182       


ANGKOR.  THOM 


lance  du  roi  leur  sera  acquise ;  mais,  s'ils  pechent  par  prevarica- 
tion ou  defaut  de  courage,  ils  encourront  sur  cette  terre  les  chati- 
ments  royaux  et  subiront,  plus  tard,  les  supplices  des  trente-deux 
enfers. 

Dans  1'axe  nord-sud,  la  piece  centrale  est  flanque'e  d'ailes 
laterales  comprenant  chacune  deux  chambres  qui  different  par 
leurs  dimensions  et  leurs  ouvertures  :  la  plus  voisine  du  centre 
n'est  eclairee  que  par  une  large  fenetre  regardant  1'enclos;  la 
piece  extreme  est  pourvue  d'une  porte  sur  chacune  de  ses  faces 
anterieure  et  posterieure. 

Quelques  toitures  du  gopoura  oriental  ont  etc  refaites  au  moyen 
de  briques  semblables  a  celles  que  les  briquetiers  fournissent 
aujourd'hui.  Nous  ne  savons  pas  a  quelle  date  remonte  cette 
restauration,  qui  n'a  du  reste  pas  re'siste,  mais  elle  ne  peut  e'tre, 
ancienne. 

La  decoration  exterieure  de  ce  gopoura  est  en  assez  mauvais  etat 
mais  ce  qu'il  en  reste  se  classe  parmi  les  meilleurs  travaux  des  orne- 
manistes  cambodgiens  :  frontons,  linteaux  et  rinceaux  sont  d'un 
dessin  parfait  et  fouilles  par  des  artisans  qui  connaissaient  leur 
metier.  Au  centre  de  chaque  face  des  parements  verticaux  du  d6me, 
une  petite  porte  pleine  est  figuree  entre  deux  pilastres  soutenant  un 
linteau.  Aux  angles  des  gradins,  on  apergoit  les  restes  de  tours  ou 
de  temples  en  miniature  places  la  en  maniere  d'antefixes. 

En  avant  (est)  de  1'entree  principale  se  developpe  une  plate- 
forme,  ruinee  en  partie,  qui  conduisait  a  un  edicule  situe  a  la  jonc- 
tion  de  ladite  plate-forme  et  de  la  terrasse  d'honneur  que  nous 
allons  visiter.  Ce  petit  edifice  etait  peut-e"tre  une  chapelle,  peut- 
etre  une  loge  d'ou  le  souverain  et  son  harem  assistaient  aux 
jeux  (1),  mais  on  ne  peut  avoir  aucune  idee  de  sa  distribution  etant 
donne  qu'il  n'en  reste  rien  qu'un  tumulus  de  gres  et  de  limonite. 
A  droite  et  a  gauche  de  la  plate-forme  se  trouve  une  cour  pro- 
fonde  limitee  par  un  mur  etabli  entre  la  terrasse  d'honneur  et 
1'enceinte  du  Phimeanakas.  Une  petite  porte,  composee  de  mon- 
tants  et  d'un  beau  linteau  de  gres,  est  pratiquee  dans  le  mur  de 
separation.  Deux  des  parois  des  petites  cours  (parements  verticaux 
de  la  plate-forme  et  de  la  terrasse  d'honneur)  sont  decorees  de 
magmfiques  garoudas  de  2  m.  50  de  hauteur  poses  en  cariatides 
pour  soutenir  une  corniche  dont  la  balustrade  a  disparu. 

(1)  Nous  citrons  bientot,  en  decrivant  la  terrasse  d'honneur,  que  la  place  publique  servait  peut- 
etre  aux  jeux  du  cirque. 


AUX    RU1NES    D  ANGKOR 


LA  TERRASSE  D'HONNEUR  DU  PHIMEANAKAS. 

Elle  s'etend  en  regard  du  forum,  prend  toute  la  facade  orientale 
de  1'enclos  de  Phimeanakas,  mesure  350  metres  de  longueur  et 
comporte  cinq  perrons  (trois  dans  sa  partie  centrale,  un  a  cliacune 
de  ses  extremites)  separes  par  d'immenses  panneaux  sculp  tes.  Sa 
corniche  de  bordure  supportait  une  balustrade  dont  on  aper^oit 
encore,  sur  le  sol  ou  en  place,  quelques  fragments  composes  de 
to4 tes  de  Naga,  de  travees  et  de  des  de  support. 

Le  perron  central  est  etabli  en  regard  de  1'avenue  qui  conduit 
a  la  porte  de  k  victoire.  II  s'accuse  par  un  vigoureux  ressaut  sur 
la  ligne  de  facade  et  s'etage  en  trois  paliers  pourvus  chacun  d'un 
escalier.  Son  parement  exterieur  est  decore  d'une  rangee  de  garou- 
das  en  relief  supportant  de  leurs  mains  levees  la  corruche  supe- 
rieure.  Ces  monstres  sont  semblables  par  le  corps,  mais  ils  ont 
alternauvement  une  tete  de  tigre  et  une  tete  d'oiseau  a  bee  cro- 
chu  ;  leur  taille  diminue  a  mesure  que  les  paliers  s'abaissent.  Leur 
chevelure  est  representee  sous  1'aspect  d'acanthes  et  forme  un  large 
mmbe  autour  de  la  tete ;  leur  poitrine  s'orne  d'un  riche  collier  et 
leur  venire  d'une  ceinture  finement  ciselee.  Les  ailes  sont  plaquees 
sur  le  mur,  derriere  les  bras,  et  semblent  soutenir  aussi,  de  leur 
pointe,  la  corniche.  En  somme,  nous  avons  la  des  figures  decora- 
tives  de  premier  ordre,  d'un  relief  puissant,  traitees  avec  maitrise  et 
qui  peuvent  se  comparer  aux  superbes  geants  des  chaussees  tra- 
versieres.  Entre  les  garoudas,  on  voit  des  petites  tetes  de  Naga 
sortir  de  la  base  du  mur. 

La  face  interne  des  rampes  du  perron  central  est  histonee  de 
perits  garoudas  et  de  personnages.  Sur  la  bordure  exterieure  des 
trois  etages  du  perron  etait  pose  un  parapet  qui  diminuait  progressi- 
vement  d'importance  jusqu'k  n'etre  plus,  sur  le  palier  inferieur, 
qu'une  tres  petite  balustrade  dont  une  tete  et  une  travee  sont 
demeurees  en  place.  D'enormes  lions  se  dressaient  sur  la  partie 
superieure  des  rampes,  et  nous  en  retrouvons  deux  specimens, 
1'un  en  haul  de  1' escalier  du  palier  inferieur,  1'autre  couche  sur 
le  sol  du  palier  intermediaire.  Ils  nous  permettent  meme  de  constater 
que,  contrairement  a  ce  qui  se  passait  pour  les  garoudas  et  la 
balustrade,  les  lions  places  au  bas  du  perron  etaient  plus  grands 
que  ceux  du  palier  superieur. 

Les  perrons  lateraux  sont  infiniment  moins  importants  que  celui 
du  centre  et  n'ont  pas  de  paliers  successes.  Leur  decoration  com- 


ANGKOR-THOM 


porte  d'un  cote  des  garoudas  en  relief  et,  de  1'autre,  un  elephant 
qui  fait  partie  de  1'equipage  de  chasse  que  nous  rencontreronsbientot. 

Les  perrons  extremes  etaient  domines  par  un  edicule  dont  on 
ne  retrouve  que  quelques  pierres.  Us  sont  semblables par  leur  etendue, 
mais  different  par  leur  distribution  et  leur  decoration.  Celui  de 
I'extremite  nord  de  la  terrasse  comprend,  sur  sa  fa9ade  prmcipale, 
deux  escaliers  etroits  et  symetriques  separes  par  un  panneau  vertical 
que  decorent  des  garoudas.  Les  panneaux  d'angle  portent  la  meme 
decoration.  Pas  de  paliers  successifs  ;  les  escaliers  gravissent  sans 
arret  la  hauteur  de  la  terrasse.  Sur  les  cotes  du  perron,  le  pare- 
ment  est  divise  en  deux  registres  couverts  de  hauts-reliefs  repre- 
sentant,  sans  doute,  les  jeux  que  les  rois  cambodgiens  offraient  au 
peuple  sur  le  vaste  forum  (1).  Les  deux  registres  de  la  face  nord 
nous  montrent  des  cavaliers  cherchant  a  s'atteindre  de  leur  lance, 
des  lutteurs  aux  prises,  des  equilibristes,  un  cocher  portant  un 
homme  debout  sur  ses  epaules  et  conduisant  un  char  attele  de 
deux  chevaux  au  galop.  Le  panneau  oppose  est  illustre  de  scenes 
analogues  :  des  hommes  armes  d'une  rondache  et  d'une  lance 
combattent ;  d'autres  portent  des  poids  ou  des  pierres  lourdes ;  des 
cavaliers  passent  au  pas  comme  s'ils  allaient  prendre  leur  rang  pour 
une  course ;  des  groupes  se  heurtent  dans  un  combat  tres  anime ; 
un  cavalier  tombe  blesse  sur  1'encolure  de  son  cheval.  Tous  ces 
personnages  et  les  chevaux  sont  dessines  en  demi-grandeur  natu- 
relle. 

Le  perron  de  rextremite  sud  se  compose,  comme  celui  du  centre, 
de  trois  paliers  successifs,  mais  sa  decoration  est  differente.  Nous 
voyons  en  effet  sur  ses  murs,  non  plus  des  garoudas  mais  des  ele- 
phants dont  la  taille  diminue  en  meme  temps  que  la  hauteur  des 
paliers.  Ces  animaux  font  suite  a  la  chasse  royale  du  long  panneau 
de  la  terrasse.  A  Tangle  sud,  on  retrouve  la  moitie  de  la  tete  d'un 
elephant  qui  soutenait  le  bout  de  la  corniche.  La  trompe  est 
encore  en  place ;  elle  arrache  une  touffe  de  lotus  dans  un  geste 
analogue  a  celui  des  elephants  tricephales  que  nous  avons  ren- 
contres contre  les  porches  de  1'enceinte  de  la  ville. 

Les  panneaux  qui  s'etendent  entre  les  perrons  extremes  et  les 
perrons  de  flanquement  du  grand  escalier  central  represented  une 
chasse  dans  la  foret.  Les  chasseurs  sont  montes  sur  des  elephants 

(1)  Les  Cambodgiens  d'autrefois  etaient  grands  amateurs  de  spectacles  violent!,  comme  le 
prouvent  de  nombreux  bas-reliefs,  et  la  grande  place  publique  pouvait  servir,  entre  autres  usages, 
aux  jeux  du  cirque.  (Simple  supposition.) 


AUX    RUINES    D  ANGKOR 


et  prennent  une  part  active  a  la  chasse  ou  se  contentent  d'etre 
spectateurs. 

Ces  deux  bas-reliefs  mesurent  chacun  une  centaine  de  metres  de 
longueur  et  n'ont  pas  etc  termines.  Une  grande  partie  du  panneau 
aboutissant  au  perron  nord  n'est  meme  pas  ebauchee,  mais,  par 
contre,  tout  le  parement  meridional  est  acheve ;  il  s'illustre  des 
diverses  phases  d'une  grande  chasse  royale.  Deux  elephants  irrites 
sont  face  a  face  et  paraissent  vouloir  se  faire  un  mauvais  parti, 
malgre  les  efforts  des  cornacs.  Un  elephant  enleve  sur  ses  defenses 
un  buffle  enorme.  Deux  elephants  d'allure  debonnaire  s'eventent 
avec  des  branches  de  feuillage  qu'ils  tiennent  delicatement  du  bout 
de  leur  trompe  ;  ils  ont  suffisamment  chasse  pour  1'mstant  et  se 
reposent.  Deux  elephants  ont  saisi,  1'un  par  le  corps,  1'autre  par 
une  cuisse,  un  tigre  qui  se  defend,  montre  les  dents  et  griffe  un  des 
pachidermes  qui  arrivera  pourtant  a  1'etouffer  moyennant  quelques 
egratignures.  Un  buffle  est  attaque  des  deux  cotes  par  des  ele- 
phants. Une  trompe  ramasse  un  cerf  et  enleve  ce  poids  comme  un 
fetu.  Plus  loin,  on  voit  le  combat  d'un  lion  contre  un  elephant ;  le 
lion  se  dresse  menafant,  toutes  ses  griff es  dehors,  et  ne  cede  pas 
un  pouce  de  terrain,  1'elephant  non  plus,  et  nous  ne  saurons  jamais 
comment  cette  affaire  s'est  terminee.  Deux  elephants  ecartelent  un 
animal  de  forme  indistincte  ;  d'autres  etranglent  des  chevreuils, 
quelques-uns  ne  font  rien.  Des  chasseurs  lancent  leur  javelot  sur 
des  animaux  divers.  Un  cornac  boit  a  sa  gourde  et  ne  remarque 
pas  que  son  maitre  le  touche  a  1'epaule  pour  lui  faire  comprendre 
qu'il  faut  en  laisser  un  peu  pour  les  autres.  Toutes  ces  scenes  se 
passent  dans  une  foret  qui  nous  est  indiquee  par  les  arbres  compo- 
sant  le  fond  du  tableau.  Des  singes,  des  ecureuils,  des  oiseaux 
peuplent  la  futaie.  La  chasse  rencontre  une  colline  habitee  par  deux 
errmtes ;  Tun  porte  des  vivres,  1'autre  manifeste  nettement  sa  peur 
et  se  colle  contre  les  rochers. 

L'etat  de  mine  de  la  terrasse  d'honneur  du  Phimeanakas  est 
assez  avance.  La  facade  decoree  prend,  par  endroits,  une  inclinaison 
facheuse  ;  la  balustrade  n'existe  plus  que  par  de  rares  fragments ; 
la  corniche  se  disloque;  les  escaliers,  sauf  ceux  du  perron  central, 
ne  sont  plus  praticables.  Mais  enfin,  telle  qu'elle  nous  apparait 
aujourd'hui,  cette  oeuvre  est  encore  une  des  mieux  conservees  par  mi 
celles  d' Angkor-Thorn,  et  Ton  peut  se  rendre  compte  aisement  de 
1'effet  decoratif  qu'elle  devait  produire  quand  tous  ses  elements 
etaient  intacts. 


ANGKOR.THOM 


PRAH-PALILAY. 


Le  monument  qui  porte  ce  nom  est  situe  a  une  cinquantaine 
de  metres  de  la  muraille  septentrionale  du  Phimeanakas.  Son 
allure  generate  devait  rappeler  un  peu,  en  moins  grand,  celle  du 
Baphuon.par  un  triple  gopoura  d'en tree  sur  la  face  orientale,  une 
avenue  partant  du  porche  central,  la  pyramide  a  trois  gradins  qui 
composait  le  temple. 

Get  edifice  date  certainement  de  la  meilleure  epoque,  comme 
le  prouvent  certains  motifs  decoratifs  qui  jonchent  le  sol  environ- 
nant,  mais  il  est  aujourd'hui  tellement  ruine  que  le  visiteur  per- 
drait  son  temps  et  sa  peine  a  vouloir  en  comprendre  la  distribu- 
tion. 

LE  BELVEDERE  DU  ROI  LEPREVX. 

Cette  construction,  qui  n'a  de  replique  dansaucune  des  autres 
villes  de  1'ancien  Cambodge,  se  trouve  a  quelques  metres  de 
l'extremite  septentrionale  de  la  terrasse  d'honneur  du  Phimeanakas 
et  se  presente  en  plan  sous  une  forme  cruciale  contrariee  par 
une  quantite  de  redans  qui  brisent  la  ligne  de  contour.  Sa  lon- 
gueur (est-ouest)  etait  approximativement  de  35  metres  pour 
une  largeur  de  25  metres ;  mais  la  presque  totalite  de  la  partie 
occidentale  s'est  eboulee,  et  il  n'est  plus  possible  d'apprecier 
exactement  ses  dimensions.  Le  parement  est  occupe  par  sept 
registres  sur  lesquels  se  detachent,  en  haut-relief,  des  centaines 
de  figures  en  demi-grandeur  naturelle.  Nous  devons  avoir  ici 
1'image  de  la  cour  de  plusieurs  rois  ou,  peut-etre,  d'une  seule  cour 
royale  sous  differents  aspects.  Au  centre  de  chaque  registre 
et  aux  angles  des  redans,  on  apergoit  un  seigneur  (probablement 
un  roi)  assis  au  milieu  de  reines  ou  de  princesses.  Toutes  ces 
j  figures  sont  de  la  meme  taille  et  represented,  par  consequent,  des 
personnages  d'une  egale  situation  sociale  (1).  Les  rois  different  par 
quelques  details  de  costume,  mais  ils  ont  tous  le  buste  nu  et  la 
tete  couverte  d'un  diademe  conique.  Ils  tiennent  en  main  un 
glaive  court.  Toutes  les  femmes  ont  lememe  vehement  et  les  memes 
ornements  :  elles  portent  une  couronne  pointue  montee  sur  un  tour 
de  tete  compose  de  quatre  ou  cinq  rangs  de  perles,  de  lourds 
pendants  aux  oreilles,  un  magnifique  collier  se  terminant  en  pointe 

( I )  Puisque  nous  savons  que  les  personnaget  d'un  rang  superieur  se  distinguent,  dans  les  bas- 
reliefs,  par  une  taille  plus  elevee. 


AUX    RU1NES    D'ANGKOR 


entre  les  seins,  des  bracelets,  une  double  chaine  prenant  en 
echarpe  le  buste  nu,  des  anneaux  aux  chevilles.  Leur  chevelure 
est  divisee  en  plusieurs  nattes  dont  la  pointe  traine  sur  le  sol. 
Quelques  princesses  tiennent  dans  les  doigts  un  bouton  de  lotus; 
d'autres  posent  familierement  la  main  sur  1'epaule  d'un  seigneur,  et 
celles-ci  sont  sans  doute  les  sultanes  favorites. 

Sur  la  terrasse  du  belvedere,  les  indigenes  ont  place  depuis 
longtemps  une  statue  d'homme  nu  qui  oflre  les  caracteres  sui- 
vants :  le  personnage  se  tient  assis  a  la  mamere  onentale  ;  la  tete 
est  assez  bien  modelee,  la  bouche  sourit ;  la  levre  superieure 
s'orne  d'une  moustache  aux  pointes  relevees,  la  chevelure  descend 
sur  le  cou  en  torsades  ou  en  tresses  regulieres ;  sur  le  sommet  de 
la  tete,  on  voit  une  petite  base  cylindrique  brisee  a  quelques  cen- 
timetres des  clieveux ;  les  epaules  sont  larges,  mais  sans  indication 
de  muscles ;  les  bras  s'attachent  mal,  le  buste  est  mou,  la  taille 
fine ;  les  jambes  sont  d'un  bon  tiers  trop  courtes  ;  la  droite  est 
relevee  et  soutient  le  bras  droit  dont  la  main  a  disparu  ;  la  jambe  gauche 
s'applique  sur  le  socle.  En  somme,  cette  statue  n'est  ni  meilleure 
ni  pire  que  la  plupart  de  celles  que  nous  ont  laissees  les  statuaires 
cambodgiens.  —  Moura  a  vu  dans  cette  figure  une  representation 
du  dieu  des  richesses,  Kubera,  qui  etait  atteint  de  la  lepre. 
M.  E.  Aymonier  nous  la  donne  pour  1'image  d'un  "  celebre 
roi  lepreux  "  qui  serait  peut-etre  le  fondateur  d' Angkor-Thorn  et 
qu'il  croit  pouvoir  identifier  "  avec  le  roi  Yafovarman,  qui  regna 
de  81 1  faka  a  830  environ  ".  Nous  ne  pensons  pas  que  1'une 
de  ces  deux  identifications,  evidemment  inspirees  des  legendes 
locales,  soil  a  retenir,  car,  si  1'auteur  de  la  statue  avait  eu  1'inten- 
tionde  representer  un  personnage  lepreux,  il  n'aurait  pas  manque 
d'accuser  fortement  les  marques  que  la  lepre  imprime  sur  les 
membres  de  ceux  qui  en  sont  affectes  :  plaies  profondes,  epais- 
sissement  des  chevilles,  deformation  des  doigts,  etc.  Or  nous 
n'avons  remarque'  sur  la  statue  en  question  aucun  des  stigmates 
qui  pourraient  faire  croire  que  le  personnage  represente  etait  lepreux. 

TEP-PRANAM. 

La  chapelle  bouddhique  connue  sous  ce  nom  se  trouve  a  une 
soixantaine  de  metres  au  nord  du  Prah-Palilay  et  du  belvedere 
que  nous  venons  de  visiter.  Elle  se  compose  d'une  chaussee  de 
100  metres  de  longueur  orientee  est-ouest  et  d'une  terrasse 
rectangulaire. 


ANGKOR-THOM    ~ 


La  chaussee  debute  au  bord  de  la  grande  avenue  qui  reliait 
la  place  publique  a  la  porte  septentnonale  de  1'encemte  d' Angkor- 
Thorn.  Elle  est  formee  d'un  simple  remblai  de  terre  maintenu 
par  deux  petits  murs  de  80  centimetres  de  hauteur  et  s'arrete 
a  quelques  metres  en  avant  de  la  terrasse.  II  est  probable  qu'elle 
etait  garnie  d'une  balustrade,  mais  on  ne  retrouve,  dissemmes  dans 
le  voisinage,  que  quelques  rares  fragments  de  main-courante  qui 
pourraient  bien  ne  pas 
lui  avoir  appartenu.  Entre 
Textremite  occidentale  de 
la  chausseeetle  commen- 
cement de  la  terrasse,  on 
rencontre  des  statues  de 
lion  d'une  bonne  execu- 
tion et  une  belle  cuve  en 
gres  qui  servait  sans  doute 
a  la  preparation  de  1'eau 
lustrale. 

La  terrasse  etait  pre- 
cedee,  sur  sa  face  orien- 
tale,  d'un  escalier  de 
quelques  marches  prati- 
que entre  deux  rampes 
basses  qui  s'ornaient  des 
lions  que  1'on  vient  de 
voir  couches  sur  le  sol. 
Une  balustrade  impor- 
tante  faisait  le  tour  du 
lerre-plein  qu'occupe  en- 
core une  immense  sta- 
tue du  Buddha  posee  sur  son  socle.  Les  pierres  qui  composent 
cette  figure  de  4  metres  de  hauteur  sont  disjointes,  quelques-unes 
sont  brisees,  et  nous  pouvons  regretter  que  cette  ceuvre  n'ait  pas 
etc  epargnee,  car  elle  est  remarquable  par  certains  details,  notam- 
ment  1'expression  de  douceur  dont  la  face  de  (^akyamuni  est 
empreinte. 

Une  magnifique  stele  en  gres  fin  se  dresse  en  regard  et  un  peu 
a  gauche  de  la  statue.  Elle  est  inscrite  sur  ses  quatre  faces  et 
s'offre  comme  un  des  plus  beaux  monuments  epigraphiques  en  langue 
sanscrite  que  possede  le  Cambodge.  L'inscription  commence  par 


FIG.  41.  —  ANGKOR-THOM.  —  STATUE  DITE 

DU  "  Roi  LEPREUX  "  (tres  probablement  f  iva 

sous  1'aspcct  d'un  asccte). 


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


la  genealogie  de  Ya?ovarman,  fait  1'eloge  de  ce  roi  et  relate  la 
fondation  d'un  couvent  bouddhiste  pour  lequel  elle  edicte  un 
reglement  (1). 

LE  CROUPE  DU  PRAH-PITHU. 

Ce  groupe  est  e'tabli  dans  1'orientation  est-ouest.  II  commence 
a  1'extre'mite  nord  de  la  place  publique  et  s'etend  a  Test.  Deux 
terrasses  cruciales  et  quatre  petits  monuments  le  composent. 

La  premiere  construction  que  Ton  rencontre  a  1'ouest  (2)  est 
une  terrasse  cruciforme  agencee  dans  les  memes  conditions  que  celle 
que  nous  avons  visitee  dans  1'encemte  particuliere  du  Phimeanakas 
et  rappelant  aussi  la  plate-forme  qui  precede  1'entree  principale  de 
la  premiere  galerie  d* Angkor- Vat.  Une  rangee  de  colonnes  rondes 
entoure  le  parement  de  gres,  soutient  une  corniche  sur  laquelle 
etait  posee  une  premiere  balustrade  et  ne  s'interrompt  qu'aux  esca- 
liers.  Cette  construction  est  a  deux  gradins,  comme  celle  d' Angkor- 
Vat.  Le  deuxieme  degre  constitue  la  terrasse  proprement  dite  et  ne 
s'accuse  que  par  un  relief  tres  faible  (40  a  45  centimetres)  sur  le 
premier,  dont  il  epouse  absolument  la  forme  en  menageant  une 
sorte  de  balcon  d'un  metre  de  largeur.  II  etait  borde,  lui  aussi, 
d'une  balustrade.  Les  branches  de  la  croix  sont  pourvues  chacune 
d'un  perron  comprenant  un  escalier  dont  les  rampes  etaient  autre- 
fois  decorees  de  lions  qui  se  retrouvent  dans  les  environs. 

Une  deuxieme  terrasse  cruciale  se  situe  a  une  quarantaine  de 
metres  au  nord  de  la  precedente  et  lui  ressemble  exactement,  sauf 
par  sa  hauteur  et  son  etendue,  qui  sont  un  peu  plus  grandes. 
A  50  metres  au  nord-est,  on  peut  voir  un  tres  beau  bassin 
rectangulaire  de  60  metres  de  longueur  et  40  de  largeur.  Ses 
parois  sont  en  blocs  de  limonite ;  sur  sa  face  sud  est  pratique  un 
escalier  encore  visible.  Revenons  sur  nos  pas  pour  visiter  les 
autres  monuments  du  groupe. 

Premier  temple.  —  A  2  metres  a  peine  de  la  branche 
orientale  de  la  premiere  terrasse  cruciale,  on  rencontre  un  gopoura 
tres  ruine  qui  donnait  acces  dans  une  petite  cour  circonscrite  par 
une  muraille  de  gres  epaisse  de  60  centimetres.  Le  chaperon  de 
ce  rempart  se  decore  de  moulures  vigoureuses  et  imite,  dans  sa 
partie  supe'rieure,  lavoute  ogivale  des  galeries.  Un  autre  gopoura, 

(1)  Cette  inscription  a  etc  publiee  par  M.  G.  Ccedes,  Journal  Asiatique,  mars-avril  1908. 

(2)  Apres  avoir  quitte  le  belvedere  du  roi  lepreux,  le  visiteur  aborde  le  groupe  du  Prah-Pithu 
par  1'ouest. 


ANGKOR.  THOM 


un  peu  moins  ruine  que  celui  de  1'ouest,  est  etabli  au  centre  de 
la  partie  orientale  du  mur.  II  est  constitue  par  un  passage  central 
surmonte  d'une  tourelle  et  flanque  de  deux  ailes  minuscules. 
L'exterieur  de  ces  entrees  ne  presente  aucun  des  motifs  d'orne- 
ment  habituels,  mais  toutes  les  pierres  sont  preparees  envue  d'une 
decoration  prevue.  II  ne  parait  pas  que  des  porches  semblables 
aient  etc  construits  sur  les  faces  nord  et  sud  de  1'enceinte  qui 
devaient  etre  pourvues  d'une  simple  petite  porte  pratiquee  dans  la 
muraille. 

La  cour  mesure  une  trentaine  de  metres  dans  les  deux  axes. 
Au  centre  s'eleve  un  soubassement  de  15  metres  de  largeur  a 
la  base  pour  une  hauteur  de  6  metres.  Quatreescaliersde  greslegra- 
vissent,  mais  ils  sont  encombrespar  les  eboulis. 

Le  soubassement  supportait  un  templion  comprenant  une  piece 
centralede2  m.  SOprecedee,  surlesquatre  orientations,  d'un  vestibule 
de  1  m.  75.  Une  tour  dominait  1'edifice.  Elle  s'est  effondree  ainsi 
que  les  toitures  en  encorbellement  qui  couvraient  les  vestibules.  II 
ne  restedonc  de  cette  construction  que  les  murs  verticaux,  et  cette 
ruine  est  regrettable,  car  il  y  avait  la  une  petite  merveille  dont 
1*  elegance  et  la  parfaite  execution  sont  attestees  par  les  elements 
qui  ont  resiste.  On  dirait  meme  que  le  choix  et  1'assemblage  des 
mateViaux  sont  plus  soignes  qu'ailleurs.  Quant  aux  motif  sdecoratifs, 
ils  datent  certainement  de  la  meilleure  e'poque,  et  les  decorateurs 
cambodgiens  n'ont  jamais  fait  mieux. 

Un  linga,  que  Ton  aper?oit  couche  sur  une  des  rampes  de 
1'escalier  oriental  du  soubassement,  devait  se  trouver  autrefois  sous 
la  coupole  et  nous  fournit  une  indication  sur  le  culte  auquel  etait 
affecte  ce  premier  templion. 

Deuxieme  temple.  —  II  occupe  le  centre  d'une  cour  qu'enve- 
loppe  un  simple  mur  de  limonite  de  30  metres  de  cote,  pourvu  au 
milieu  de  chacune  de  ses  faces  d'une  petite  porte  sans  ornements. 
Le  soubassement  en  gres  ressemble  a  celui  du  premier  temple,  mais 
son  elevation  est  un  peu  moindre.  Quatre  escaliers  encadres  de  belles 
rampes  sont  disposes  sur  ses  faces.  L'edicule  etait  surmonte  d'une 
tourelle  dont  il  ne  reste  que  quelques  pierres.  La  piece  centrale 
est  remplie  par  les  eboulis,  et  il  est  impossible  d'en  apercevoir  les 
murs  interieurs.  Quatre  petits  vestibules  sont  amenages  sur  les  axes, 
en  correspondance  avec  les  escaliers  ;  ils  offrenl  cette  particularite 
d'avoir  deux  entablements  superposes,  le  plus  haut  etant  en  retrait 
sur  celui  du  bas,  ce  qui  donne  une  certaine  legerete  d'aspect  aux 


AUX    RVINES    D'ANCKOR 


murs.  Leur  toiture  n'existe    plus.     La    decoration    exterieure  est 
aussi  bien  executee  que  celle  du  temple  precedent. 

Nous  remarquerons  que  les  deux  perils  edifices  que  nous  venons 
de  voir  ne  different  (les  murs  d'enceinte  mis  a  part)  que  par  leurs 
dimensions ;  encore  cette  difference  est-elle  insensible. 

Troisieme  temple.  —  Celui-ci  est  mieux  conserve  que  ses  voi- 
sins  et  s'ordonne  autrement.  II  s'eleve  sur  une  assise  constitute 
par  une  magnifique  plate-forme  mesurant  35  metres  de  cote  et 
3  m.  50  de  hauteur,  dont  les  parements  de  gres  s'ornent  de  mou- 
lures  paralleles  d'un  relief  vigoureux.  Un  escalier  est  pratique  au 
centre  de  chacune  de  ses  faces.  La  corniche  de  pourtour  suppor- 
tait  une  balustrade  qui  n'existe  plus. 

Le  templion  est  pose  au  milieu  de  la  plate-forme  sur  un  soubas- 
sement  en  gres  pourvu  d'escaliers  s'etageant  en  trois  paliers.  La 
tourelle  qui  dominait  1'edifice  ne  se  retrouve  qu'en  partie  :  elle 
couvrait  une  piece  carree  de  2  m.  50  precedee  de  petits  vesti- 
bules. L'exterieur  n'a  regu,  faute  de  temps,  aucune  decoration ; 
mais,  par  contre,  1'interieur  des  pieces  est  couvert  de  figures  en 
relief,  d'assez  mediocre  facture,  representant  le  Buddha  assis.  On 
remarque  sur  la  pierre  les  traces  d'un  enduit  de  faible  epaisseur 
qui  etait  sans  doute  peint.  II  est  evident  que  cet  edicule  etait, 
comme  ceux  du  meme  groupe,  destine  au  culte  brahmanique  et 
qu'il  a  etc  desaffecte,  a  une  epoque  inconnue,  par  les  pretres 
bouddhistes  qui  1'ont  utilise  pour  leurs  ceremonies  apres  avoir  fait 
sculpter  sur  les  murs  1'image  du  Buddha. 

Quatrieme  temple.  —  Le  quatrieme  monument  du  groupe  sort 
de  1'alignement  des  trois  precedents.  II  se  trouve  au  nord,  entre 
le  troisieme  temple  et  le  grand  bassin  dont  nous  avons  dit  quelques 
mots.  Son  etat  de  ruine  permet  a  peine  de  distinguer  qu'il  formait 
une  pyramide  assez  elevee  et  que  ses  dimensions  etaient  superieures 
a  celles  des  edifices  voisins.  Toutes  ses  parties  se  sont  eboulees  et 
ne  se  presentent  plus,  a  1'heure  actuelle,  que  sous  1'aspect  d'un 
tumulus  pointu.  Cependant  1'etude  de  ce  monument  serait  inte- 
ressante,  mais  elle  necessiterait  un  expose  scientifique  qui  ne  saurait 
trouver  place  ailleurs  que  dans  un  ouvrage  technique  ou  la  discus- 
sion et  les  longs  developpements  seraient  permis,  ce  qui  n'est  pas 
le  cas  d'un  Guide. 

Chapelle  bouddhique.  —  A  1'est  du  groupe  du  Prah-Pithu,  on 
rencontre  une  terrasse  rectangulaire  orientee  est-ouest  et  mesurant 
30  metres  de  longueur  sur  6  de  largeur.  Elle  est  constitute  par  un 

192     


ANGKOR-  THOM 


terre-plein  maintenu  de  chaque  cote*  par  un  petit  mur.  La  hauteur 
du  remblai  est  de  60  a  70  centimetres.  Sur  1'extre'mite'  occidentale 
se  trouve  une  faible  elevation  carree  de  2  metres  dec6te,  quidevait 
supporter  une  image  du  Buddha  dont  on  ne  retrouve  d'ailleurs 
pas  un  fragment.  Malgre  1'absence  de  statue,  nouspouvons  classer 
cette  terrasse  au  nombre  des  chapelles  bouddhiques,  pour  la  simple 
raison  que  sa  distribution  est  identique  a  celle  d'autres  constructions 
basses  qui  bordent  les  deux  avenues  orientales  d* Angkor-Thorn  et 
sur  lesquelles  des  figures  du  Buddha  existent  encore. 

Les  bassins  du  groupe.  —  Devant  les  facades  meridionale  et 
orientale  de  1'ensemble  du  Prah-Pithu,  une  assez  faible  depression 
de  terrain  indique  qu'il  y  avail  probablement  en  cet  endroit  une 
immense  piece  d'eau  de  peu  de  profondeur  ou  dont  le  creusement 
n'a  jamais  e'te  termine.  En  outre,  d'autres  creux  beaucoup  plus 
accentues  sont  visibles  entre  les  enceintes  des  differents  edicules 
et  sur  toute  leur  fa$ade  septentrionale.  Us  se  remplissent  d'eau 
pendant  la  saison  des  pluies.  Tous  les  monuments  du  groupe 
emergeaient  done  autrefois  comme  une  se'rie  d'llots  et  ne  devenaient 
accessibles  qu'a  la  condition  d'etre  relies  par  un  pont.  On  ne 
retrouve  aucune  trace  d'un  ouvrage  de  ce  genre,  mais  il  est  pos- 
sible que  le  systeme  de  communication  ait  consiste  en  une  pas- 
serelle  en  bois. 

LES  TOURS  ET  LES  MONUMENTS  DE  LA  FACE 
ORIENTALE  DE  LA  PLACE  PUBLIQUE. 

A  Test  de  la  grande  place  d* Angkor-Thorn,  on  apercoit  un 
remblai  de  peu  de  relief,  coupe  dans  sa  partie  centrale  par  1'avenue 
qui  conduit  a  la  porte  de  la  Victoire.  Sur  ce  terre-plein  s'elevent 
deux  edifices  importants  precedes  chacun  de  six  tours,  cinq  en 
regard  de  la  place,  une  en  bordure  de  1'avenue. 

Les  douze  tours  sont  d'un  type  unique  et  ne  different  que  par 
leur  degre  d'achevement  ou  leur  etat  de  conservation.  Elles  sont 
placees  sur  un  soubassement  de  80  centimetres,  mesurent  une 
dizaine  de  metres  de  hauteur  et  s'etagent  en  trois  gradins.  Leur 
forme  generate  est  celle  d'une  pyramide  tronquee  tres  allongee.  Les 
entablements  et  les  linteaux  des  ouvertures,  les  frontons  decor atifs 
place's  au  miheu  de  chaque  face  des  gradins  et  le  couronnement 
sont  en  gres.  On  distingue  un  commencement  de  decoration  sur 
quelques  frontons  et  sur  I'encadrement  des  portes.  Tout  le  gros 
ceuvre  est  en  limonite.  La  disposition  interieure  comprend  un  petit 

93  ,3 


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


vestibule  de  3  metres  etabli  sur  la  fa9ade  principale  et  une  piece 
rectangulaire  de  6m.  50  sur  5,  s'eclairant  par  trois  larges  fenelres 
carrees.  En  avant  de  chacune  des  tours  se  trouvait  une  terrasse 
d'une  dizaine  de  metres,  assise  sur  le  remblai  deja  mentionne  et 
dont  on  distingue  les  traces  sous  la  forme  de  petits  murs  de 
soutenement.  Un  bassin  profond,  aux  parois  de  limonite,  est 
creuse  immediatement  dernere  les  tours  voisines  de  1'ave- 
nue. 

Les  indigenes  donnent  a  ces  petites  constructions  pyramidales 
le  nom  de  Prasat  suor  Preat,  qui  se  traduit  assez  exactement  par 

Tours  des  danseurs  de  corde  ",  et  Moura  profile  de  cette 
occasion  pour  nous  apprendre  que,  d'apres  la  tradition  locale, 

les  sommets  de  ces  tours  servaient  a  fixer  des  cables  en  cuir 
de  buffle  sur  lesquels  les  acrobates  de  1'epoque  dansaient,  un 
faisceau  de  plumes  de  paon  dans  chaque  main,  pour  se  donner  de 
1'aplomb  ".  De  son  c6te,  Tcheou-Ta-Kouan  pretend  que  ces 
tours  jouaient  un  role  en  justice  :  les  parties  adverses  se  pla9aient 
sur  le  sommet  et  y  restaient  assises  jusqu'a  ce  que  1'une 
tombat  malade  ou  demandat  grace,  ce  qui  entrainait  pour  elle  la 
perte  du  proces.  Le  lecteur  retiendra  celui  de  ces  deux  renseigne- 
ments  qui  lui  conviendra  le  mieux,  a  moinsqu'ilne  prefere  accepter 
notre  avis,  qui  est  que  ces  tours  constituent  simplement  un  avant- 
corps  decoratif  donnant  de  1'importance  aux  deux  remarquables 
monuments  qu'elles  precedent  (1). 

Les  deux  edifices  situes  derriere  les  tours  sont  semblables,  avec 
cette  seule  difference  que  le  vestibule  d'entree  de  celui  qui  se 
trouve  au  nord  de  1'avenue  est  surmonte  d'une  tourelle,  tandis  que 
celui  de  la  construction  sud  n'en  a  pas.  Ces  monuments  sont 
entierement  constants  en  beaux  blocs  de  gres  d'un  metre  d'epaisseur, 
bien  choisis  et  polis  avec  le  plus  grand  soin.  Leur  soubassement 
mesure  2  m.  50  de  hauteur  sur  la  fa9ade  principale  et  3  m.  50  sur  la 
face  opposee,  a  cause  de  la  difference  de  niveau  du  terrain ;  des 
moulures  et  quelques  motifs  le  decorent.  En  regard  de  la  place,  se 
detache  la  saillie  d'un  vestibule  important  eclaire  par  quatre  grandes 
fenetres  percees  dans  les  murs  lateraux.  Cette  entree  se  repete  en 
facade  posterieure.  La  distribution  mteneure  se  compose  d'une 
galerie  et  de  deux  chambres  extremes.  La  galerie  est  de  forme 

(I)  Moura  voit,  dans  les  deux  tours  situces  en  bordure  de  1'avenue,  les  ecuries  des  elephants 
sacres.  Cette  hypothese  tombe  d'elle-meme  devant  les  faibles  dimensions  de  I'inteneur  des  tours 
et  le  peu  de  hauteur  de  la  porte. 

194      


ANGKOR-THOM 


cruciale  (1)  :  elle  mesure  40  metres  de  longueur  pour  une  largeur 
de  4  metres.  Comme  les  murs  ont  1  metre  d'epaisseur,  la 
largeur  de  la  galerie,  de  bord  a  bord,  est  done  de  6  metres,  et 
cette  dimension  est  a  retenir  parce  que  nous  ne  la  retrouvons  dans 
aucun  des  temples  d' Angkor.  Les  deux  pieces  extremes  sont  un 
peu  plus  etroites.  Elles  donnent  au  monument  une  longueur  totale 
de  55  meti°s.  L'ensemble  prendjour  sur  la  place  par  huit  grandes 
fenetres  a  colonnettes,  quatre  pour  chacune  des  ailes.  Entre  ces 
ouvertures  sont  amenagees  de  fausses  fenetres  decoratives  ornees 
de  balustres.  La  meme  disposition  d'eclairage  existe  en  fa9ade 
poster Jeure.  Les  chambres  extremes  sont  eclairees  sur  la  place  par 
une  fenetre  semblable  a  celles  de  la  galerie,  mais  elles  ne  sont 
pourvues  dans  1'orientation  opposee  que  d'une  tres  petite  baie 
pratiquee  dans  Tangle  du  mur.  Les  toitures  des  deux  monuments 
n'existent  plus. 

L'ornementation  des  vestibules  et  de  la  galerie  est  sobre,  mais 
d'une  bonne  facture  :  les  portes  s'encadrent  de  pilastres  presque 
termines ;  la  decoration  des  linteaux  est  rongee  par  1'humidite,  mais 
ce  qu'il  en  reste  montre  un  travail  d'une  excellente  execution.  Les 
parties  pleines  des  murs  sont  nues.  La  cormche  qui  soutenait  le 
plafond  s'adorne  d'une  frise  dentelee  et  de  moulures  agrementees 
de  motifs  finement  ciseles. 

Les  indigenes  voient  dans  ces  deux  constructions  les  restes  des 
magasms  royaux.  Nous  emettrons  1'avis  que  ces  monuments 
avaient  une  affectation  religieuse  et  que,  malgre  leur  belle  allure 
decorative,  necessaire  pour  soutenir  la  comparaison  avec  les  autres 
edifices  situes  a  la  peripherie  de  la  place,  ils  ne  representaient 
qu'une  antichambre  ou  une  premiere  chapelle  dependant  des  petits 
temples,  mines  a  peu  pres  completement,  qui  se  trouvent  derriere 
leur  fafade  posterieure.  Nous  trouvons,  en  effet,  en  contre-bas 
du  mur  oriental  de  la  galene,  un  terrain  mesurant  une  cmquantaine 
de  metres  dans  les  deux  sens  et  circonscrit  par  une  muraille  qui 
s'appuie  sur  les  extremites  des  ailes.  Dans  cet  enclos,  des  petites 
galeries  disposees  en  croix  sont  encore  visibles  par  endroits  et 
semblent  bien  avoir  relie  des  sanctuaires  a  tourelles  dont  les  ele- 
ments ont  quelquefois  resiste  a  la  vegetation,  plus  dense  ici  qu'ail- 


( 1 )  La  forme  cruciale  est  f aiblement  marquee  par  un  elargissement  de  la  galerie  sur  1'axe 
est-ouest  des  vestibules.  M.  Fournereau  voit  dans  cet  elargissement  une  premiere  piece  centrale. 
C'est  une  erreur,  moins  grave  cependant  que  celle  qu'il  commet  en  disant  que  les  constructions 
dont  nous  nous  occupons  en  ce  moment  sont  entierement  en  limonite. 

i95     


AUX    RUINES    D'ANCKOR 


leurs.    Mais  tout   cela  est   e*boule*,  envahi  par  la  brousse, 
en  majeure  partie,  et  n'autorise  aucune  conclusion. 

THOM-MANON  (I),  CHAU-SAY  ET  LE  SPEAN  KROM 
(ANNEXES  D'ANGKOR-THOM). 

A  Test  de  la  porte  de  la  Victoire.se  trouvent  deux  petits  monu- 
ments syme'triques  qui  flanquaient  autrefois  une  avenue  de  700  metres 
reliant  1'enceinte  orientale  d* Angkor-Thorn  au  pont  jete  sur  la 
riviere.  Ce  pont  (spean  farom)  (2)  etait  construit  en  beaux  blocs  de 
gres  et  de  limonite,  mais  il  n'en  reste  qu'une  seule  arche,  et  encore 
est-elle  en  tres  mauvais  e'tat.  Elle  permet  cependant  de  com- 
prendre  que,  si  les  Cambodgiens  choisissaient  de  preference  un 
coude  et  la  partie  la  plus  large  des  cours  d'eau  pour  y  installer 
leurs  ponts,  ce  choix  leur  e*tait  impose  par  1'etroitesse  des  arches. 
II  fallait,  en  effet,  que  le  courant  fut  aussi  faible  que  possible  pour 
ne  pas  menacer  la  solidite  des  piles,  qui,  e*tant  tres  rapproche*es  et 
montees  en  pierres  non  cimentees,  ne  pouvaient  opposer  que  peu 
de  resistance.  Du  reste,  malgre  cette  precaution,  quelques  ponts  seu- 
lement  se  sont  conserves  a  peu  pres  intacts  :  le  plus  beau  est  le 
Spean  Ta-Ong,  sur  la  riviere  de  Chikreng,  a  60  kilometres 
d' Angkor. 

Les  deux  monuments  symetriques  de  Thom-Manon  et  de 
Chau-Say  se  composent  de  petits  pavilions  surmonte's  de  tourelles. 
Us  sont  surtout  remarquables  par  leur  decoration,  qui  date  certaine- 
ment  de  la  meilleure  epoque  et  que  Ton  peut  examiner  dans  tous 
ses  details  depuis  que  les  indigenes  ont  completement  debroussaille 
les  abords  de  la  riviere  sur  une  profondeur  de  300  a  400  metres. 

(1)  Les  indigenes  ne  connaissent  le  petit   monument  d«   Thom-Manon  que  tout  le  nom  de 
Kri  Manon. 

(2)  Spean  krom  :  Pont  en  desious. 


196 


PRAH-KHAN  (1) 


LE  GROUPE  DE  PRAH-KHAN.  ||  LES  CHAUSSEES  TRAVERSIERES.  H  LA  PRE- 
MIERE  ENCEINTE  ET  LES  GOPOURAS  D'ENTREE.  ||  LA  DEUXIEME  ENCEINTE. 
||  LES  MONUMENTS  DU  GROUPE. 

LES  ruines  de  Prah-Khan  sont  situees  au  nord  de  Tangle  nord- 
est  de  1'enceinte  d' Angkor-Thorn.  Elles  comprennent  toute 
une  serie  de  constructions  disposees  a  peu  pres  au  centre 
d'un  rectangle  mesurant  820  metres  est-ouest  sur  740  nord-sud. 
Ce  vaste  enclos 
estentoured'une 
douve  dont  la 
parrie  meridio- 
nale  n'est  eloi- 
gnee  que  de 
250  metres  du 
fosse  d* Angkor- 
Thorn.  Un  seul 
chemin  pratica- 
blerelie  lesdeux 
ruines  :  il  part 
de  la  porte  nord 
de  1'ancienne 
capitale,  suit  une 
direction  d'abord 
sensiblement 

nord-est,  puis  est  franc,  et  passe  a  30  metres  de  1'entr^e  nord 
de  Prah-Khan. 

Les  chaussees    iracersieres.    —    Quatre    chaussees,    une    sur 
chacune  des  faces,    traversent  le  fosse.   Elles  ont  50  metres  de 


FIG.  42.  —  PRAH-KHAN   (PLAN   SCHEMATIQUE). 


(I)  Prah-Khan  :  1'Epee  sacree. 

La  date  de  la  (ondation  de  Prah-Khan  eit  Inconnue,  mais.  a  en  juger  par  let  precedes  de  cons- 
truction et  de  decoration,  elle  ne  doit  etre  que  de  tret  peu  potterieure  a  ceJle  du  Bayon. 

197      


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


longueur,  10  de  largeur  et  commandent  un  triple  porche  qui 
donne  acces  dans  1'interieur  du  pare.  Leurs  parements  sont 
construits  en  blocs  de  gres  couverts  de  hauls-reliefs  tres  ruines,  ou 
Ton  voit  encore  quelques  personnages  en  demi-grandeur  naturelle. 
Les  sujets  paraissent  tires  des  legendes  mythologiques  indiennes, 
mais  on  ne  peut  rien  affirmer  parce  qu'il  n'en  reste  que  de  trop 
rares  fragments.  Sur  le  bord  des  chaussees  se  developpait  une 
balustrade  analogue  a  celle  que  nous  avons  vue  a  Test  d* Angkor- 
Thorn,  en  avant  de  la  porte  des  Khmoch.  Nous  retrouvons  sur 
la  face  nord  de  Fran-Khan  un  groupe  de  tetes  de  serpent  dont 
la  hauteur  n'est  pas  inferieure  a  3  m.  50  et,  pres  du  porche,  un 
geant  complet.  A  c6te,  on  voit  le  buste  et  les  jambes  du  Rakshasa, 
qui  portait  la  queue  du  Naga.  Le  reste  de  la  balustrade  est 
dissemine  par  morceaux  sur  le  sol.  Les  chaussees  orientale  et 
occidentale  sont  precedees  d'une  courte  avenue  bordee  de  steles 
posees  symetriquement  et  sculptees  de  personnages  en  relief. 

La  premiere  enceinte.  —  Le  mur  de  la  premiere  enceinte  est 
separe  du  fosse  par  une  berme  d'une  quinzaine  de  metres.  II  se 
compose  de  blocs  de  limonite  epais  d'un  metre  et  se  decore,  de 
loin  en  loin,  d'ogives  en  gres  qui  occupent  toute  la  hauteur  du 
rempart  et  presentent  le  relief  vigoureux  d'enormes  garoudas  tenant 
dans  leurs  mains  levees  la  queue  de  deux  Nagas,  dont  on  voit  les 
tetes  dans  le  bas  du  motif.  Un  chaperon  moulure  a  crete  de  gres 
couvre  la  par  tie  superieure  du  mur. 

Les  gopouras  cTentree.  —  Les  entrees  constituent  un  edifice 
important  et  tres  elegant  qui  comporte  trois  gopouras.  Celui  du 
centre  etait  destine  aux  chars,  aux  elephants  et  aux  cavaliers ;  les 
deux  autres  ne  pouvaient  servir  qu'aux  pietons.  L'entree  centrale 
se  developpe  sur  ses  deux  faces  nord  et  sud  par  un  porche  qui 
supporte  une  voute  en  encorbellement  terminee  par  un  fronton 
vertical.  Sa  disposition  interieure  comprend  un  passage  cruciforme 
flanque  de  petites  chambres  le  reliant  aux  entrees  laterales.  Le 
passage  est  couvert  d'une  tour  conique  s'e'tageant  en  quatre  gradins 
et  couronnee  par  une  fleur  de  lotus  epanouie.  Les  gopouras  lateraux 
ne  presentent  avec  celui  du  centre  que  quelques  differences  :  ils 
sont  precedes  sur  chaque  face  d'un  porche  a  deux  piliers  carres ; 
leurs  portes  sont  plus  basses  et  plus  etroites  ;  les  tours  qui  les 
dominent  ne  comptent  que  trois  gradins  au  lieu  de  quatre. 
Les  murs  de  1 'edifice  d'entree  sont  decores  de  tevadas,  de 
rinceaux,  de  fausses  f entires  et  de  differents  motifs  executes  dans 

198     


PRAH-KHAX.  —  PORCHE  CENTRAL  DE  LA  DEUXIE.ME  ENCEINTE  (FACE  NORD). 


PRAH-KIIAX.  —  T'XE  RES  ENTREES  HE  LA  PREMIERE  GALERIE. 


GriDB  AUX    Kl'IXKS   D'ANCKOK. 


PL.    57.   PAGE  198. 


PRAH-KHAN.  —  TEMPLE  A  COLONNES  RONDES  (PRES  DES  ENTREES  ORIENTAI.ES 
DE  LA  DEUXIEME  ENCEINTE). 


PRAH-KHAN.  —  USE  DES  CHAPELLES  ORIEXTALES. 


GUIDE  AUX  R.UINES  LTAXGKOR. 


PL.   58,   PAGE   199. 


PRAH-KHAN 


le  meilleur  style.  La  decoration  interieure  n'est  pas  achevee,  mais 
elle  promettait  d'etre  fort  belle,  a  en  juger  par  le  linteau  que  Ton 
aper9oit  a  droite  du  passage  central,  au-dessus  de  la  porte  d'une 
des  petites  chambres  de  veille. 

La  deuxieme  enceinte.  —  Une  avenue  de  250  metres,  simple 
remblai  de  terre,  conduisait  des  porches  septentrionaux  au  centre 
de  1'enclos.  Elle  est  depuis  longtemps  envahie  par  la  foret,  et  le 
visiteur  doit  suivre  un  passe-pied  souvent  masque  par  la  broussaille. 
Ce  sentier  aboutit  a  une  grande  construction  precedee  d'une 
terrasse  cruciale  d'une  trentaine  de  metres  de  longueur  nord-sud. 
Malgre  ses  dimensions,  1'edifice  que  nous  rencontrons  ici  n'est 
qu'un  des  vestibules  du  temple.  II  interrompt  le  mur  de  la  deuxieme 
enceinte,  qui  mesure  175  metres  nord-sud  sur  250  est-ouest.  Une 
entree  analogue  coupe  la  partie  sud  de  la  muraille.  A  Test,  la 
presque  totalite  de  1'enceinte  est  occupee  par  trois  gopouras  sur- 
montes  de  tours  et  flanques  de  longues  galeries.  A  1'ouest,  la 
meme  disposition  existe,  mais  sans  les  gopouras  lateraux. 

L'edifice  d'entree  septentrional,  qui  est  celui  que  rencontre  le 
visiteur,  se  compose  d'un  porche,  d'une  galerie  exteneure  formant 
veranda  decorative,  d'une  grande  piece  cruciale  et  de  deux  chambres 
amenagees  a  chacune  de  ses  extremites  est  et  ouest.  L'ensemble 
est  pose  sur  un  soubassement  de  1  m.  50  de  hauteur.  Le  porche  se 
detache  de  la  ligne  de  fagade  par  un  ressaut  comprenant  quatre 
piliers  qui  soutiennent  une  toiture  en  encorbellement  et  un  magni- 
fique  fronton  sculpte.  Ce  sujet  represente  deux  troupes  combat- 
tant  :  le  chef  de  1'une  monte  un  elephant,  le  chef  de  1'autre  est 
dans  un  char  attele  d'une  chimere  ou  d'un  lion.  Les  deux  adver- 
saires  se  menacent  de  leurs  armes  pendant  que  leurs  animaux  sont 
aux  prises  ;  la  chimere  griffe  la  trompe  de  1'elephant.  Au-dessus, 
un  cavalier  cherche  a  atteindre  un  guerrier  qui  chevauche  un  lion. 
De  nombreux  soldats  et  quelques  musiciens  completent  la  scene. 
Les  deux  troupes  en  presence  ont  la  meme  coiffure  et  les  memes 
vetements. 

En  avant  des  deux  premiers  piliers  du  porche,  deux  enormes 
statues  brisees,  qui  pouvaient  avoir  2  m.  50  de  hauteur, 
gisent  sur  le  sol.  Les  pilastres  d'encadrement  de  la  porte 
d'entree  sont  ornes  de  tres  beaux  rinceaux,  profondement  fouilles, 
qui,  avec  d'autres  motifs  que  nous  rencontrerons  en  visitant  les 
differentes  parties  du  temple,  classent  le  monument  parmi  les  plus 
anciens,  car  nous  savons  que  la  profondeur  du  creux  dans  les 

199    


AUX    RUINES    D'ANGKOR    - 


ornements  est,  a  defaut  d'autres  preuves,  un  signe  d'anciennete'. 

La  veranda  accompagne  la  grande  piece  centrale  sur  toute  la 
fa9ade  nord,  mais  elle  s'arrete  a  1'endroit  ou  commencent  les  pieces 
extremes.  Son  mur  de  fond  est  perce  de  nombreuses  fenetres  dont 
les  trumeaux  sont  decores  de  tevadas  d'un  bon  relief  et  d'un 
dessin  suffisant. 

La  muraille  de  la  deuxieme  enceinte  s'amorce  sur  les  cotes  de 
1'edifice  d'entree.  Elle  est  construite  en  blocs  de  limonite  d'un 
metre  d'epaisseur  et  porte  un  chaperon  sur  lequel  court  une  crete 
en  gres  composee  d'elements  rapproches  qui  ressemblent  a  des 
glands  ou  mieux  a  des  ceufs  dans  un  coquetier. 

Les  monuments.  —  Pour  commencer  notre  visite  par  la  face 
honoree  des  constructions  de  Prah-Khan,  nous  quitterons  1'entree 
septentrionale  de  la  deuxieme  enceinte  pour  tourner  a  main  gauche 
et  longer  exterieurement  la  muraille  jusqu'a  la  rencontre  d'une 
breche  qui  se  trouve  a  une  centaine  de  metres,  pres  de  Tangle 
nord-est  (1).  En  suivant  cet  itineraire,  on  arrive,  imme'diatement 
apres  avoir  franchi  le  mur,  devant  un  bassin  represente  par  une 
forte  depression  de  terrain  ;  puis  on  aperfoit  un  monument  qui 
retient  1'attention  par  son  caractere  archa'ique.  11  mesure  18  metres 
de  longueur  est-ouest,  7  metres  de  largeur,  et  se  compose  de  six 
rangs  de  quatre  enormes  colonnes  rondes  en  gres.  Aux  deux  extre- 
mites  du  grand  axe,  cet  edifice  est  prolonge  par  un  porche  de 
quatre  colonnes  disposees  en  carre  et  semblables  a  celles  du  corps 
principal.  L'ensemble  repose  sur  un  soubassement  de  1  m.  20 
de  hauteur.  II  ne  reste  plus  de  la  superstructure  que  les 
architraves,  et  Ton  ne  peut  se  rendre  compte  de  sa  disposition  ; 
cependant  le  rapprochement  excessif  des  colonnes  semble  indiquer 
que  ce  temple  etait  couvert  de  dalles  plates.  Le  gros  ceuvre  parait 
avoir  etc  completement  acheve  ainsi  que  la  decoration  des  archi- 
traves et  des  chapiteaux,  mais  les  pierres  des  piliers  n'ont  meme  pas 
etc  pokes.  Nous  devons  avoir  la  un  des  monuments  les  plus  anciens 
du  groupe  d*  Angkor,  s'il  est  permis  d'evaluer  son  age  d'apres  les 
precedes  pnmitifs  employes  par  ses  constructeurs,  et  il  est  regret- 
table que  ce  temple,  qui  n'a  de  replique  sur  aucun  autre  point  du 
territoire  cambodgien,  ne  contienne  ni  une  divinite  ni  un  symbole 
pouvant  nous  renseigner  sur  le  culte  auquel  il  etait  affecte. 

A    2    metres  a    peine    de   cet    edificice,    on    passe   sur    une 

(1)  II  est  inutile  d'essayer  de  passer  sous  les  porches  de  la  muraille  orientate,  qui  sont  comple- 
tement bouchet  par  les  eboulis. 

200      


PllAH-KlIAN. IXTERIEUR  D'UNE    DES  CHAPEI.LES  ORIENTALES. 


PRAH-KHAN.  —  INTERIEUR  D'UNE  r>ES  CHAPELLES  ORIENTALES. 


Gl'IDE  AUX    KU'INKS   U'ANCKOR. 


PL.   59.    PAGE  200. 


NEAK-PEAX.  —  DEUX  ASPECTS  DE  CE  PETIT  TEMPLE  QUI  SE  TROUVE  COMPLETEMEXT 
ENVELOPPE  PAR  LES  RACIXES  D'UN  FICUS. 


PRAH-KHAX.  —  UNE  DES  FACES  DE  I.A  PREMIERE  GAI.ERIE. 


GUIDE  AUX   KUINES  D'AXGKOK. 


PL.   60,    1'AGE 


PRAH-KHAN 


chaussee  de  70  centimetres  de  hauteur,  dont  la  bordure  supportait 
une  balustrade  qui  se  retrouve  par  fragments.  Cette  voie  part  d'un 
des  gopouras  lateraux  du  mur  oriental  de  la  deuxieme  enceinte 
et  s'etend  vers  1'ouest. 

Au  dela,  et  tres  pres,  se  trouve  un  deuxieme  temple,  qui  est 
une  pure  merveille.  II  se  presente  exterieurement  sous  une  forme 
rectangulaire  de  45  metres  est-ouest,  sur  16  metres  nord-sud. 
Le  pourtour  est  constitue  par  un  mur  plein  pourvu  d'un  porche 
au  centre  de  chaque  face  et  decore  aux  extremites  de  fausses 
portes  sculp  tees  dans  le  gout  de  celles  que  nous  connaissons  depuis 
longtemps. 

L'entree  orientale  regarde  le  gopoura  central  de  la  deuxieme 
enceinte.  L'interieur  de  1'e'difice  comprend  une  large  nef  cruciale 
accompagnee  de  galeries  laterales.  Les  extremites  des  branches 
sont  ouvertes  par  des  portes  de  3  metres  de  largeur,  dont  le 
linteau  est  sculpte  d'une  ligne  de  bayaderes  innniment  mieux  des- 
sine'es  que  celles  que  nous  avons  vues  sur  certains  murs  des  galeries 
d' Angkor- Vat.  L'entablement  s'orne  de  hgnes  de  moulures  chargees 
de  motifs  divers  et  d'une  frise  de  niches  ogivales  accolees  qui  con- 
tenaient  un  personnage  dont  on  chercherait  en  vain  les  traces.  Des 
angles  de  1'entablement  sortent  des  garoudas,  d'une  excellente 
facture,  qui  soutiennent  de  leurs  bras  leves  la  corniche  superieure. 
Les  toitures  des  verandas  sont  en  partie  conservees,  mais  la  voute 
de  la  galerie  cruciale  n'existe  plus.  Les  blocs  qui  la  composaient 
encombrent  1'interieur  ou  croissent  des  arbustes  et  de  magnifiques 
fougeres  des  especes  les  plus  vanees. 

A  quelques  pas  de  la  porte  sud  de  ce  temple,  on  rencontre 
encore  une  chaussee  peu  elevee,  qui  correspond  au  deuxieme 
gopoura  lateral  de  1'enceinte  orientale.  Elle  est  en  tous  points  sem- 
blable,  meme  par  son  etat  de  ruine,  a  celle  que  nous  avons  deja 
traversee  au  nord. 

La  face  occidentale  du  monument  que  le  visiteur  vient  de 
quitter  accuse  trois  saillies  :  celle  du  porche  d'axe  et  deux  autres 
comprenant  des  petits  pavilions  adosses  au  mur  du  temple.  En 
regard  s'dtend  une  cour  de  peu  d'etendue  oriente'e  est-ouest  et 
bornee  par  un  mur  de  limonite.  Au  centre  de  la  cour,  et  sur  la 
meme  ligne  que  le  porche  du  monument  precedent,  s'eleve  une 
construction  a  tourelle  qui  constitue  1'avant-corps  d'un  edifice  im- 
portant que  nous  allons  visiter.  Mais,  avant  d'aller  plus  loin,  nous 
avertirons  le  visiteur  qu'il  ne  doit  pas  se  laisser  surprendre  par  la 

201     


-    AVX    RUINES    D'ANGKOR 


quantite  de  debris  de  murs,  d'eboulis,  de  vestiges  plus  ou  moins 
considerables  qu'il  aper9oit  autour  de  lui.  II  n'a  qu'a  se  diriger 
directement  a  1'ouest  s'il  desire  voir  tout  ce  qui  est  interessant 
et  ne  pas  s'egarer  ;  seulement,  la  bonne  direction  ne  peut 
etre  suivie  que  moyennant  quelques  ascensions  penibles.  Nous 
dirons  aussi  que,  malgre  son  allure  de  labyrinthe,  1'ensemble  du 
groupe  de  Prah-Khan  est  moins  complique  qu'il  ne  parait.  II 
s'etablit  sur  une  ligne  est-ouest  et  sur  un  meme  plan  horizontal, 
par  une  suite  ininterrompue  de  constructions  conduisant  au  temple 
principal,  dont  elles  ne  sont  que  les  annexes  ou  les  dependances. 
En  laissant  de  c6te  1'edifice  a  colonnes  rondes  qui  est  isole,  nous 
trouvons  de  Test  a  1'ouest  :  les  gopouras  d'entree  de  la  face  orien- 
tale  de  la  deuxieme  enceinte,  le  monument  de  forme  cruciale  deja 
visite,  une  cour,  un  edifice  a  tourelle,  trois  galeries  concentnques 
separees  par  des  cours  et,  enfin,  un  sanctuaire  central  relie  aux 
trois  galeries  qui  1'enveloppent  par  des  passages  etablis  sur  les  axes 
est-ouest  et  nord-sud. 

L'edifice  que  nous  venons  d'atteindre  occupe  la  partie  centrale 
de  la  face  est  de  la  premiere  des  trois  galeries  concentriques.  II 
est  precede  de  deux  grands  vestibules  relies  par  un  couloir  et 
surmontes  de  tours  dont  il  ne  reste  que  la  partie  basse.  L'inte- 
rieur  prend  la  forme  cruciale  ordinaire.  Les  extremites  des 
branches  nord  et  sud  sont  detruites  et  encombrees  d'eboulis,  mais 
il  est  probable  qu'elles  se  terminaient  par  un  mur  perce  d'une 
porte  de  communication  qui  donnait  acces  dans  la  galerie  pour- 
tournante.  Les  branches  est  et  ouest  sont  ouvertes,  1'une  sur  les 
vestibules  et  1'autre  sur  une  galerie  d'axe,  par  des  portes  encadrees 
de  pilastres  et  d'un  linteau  du  plus  beau  style.  Sur  les  pieds-droits, 
on  remarque,  a  cote  du  chambranle,  deux  figures  de  femme  de 
grandeur  presque  naturelle.  Elles  portent  un  diademe  pointu  laissant 
echapper  de  longues  nattes  qui  descendent  jusqu'au  sol.  Leur  poi- 
trine,  leurs  bras  et  leurs  chevilles  sont  couverts  de  bijoux.  Sur  les 
memes  pieds-droits ,  mais  face  a  1'interieur  du  temple,  se  trouvent 
deux  dvarapalas  appuyes  sur  une  massue  que  t ermine  un  trident.  La 
piece  cruciale  ou  nous  nous  trouvons  en  ce  moment  est  accompagnee 
de  chaque  c6te  de  petites  galeries  laterales  completement  bouchees 
sur  la  face  orientale.  Par  contre,  la  face  opposee  s'ouvre  en  regard 
des  cours  interieures  par  une  serie  de  fenetres.  Les  piliers  carres  qui 
supportent  la  voute  s'ornent  a  la  base  d'une  tete  de  Rahou  et  de 
quelques  lignes  d'ornements.  A  hauteur  d'appui,  1'on  voit  dans  un 

202     


PRAH-KHAN 


cadre  ogival  un  dessin  de  Qiva  dansant  :  le  dieu  a  dix  bras,  une 
longue  barbe  en  pomte,  de  nombreux  bijoux.  A  ses  pieds  se 
tiennent  Gane?a  et  Skanda.  Au-dessous  du  chapiteau,  un  petit 
personnage  est  represente  en  buste  dans  une  pose  de  cariatide. 
Ces  figures  et  les  motifs  decoratifs  des  piliers  sont  traces  assez 
grossierement,  sans  relief,  et  paraissent  plut6t  etre  une  ebauche 
qu'une  execution  definitive.  Les  architraves  portent  des  moulures  pro- 
fondes  agrementees  d'oves  et  de  fleurettes.  L'entablement  presente 
aux  angles  un  bon  relief  de  garouda  serrant  dans  ses  deux  mains 
les  queues  des  Nagas  dont  les  tetes  se  dressent  sur  le  bord  du 
listel.  D'autres  tetes  surgissent  d'entre  les  jambes  du  garouda.  La 
frise  comporte  une  ligne  de  niches  separees  par  des  nymphes  que 
nous  n'avons  encore  jamais  rencontrees  :  ces  gracieuses  petites 
figures  ont  des  ailes,  un  buste  de  femme,  et  les  jambes  sont  rem- 
placees  par  une  forme  annelee  rappelant  le  corps  d'une  libellule. 
Le  personnage  que  contenaient  les  niches  a  disparu  sous  les  coups 
d'outil,  mais  on  en  distingue  vaguement  le  contour. 

Avant  de  quitter  ce  monument,  il  convient  de  remarquer  qu'il 
aurait  du  etre  entierement  construit  en  gres  et  que  1'association  des 
deux  materiaux  qui  entrent  dans  sa  composition  n'etait  pas  prevue. 
La  limonite  y  est  pourtant  largement  utilisee.  Cela  tient,  comme 
il  est  facile  de  s'en  rendre  compte  par  la  place  qu'elle  occupe 
tantot  dans  la  toiture,  tantot  dans  les  murs  et  aussi  en  remplace- 
ment  de  piliers,  a  ce  que  la  pierre  de  premiere  qualite  manquait. 

Pour  continuer  la  visite  des  monuments  de  Prah-Khan  et 
passer  de  la  premiere  galerie  pourtournante  a  la  suivante,  il  est 
necessaire,  tous  les  passages  etant  bouches,  de  faire  1'ascension 
des  eboulis  qui  obstruent  en  partie  1'extremite  de  la  branche  nord 
de  1'edifice  que  nous  quittons  et  de  monter  sur  une  toiture. 
D'autres  eboulis  nous  permettront  de  descendre  dans  la  deuxieme 
galerie  ou  dans  une  des  cours. 

On  observera  que  les  deux  premieres  galeries  pourtournantes 
sont  fermees  d'un  c6te  par  un  mur  plein,  sauf  dans  les  axes,  et 
qu'elles  sont  pourvues  sur  leur  face  interieure,  c'est-a-dire  en 
regard  du  centre  du  temple,  d'une  veranda  qui  les  accompagne 
sur  toute  leur  etendue. 

Les  vestibules  de  la  deuxieme  et  de  la  troisieme  galerie  se 
composent  d'un  passage  et  de  deux  petites  pieces  laterales.  Les 
passages  supportent  une  tour  elegante  s'elevant  par  gradins  riche- 
ment  decores.  Les  chambres  de  flanquement  sont  abritees  de 

2o3     


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


voutes  etagees  s'arretant  par  des  pignons  encadres  du  Naga. 
Dans  la  deuxieme  galerie,  1'association  de  la  limonite  et  du  gres 
se  rencontre  encore,  et  parfois  la  difference  de  teinte  des  materiaux 
est  du  plus  heureux  effet,  notamment  quand  le  chambranle  des 
fenetres  est  en  gres  et  le  trumeau  en  limonite. 

Toute  la  troisieme  galerie  est  en  gres.  Elle  repose  sur  un  sou- 
bassement  charge  de  moulures.  Des  petites  fenfires  pratiquees  sur 
ses  deux  faces  1'eclairent  faiblement.  Sa  decoration  reste  dans  le 
style  que  nous  connaissons,  mais  se  fait  remarquer  par  la  beaute 
de  1'exe'cution. 

La  partie  centrale  du  temple  comprend  le  sanctuaire  surmonte 
d'une  haute  tour,  quatre  courettes  et  des  galeries  d'axe.  Nous 
retrouvons  ici,  sur  un  mur  de  fond,  une  ligne  de  niches  conte- 
nant  encore  la  figure  qui  a  dte  enleve'e  avec  tant  de  soin  sur 
tous  les  entablements  des  temples  deja  visiles.  Elle  represente  un 
dieu,  ou  un  roi,  assis  sur  une  estrade.  Ce  personnage  est  coiffe 
d'un  diademe  conique  et  porte  de  lourds  pendants  aux  oreilles ;  ses 
jambes  sont  couvertes  d'un  pagne.  Aucun  attribut  ne  permet  de  1'iden- 
tifier  ( 1 ) .  L'encadrement  ogival  se  compose  de  branches  de  feuillage. 

Les  petites  galeries  d'axe  qui  aboutissent  au  sanctuaire  suppor- 
tent  chacune  une  tourelle.  L'une  d'elles  a  conserve  son  fronton 
et  deux  registres  du  bas-relief  qui  le  decorait.  On  y  voit  une  prin- 
cesse  a  sa  toilette  ;  des  servantes  1'arrosent  de  parfums. 

Les  piliers  et  les  murs  de  la  partie  centrale  du  temple  sont 
perces  de  trous  reguliers  et  rapproches,  dont  1'utilite  ne  se  com- 
prend que  si  la  pierre  etait  revetue  d'une  couche  de  stuc  :  les 
trous  auraient  alors  servi  a  maintenir  1'enduit.  C'est  possible,  car 
on  de'couvre,  dans  les  eboulis  ou  sur  les  murs,  quelques  parcelles 
d'un  mortier  de  sable  et  de  chaux. 

Dans  le  deuxieme  enclos  et  au  sud  des  monuments  que  nous 
venons  de  voir  se  trouvent  quelques  constructions  en  limonite  qui 
sont  depourvues  de  toute  decoration  et  ne  peuvent  offrir  d'interet 
que  pour  les  archeologues.  Cependant  les  personnes  qui  en  auront 
le  temps  feront  bien  de  les  visiter.  Ces  edifices  sont  des  temples 
d'un  aspect  grossier  et  se  distribuent  en  galeries  etroites  eclairees 
par  des  fenetres  grillees  qui  ressemblent  a  des  meurtrieres  (2). 

(1)  Cette  figure  a  ete  martelee  dans  tous  les  monuments  du  Cambodge  sans  exception,  et  1'on 
est  surpris  d'en  rencontrer  quelques  exemplaires  sur  un  des  murs  de  Prah-Khan. 

(2)  II  est  possible  aussi  que  ces  constructions  aient  ete  affectees  aux  malacles,  car,  ainsi  que 
nous  1'apprend  la  grande  stele  de  Ta-Prohm,  traduite  par  M.  Ccedes,  il  existait  dant  1'ancien 
Cambodge  300  hopitaux  places  sous  la  protection  des  abbayes. 

2O4       


VI 

NEAK-PEAN;  BANTEAI-KEDEl 
TA-PROHM 

LE  TEMPLION  DE  N^AK-PEAN  ET  SES  NAGAS.  ||  LE  GROUPE  DE  BANT1*AI- 
KEDEI  ET  DE  TA-PROHM.  ||  DESCRIPTION  DE  CES  DEUX  TEMPLES  :  LEURS 
ENCEINTES  ;  LEURS  GALERIES ;  DISPOSITION  PARTICULIERE  DES  FOSSES  ; 
LES  CHAPELLES  ANNEXES.  ||  LA  GRANDE  STELE  DE  TA-PROHM. 

NEAK-PEAN  (I). 

CE  monument  occupe,  a  2  kilometres  de  1'enceinte  orientale 
de  Prah-Khan,  le  centre  exact  d'une  grande  depression 
rectangulaire  qu'entoure  une  levee  de  terre  et  qui  est  un  lac 
artificiel  (2). 

Le  nom  de  Neak-Pean  de'signe  un  ensemble  tres  simple  com- 
pose d'une  terrasse  de  pourtour,  de  quelques  bassins  et  d'un  tout 
petit  e*dicule  en  gres.  La  terrasse  mesure  400  metres  est-ouest  et 
350  metres  nord-sud ;  sa  largeur  est  d'une  vingtaine  de  metres. 
Elle  entoure  un  enclos  creuse  de  nombreux  bassins,  dont  un  seul 
est  aujourd'hui  assez  profond  pour  conserver  pendant  la  saison 
seche  quelques  pieds  d'eau.  Au  milieu  de  1'enclos  se  trouve  un 
bassin  plus  important,  mais  a  sec  pendant  cinq  mois  de  1'annee, 
garni  d'un  parement  de  gres  dispose  en  gradins  et  d'ou  emerge 
un  soubassement  circulaire  de  14  metres  de  diametre  a  la  base  et 
de  forme  conique  tronquee  qui  supporte  1'edicule.  L'elevation  du 
soubassement  comprend  un  certain  nombre  de  marches  dont  la 
premiere  est  formee  par  les  corps  de  deux  Nagas  qui  dressent  leurs 
tetes  du  c6te  oriental  (3). 

Le  monument  n'a  pas  plus  de  2  metres  de  c6te  et  contient  une 
petite  chambre  surmontee  d'une  tourelle.  Malgre  ses  minuscules 
dimensions,  il  pre"sente  un  double  Jnteret  :  d'abord  par  les  beaux 
reliefs  qui  le  decorent  et  aussi  parce  qu'il  est  completement  enve- 

(1)  Prononcez  Neak-Ponn. 

(2)  II  est  evident  que  leuli  les  voyageurs  peu  presses  peuvent  aller  visiter  ce  monument. 

(3)  C'ett   cette  particularity  qui  a   valu  au  monument  le  nom  de  Neak-Pean, "  les  Naeai 
eourbei  ". 

205      


AUX    RU1NES    D'ANGKOR 


loppe  par  les  racines  d'un  arbre  gigantesque  qui  1'abnte  sous  un 
dome  toujours  vert.  Cette  emprise  de  la  nature  n'a  cause  aucun 
dommage  a  1'ceuvre  de  rhomme,  contrairement  a  ce  qui  s'est 
passe  dans  tant  d'autres  ruines,  et  pas  une  pierre  n'a  etc  deplacee 
par  les  racines,  qui  laissent  toutes  les  faces  visibles  sauf  une. 
Cependant  il  faut  dire  que,  si  1'arbre  s'abattait,  un  jour  de  grand 
vent,  il  entrainerait  dans  sa  chute  1'edicule  tout  entier. 

Primitivement,  la  base  de  ce  petit  sanctuaire  s'ouvrait  par  quatre 
portes  encadrees  d'un  fronton  et  de  pilastres  en  miniature  ornes 
de  rinceaux.  Trois  de  ces  ouvertures  ont  etc  bouchees  par  des 
bas-reliefs  qui  datent  certainement  de  la  meilleure  epoque,  mais  la 
face  orientale  est  restee  libre.  Son  fronton,  en  parn'e  ronge,  montre 
encore  une  image  de  Vishnou,  les  quatre  tetes  de  Brahma  (le 
corps  a  disparu)  et  quelques  fragments  de  personnages. 

Sur  la  face  nord,  on  retrouve  les  pattes  de  devant  et  la  moitie 
de  la  tete  d'un  elephant  qui  semble  sortir  du  mur.  II  est  probable 
que  le  meme  animal  etait  reproduit  aux  quatre  angles  de  1'edifice. 
Le  bas-relief  de  la  meme  face  nous  presente  un  personnage  de 
grande  taille,  debout,  qui  doit  etre  un  dieu  (Vishnou  sans  doute)  : 
coiffure  cylindrique,  pas  d'attributs,  les  mains  sont  bnsees  ;  apsaras 
dansle  haut.  De  chaque  cote  du  dieu,  deux  petites  loges  (quatre  en 
tout)  contiennent  des  personnages  assis.  Sur  le  fronton,  un  cava- 
lier passe  au  galop.  Son  rang  est  indique  par  un  grand  parasol, 
un  eventail  et  des  drapeaux  tenus  par  des  hommes  qui  occupent 
le  has  du  tableau. 

Le  panneau  de  la  face  ouest  est  sculpte  d'une  grande  figure 
identique  a  celle  du  panneau  precedent.  Aux  c6tes  du  dieu  se 
tiennent  un  homme  et  une  femme  agenouilles,  les  mains  jointes 
dans  une  attitude  d'adoration.  Les  racines  de  1'arbre  masquent 
le  fronton,  mais  le  peu  que  Ton  en  aper^oit  indique  que  la  pierre 
est  rongee  par  rhumidite. 

Sur  la  face  sud,  on  retrouve  encore  le  personnage  de  grande 
taille  deja  represente  deux  fois.  Celui-ci  a  conserve  ses  deux 
mains,  mais  les  attributs  qu'elles  tenaient  ont  disparu.  De  chaque 
cote  de  la  tete  du  dieu,  un  petit  medaillon  en  relief  porte  une 
figure  haute  de  6  a  7  centimetres.  Le  tableau  se  complete  par 
des  apsaras  et  une  quantite  de  petits  personnages.  Le  fronton 
disparait  entier ement  sous  les  racines. 

Au  bas  du  soubassement,  pres  des  tetes  de  1'un  des  Nagas,  un 
enorme  fragment  de  bas-relief,  de  provenance  inconnue,  est 

206     


NEAK-PEAN;    BANTEAI-KEDEI;    TA-PROHM 


couche  sur  le  sol.  La  pierre  mesure  2m.  50  de  longueur  et  1  m.50 
de  hauteur.  Elle  est  sculptee  de  personnages  dont  il  manque  la 
moitie  et  qui  etaient  d'une  taille  superieure  a  celle  d'un  homme. 
Une  jambe  d'elephant  fait  partie  de  ce  fragment. 

Sur  le  bord  oriental  du  bassin  se  trouve  une  cellule  en  gres 
longue  de  3  metres,  large  de  2,  assez  basse  et  couverte  d'une 
voute  en  encorbellement.  Elle  n'est  pas  fermee  par  devant  (est). 
Centre  le  mur  de  fond,  s'applique  une  enorme  tete  qui  offre  cette 
singularite  d'avoir  la  bouche  largement  ouverte  en  forme  d'O. 
Cette  tete  est  coiffee  d'un  diademe  conique  brise  dans  sa  partie 
superieure. 

BANTEAI-KEDEI  (I). 

Cette  ruine  se  situe  a  4  kilometres  a  l*est-nord-est  d' Angkor- Vat,  et 
Ton  s'y  rend  par  une  petite  route  tortueuse  ombragee  sur  presque 
tout  son  parcours. 

Le  terrain  du  temple  mesure  700  metres  est-ouest  et  500  metres 
nord-sud  ;  il  est  circonscrit  par  une  muraille  de  limonite  portant 
un  chaperon  moulure  et  une  crete  en  gres.  Une  entree  comprenant 
une  piece  centrale  cruciforme  et  deux  petites  ailes  laterales  est 
etablie  au  centre  de  chacune  des  faces  du  rempart.  Des  entrees  est 
et  ouest  partait  une  avenue  qui  gagnait  le  centre  du  rectangle ;  cette 
voie  existe  encore  par  son  remblai,  mais  la  foret  1'a  depuis  long- 
temps  rendue  impraticable. 

Le  visiteur  qui  arrive  d' Angkor- Vat  passe  devant  le  porche 
occidental  de  Banteai-Kedei;  mais,  comme  il  lui  serait  impossible 
de  penetrer  dans  1'inteneur  de  1'enclos  par  cette  entree  que  les 
eboulis  obstruent  completement,  il  doit  longer  la  muraille  d'enceinte 
jusqu'a  Tangle  nord-ouest,  ou  se  trouve  une  breche  que  les  habi- 
tants de  la  region  utilisent  journellement  (2). 

A  200  metres  du  premier  rempart  s'eleve  un  autre  mur  de 
limonite  (tres  ruine),  dispose  en  carre  sur  300  metres  de  cote  et 
qui  semble  avoir  etc  entoure  d'un  fosse  marque  par  un  creux  assez 
sensible.  En  avant  de  la  partie  centrale  de  la  deuxieme  enceinte, 
on  passe  sur  une  terrasse  cruciale  de  20  metres  de  longueur  pourvue 
d'un  escalier  de  quelques  marches  a  1'extremite  de  ses  branches  nord, 
sud  et  ouest.  Sur  la  branche  orientate  se  dressent  les  piliers  du 

(1)  Les  indigenes  disent  indifferemment  "  Ponteai-Kedei  "  et  "  Banteai-Kedei  ".  Le  mot 
Banteai  (ou  Ponteai)  se  traduit  par  "  forleresse  ",  "  citadelle  ". 

(2)  Les  perspnnes  qui  ne  disposeront  que  d'un  temps  limite  feront  bien  de  ncgliger  Banteai- 
Kedei  et  de  visiter  la  ruine  voisine,  Ta-Prohm,  qui  est  beaucoup  plus  interessante. 

2O7       


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


porche  de  I'e'difice  d'entr^e  (deuxieme  enceinte)  qui  se  distribue  en 
un  grand  vestibule  cruciforme  flanque  de  deux  petites  chambres. 
Une  toiture  en  encorbellement  couvre  cette  construction  qui  prend 
jour  sur  les  deux  faces  par  de  nombreuses  fenetres  encadrees  d'une 
decoration  tres  soignee  et  de  la  meilleure  epoque(l).  A  1'interieur, 
quelques  architraves  brisees  et  ne  reposant  plus  sur  leurs  piliers 
sont  soutenues  par  des  etais  en  pierre  qui  sont  peut-etre  assez 
re'cents.  Toute  la  partie  decorative  de  cette  entree  est  terminee, 
aussi  bien  a  1'exterieur  qu'a  1'interieur,  ou  nous  retrouvons,  sur 
1'entablement,  la  ligne  de  niches  que  nous  avons  deja  vue  dans  les 
temples  de  Prah-Khan.  Ici,  comme  ailleurs,  le  personnage  que 
ces  niches  contenaient  a  etc  detruit  a  coups  de  marteau.  La  cre"te 
des  toitures  portait  le  motif  de  faitage  que  nous  avons  egalement 
rencontre  sur  les  toits  de  Prah-Khan  et  qui  ressemble  a  une  rangee 
d'ceufs  dans  des  coquetiers. 

Derriere  la  deuxieme  muraille  regne  une  berme  de  5  metres  de 
largeur  qui  se  repete  autour  du  monument  central  et,  entre  les 
deux  chemms  de  circulation  ainsi  etablis,  s'etend  une  douve  d'une 
vingtaine  de  metres  qui  s'interrompt  sur  les  faces  est  et  ouest  par 
une  petite  chaussee  autrefois  bordee  d'une  balustrade  dont  on 
retrouve  quelques  travees  dans  le  voisinage.  Cette  avenue  relie  les 
gopouras  de  la  deuxieme  enceinte  au  temple,  qui  se  compose  de 
deux  galeries  concentriques  et  de  galeries  en  croix  a  1'intersection 
desquelles  se  place  le  sanctuaire. 

La  premiere  galerie  pourtournante  communique  avec  1'exterieur 
par  quatre  vestibules  supportant  une  tourelle  et  analogues  a  ceux 
que  nous  avons  visiles  maintes  fois.  Elle  s'accompagne  sur  ses 
quatre  faces  internes  d'une  veranda  qui  regarde  la  cour  interieure. 
Ses  entrees  septentrionale  et  meridionale  sont  reliees  a  la  deuxieme 
galerie  par  des  couloirs,  mais  ses  porches  des  c6tes  est  et  ouest  sont 
libres,  c'est-k-dire  qu'une  separation  existe  entre  eux  et  ceux  de  la 
galerie  suivante. 

La  deuxieme  galerie  pourtournante  n'a  pas  de  veranda,  ni  d'un 
c6te  ni  de  1'autre.  Chacune  de  ses  faces  est  et  ouest  s'ouvre  par 
cinq  portes  :  une  aux  extremity's,  une  au  centre  ;  les  deux  autres, 
beaucoup  moms  importantes,  se  trouvent  au  milieu  des  ailes.  Les 
vestibules  extremes  forment  une  assez  forte  saillie  surcharged,  ainsi 
que  tout  le  reste  de  1'edifice,  d'une  decoration  parfaitement 

(1)  La  face  honoree  du  monument  est  a  1'ett,  mais  nous  commencons  notre  description  par 
1'ouett,  parce  que  c'est  de  ce  cote  que  Ton  aborde  le  temple. 

208      


PRAH-KHAX.  —  ANGLE  D'UNE  GALERIE.        TA-PROHM.  —  IXTERIEUR  DE  L'EDIFICE 

D'EXTREE  DE  LA  DEUXIEME 
EXCEINTE  (FACE  EST). 


BAUTEAI-KEDEI.  —  PORCHE  OCCIDENTAL 
DE  I.A  DEUXIKME  EXCEIXTE. 


BAUTEAI-KEDEI.  —  ANGLE  D'I:XE 
DES  GALERIES. 


Gl'lUE  AUX    KL'INES   D' ANGKOR. 


L.   6t.    PAGE  208. 


GLIDE  ALX  KLINES  I/ANGKOR 


PL.   62,   I'AGE  20 


NEAK-PEAN;    BANTEAI-KEDEl;    TA-PROHM 


executee  (1).  Entre  les  portes,  les  murs  s'ornent  de  fausses  fenetres 
k  colonnettes  et  des  motifs  decoratifs  habituels.  Les  faces  nord  et 
sud  ne  sont  ouvertes  qu'aux  extremites  et  par  un  passage  d'axe 
qui  est  masque  par  le  couloir  et  que  Ton  ne  peut  apercevoir  de 
1'exterieur ;  sur  ces  c6tes,  les  petites  portes  intermediaires  n'existent 
pas.  La  deuxieme  galerie  de  pourtour  supporte  huit  tourelles 
coniques,  une  sur  chaque  vestibule,  qui  s'elevent  par  gradins 
successifs  dans  1'allure  de  celles  des  autres  monuments. 


FIG.  48.  —  BANTEAI-KEDEI.  —  DISTRIBUTION  DES  TEMPLES 
ET  PLAN   D'ENSEMBLE. 

Dans  le  carre  forme*  par  la  deuxieme  galerie  se  deVeloppent  des 
galeries  en  croix  qui  determinent  les  axes  est-ouest,  nord-sud,  et 
limitent  quatre  petites  cours.  Au  milieu  des  deux  cours  de  1'ouest 
se  dresse  un  pilier  de  2  metres  de  hauteur  surmonte  d'un  chapi- 
teau  et  d'un  tenon.  II  est  evident  que  ces  piliers  sont  des 
socles  et  que,  sur  le  tenon,  se  posait  probablement  un  linga,  seule 
forme  qui  convienne  a  ce  genre  de  piedestal;  mais  nous  n'avons 
retrouve  jusqu'a  present  aucun  fragment  qui  nous  permette  d'etre 

(1)  Pour  eviter  des  repetitions  fastidieuses,  nous  omettons  de  donner  le  detail  des  motifs  deco- 
ratifs de  Banteai-Kedei  qui  ne  different  pas,  du  moins  par  leur  composition,  de  tous  ceux  que  le 
vititeur  a  deja  rencontres  dans  les  templet  d' Angkor-Thorn  et  de  Prah-Khan. 

209       


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


affirmatif.  Les  deux  cours  de  Test  renferment  chacune  un  ddicule 
rectangulaire. 

Une  haute  tour  placee  sur  le  point  d*  intersection  des  galeries  en 
croix  domine  I'ensemble  du  temple  et  couvre  une  chambre  carree  de 
4X  4  metres  representant  le  sanctuaire.  On  retrouve,  sur  la  corniche, 
les  restes  d'un  plafond  en  bois  qui  ne  semble  pas  dater  de  la  fon- 
dation  du  monument.  Sous  la  tour,  le  sol  est  creuse  d'une  cavite 
entouree  de  blocs  de  gres  ou  venait  se  loger  une  statue  dont  il  ne 
reste  pas  le  moindre  vestige.  Le  sanc- 
tuaire s'ouvrait  par  quatre  portes  don- 
nant  sur  un  tres  petit  vestibule  ;  deux 
de  ces  baies  ont  etc  bouchees  au  moyen 
d'un  mortier  d'argile,  et  nous  retrouvons 
dans  ce  travail  la  main  des  bonzes  qui 
avaient  1'habitude  de  murer  les  faces 
nord  et  sud  des  salles  qu'ils  utilisaient 
pour  leurs  ceremonies.  Mais  il  faut 
croire  que  1'endroit  ne  convenait  pas 
aux  pretres  bouddhistes,  car  ils  1'ont 
abandonne  depuis  longtemps. 

En  se  dirigeant  a  Test,  on  remarque 
la  mime  disposition  que  dans  la  partie 
occidentale  puis,  au  dela  de  la  deuxaeme 
enceinte,  on  rencontre  une  grande  cha- 
pelle  de  30  metres  de  longueuret  20  de 
largeur.  Cette  construction  ressemble 
a  celle  que  nous  avons  trouvee  dans 
Prah-Khan.  Elle  est  precedee,  a  Test 
et  a  1'ouest,  d'un  porche  a  quatre  piliers 
qui  n'existe  pas  dans  les  orientations  nord  et  sud,  ou  s'ouvre  une 
simple  porte  encadree  de  pilastres  et  surmontee  d'un  fronton. 
L'exterieur  des  murs  se  decore  de  fausses  fenetres  et  de  rinceaux  ; 
1'interieur  comprend  une  galerie  cruciale  amenagee  au  milieu  d'une 
galerie  de  pourtour.  Toutes  les  toitures  se  sont  effondrees  et,  comme 
le  soleil  et  la  pluie  penetrent  librement  dans  cet  edifice,  la  plus  folle 
vegetation  y  croit  a  1'envi. 

Une  avenue  longue  de  30  metres  et  garnie  d'une  balustrade 
dont  il  reste  quelques  elements  relie  la  chapelle  a  1'entree  orien- 
tale  de  la  premiere  enceinte.  Au  nord  de  1'avenue,  on  remarque 
un  edicule  tres  ruine  qui  se  composait  de  piliers  carres  excessive- 

210     


FIG.  44.  —  BANTEAI-KEDEI.  — 
SOCLE  EN  FORME  DE  PILIER 

CARRE. 


NEAK-PEAN;    BANTEA1-KEDE1;    TA-PROHM 


ment  rapproche's  et  mesurait  une  quinzaine  de  metres  de  longueur. 
Au  sud  de  1'avenue  est  installe'e  une  pagode  bouddhique,  de  date 
rdcente,  dans  laquelle  sont  reunies  quelques  statues  du  Buddha. 

L'entre'e  orientale  de  la  premiere  enceinte  ne  differe  de  celle 
de  1'ouest  que  par  ses  dimensions  plus  vastes. 

A  200  metres  a  Test  de  la  muraille  de  Bantdai-Kedei  s'etend 
un  vaste  bassin,  de  forme  rectangulaire,  qui  s'appelle  le  sras  srang ; 
il  mesure  800  metres  est-ouest  pour  400  metres  nord-sud  et  con- 
tient  toujours  une  certaine  quantite  d'eau,  meme  pendant  la  saison 
seche.  II  est  paremente  de  pierre  et  entoure  d'une  digue  qui  fut 
constitute  au  moment  du  creusement.  Comme  ce  remblai  est  insi- 
gnifiant  comparativement  a  la  profondeur  du  bassin,  il  est  probable 
que  les  constructeurs  ont  utilise  une  forte  depression  naturelle  et 
qu'ils  n'ont  eu  qu'a  la  modifier  legerement.  Au  centre  du  sras  srang 
s'elevait  un  tout  petit  edifice  dont  il  reste  quelques  pierres.  Dans 
la  partie  mediane  du  bord  occidental,  une  terrasse  est  etablie ;  elle 
servait  sans  doute  aux  fideles  et  aux  desservants  du  temple  qui 
venaient  faire  leurs  ablutions  dans  les  eaux  du  lac. 

TA-PROHM  (I). 

Le  temple  de  Ta-Prohm  se  trouve  tres  pres  de  celui  de  Bante'ai- 
Kedei,  et  les  enceintes  de  ces  deux  monuments  se  touchent  presque 
par  leurs  angles  sud-ouest  et  nord-est.  Le  plan  ci-contre  indique 
le  chemin  que  Ton  doit  suivre  pour  atteindre  la  porte  orientale, 
qui  est  la  seule  que  le  visiteur  peut  aisement  trouver. 

La  muraille  de  la  premiere  enceinte  de  Ta-Prohm  s'etend  sur 
un  kilometre  est-ouest  et  650  metres  nord-sud.  Elle  est  construite 
en  blocs  de  limonite,  avec  chaperon  moulure  couvert  d'une  crete 
en  gres,  et  s'ouvre  par  quatre  entrees  identiques  (2)  comprenant  un 
passage  crucial  flanque  de  deux  petites  chambres  laterales.  Dans 
Tangle  nord-est  de  ce  rempart,  est  creuse  un  bassin  de  200  metres 
de  longueur  et  large  de  50  a  60  metres.  Une  avenue,  envahie  par 
la  foret  et  ravinee  par  les  eaux  de  pluie,  conduit  de  la  porte  orien- 
tale de  la  premiere  enceinte  a  1'edifice  d'entree  du  deuxieme  rem- 
part et  se  transforme,  avant  d'atteindre  son  point  terminus,  en  une 
chaussee  paremente'e  de  limonite  et  bordee  d'une  balustrade  que 

(1)  Prohm  ett  une  corruption  de  "  Brahma  ".  Ta-Prohm  se  traduit  par  "  1'ancetre  Brahma  ". 

(2)  Identiquet  comme  diitribution  ;  mail  1'edifice  d'entree,  situe  au  centre  de  la  face  orientale 
de  la  muraille  d'enceinte,  eit  lurmonte  d'une  tour  decoree  dei  quatre  faces  de  Brahma,  tandisque, 
dans  let  autres  orientations,  cette  decoration  ne  parait  pas  avoir  exiite.  C'eit  peut-etre  a  ces  quatre 
figures  que  le  temple  doit  son  norn,  certainement  recent,  de  Ta-Prohm. 

211       


AUX    RVINES    D'ANCKOR 


Ton  retrouve  par  endroits.  Avenue  et  chaussee  sont  impraticables, 
et  le  visiteur  doit  suivre  un  petit  sentier  trace  dans  la  broussaille. 

La  deuxieme  enceinte  affecte  une  forme  cruciale  et  n'occupe 
pas  le  centre  du  pare  :  elle  se  deplace  sensiblement  vers  1'ouest 
pour  laisser  plus  d'espace  sur  la  face  honoree  du  monument.  Ses 
dimensions,  prises  aux  extremites  des  branches,  sont  de  250  metres 
dans  les  deux  axes.  Un  fosse  profond  en  fait  le  tour  a  la  distance 
d'une  berme  de  10  metres  et  n'est  coupe  que  sur  1'axe  est-ouest 
par  les  chaussees  d'acces.  Au  nord  et  au  sud,  la  douve  ne 
s'interrompt  pas.  Sur  les  bords  de  sa  face  orientale  sont  distributes 
de  nombreuses  petites  cellules,  bien  aligne'es  mais  tres  ruinees,  qui 
ne  semblent  pas  dater  de  la  fondation  du  monument. 

L'ensemble  des  constructions  de  Ta-Prohm  suit  une  ligne  est- 
ouest  et  se  distribue,  details  mis  a  part,  de  la  fafon  suivante  : 
une  entree  monumentale  placee  au  milieu  de  la  face  orientale  de 
la  deuxieme  enceinte ;  une  premiere  chapelle ;  une  terrasse  tres 
courte  reliant  la  chapelle  aux  Edifices  principaux  ;  le  temple  com- 
prenant  deux  galeries  concentriques  et  une  partie  centrale  qui  con- 
rient  le  sancruaire  ;  une  entree  monumentale  sur  la  face  occiden- 
tale. 

La  premiere  construction  que  Ton  rencontre  en  venant  de  Test 
est  tres  importante,  mais  ne  represente  qu'une  dependance  que 
nous  avons  definie  par  le  terme  "  d'entre'e  monumentale  ".  Elle 
est  pose'e  sur  un  soubassement  de  1  m.  50  de  hauteur  et  se  com- 
pose d'une  vaste  galerie  cruciforme  pourvue  sur  ses  deux  faces 
d'un  vestibule  et  d'un  porche  formant  une  saillie  de  7  a  8  metres 
que  precede  un  escalier  de  quelques  marches  orne  de  lions  deco- 
ratifs  ;  deux  ailes  late'rales  donnent  a  cet  Edifice  une  longueur  de 
40  metres  et  lui  font  occuper  la  presque  totalite  du  redan  oriental 
de  la  deuxieme  enceinte.  Les  pieces  extremes  des  ailes  s'ouvrent 
par  des  portes  encadrees  de  pilastres  et  surmontees  d'un  fronton. 
La  decoration  exteYieure  de  ce  premier  monument  offre  une  serie 
de  motifs  du  meilleur  style  et  plusieurs  panneaux  Jllustres  de 
sujets  mythologiques  qui  deviennent  difficilement  identifiables  par 
suite  de  la  disparition  de  tous  les  personnages  principaux  et  des 
attributs  qui  devaient  les  completer.  A  1'interieur,  la  decora- 
tion est  e'galement  soignee  :  les  entablements,  les  architraves  et 
les  chapiteaux  des  piliers  nous  montrent  une  ornementation  de  la 
tres  bonne  e'poque,  d'un  dessin  ferme  et  d'un  relief  vigoureux,  et 
ceci  seul  permet  de  classer  sinon  1'ensemble  tout  entier,  du  moins  la 

212      


NEAK-PEAN;    BANTEAI-KEDE1;    TA-PROHM 


majeure  partie  de  Ta-Prohm,  parmi  les  fondations  les  plus  anciennes. 
La  galerie  centrale  de  I'edifice  que  nous  visitons  en  ce  moment  a 
etc  affectee  pendant  un  certain  temps  aux  ceremonies  bouddhiques, 
et  de  nombreuses  statues  de  Buddha  s'y  trouvent  encore  sur  un 
socle  en  brique  et  a  1'abri  d'une  toiture  restee  intacte. 

Au  nord  de  I'entre'e  monumentale  de  la  deuxieme  enceinte, 
et  en  dehors  de  la  muraille  (sur  la  berme),  on  remarque  un 
edicule  en  gres,  a  piliers  trapus  et  tres  rapproches,  semblable  a 
celui  qui  existe 
a  la  meme  place 
dans  Banteai- 
Kedei  et  rappe- 
lant  par  son  al- 
lure, sauf  dans  la 
forme  des  piliers, 
I'edifice  a  colon- 
nes  rondes  de 
Prah-Khan.  II 
est  bon  de  noter 
a  ce  sujet  que, 
parmi  tous  les 
monuments  du 
groupe  d' Ang- 
kor, seuls  les 
trois  temples  qui 

paraissent  etre  a  peu  pres  de  la  meme  epoque  ont  une 
annexe  placee  dans  la  meme  situation  et  sans  replique  symetrique. 
Cependant  ici,  a  Ta-Prohm,  une  construction  etablissait  la  syme- 
trie  a  gauche  avec  1'edicule  de  droite  (1),  mais  il  en  reste  quel- 
ques  chambranles  en  limonite  qui  prouvent  que  ces  deux  annexes 
n'avaient  aucune  ressemblance. 

Immediatement  apres  1'entree  orientale  de  la  deuxieme  en- 
ceinte s'eleve  une  chapelle  rappelant  par  tous  ses  details  les  deux 
monuments  que  nous  avons  vus  dans  Prah-Khan  et,  plus  recemment, 
dans  Banteai-Kedei.  Elle  occupe  un  rectangle  de  30  a  35  metres 
de  longueur  pour  une  largeur  de  20  metres.  Ses  faces  nord 
et  sud  sont  closes  et  se  decorent  au  centre  et  aux  extremites 
de  fausses  portes  d'un  travail  precieux  encadrees  de  pieds-droits 


FIG.  46.  —  TEMPLE  DE  TA-PROHM  (PLAN  D'ENSEMBLE). 


(1)  A  main  gauche  et  a  main  droite  lorsque  le  viiiteur  est  tourne  vert  le  centre  des  mines. 

2I3 


AUX    RUINES    D'ANCKOR 


et  surmontees  d'un  fronton  sculpte  de  sujets  assez  bien  conserves. 
En  facade  principale  (est)  et  en  fafade  posterieure  (ouest),  un 
porche  a  deux  piliers  et  des  portes  extremes  permettaient  de 
pe'netrer  dans  1'edifice.  Ces  entrees  sont  aujourd'hui  bouchees  par 
les  eboulis,  et  il  faut  gagner  le  porche  occidental  pour  trouver  un 
passage ;  encore  n'est-il  pas  des  plus  commode.  L'interieur 
s  ordonne  par  une  grande  piece  en  croix  entouree  d'une  galerie  de 
pourtour.  Une  double  veranda  longe  la  piece  centrale  sur  tout 
son  parcours,  mais  la  galerie  de  la  peripherie  ne  peut  avoir  de 
veranda  que  sur  ses  faces  interieures,  puisqu'elle  est  fermee  exterieu- 
rement  par  le  mur  plein  decore  de  fausses  baies.  A  quelques 
metres  de  leur  extremite,  les  branches  de  la  croix  et  les  quatre 
parties  de  la  galerie  pourtournante  sont  pourvues  de  grandes 
portes  libres,  hautes  de  3m.  50  et  larges  de  3  metres,  portant  un 
linteau  magnifique  representant  des  danseuses  en  haut-relief.  Les 
toitures  se  sont  effondrees  en  majeure  paru'e,  surtout  a  cause  de 
la  largeur  exceptionnelle  des  galeries,  et  les  pierres  de  la  voute 
encombrent  le  sol  a  tel  point  qu'il  est  difficile  de  passer  entre  les 
piliers.  Quatre  petites  cours,  que  les  arbustes  et  les  ronces  ont 
envahies,  etaient  reservees  entre  les  galeries. 

Le  porche  occidental  de  la  chapelle  est  relie  a  la  premiere 
galerie  du  temple  proprement  dit  par  une  courte  terrasse  surelevee 
d'un  metre  et  garnie  d'une  balustrade  (1)  qui  se  retrouve  par 
fragments. 

La  premiere  galerie  pourtournante  du  temple  mesure  approxi- 
mativement  120  metres  dans  les  deux  axes.  Elle  est  pourvue  en 
fajade  principale  (est)  d'un  porche  central  a  deux  piliers,  de 
deux  porches  lateraux  moins  importants  et  de  deux  portes  extremes. 
La  meme  disposition  se  repete  en  facade  posterieure.  Au  nord 
et  au  sud,  on  retrouve  les  portes  extremes  et  le  porche  central; 
les  entrees  laterales  y  sont  supprimees.  Les  vestibules  du  centre 
empruntent  comme  tou jours  une  forme  cruciale  et  communiquent 
par  des  pieces  etroites  ;  ceux  des  extremites  ne  comprennent 
qu'une  seule  chambre  cruciforme.  La  galerie  est  longee  exterieu- 
rement,  sur  tout  son  developpement,  par  une  veranda  qui  ne 
s'interrompt  qu'aux  passages  ;  sur  les  faces  inteVJeures,  fermees  par 
un  mur  plein,  cette  veVanda  n'existe  pas.  Les  murs  des  vestibules 

(1)11  est  bien  entendu  que  toutes  lei  fois  que  nous  employons  le  mot  "  balustrade  "  il  s'agit 
de  1'unique  motif  decoratif  que  les  constructeurs  combodgiens  ont  place  en  bordure  des  ponts,  de 
certaines  chaussees  et  des  terrasses  :  Naga  formant  la  main-courante  par  travees  plus  ou  moins 
longues  posees  sur  des  balustres  carres  et  robustes. 

214       


NEAK  PEAN     BANTEAI-KEDEI;    TA-PROHM 


ne  portent  aucune  decoration,  mais  les  portes  de  communication 
s'encadrent  d'un  linteau  bien  sculpte  et  de  pilastres  polygonaux. 
Nous  remarquons,  sur  les  chambranles  des  fenetres,  un  motif 
decoratif  que  nous  connaissons  depuis  Angkor- Vat  :  perroquets 
combattant.  Les  longs  panneaux  de  la  galerie  sont  decores  d'un 
motif  en  relief  qui  se  reproduit  ici  une  centaine  de  fois  :  deux 
piliers  carres  supportent  une  ogive  formee  du  corps  du  Naga  dont 
les  tetes  sortent  de  la  gueule  ouverte  d'un  Makara  et  viennent 
reposer  sur  les  chapiteaux  des  piliers ;  sous  1'ogive,  on  distingue 
nettement  les  plis  d'un  rideau.  Le  meme  dessin  se  reproduit  en 
moins  grand,  comme  par  un  effet  de  perspective,  dans  la  partie 
superieure  du  panneau. 

La  premiere  galerie  de  pourtour  et  la  suivante  sont  separees 
par  une  grande  cour  ou  s'elevent  de  tres  nombreuses  constructions 
a  tourelles  et  des  pavilions  qui  ont  du  etre  des  chapelles  particu- 
lieres.  Dans  1'axe  est-ouest  de  la  partie  orientale  de  cette  cour, 
un  edifice  contenant  trois  longs  corridors  est  etabli  entre  les 
entrees  centrales  des  deux  galeries.  Le  passage  du  milieu  sup- 
porte  une  tour  et  se  relie  aux  passages  lateraux  par  un  couloir 
formant  la  croix.  Les  pavilions  a  tourelle  dissemines  dans  la  cour 
sont  de  faible  dimension,  4x4  metres,  mais  leur  decoration, 
d'un  relief  accuse,  temoigne  qu'ils  datent  aussi  de  la  tres  bonne 
epoque.  Us  ne  contiennent  qu'une  seule  petite  piece  ouverte  par 
quatre  portes  ;  leurs  frontons  represented  des  sujets  mythologiques 
dont  quelques-uns  sont  en  parfait  etat. 

Nous  voyons  dans  la  partie  sud-est  de  la  cour  une  chapelle 
ou  la  limomte  se  melange  au  gres  dans  de  fortes  proportions, 
probablement  parce  que  les  materiaux  de  premiere  qualite  man- 
quaient.  Ce  cas  n'est  pas  unique  dans  Ta-Prohm,  et  il  semblerait 
a  premiere  vue  que  1'association  des  deux  pierres  est  le  resultat 
d'une  restauration  ;  mais  un  examen  plus  attentif  fait  ecarter  cette 
idee,  car  il  est  evident  que  la  limonite  a  etc  monte'e  en  meme 
temps  que  le  gres  et  par  des  ouvriers  tres  exerces. 

Une  grande  construction  rectangulaire,  entierement  en  limonite, 
se  trouve  egalement  dans  le  meme  angle  de  la  cour,  qu'elle 
bouche  completement.  II  est  difficile  de  se  rendre  compte  de  sa 
destination,  mais  on  peut  supposer  qu'elle  represente  une  des 
fondations  pieuses  et  peut-etre  un  des  hopitaux  dont  il  est  question 
dans  1'inscription  que  nous  verrons  a  la  fin  de  ce  chapitre. 

De   1'autre  cote   (nord-est)   du   couloir  qui    coupe    dans    son 
2I5     


AUX    RU1NES    D'ANGKOR 


axe  la  face  orientale  de  la  cour  se  placent  encore  des  pavilions 
a  tourelle  disposes  symetriquement  a  ceux  de  la  partie  sud-est, 
mais  la  construction  en  limonite  et  la  chapelle  edifice  en  maleriaux 
melanges  n'y  sont  pas  repetees. 

Au  nord  et  au  sud  de  la  cour,  un  Edifice  important  est 
construit  entre  les  entrees  de  la  premiere  galerie  pourtournante 
et  celles  de  la  seconde.  II  comprend  un  passage  cruciforme 
entoure  sur  trois  faces  par  une  galerie  peu  eclairee  dont  il  est 
separe*  a  Test  et  a  1'ouest  par  deux  courettes  ;  la  quatrieme  face, 
celle  du  nord,  est  limitee  par  le  mur  plein  de  la  premiere  galerie 
de  pourtour.  Les  surfaces  murales  qui  regardent  les  courettes 
sont  decorees  de  motifs  intacts  executes  a  la  perfection. 

La  partie  occidentale  de  la  grande  cour  est  occupee  au  centre 
par  un  important  vestibule  d'axe  comprenant  un  couloir  d'une 
quinzaine  de  metres  de  longueur  termine  (1)  par  une  chambre 
cruciale  couverte  d'une  haute  tour.  Cette  construction  estflanquee 
au  sud  d'un  pavilion  en  gres  portant  une  tourelle  et,  au  nord, 
d'un  autre  pavilion  du  meme  style  mais  completement  en  limonite, 
sauf  dans  I'encadrement  des  portes.  Le  vestibule  d'axe  et  le 
pavilion  en  gres  sont  ornes  de  superbes  motifs,  tandis  que  le  pavilion 
en  limonite  se  contente  de  moulures  assez  fortement  accusees. 

La  deuxieme  galerie  pourtournante  est  etablie  sur  un  plan  a 
peu  pres  carre  et  mesure  environ  45  metres  dans  les  deux  orien- 
tations. Ici  aussi  nous  rencontrons,  dans  la  toiture  comme  dans 
1'elevation  des  murs,  1'association  des  deux  materiaux  habituels, 
mais  quelques  parcelles  de  mortier  de  chaux  qui  sont  restees  dans 
les  creux  de  la  limonite  nous  font  croire  que  cette  pierre  etait 
couverte  d'un  enduit. 

Sur  la  face  est,  la  deuxieme  galerie  pourtournante  communique 
avec  la  grande  cour  par  un  porche  central  commandant  un  assez 
vaste  vestibule,  deux  petits  porches  lateraux  et  deux  portes 
extremes.  A  1'inverse  de  ce  que  nous  avons  observe  dans  la 
galerie  precedente,  elle  est  accompagne'e  d'une  veranda  interieure  ; 
1'autre  face  (en  regard  de  la  grande  cour)  est  constitute  par  un 
mur  plein.  Les  piliers  de  la  galerie  et  ceux  de  la  veranda  sont 
massifs,  0,70  X  0,70,  et  les  derniers  ont  une  si  faible  hauteur 
qu'un  homme  de  petite  taille  ne  pourrait  passer  sous  1'architrave. 
Une  partie  considerable  du  mur  plein,  surtout  du  c6te  sud,  est 

( I )  Ou  debutant,  suivant  que  1'on  y  penetre  par  Test  ou  par  1'oucst. 

2l6       


TA-PROHM.  —  DECORATION  INTERIEURE 
DE  LA  PREMIERE  GAI-ERIE. 


TA-PROH.M.  —  PORTE  DE  COMMU- 
NICATION (PREMIERE  GALERIE). 


TA-PROHM.  —  DECORATION  EXTERIEURE  DE  I.A  DEUXIEME  GALERIE. 


PL.   63.    PAGE  216, 


W%^J(!fal 

*"N^'J|;V.:^: 


- 


TA-PROHM.  —  UN  DES  PORCHES 
DE  LA  PREMIERE  GALERIE. 


TA-PROHM.  —  ANGLE  D' 
DES  GALERIES. 


TA-PROHM.  —  UN  DES  EDICULES  SITUE  DANS  LA  PARTIE  OCCIDENTAI.E 
DE  LA  COUR  POURTOURXANTE. 


GUIIJK  AUX  KLINES  D'ANGKOK. 


VL.   64,   PAGE  217. 


NEAK-PEAN;    BANTEA1-KEDE1-,    TA-PROHM    

ruine'e,  de  meme  que  la  toiture  dont  les  elements  jonchent  le  sol 
et  ne  laissent  circular  que  difficilement.  Au  centre  des  faces  nord 
et  sud  s'ouvre  un  seul  porche  (obstrue  compUbtement)  qui  commu- 
nique avec  les  edifices  places  dans  la  meme  orientation  et  que 
nous  avons  deja  vus.  Un  arbre  gigantesque,  dont  la  hauteur  n'est 
certainement  pas  inferieure  a  40  metres,  s'eleve  sur  la  parn'e  nord 
de  la  galerie,  pres  du  porche,  et  enveloppe  de  ses  racines  la  toi- 
ture, le  mur  et  les  piliers.  D'autres  arbres  tres  nombreux  con- 
courent  a  rendre  pittoresques  les  mines  de  Ta-Prohm,  qui  ne 
sont  que  tres  rarement  visitees  par  les  Europeens,  pas  beaucoup 
plus  souvent  par  les  indigenes,  et  dont  la  foret  s'est  emparee 
depuis  des  siecles. 

L 'edifice  central  est  separe  de  la  deuxieme  galerie  de  pourtour 
par  un  espace  de  quelques  metres  formant  cour  interieure.  II  se 
distribue  en  trois  galeries  paralleles  orientees  est-ouest,  separees 
par  des  cours  oblongues,  et  dont  les  extremites  sont  reliees  par 
d'autres  galeries  etablies  dans  1'orientation  nord-sud;  ou,  si  Ton 
prefere,  1'edifice  central  se  compose  d'une  galerie  en  quatre 
parties  formant  un  carre  et  contenant  une  autre  galerie  placee 
dans  1'axe  est-ouest  (Voir  le  plan).  Les  angles  de  ces  galeries 
et  chacun  des  vestibules  supportent  des  tourelles,  et  1'ensemble  est 
domine  par  une  haute  tour  centrale  qui  abrite  le  sanctuaire.  Cette 
disposition  parait  peut-etre  simple  a  la  lecture  et,  en  realite,  le 
plan  de  Ta-Prohm  n'est  pas  complique,  mais  le  visiteur  verra 
qu'il  est  difficile  de  se  familiariser  ici  avec  les  aitres  et  ne  com- 
prendra  pas  sans  peine  la  topographic  des  lieux  (1).  Cela  tient  a 
la  quantite  de  constructions  annexes  qui  masquent  la  vue  a 
chaque  instant  et  surtout  aux  difficulty's  que  Ton  rencontre  pour 
circuler.  En  effet,  toutes  les  cours  sont  encombrees  de  pierres, 
accaparees  par  la  vegetation,  et,  en  somme,  on  ne  peut  se  fixer 
un  itineraire  et  le  suivre  directement. 

Les  galeries  de  1'edifice  central  s'illustrent  exterieurement,  en 
regard  des  cours  interieures,  d'une  abondance  de  motifs  decoratifs 
qui  font  honneur  aux  artistes  qui  les  ont  executes  et  sont  traite's 
dans  un  style  prouvant  que  le  temple,  que  nous  visitons  en  ce 
moment,  est  contemporain  de  celui  de  Prah-Khan  et  doit  dater 
d'une  epoque  a  peine  posterieure  a  la  fondation  du  Bayon. 

( I )  Pour  rendre  notre  expose  aussi  peu  contus  que  possible,  nous  avons  onus  a  dessein  dans 
notre  description  tous  les  details  inutiles  ou  que  le  visiteur  connait  pour  les  avoir  deja  rencontres 
dans  d'autres  monuments. 

2I7       


AUX    RU1NES    D'ANGKOR 


Le  sanctuaire  est  une  petite  salle  cruciale  semblable  a  toutes 
celles  qui  avaient  la  meme  affectation  dans  les  monuments  reli- 
gieux  de  1'ancien  Cambodge.  II  n'y  reste  aucun  fragment  de 
statue,  et  nous  ne  pouvons,  par  consequent,  savoir  a  quelle  divinite 
brahmanique  le  temple  de  Ta-Prohm  etait  dedie  (1). 

L'interieur  des  galeries  de  1'edifice  central  ne  s'eclaire  que  par 
les  portes,  et  1'obscurite  y  est  telle  qu'il  est  necessaire  de  se 
munir  d'une  torche  pour  les'parcourir. 

Enfin,  apres  avoir  traverse  toutes  les  parties  du  monument, 
nous  arrivons  sur  la  face  occidentale  de  la  premiere  galerie  de 
pourtour,  dont  les  trois  porches  centraux  regardent  une  assez 
vaste  cour  limitee  par  la  muraille  de  la  deuxieme  enceinte. 
A  1'extremite  occidentale  de  la  cour,  soit  au  centre  du  redan  de 
la  muraille,  se  trouve  un  grand  edifice  d'entree  comprenant  un 
vestibule  et  deux  ailes  laterales.  Cette  construction  est  en  limonite 
et  en  gres;  elle  correspond  a  celle  que  nous  avons  rencontree 
sur  la  face  orientale  du  deuxieme  rempart,  mais  son  importance 
est  moindre.  A  droite  et  a  gauche  du  redan,  le  mur  est  perce 
d'une  poterne  qui  permet  de  se  rendre  sur  la  berme  et  sur  les 
bords  du  fosse. 

La  stele  (2).  —  Cette  pierre  est  couchee  sur  le  sol  d'une  des 
galeries  orientales  du  temple.  Elle  se  presente  sous  la  forme  d'un 
gros  pilier  parallelipipedique,  mesurant  2  metres  de  hauteur,  et  ses 
quatre  faces  sont  couvertes  d'une  inscription  sanscrite,  dont  nous 
voulons  donner  ici  quelques  passages  principaux  qui  fixent  cer- 
taines  coutumes  des  Cambodgiens  d'autrefois  et  mentionnent 
plusieurs  fondations  que  1'on  chercherait  vainement  dans  Ta- 
Prohm,  toutes  les  constructions  de  ce  temple,  a  1'exception  d'une 
seule  et  des  cellules  des  bords  du  fosse,  paraissant  lire  de  la 
meme  epoque.  M.  E.  Aymonier  pense  autrement  (3),  mais  il 
s'est  sans  doute  fie  aux  apparences  de  certains  edifices  et  n'a  pas 
observe  que  toutes  les  sculptures  semblent,  tellement  leur  facture 
est  pareille,  etre  de  la  meme  main,  c*est-a-dire  d'un  groupe  d'ar- 

(1)  Dans  plusieurs  galeries  de  Ta-Prohm  et  dans  certains  pavilions,  on  rencontre  des  statues 
d'une  origine  evidemment  brahmanique,  mais  elles  sont  toutes  mutilees,  sauf  une,  ce  qui  interdit 
leur  identification.  L'une  d'elles,  la  seule  qui  soit  a  peu  pres  intacte,  est  donnee  par  les  indigenes 
comme  etant  celle  de  Brahma ;  mais  il  est  certain  qu'elle  reproduit  plutot  un  roi  ou  un  grand 
personnage  qu'une  divinite,  car  li  le  sculpteur,  d'ailleurs   de  faible  talent,  qui  1'a  executee  avail 
voulu  repreienter  le  premier  membre  de  la  triade  indienne,  il  n'aurait  pas  manque  de  le  pourvoir 
des  quatre  tetes  que  lui  attribue  la  tradition. 

(2)  Toutes  les  explications  qui  vont  suivre  sont  tirees  de  1'article  de  M.  G.  Ccedes,  La  Stele 
de  Ta-Prohm  (.Bulletin  de  I' Ecole  franfaise  d' Extreme-Orient,  Janvier-Juin  1906). 

(3)  E.  Aymonier,  Le  Cambodge,  t.  Ill,  p.  31. 

2I8    


NT.AK-PEAN;    BANTEA1-KEDE1;    TA-PROHM 


tisans  utilisant  les  memes   precedes  et  travaillant  sous   la    m£me 
direction. 

Cette  inscription,  dit  M.  G.  Coedes,  emane  du  roi  boud- 
dhiste  Jayavarman  VII  et  date  de  1 186  A.  D.,  soit  de  quatre 
ans  apres  son  sacre.  Elle  donne  la  genealogie  du  roi  et  a  pour 
objet  de  consacrer  une  serie  de  fondations  pieuses  accompagnees 
d'une  sorte  de  reglement  administratif,  dont  le  prince  heritier 
Suryakumara  doit  assurer  1'execution. 

Quelques  stances  relatent  que  Jayavarman  mena  contre  le 
Champa  une  campagne  victorieuse,  fit  le  roi  prisonnier  et,  dans 
sa  clemence,  lui  rendit  la  liberte.  Les  inscriptions  chames  et  les 
historiens  chinois  nous  avaient  deja  a  maintes  reprises  entretenus 
de  cette  expedition  ;  mais,  chose  curieuse,  on  ne  1'avait  pas 
encore  vue  servir  de  theme  aux  panegyristes  du  Cambodge ;  la 
presente  inscription  comble  une  lacune  dans  la  litterature  officielle. 

L'inscription  rappelle  ensuite  les  faveurs  dont  le  roi  a,  lors 
de  son  sacre,  comble  son  guru  (precepteur,  professeur)  et  la 
famille  de  celui-ci  :  palanquins  avec  parasols  a  manche  d'or, 
insignes  d'une  haute  dignite,  titres  honorifiques,  biens  fonciers  et 
richesses  de  toute  sorte,  et  nous  apprend  qu'en  1 186  il  erigea  un 
certain  nombre  de  statues  parmilesquelles  celle  de  sa  mere  et  celle 
de  son  guru  (1).  Suit  une  sorte  de  registre  des  fournitures  neces- 
saires  au  temple  pour  les  differentes  ceremonies  qui  s'y  accom- 
plissent....  Apres  la  totalisation  du  riz  consomme  chaque  annee, 
1'inscription  indique  les  denrees  alimentaires  et  autres  a  prelever 
sur  les  fermiers  et  sur  les  commer9ants  et  enumere  les  donations 
du  roi  et  des  proprietaires  fonciers  :  ce  dernier  passage  est  des 
plus  instrucuf,  en  ce  sens  qu'il  donne  une  vue  d'ensemble  du 
personnel  employe  au  service  du  temple  et  des  richesses  qui  com- 
posaient  son  tresor  ;  il  se  termine  par  1'enumeration  suivante  : 
39  tours  a  pinocles,  566  habitations  en  pierre,  288  en  brique, 
76  brasses  de  largeur  et  I  1 50  de  longueur  pour  fetang  long  et 
le  bassin,  2702  brasses  de  mur  d'enceinte  en  limonite.  Cela  ne 
peutetre  qu'une  description  sommaire  du  temple  de  Ta-Prohm  ou, 
plus  exactement,  des  constructions  nouvelles  qu'y  fit  clever  Jaya- 

(1)  Dans  une  des  salles  du  temple  de  Ta-Prohm,  oil  a  ete  trouvee  la  stele,  troi*  statues,  un 
liomme  entre  deux  femmes,  sont  encore  debout.  Ce  sont  peut-etre  celles  dont  Jayavarman 
commemore  la  fondation.  (G.  Coedes.) 

__ 2IQ      


AUX    RU1NES    D'ANGKOR 


varman  de  concert  avec  les  proprietaires  auxquels  il  etait  associe. 
Les  constructions  de  Ta-Prohm  paraissent  bien  ne  pas  dater 
toutes  de  la  meme  epoque  ;  d'apres  le  temoignage  de  la  stele, 
il  faudrait  done  faire  dater  du  Xlle  siecle  les  tours,  le  premier 
mur  d'enceinte  en  limonite  et  un  certain  nombre  d'autres  construc- 
tions qu'on  regrette  de  ne  pas  voir  mieux  definies.  L' inscription 
ne  parle  pas  du  sanctuaire  principal  et  des  murs  d'enceinte  inte- 
rieurs  ;  c'est  done  qu'ils  existaient  deja  avant  le  regne  de  Jaya- 
varman. 

II  est  probable  que  1'enceinte  exterieure  existait  aussi,  et  nous 
en  avons  trois  preuves  :  1  °  les  entrees  de  cette  enceinte  portent 
une  serie  de  motifs  decoratifs  d'une  facture  absolument  semblable 
a  celle  des  sujets  qui  ornent  les  murs  du  sanctuaire  ;  2°  de 
1'enceinte  interieure  (face  est),  part  une  chaussee  parementee  de 
pierre  qui  se  dirige,  bien  au  dela  de  la  limite  du  fosse,  a  la 
rencontre  de  la  porte  orientale  de  la  premiere  enceinte.  Cette 
chaussee  a  toutes  les  apparences  d'un  travail  datant  de  la  fonda- 
tion  du  temple,  et  il  n'y  a  pas  d'exemple  que  les  Cambodgiens 
aient  construit  une  voie  de  ce  genre  en  dehors  du  rempart  exte- 
rieur  des  monuments ;  3°  dans  Tangle  nord-est  de  la  premiere 
enceinte  se  trouve  un  immense  bassin  (1)  que  nous  avons  signale 
dans  notre  description  d'ensemble,  et  ce  bassin  semble  bien  avoir 
etc  creuse  apres  la  construction  de  la  muraille  centre  laquelle  est 
rejetee  une  partie  des  terres  de  deblai. 

Une  des  stances  nous  apprend  qu'il  y  a  1 02  h6pitaux  repartis 
entre  les  differentes  provinces  du  Cambodge  ;  elle  ne  nous  dit 
pas  s'lls  ont  etc  tous  fondes  par  Jayavarman,  mais  c'est  peu  pro- 
bable. Le  grand  mouvement  d'assistance  aux  malades  qui  marque 
1'annee  1 186  n'a  pas  du  seulement  consister  en  des  fondations 
d'h6pitaux,  mais  aussi  dans  1'entretien  d'institutions  de  ce  genre 
existant  deja.  La  liste  fournie  par  les  stances  suivantes  est  une  sorte 
de  budget  des  depenses  en  nature  necessities  par  ces  hopitaux, 
car  il  est  impossible  que  les  enormes  quantites  de  chaque  denree 
qui  y  figurent  s'appliquent  a  un  seul  h6pital.  II  ne  parait  pas 
d'ailleurs  y  en  avoir  eu  a  Ta-Prohm  (2),  et  ces  fondations  chari- 

(1)  M.    Aymonier    oublie  de    parler   de   ce   bassin.    Du   reste,  les   erreuri   que   commet 
cet  auteur  dans  sa  description  de  Ta-Prohm  sont  innombrables  et,  pour  ne  citer  que  let  plus 
iraportantes,  nous  dironi  qu'il  n'a  pas  remarque  que  la  deuxieme  enceinte  affecte  la  forme  d'une 
croix  et  que  sur  les  faces  nord   et  sud  la  douve  n'est  pas  traversee  par  une  chaussee.  Son  plan 
et  sa  description  nous    presentent  une  enceinte  parfaitement  rectangulaire   et  deux   chaussees 
d'acces  la  oil  il  n'y  en  a  pas. 

(2)  Cela  n'est  pas  bien  sur,  car  la  grande  construction  en  limonite  qui  se  trouve  dans  la  partie 

22O      


NEAK-PEAN;    BANTEAl-KEDEl;    TA-PROHM 


tables  ne  sont  rappelees  sans  doute  que  pour  donner  un  tableau 
d'ensemble  des  oeuvres  pieuses  du  roi.... 

La  liste  mentionne  les  denrees  suivantes  :  paddy,  haricots, 
millet,  beurre  fondu,  lait  caille,  miel,  melasse,  huile  de  sesame, 
camphre,  moutarde,  cire,  poivre...,  etc.  L'inscription  fait  e'gale- 
ment  mention  de  640  paires  et  2  demi-paires  de  vetements 
pour  les  divinites,  de  45  voiles  en  etoffe  de  Chine  destines  k  etre 
e'tendus,  a  cause  des  moustiques,  sur  les  socles  des  divinites.  Nous 
apprenons  encore  que  Ta-Prohm  est  desservi  par  18  officiants 
principaux  et  2  740  officiants  ordinaires  ;  que  dans  le  monument 
resident  2232  assistants,  parmi  lesquels  615  danseuses ;  que 
66  625  hommes  et  femmes  y  font  le  service  des  dieux  et  que  la 
population  totale  du  temple  est  de  79365  (1)  habitants,  avec  les 
Birmans  et  les  Chams.  Le  tresor  comprenait  des  objets  en  or  et 
en  argent,  35  diamants,  2  eventails  ornes  de  perles,  40620  perles, 
4540pierres  precieuses,  du  cuivre,  du  bronze,  un  chaudron  d*or, 
de  la  vaisselle  de  cuivre,  de  1'etain,  du  plomb,  967  voiles  de 
Chine,  523  ombrelles...,  etc.  Enfin,  Ton  voit  que  les  439  saints 
religieux  qui  etaient,  nous  dit  I'inscription,  "  nourris  la,  dans  le 
palais  royal  (2)  ",  vivaient  dans  1'abondance. 

sud-est  de  la  cour  pourtournante  pourrait  avoir  etc  affectee   aux   malades.   Une  conitniction 
temblable  exitte  dan»  Prah-Khan.  [J.  C.] 

(1)  Ce  chiffre  de  79  365  represente  probablement  toute  la  population  de  la  region. 

(2)  Nous  ignoroni  oil  se  pla<;ait  ce  palais. 


221 


VII 


MONUMENTS  SECONDAIRES  DU  GROUPE 
D'ANGKOR 

PRASAT  KRAVANH.  ||  PRASAT  BAT-CHUM.  ||  PRE-RUP.  II  MEBON  (DU  BARAY 
ORIENTAL). !!  TA-KEO.  ||  TA-NEI.  ||  TA-SOM.  ||  PRASAT  KROL-KO.  ||  PRASAT 
PREI.  II  BANTEAI-PREI.  ||  PRASAT  TONLE-SNGUOT  ||  PRASAT  BANTEAI-THOM. 
II  MEBON  (DU  BA  RA  Y  OCCIDENTAL). 

Si  nous  nous  sommes  etendu  assez  longuement  sur  les  temples 
principauxdu  groupe,  les  edifices  de  second  plan  qui  n'offrent, 
ni  par  leurs  dimensions,  ni  par  leur  distribution,  aucun  caractere 
special  nous  retiendront  beaucoup   moins    longtemps.    Du   reste, 
les  voyageurs  qui  auront  le  loisir  de  les  visiter  seront  toujours  peu 
nombreux,  et  ceux  qui  voudront  s'y  rendre  connaitront  deja  suffi- 
samment  la  question   pour  se    passer  d'une  description  de  detail 
qui    ne   serait  qu'une   repetition   de  ce  que  nous  avons  deja  dit 
dans  les  chapitres  precedents. 

Le  groupe  central  d*  Angkor  est  entoure  de  monuments  qui 
sont  d'importance  differente,  allant  de  la  simple  tourelle  isolee  au 
temple  a  triple  galerie,  et  se  situent  assez  regulierement  a  la  peri- 
pherie  d'un  cercle  de  10  kilometres  de  diametre.  Nous  aliens  en 
donner  un  rapide  apercu  en  suivant  1'itineraire  que  doit  rationnel- 
lement  adopter  un  visiteur  habitant  le  bungalow. 

PRASAT  KRAVANH  (I). 

A  4  km.  500  d'Angkor-Vat,  dans  la  direction  est-nord- 
est.  Petit  edifice  supportant  cinq  tours  en  briques  dispose'es 
sur  une  ligne  nord-sud  et  tres  ruinees.  La  tour  du  centre  est 
beaucoup  plus  elevee  que  les  autres  et  couvre  un  sanctuaire  qui 
abrite  un  linga  et  dont  les  murs  sont  sculpte's  sur  leurs  faces 
inte'rieures.  Un  des  panneaux  represente  un  dieu  entourd  de 

(1 )  "  Krevan  "  eit  mal  orthographic  tur  la  carte.  Le  veritable  mot  est  Kraoanh  :  cardamome. 
— . 223  


AUX    RU1NES    D'ANGKOR 


sept  range'es  d'assistants ;  Vishnou  occupe  deux  autres  panneaux  : 
sur  1'un,  il  est  soutenu  par  Laksmi  et  monte  sur  un  tr6ne  en 
forme  de  lotus  e'panoui ;  sur  1'autre,  il  chevauche  Garouda  et  est 
accompagne  de  deux  femmes  qui  se  tiennent  dans  une  pose 
d'adoration.  Les  montants  des  portes  de  trois  des  tours  portent 
des  inscriptions  en  langue  khmere  assez  mal  conserves. 

PR  AS  AT  BAT-CHUM. 

A  1  kilometre  exactement  au  nord-est  de  Prasat  Kravanh  et 
a  5  km.  500  d' Angkor- Vat.  Ce  petit  monument  est  precede',  a 
Test,  d'une  avenue;  il  est  entoure  d'un  bassin  et  se  distribue 
en  trois  tourelles  alignees  nord-sud  dont  les  portes  sont, 
comme  celles  du  temple  precedent,  gravees  d* inscriptions  (1). 
Etat  de  conservation  mediocre.  Un  etang  de  450  X  250  metres 
qui  porte  le  nom  de  Trapeang  Khmoch,  "  la  mare  du  mort  ou 
des  morts  ",  est  creuse  a  Test  de  Bat-Chum  ;  il  s'est  colmate 
suffisamment  pour  que  les  indigenes  1'aient  transforme  en  rizieres. 

PR&.RUP. 

Est  situe  k  2  kilometres  au  nord-est  du  precedent  et  a  7  km.  500 
d' Angkor- Vat.  Le  mur  d'enceinte  mesure  1 25  metres  dans  les  deux 
orientations  et  s'ouvre  par  quatre  porches  construits  en  limonite  et 
en  gres.  Ces  edifices  d'entree  se  composent,  comme  tous  ceux 
que  nous  avons  vus,  d'une  piece  centrale  cruciforme  et  de  deux 
ailes  laterales.  Le  monument  s'eleve  en  trois  gradins  etages  formant 
terrasse.  Le  premier  gradin  est  en  limonite  et  supportait  une  galerie 
dont  on  retrouve  quelques  Elements  sous  la  forme  de  piliers 
d^cores;  sur  le  deuxieme  degre,  egalement  en  limonite,  etaient 
placees,  en  flanquement  des  escaliers,  des  petites  chapelles  en  brique. 
Le  troisieme  e*tage  est  paremente  de  gres,  et  sa  plate-forme  atteint 
une  quinzaine  de  metres  de  hauteur  au-dessus  du  sol  de  la  plaine  ; 
cinq  tours  de  briques  le  dominent  :  quatre  aux  angles  et  une 
beaucoup  plus  haute  couvrant  le  sanctuaire  pose  sur  un  soubasse- 
ment  de  gres,  de  3  m.  50  de  hauteur,  dont  les  quatre  faces  sont 
pourvues  d'un  escalier.  Les  tours  renferment  un  certain  nombre 
de  statues  et  de  debris  de  statues  brahmaniques.  Des  escaliers  k 

(I)  Les  inscriptions  de  Bat-Chum  ont  etc  publiees  par  M.  G.  Coedes  (.Journal  Aslatlque, 
Septembre-Octobre  1908).  Elles  nous  apprennent  que  ce  monument  etait  un  temple  bouddhique 
cleve  vers  le  milieu  du  X*  tiecle  de  notre  ere. 

224      


—    MONUMENTS  SECONDAIRES   DU   CROUPE  D'ANGKOR    — i 

larges  rampes  que  decoraient  des  lions  sont  pratiques  sur  chacune 
des  faces  des  trois  etages. 

La  decoration  de  Pre-Rup  n'a  pas  etc  e'pargnee  par  le  temps, 
mais  ce  qu'il  en  subsiste  nous  montre  un  travail  de  la  bonne 
epoque. 

MEBON  (DU  BAR  AY  ORIENTAL). 

A  1 400  metres  au  nord  de  Pre"-Rup  et  a  9  kilometres 
d' Angkor- Vat.  Ce  monument  offre  dans  ses  grandes  lignes  beau- 
coup  d'analogie  avec  le  precedent, 
puisqu'il  s'ordonne  par  trois  terrasses 
dont  la  plus  elevee  supporte  quatre 
tours  d'angle  et  une  tour  centrale 
au-dessus  du  sanctuaire  ;  mais  il 
forme  un  Hot  de  plan  carre,  isole 
au  milieu  d'un  ancien  lac  artificial 
(baray  oriental)  que  nous  avons 
mentionne  dans  le  chapitre  ayant 
trait  aux  projets  des  constructeurs 
d*  Angkor.  Le  premier  gradin  me- 
sure  160  metres  dans  les  deux 
sens,  et  sa  hauteur  est  de  5  me- 
tres. Sur  chacune  de  ses  faces 
sont  pratiques  des  escaliers  abou- 
tissant  a  des  gopouras  construits  en 
gres  et  en  limonite.  Les  angles  de  la  plate-forme  supportent  des 
elephants  aux  trois  quarts  de  grandeur  naturelle  et  d'une  bonne 
execution.  Sur  cette  me'me  plate-forme,  qui  est  divisee  en  deux 
parties  par  un  petit  mur  longeant  le  bord  a  la  distance  de  5  & 
6  metres,  on  voit  les  restes  d'une  serie  de  constructions  qui 
pouvaient  etre  des  chapelles  ou  les  logements  des  desservants  du 
temple. 

La  deuxieme  terrasse,  egalement  divisee  par  un  mur  bas,  n'a 
pas  plus  de  2  metres  de  hauteur.  On  y  accede  par  des  escaliers 
&  larges  rampes  qui  conduisent  a  des  vestibules  couverts  d'une 
tourelle.  Les  angles  supportent,  comme  ceux  de  la  terrasse  prece- 
dente,  des  elephants  de  gres,  mais  ceux-ci  sont  coiffes  d'une  sorte 
de  tiare.  Sur  la  deuxieme  partie,  on  rencontre  les  vestiges  de 
tourelles  en  brique  qui  flanquaient  les  escaliers  de  1'etage  superieur 
et  les  restes  d'edicules  qui  s'elevaient  aux  angles. 


FIG.  46.  —  MEBdx  DU  BARAY 
ORIENTAL  (PLAN   D'APRES 

A.    TlSSANDIER). 


225 


i5 


AUX    RU1NES    D'ANCKOR 


Cinq  tours  dominant  le  troisieme  gradin,  mais  elles  ne  sont  pas 
disposees  comme  celles  que  nous  avons  rencontre'es  tant  de  fois  : 
elles  occupent  la  partie  occidentale  de  la  terrasse  pour  laisser,  a 
Test,  un  assez  vaste  espace  libre. 

A  en  juger  par  certains  details  de  sculpture,  le  temple  de 
Meb6n  se  range  parmi  les  monuments  de  la  meilleure  epoque 
d' Angkor,  car,  des  les  premiers  jours  de  la  decadence,  les  sculpteurs 
cambodgiens  ont  abandonne*  les  grandes  figures  d'animaux  et  les 
sujets  trop  compliques,  tels  que  ceux  que  nous  avons  ici 
dans  la  representation  de  divinites  entourees  d'adorateurs  et 
chevauchant  des  animaux  fantastiques  fort  bien  traites.  Cette 
decoration  est  executee  aussi  bien  dans  le  gres  que  dans  la  brique, 
et  c'est  la  un  cas  assez  rare. 

11  reWte  de  1'inscription  de  Bat-Chum  que  le  temple  de  M^bdn 
date  des  premieres  annees  du  regne  de  Rajendravarraan 
(944-947  A.  D.). 

TA-K&O. 

Ce  temple  est  situe  sur  la  rive  gauche  de  la  riviere,  & 
1  300  metres  au  nord-ouest  du  centre  de  Ta-Prohm  et  a 
900  metres  de  la  muraille  occidentale  d' Angkor-Thorn,  un  peu 
au-dessous  du  parallele  de  la  porte  de  la  Victoire.  On  peut  s'y 
rendre  indifferemment  de  1'une  ou  1'autre  de  ces  mines,  mais  il  est 
plus  facile  d'y  arriver  de  Ta-Prohm,  parce  que  le  visiteur  n'a  pas 
a  traverser  de  cours  d'eau. 

Ta-Keo  est  entoure'  d'un  fosse  profond,  large  de  15  metres, 
mesurant  220  metres  est-ouest  pour  200  metres  nord-sud,  et 
coupe  dans  sa  partie  orientale  par  la  seule  chaussee  qui  donne 
acces  dans  le  temple.  La  douve  est  ininterrompue  sur  ses  trois 
autres  faces.  Une  pyramide  a  trois  gradins  compose  le  monument. 
La  premiere  terrasse  a  3  metres  de  hauteur  et  s'etend  sur 
120  metres  est-ouest  et  100  metres  nord-sud.  Un  soutenement  de 
limonite  maintient  la  plate-forme  qui  supporte  des  vestibules  d'entree 
surmontes  d'une  tour  et  precedes  d'un  escalier.  Le  gopoura  oriental 
etait  flanque  de  deux  constructions  tres  allongees  qui  ne  se  repetent 
pas  sur  les  autres  faces,  ou  Ton  voit  seulement  un  petit  mur  de 
limonite  faisant  le  tour  du  plateau  a  5  ou  6  metres  du  bord. 

La  deuxieme  plate-forme  mesure  80  metres  est-ouest,  75  metres 
nord-sud  et  10  metres  de  hauteur.  Elle  est  maintenue  par  un 
parement  de  gres  decore  de  moulures  enormes,  et  sa  partie  haute 

226    


r. 


MONUMENTS  SECONDA1RES   DU  GROUPE  D'ANCKOR    , 

se  detache  en  corniche.  Ici,  le  travail  de  decoration  n'est  pas 
termine,  car,  si  les  moulures  de  la  face  est  s'agrementent  de  motifs 
divers,  celles  des  autres  c6tes  sont  restees  simplement  polies. 
Comme  a  1'etage  infeVieur,  chaque  face  est  pourvue  d'un  escalier 
qui  conduit  a  une  entree  sommee  d'une  tour.  Une  galerie,  large 
de  3  metres  et  prenant  jour  par  de  nombreuses  fenetres  a  colon- 
nettes,  occupe  toute  la  bordure  du  plateau  et  porte  une  tourelle 
sur  chacun  de  ses  angles.  Derriere  la  galerie  orientale  se  placeut 
deux  edicules  dis- 
poses symetrique- 
ment  de  chaque  c6te 
de  1'axe  est-ouest. 

La  troisieme  plate- 
forme  est  tres  basse, 
2  m.  50,  et  mesure 
47  metres  de  c6te 
dans  les  deux  axes. 
Cinq  tours  s'y  dres- 
sent  :  celle  du  cen- 
tre atteint  une  hau- 
teur considerable  (30 
a  35  metres)  et  est 


posee    SUr    un     SOU-        FIG.  47.  —  TEMPLE  DE  TA-KEO  (PLAN  SCHE.MATIQUE  . 

bassement  de  5  me- 
tres a  large  empattement.  Quatre  escaliers    conduisent    au    sanc- 
tuaire.    Les   tours    d'angie  contiennent  des  fragments   de   statues 
brahmaniques  et  des  socles  ;  Tune  d'elles  abrite  encore  la  double 
image    de  Qva  et    de   sa  Qakri,  Parvati. 

L'ensemble  du  temple  est  moins  charge  de  motifs  decoratifs  que 
les  autres  monuments  du  groupe,  mais  les  sculptures  y  sont  d'un 
dessin  ferme  qui  te"moigne  de  1'anciennete  de  cette  fondarion. 
Moura  pretend  qu'on  peut  avoir  la  conviction  que  des  sacrifices 
humains  s'accomplissaient  ici. 

TA-NEI. 

Se  situe  a  900  metres  au  nord  de  Ta-Keo  et  tres  pres  de 
Tangle  nord-ouest  du  remblai  qui  entoure  le  Baray  oriental.  Ce 
monument  est  precede,  a  Test,  d'une  avenue  de  80  metres  debutant 
par  un  edicule  d'entree  dont  le  fronton  represente  un  dieu  ( 1 )  adore 

(I)  Rama,  sani  doute. 
227       


AUX    RUINES    D'ANGKQR 


par  des  singes.  Une  douve  de  10  a  15  metres  de  largeur  s'etend 
autour  de  1'unique  galerie.  La  partie  centrale  de  Ta-Nei  comprend 
deux  sanctuaires  en  gres  surmonte's  de  tours  et  decore's  richement. 

TA-SOM. 

Ce  monument,  assez  important,  se  trouve  a  un  peu  plus  de 
2  kilometres  du  Meb6n  oriental  et  sur  la  bordure  de  1'ancien  lac, 
au  centre  duquel  s'eleve  le  curieux  Edifice  de  Neak-Pean.  Ta-Som 
est  protege  par  une  enceinte  en  limonite,  de  250  metres  est-ouest 
et  200  metres  nord-sud,  perce'e  au  milieu  des  faces  orientale  et 
occidentale  par  des  entrees  monumentales  decorees  des  quatre 
faces  de  Brahma.  La  porte  ouest  est  completement  enveloppe'e  par 
les  racines  d'un  gigantesque  ficus.  Un  fosse*  large  de  25  metres 
entoure  le  mur  de  la  deuxieme  enceinte ;  il  dtait  traverse*  a  Test  et 
a  1'ouest  par  une  chaussee  gar  me  de  la  balustrade  habituelle.  Le 
temple  comprend  une  unique  galerie  en  limonite,  un  sanctuaire 
central  couvert  d'une  tour  et  deux  petites  constructions.  La  galerie 
est  pourvue,  dans  chaque  orientation,  d'un  vestibule  en  gres  por- 
tant  un  fronton  sculp  te. 

PRASAT  KROL-KO. 

A  2  kilometres  a  Test  de  Ta-Som  et  a  600  metres  au  nord  de 
Ne'ak-Pean.  Tres  petit  temple  protege  par  une  enceinte  de 
120  metres  de  c6te\  Un  fosse  de  10  metres  de  largeur  entoure  le 
sanctuaire  somme  d'une  tour. 

PRASAT  PREI. 

Simple  chapelle  situee  a  300  metres  au  nord  de  Tangle  nord- 
est  de  Prah-Khan.  Elle  comprend  un  petit  mur  d'enceinte  de 
20  metres  de  cote,  un  sanctuaire  et  deux  tres  petites  constructions. 
Prasat  Prei  parait  Sire  une  dependence  du  monument  suivant. 

BANTEAI-PREI. 

Se  place  a  450  metres  au  nord  de  Tangle  nord-est  de  Prah- 
Khan.  Un  mur  d'enceinte  en  limonite,  ouvert  par  deux  entries 
monumentales  et  mesurant  230  metres  est-ouest  et  150  metres 
nord-sud,  circonscrit  le  temple  qui  a  comme  autres  protections  un 
fosse  de  20  metres  de  largeur  et  une  deuxieme  muraille  en  limo- 
nite. Des  chaussees  d'acces  aujourd'hui  tres  ruinees  traversaient  le 
fosse  sur  ses  faces  est  et  ouest.  Au  centre,  on  rencontre  une  petite 


i MONUMENTS  SECONDAIRES   DU  CROUPE    D'ANGKOR    — 

galerie  etablie  sur  un  plan  rectangulaire  de  25  X  18  metres 
et  contenant  un  sanctuaire  crucial  pourvu  de  quatre  porches  a 
fronton  et  domine  par  une  tour  decore'e  dans  le  meilleur  style. 

PRASAT  TONLE-SNGUOT. 

Cette  tour,  isolee  au  milieu  de  la  foret,  est  completement  ruinee. 
Elle  se  trouve  a  1  kilometre  de  1'enceinte  occidentale  de  Prah- 
K'nan  et  a  500  metres  de  la  porte  septentrionale  d*  Angkor-Thorn. 

PRASAT  BAI^TEAI-THOM. 

A  2  500  metres  au  nord-ouest  de  la  porte  nord  d* Angkor-Thorn. 
L'enceinte  en  limonite  de  ce  temple  mesure  1 00  metres  de  c6te ; 
elle  etait  precedee  sur  la  face  Est  d'une  terrasse  cruciale  que  Ton 
retrouve  en  partie.  La  face  occidentale  s'ouvre  par  un  petit 
gopoura.  Un  deuxieme  mur  en  limonite  protegeait  un  sanctuaire  dont 
il  ne  reste  que  des  vestiges. 

PRASAT  PREI  (1). 

Tour  ruinee  situee  a  550  metres  de  Tangle  nord-ouest  d* Angkor- 
Thorn  et  a  700  metres  du  village  qui  porte  le  nom  de  1'ancienne 
capitale  royale. 

MEBON  (DU  BAR  AY  OCCIDENTAL)  (2). 

Le  temple  de 
Meb6n,  deuxie- 
me de  ce  nom, 
occupe  le  centre 
du  grand  lac  ar- 
tificiel  qui  s'ap- 
pelle  le  Baray 
occidental.  II  s'e- 
leve  sur  un  ilot 
de  forme  circu- 
laire  mesurant 
200  metres  de 
diametre  et  se 
distribue  de  la 
fafon  suivante  : 
un  mur  d'en- 


FIG.    48.  —  M£BON  DU  BARAY  OCCIDENTAL 
(SCHEMA  D'APR^S  M.  E.  AYMONIER). 


( 1 )  C'est  la  deuxieme  ruine  de  ce  nom.  La  premiere  se  trouve  au  sud  et  tres^pres  de  Banteai-Prei- 

(2)  Noui  avons  mentionne  le  Baray  occidental  dans  le  chapitre  intitule    "  Projets  census  par 
i  fondaleurs  du  rovsume  ". 


\ff/     l^vu*    QTVUO    lllcllklvllu<- 

les  fondateuri  du  royaume  ". 


229 


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


ceinte  de  70  metres  de  cote  ;  un  vaste  bassin  ;  une  chaussee 
crucial e  entouree  du  bassin,  sauf  sur  la  face  est ;  un  sanctuaire  a 
ciel  ouvert. 

Du  bord  oriental  du  lac  partait  une  digue  qui  aboutissait  a  la 
berge  de  1'ilot  et  se  poursuivait  par  une  chaussee  rejoignant  1'entree 
du  temple.  Le  mur  d'enceinte  a  3  metres  de  hauteur  et  repose 
sur  une  assise  ornee  de  fortes  moulures  ;  il  se  couronne  par  un 
chaperon  dont  la  crete  en  gres  est  decoree  d'une  frise  de  niches 
encadrees  de  feuillages  et  contenant  des  brahmanes  en  priere  et 
divers  personnages.  Le  cote'  est  de  1'enceinte  s'ouvrait  par  un 
edicule  d'entree  surmonte  d'une  tour  et  flanque  de  deux  autres 
edifices  a  triple  passage  supportant  egalement  des  tourelles.  D 'autres 
constructions  du  meme  genre  etaient  disposees  sur  les  autres  faces, 
mais  la  partie  occidentale  de  la  muraille  est  dans  un  tel  etat  de 
ruine  qu'il  est  impossible  de  se  rendre  compte  si  elle  presentait  la 
meme  disposition.  Un  vaste  bassin,  dont  les  parois  etaient  construites 
en  gradins,  occupait  la  presque  totalite  de  1'inte'rieur  de  1'enceinte 
et  entourait  une  plate-forme  cruciale  partant  de  la  porte  orientale 
et  s'etendant  vers  1'ouest.  A  1'intersection  des  branches  de  la  croix, 
on  rencontre  un  socle  (ou  un  soubassement)  ruine  ou  se  distinguent 
encore  quelques  fragments  de  bas-reliefs.  La  decoration  des 
tourelles,  des  portes  et  des  frontons  des  edicules  places  a  la 
peripherie  laisse  croire  que  le  temple  du  Baray  occidental  date 
de  1'epoque  d' Angkor-Thorn,  et  nous  pouvons supposer  qu'il  n'etait 
qu'une  annexe  des  monuments  religieux  de  1'ancienne  capitale. 

Angkor,  1910. 


230 


BIBLIOGRAPHIE 

Dr  Adolf  Bastian,  Reise  durch  Kambodja  nach  Cochinchtna;  Jena,   1868. 

Francis  Gamier,  Voyage  d 'exploration  en  Indo-Chine;  Paris,   1873. 

Le  P.C.E.  Bouillevaux,  I'Annam  el  le  CamboJge;  Paris,   1874. 

L.  Delaporte,  Voyage  au  Cambodge;  Paris,   1880. 

Moura,  le  Royaume  du  Cambodge. 

A.  Tissandier,  Cambodge  el  Java;  Paris,    1896. 

A.  Pavie,  Mission  Panic;  Paris,  1898-1904. 

Fournereau,  I'Arl  Khmer;  Paris. 

E.  Aymonier,  Is  Cambodge,  t.  Ill;  Paris,   1904. 

Georges  Maspero,  ['Empire  Khmer;  Phnom-Penh,  1904. 

General  de  Beylie,  I' Architecture  hindoue  en  Extreme-Orient;  Paris,  1907. 

Ch.  Carpeaux,  les  Ruines  d' Angkor;  Paris,  1908. 

L.  de  Lajonquiere,  Inventaire  descriptif  des  monuments  du  Cambodge;  Paris. 

Bulletin  de  I'Ecole  francaise  d' Extreme-Orient;  Hanoi. 


23l 


TABLE    DES    PLANCHES 


FRONTISPICE 

Groupe  d'Angkor-Thom-Bayon.  —  Profil  d'une  tele  decorative. 
PLANCHE  I. 

Route  du  village  de  Siem-Reap.  —  Riviere  de  Siem-Reap 16 

PLANCHE  II. 

Chaussee  d'allee  d'Anflkor-Vat.  —  Vue  prise  du  porche  central  de«  entrees  occiden- 
tales.  —  Vue  tur  1'entree  occidentale  d' Angkor-Vat  prise  du  porche  central  de 
la  premiere  galerie 17 

PLANCHE  III. 

Angkor-Vat  :  Colonne  du  Perron  d'honneur.  —  Angkor-Vat  :  Interieur  d'une 
veranda.  —  Angkor-Vat  :  Statue  de  Rahou 24 

PLANCHE  IV. 

Angkor -Vat  :  Motif  decoratif  de  chambranle.  Fleurc  et  feuilles  entourees  d'un 
cercle.  —  Angkor-Vat  :  Motif  decoratif  de  chambranle.  Paroquets  combattant.  25 

PLANCHE  V. 

Angkor-Vat :  Entrees  occidentales.  Encadrement  de  porte.  —  Angkor-Vat :  Decoration 
des  vestibules  des  entrees  occidentale?.  Bayadere 32 

PLANCHE  VI. 

Angkor-Vat  :  Detail  d'un  chapiteau  et  d'une  architrave.  —  Angkor-Vat  :  Rinceaux 
decoratifs  sur  un  pied-droit 33 

PLANCHE  VII. 

Angkor-Vat  :  Indigenes  travaillant  a  la  rettauration  de  la  chaussee  dallee.  —  Angkor- 
Vat  :  Indigenes  travaillant  a  la  restauration  de  la  balustrade  de  la  chaussee  dallee.  36 

PLANCHE  VIII. 

Angkor-Vat  :  Face  d'une  tele  de  balustrade.  —  Angkor-Vat  :  Profil  d'une  tete 
de  balustrade.  —  Angkor -Vat  :  Chauwee  traverriere.  Tete  de  balustrade  (Naga  sous 
trois  aspects) 37 

PLANCHE  IX. 

Angkor-Vat  :  Entrees  occidentals  :  Detail  de  la  decoration  exterieure  (tevadas.  frise 
decorative,  fenetres  grillees  de  balustrcs) <40 

PLANCHE  X. 

Angkor-Vat  :  Entree  occidentales.  Statue  de  Vishnou.  —  Angkor-Vat  :  Decoration 
d'un  pied-droit 41 

PLANCHE  XI. 

Angkor-Vat  :  Facade  principale 44 

PLANCHE  XII. 

Angkor-Vat  :  Statue  en  bois  representant  un  bonze  priant.  —  Angkor- Vat  :  Base 
du  soubassement  du  massif  central 45 

233     


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


Pages. 

PLANCHE  XIII. 

Angkor-Vat  :  Grand  escalier  du  massif  central.  —  Angkcr-Vat  :  t.'ne  des  eateries 
ci'axe  du  massif  central  (au  fond,  le  sanetuaire) 48 

PLANCHE  XIV. 

Angkor -Vat  :  Angle  sud-ouest  du  massif  central.  —  Angkor- Vat  :  Base  de  la  grande 
tour  du  massif  central.  —  Angkor-Vat  :  Une  des  tours  d'angle  du  massif  central  .  49 

PLANCHE  XV. 

Angkor- Vat  :  Cour  du  deuxieme  etage.  face  sud.  avant  les  travaux  de  degage- 
ment.  —  Angkor-Vat  :  Un  des  edicules  situes  dans  la  partie  occidentale 
de  la  cour  du  deuxieme  etage 52 

PLANCHE  XVI. 

Angkor-Vat  :  Pnrtie  occidentale  de  la  cour  du  deuxieme  etage  et  tour  sud-ouest  du 
massif  central.  —  Angkor- Vat :  Partie  septeritricnale  de  H  cour  du  ds'.ix'eme  ctaae.  53 

PLANCHE  XVII. 

Angkor-Vat  :  Interieur  des  vestibules  occidentaux  de  la  galerie  du  deuxieme  etage.  — 
Angkor- Vat  :  Interieur  de  la  galerie  du  deuxieme  etage,  partie  meridionale.  .  .  56 

PLANCHE  XV III. 

Angkor-Vat :  Decoration  des  murs  d'un  del  edicules  situes  dans  la  cour  du  deuxieme 
etage.  —  Angkor -Vat :  Porte  d'un  des  edicules  de  la  cour  du  deuxieme  etage.  .  .  57 

PLANCHE  XIX. 

Angkor-Vat  :  Une  des  portes  de  la  galerie  du  deuxieme  etage.  —  Angkor-Vat : 
Porche  central  (ouest)  de  la  galerie  du  deuxieme  etage  et  passerelle.  —  Angkor- 
Vat  :  Angle  nord-ouest  de  la  galerie  du  deuxieme  etage.  —  Angkor- Vat  :  Preau 
couvert  :  Partie  des  galeries  croisies 60 

PLANCHE  XX. 

Angkor-Vat  :  Preau  couvert  :  galerie  septentrional e.  —  Angkor- Vat  :  Veranda 
de  la  galerie  du  deuxieme  etage.  en  regard  du  prcau  couvert 61 

PLANCHE  XXI. 

Angkor- Vat :  Detail  dela  decoration  muralede  la  galerie  du  deuxieme  etage  (en  regard 
de  la  cour  dallee) 64 

PLANCHE  XXII. 

Angkor- Vat  :  Preau  couvert.  un  del  angle*  des  aaleries  croisees.  —  Angkor -Vat  : 
Preau  couvert.  tympan  de  la  galerie  orientee  nord-sud  (Scene  de  la  legende  de 
Vishnou) -.  -  .  ;,  v-. 65 

PLANCHE  XXIII. 

Angkor- Vat  :  Preau  couvert,  angle  sud-est.  —  Angkor-Vat  :  Porche  principal  de  la 
galerie  du  premier  etage  (ouest) 68 

PLANCHE  XXIV. 

Angkor- Vat  :  Preau  couvert,  collection  de  statues  bouddhiques.  —  Angkor-Vat  : 
Preau  couvert.  Encadrement  d'une  des  portes.  —  Angkor- Vat  :  Preau  couvert. 
base  d'un  des  piliers 69 

PLANCHE  XXV. 

Angkor-Vat :  Cour  du  premier  etage.  Une  des  bibliotheque*  avant  le*  travaux  d« 
degagement.  —  Angkor- Vat  :  Angle  sud-est  de  la  galerie  du  premier  etage.  ...  72 

PLANCHE  XXVI. 

Angkor- Vat  :  Facade  meridionale  de  la  galerie  du  premier  etage.  —  Angkor-Vat  : 
Porche  septentrional  de  la  galerie  du  premier  etage 73 


234 


TABLE    DES    PLANCHES 


Page.. 

PLANCHE  XXVll. 

Angkor-Vat  :  Porche  de  Tingle  lud-ouett  de  la  aalerie  du  premier  etage.  —  Angkor- 
Vat  :  Interieur  de  la  aalerie  du  premier  etage.  —  Angkor-Vat  :  Angle  nord-ouejt  de 
la  galerie  du  premier  etage 76 

PLANCHE  XXV11I. 

Angkor- Vat  :  Galerie  du  premier  etage  :  fragments  de«  bas-relief*  de  Tangle  md- 
ouest.  —  Angkor- Vat  :  Galerie  historique  :  defile  de«  pandits 77 

PLANCHE  XXIX. 

Angkor-Vat  :  Fragments  des  bai-reliefs  de  la  galerie  historique.  Deux  fraction*  de 
Tarmee  en  marche 80 

PLANCHE  XXX. 

Angkor-Vat  :  Galerie  hittorique  :  brahmanes  et  terviteurs  places  aupres  du 
roi.  —  Angkor-Vat  :  Galerie  historique  ;  femmes  et  eiclave*  luivant  Tarroee.  — 
Angkor-Vat  :  Galerie  hittorique  ;  lee  guerrier*  vont  prendre  leur  place  dan*  le 
defile.  —  Angkor- Vat :  Galerie  hittorique  :  Une  fraction  de  1'armee  en  marche.  .  81 

PLANCHE  XXXI. 

Angkor- Vat  :  Scene*  de  la  galerie  det  cieux  et  des  enfert.  —  Angkor-Vat  :  Scene* 
de  la  galer.e  des  cieux  et  det  enfert 84 

PLANCHE  XXXII. 

Angkor- Vat  :  Fragments  d'une  de*  galeries  orientates.  —  Angkor- Vat  :  Fragment* 
de  la  galerie  teptentrionale  (partie  gauche) 85 

PLANCHE  XXXIII. 

Angkor- Vat :  Fragment*  de*  bas-reliefs  de  la  galerie  septentrionale  (partie  droite). 
(Dans  ce  long  panneau.  tout  les  dieux  de  TOlympe  brahmanique  sont  representet.)  88 

PLANCHE  XXXIV. 

Angkor- Vat  :  Fragments  des  bas-reliefs  de  la  galerie  septentrionale  (partie  droite).  — 
Angkor-Vat  :  Bas-relief  de  la  galerie  septentrionale  (partie  droite).  —  Angkor- 
Vat  :  Bas-relief  de  Tangle  nord-ouest  (fragment) 89 

PLANCHE  XXXV. 

Angkor-Vat  :  Fragment!  de*  bas-reliefs  de  la  galerie  occidentale  (partie  gauche). 
Bataille  livree  a  Havana  par  Rama  avee  Taide  de  1'armee  de*  singes 92 

PLANCHE  XXXVI. 

Angkor-Vat  :  Le  perron  d'honneur.  —  Angkor-Vat  :  La  terratte  de  pourtour 
(partie  orientale) 93 

PLANCHE  XXXVII. 

Angkor- Vat  :  Facade  interieure  des  entree*  occidentalet  et  commencement  de 
T avenue  dallee.  —  Angkor-Vat :  Facade  principale  des  entree*  occidentals*  (avant 
les  travaux  de  degagement).  ...  ~~."  ...... 96 

PLANCHE  XXXVIII. 

Angkor- Vat  :  Une  travee  de  la  balustrade  de  Tavenue  dallee  (fragment).  —  Angkor- 
Vat  :  Entrees  occidentales.  Rinceaux  et  motif*  d'encadrement  de  la  porte  princi- 
pale. —  Angkor -Vat  :  L'nteau  du  porche  central  des  entree*  occidentalet.  ...  97 

PLANCHE  XXXIX. 

Angkor- Vat :  Facade  prineipale  du  porche  central  des  entree*  occidentals  (avant  IDS 
travaux  de  degagement) 100 

PLANCHE  XL. 

Angkor- Vat  :  Un  de*  edicule*  flanquant  Tavenue  dallee.  —  Angkor-Vat  :  Decoration 
exterieure  des  entree*  occidentale* 101 

235      


AUX    RUINES    D'ANGKOR 


Page*. 


PLANCHE  XL1. 

Anskor-Vat :  Perspective  des  entree*  occidentals.  —  Angkor- Vat  :  Profil  d'un  des 
porches  lateraux  des  entrees  occidentales 101 

PLANCHE  XLI1. 

Angkor -Vat  :  Interieur  d'une  des  galeries  laterales  de«  entre'es  occidentales.  —  Angkor- 
Vat  :  Fausse  porte  terminant  le»  galeries  laterales  des  entrees  occidentales.  — 
Angkor- Vat  :  Interieur  d'un  des  porches  extremes  des  entrees  occidentales.  ...  105 

PLANCHE  XLlll. 

Angkor-Thorn  :  Porte  sud  de  la  muraille  d'enceinte  (avant  la  refection  du  remblai).  — 
Angkor-Thorn  :  Balustrade  des  chaussees  traversieres  (devant  la  porte  de  Khmocb).  1 1 2 

PLANCHE  XL1V. 

Angkor-Vat  :  Un  des  porches  extremes  des  entrees  occidentals.  — Phnom  Bak-Keng: 
Facade  principale  du  temple.  —  Angkor- Vat  :  Edifice  d'entree  place  au  centre 
de  la  muraille  septentrionale  de  1'enceinte 113 

PLANCHE  XLV. 

Bayon  :  Base  d'une  tourelle  du  groupe.  —  Bayon  :  Tetes  decoratives  d'une  tourelle.  — 
Angkor-Thorn  :  Elephants  placet  a  la  base  des  porches  de  1'enceinte  (porche  septen- 
trional)  120 

PLANCHE  XLVI. 

Bayon  :  Porche  septentrional  de  la  deuxieme  galerie   —  Bayon  :  L'ne  des  tourelles.     .     121 

PLANCHE  XLV1I. 

Bayon  :  Teles  decoratives.  —  Bayon  :  Profil  d'une  tele.  —  Bayon  :  Fragment  d'un 
des  bas-reliefs  de  la  premiere  galerie  (la  partie  superieure  n'est  qu'ebauchee)  .  .  128 

PLANCHE  XLVlll. 

Bayon:  Fragment  des  bas-reliefs  de  la  premiere  galerie.  —  Bayon  :  Fragment  des  bas- 
reliefs  de  la  deuxieme  galerie.  —  Bayon  :  Fragments  des  bas-reliefs  de  la  deuxieme 
galerie  :  Mutilation  de  la  statue  d'une  deesse 129 

PLANCHE  XLIX. 

Bayon  :  Fragments  des  bas-reliefs  de  la  deuxieme  galerie.  Armee  en  marche.  — 
Baphuon  :  Vue  d'ensemble  du  temple 1 36 

PLANCHE  L. 

Groupe  du  Phimeanac^s  :  Colonnes  supportant  la  eorniche  d'une  terrasse  cruciate.  — 
Phimeanacas  :  Bas-relief  du  perron  septentrional  de  la  terraise  d'honneur  (pret  du 
belvedere  du  "  Roi  Lepreux  ") 137 

PLANCHE  LI. 

Phirneanacas  :  Decoration  de  la  terrasse  d'honneur.  Elephants  faitant  partie  de 
1'equipage  de  chasse. —  Phimeanacat  :  Decoration  de  la  terraste  d'honneur.  Elephant 
ramassant  de  la  trorape  un  animal  blesse 1 44 

PLANCHE  Lll. 

Baphuon  :  Fragment  de  bas-relief.  Scenes  inspireet  du  ramayana.  —  Phimeanacas  : 
Le  temple.  Vue  d'ensemble.  —  Phimeanacas  :  Garoudas  dispose*  en  cariatides 
pour  soutenir  la  eorniche  de  la  terrasse  d'honneur 145 

PLANCHE  LIU. 

Prah-Pithu  :  Un  des  templions.  —  Terrasse  du  roi  lepreux  :  Sculptures  de  la  fac.ado,     152 
PLANCHE  LIV. 

Angkor -Thorn  :  L'ne  des  tours  boidant  a  Test  la  grand  e  place  centrale.  —  Angkor- 
Thorn  :  Tour  et  ruine  d'un  des  edifices  situes  a  1'est  de  la  grande  place  centrale.  .  153 

236     


TABLE    DES    PLANCHES 


Paae*. 

PLANCHE  LV. 

Prah-Khan  :  Un  de*  giants  loutenant  la  balustrade  del  chauiiee*  traversieres.  — 
Temple  de  Thom-Manon  (annexe  d' Angkor-Thorn) 160 

PLANCHE  LV1. 

Temple  de  Thom-Manon  (annexe  d'Angkor -Thorn).  —  Prah-Khom  :  Entrees 
septentrionale*  (porche  central) 161 

PLANCHE  LVIl. 

Prah-Khan  :  Porche  central  de  la  deuxieme  enceinte  (face  nord).  —  Prah-Khan  :  Une 
del  entrees  de  la  premiere  galerie 1 98 

PLANCHE  LVlll. 

Prah-Khan  :  Temple  a  colonne*  rondei  (prei  dot  entrees  orientate*  de  la  deuxieme 
enceinte).  —  Prah-Khan  :  Une  des  chapellei  orientalei 199 

PLANCHE  L1X. 

Prah-Khan  :  Interieur  d'une  del  chapellei  orientalei.  —  Prah-Khan  :  Interieur  d'une 
det  chapellei  orientales 200 

PLANCHE  LX. 

Neak-Pean  :  Deux  aspect!  de  ce  petit  temple  qui  te  trouve  completement  enveloppe 

par  les  racinei  d'un  ficus.  —  Prah-Khan  :  Une  del  facet  de  la  premiere  aalerie     .     .201 
PLANCHE  LXI. 

Prah-Khan  :  Angle  d'une  galerie.  —  Ta-Prohm  :  Interieur  de  1'edifice  d'entree 
de  la  deuxieme  enceinte  (face  est  >.  —  Banteai-Kedei  :  Porche  occidental  de  la 
deuxieme  enceinte.  —  Banteai-Kedei  :  Angle  d'une  del  galerie* 208 

PLANCHE  LXll. 

Banteai-Kedei  :  Interieur  de  la  chapelle  orientate.  —  Banteai-Kedei  :  Interieur 
du  temple 209 

PLANCHE  LXlll. 

Ta-Prohm  :  Decoration  interieure  de  la  premiere  galwie.  —  Ta-Prohm  :  Porte  de 
communication  (premiere  galerie).  —  Ta-Prohm  :  Decoration  exterieure  de 
la  deuxieme  galerie 216 

PLANCHE  LX1V. 

Ta-Prohm  :  L'n  del  porches  de  la  premiere  galerie.  —  Angle  d'une  del  sala- 
ries. —  Ta-Prohm  :  Un  del  edicule*  situe  dam  la  partie  occidentale  de  la  cour 
pourtournante .217 


TABLE  DES  GRAVURES  DANS  LE  TEXTE 


P«ge». 

Itineraire  de  Saigon  a  Angkor 3 

Epi  de  faitage  et  tuile  de  cheneau  en  terre  cuite  trouves  dan«  le»  fouillet  d'  Angkor  -Vat.  .  21 

Pierret  relieet  par  un  double  T  en  fer  plat 21 

Voute  cambodgienne  (coupe) 22 

Demi-voute  de  veranda  (coupe) 23 

Appareil  friquemment  rencontre  dans  les  muri  d' Angkor 23 

Carte  du  groupe  d' Angkor  dressee  en  1908  par  les  lieutenant*  Buat,  geodetien, 

et  le  lieutenant  Ducret,  topographe 29 

Temple  d'Angkor-Vat  (plan) 33 

Angkor- Vat. —  Plan  du  maaiif  central  (d'apre*  Francis  Gamier) 35 

Galerie  cambodgienne  (coupe) 37 

Tour  cambodgienne  (coupe) 39 

Angkor-Vat.  —  Vestibules  occidentaux  du  deuxieme  etage,  edicules  de  la  cour 

dallee,  passerelle  et  angle  sud-ouest  de  la  deuxieme  galerie  (plan) 43 

Angkor-Vat.  —  Plan  du  preau  couvert  et  des  bassins 47 

Angkor-Vat.  —  Vestibules  occidentaux  de  la  premier*  galerie  (plan) 53 

Angkor- Vat.  —  Plan  d'un  des  angles  de  la  galerie  du  premier  etage 55 

Angkor-Vat.  —  Bas-reliefs  de  la  premiere  galerie 57 

Angkor-Vat.  —  Un  des  panneaux  de  Tangle  sud-ouest  de  la  premiere  galerie.  ...  59 

Angkor- Vat.  —  Un  des  panneaux  de  Tangle  sud-ouest  de  la  premiere  galerie.  ...  61 

Angkor-Vat.  —  Un  des  tympans  de  Tangle  sud-ouest  de  la  premiere  galerie 63 

Angkor-Vat.  —  Bas-reliefs  de  la  premiere  galerie 65 

Angkor -Vat.  -  Galerie  des  Cieux  et  des  Enters  (fragments  du  registre  des  supplicei)  .  .  71 

Angkor -Vat.  —  Scene  du  Barattement  (fragment) 75 

Angkor- Vat.  ~  Partie  centrale  de  la  scene  du  Barattement 77 

Angkor- Vat.  —  Scene  du  Barattement  (fragment) 77 

Angkor -Vat.  —  Un  des  panneaux  de  Tangle  nord-ouest  de  la  premiere  galerie  : 

Ordalie  ce  Sita 87 

Angkor- Vat.  —  Entrees  Occident  ales  de  Tenceinte  :  partie  centrale  (plan)  ....  95 
Angkor- Vat.  —  Entrees  occidentales  de  Tenceinte  :  passage  reserve  aux  char*  el  aux 

elephants  (plan) 97 

Temple  du  Phnom  Bak-Kena  (plan) 103 

Temple  du  Phnom  Bak-Keng.  —  Coupe  dei  terrasses,  des  escaliers  et  des  tourelle*.  .  1 05 

239        


AUX    RU1NES    D'ANGKOR 


P*ae«. 

Angkor-Thorn.   -  Plan  d'ensemble  leve  par  le  lieutenant  Ducret 109 

Bayon  (plan  d'ensemble) 117 

Bayon.  —  Fragment  d'un  des  bas-reliefs  de  la  premiere  gslerie  :  Guerrien  combattant.     .  1 27 

Bayon.  —  Bai-reliefs  de  la  premiere  galerie  :  Scene  de  peche  (fragment) 131 

Bayon.  —  Bas-reliefs    de  la  premiere  galerie   :  Embarcations  armees   en    guerre  (frag- 

menl) 133 

Bayon.  —  Bat-reliefs  de  la  premiere  galerie   (fragment).     .          135 

Bayon.  —  Bas-reliefs  de  la  deuxieme  galerie  (fragment) 153 

Temple  du  Baphuon  (place  d'ensemble) 161 

Pbimeanakas  (plan  d'ensemble) 175 

Crape  montrant  la  composition  d'une  terrasse  cambodgienne 179 

Angkor-Thorn.  —  Statue  dite  du  "  Roi  Lepreux  " 189 

Prah-Khan  (plan  schematique) 197 

Banteai-Kedei.  —  Distribution  des  temples  et  plan  d'ensemble 209 

Banteai-Kedei. —  Socle  en  forme  de  pilier  carre 210 

Temple  de  Ta-Prohm  (plan  d'ensemble) 213 

Mebon  du  Baray  oriental  (plan  d'apres  Tissandier) 225 

Temple  de  Ta-Keo  (plan  schematique) 227 

Mebon  du  Baray  occidental 229 


240 


TABLE  DES  MATIERES 


Pages. 

I.  DE  SAIGON  AUX  RUINES  D'ANGKOR I 

II.  NOTES  D'HISTOIRE   ET   D'ARCHITECTURE 5 

III.  ANGKOR-VAT 31 

IV.  ANGKOR-THOM 107 

V.  PRAH-KHAN 197 

VI.  NEAK-PEAN  ;  BANTEAI-KEDE! ;  TA-PROHM 205 

VII.  MONUMENTS  SECONDAIRES  DU  GROL'PE  D'ANGKOR  .            .  223 


16 


16147-1 1 .  —  Corbeil.  Imprimorie  Creti. 


YTXTYtram, 


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